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Les forces américaines s’apprêtent à quitter l’Irak après plusieurs décennies

Alors que les groupes chiites célèbrent le retrait des troupes américaines, un chef tribal sunnite de Falloujah a mis en garde : l'Irak n'est "pas tout à fait prêt" à assurer sa propre sécurité

Un Irakien vendant des photographies est assis à son étal sur la rue Al-Mutanabbi, dans le quartier central d’Al-Maidan à Bagdad, le 28 septembre 2026. (Crédit: AHMAD AL-RUBAYE/AFP)
Un Irakien vendant des photographies est assis à son étal sur la rue Al-Mutanabbi, dans le quartier central d’Al-Maidan à Bagdad, le 28 septembre 2026. (Crédit: AHMAD AL-RUBAYE/AFP)

BAGDAD, Irak (Reuters) — Les forces américaines s’apprêtent à se retirer de leurs dernières bases en Irak d’ici la journée de mercredi – un départ qui est salué comme une victoire par l’Iran et ses alliés, qui exercent désormais une influence considérable dans ce pays où 4 500 Américains ont trouvé la mort au cours de plus de deux décennies de guerre.

Selon des experts irakiens de la sécurité, ce retrait — qui avait été convenu sous la présidence de Joe Biden en 2024 et qui est dorénavant mis en œuvre par l’administration de Donald Trump alors même qu’elle mène une guerre contre l’Iran — pourrait donner carte blanche à Téhéran et à ses puissants alliés sur le territoire, tout en permettant à d’autres ennemis des États-Unis d’y faire leur retour, notamment l’État islamique.

« L’Iran a tout à gagner stratégiquement du départ de la coalition, car ce dernier va faire disparaître une présence militaire qui, pendant des années, a fait contrepoids à l’influence de Téhéran en Irak », commente Jasim al-Bahadli, un analyste irakien spécialisé dans l’étude des groupes armés chiites alignés sur l’Iran.

Il prédit que les milices pro-iraniennes ne se contenteront pas de présenter ce départ comme une victoire pour leur mouvement mais qu’elles « chercheront également à tirer parti de cet élan pour renforcer leur influence sur les décisions politiques et d’ordre sécuritaire ».

Abu Mojtaba al-Yasiri, commandant de la Résistance islamique en Irak, un groupe fédérateur de factions armées soutenues par l’Iran, a qualifié le retrait américain de « victoire historique pour les groupes de la résistance islamique irakienne et pour les honorables Irakiens », évoquant également une « défaite écrasante pour le projet américain ».

« Le 30 septembre, nous célébrerons la fin d’une page noire de l’Histoire de l’Irak et l’échec de l’occupation à imposer sa volonté à notre pays », a-t-il dit à Reuters. « L’Irak a prouvé que sa souveraineté ne pouvait pas être assurée par des forces étrangères – mais qu’elle pouvait l’être par la résistance et la volonté de son peuple ».

Des personnes se rassemblent près d’un portrait géant de l’ancien chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué lors d’une frappe majeure d’Israël sur la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 26 septembre 2026, sur la place Tahrir à Bagdad, pour marquer le deuxième anniversaire de son assassinat. (Crédit: Murtadha RIDHA/AFP)

Si le départ des forces américaines est largement plébiscité par les Irakiens, ceux qui s’inquiètent de la puissance des groupes soutenus par l’Iran craignent que ce retrait ne soit prématuré.

« Nous pensons que l’Irak n’est pas encore tout à fait prêt à prendre en charge le dossier de la sécurité à l’heure actuelle », confie à Reuters Abdulrahman al-Zobaie, un chef tribal sunnite de Falloujah, ancien bastion de la résistance anti-américaine.

« Tous les Irakiens aspirent à une souveraineté totale – et aucun ne le contesterait. Mais je pense que ce que redoutent tous les Irakiens, c’est le vide que va créer le départ de la coalition dirigée par les États-Unis », ajoute-t-il.

Les forces américaines avaient envahi l’Irak en 2003 pour renverser le dictateur sunnite aors au pouvoir, Saddam Hussein. Elles avaient ensuite occupé le pays, mettant en place un gouvernement dirigé par des chiites et menant une lutte anti-insurrectionnelle qui devait durer plusieurs années avant qu’elles ne se retirent, à la fin de l’année 2011.

Elles étaient revenues moins de trois ans plus tard pour aider les forces irakiennes à vaincre le groupe de l’État islamique à l’occasion d’une guerre majeure qui s’était déroulée de 2014 à 2017.

Sur cette photo datée du 23 février 2017, des soldats de l’armée américaine se tiennent près de leur véhicule blindé sur une base commune avec l’armée irakienne au sud de Mossoul, en Irak. (Crédit: AP Photo/Khalid Mohammed, archive)

La dite « Opération Liberté pour l’Irak » avait fait environ deux fois plus de victimes américaines que la guerre parallèle en Afghanistan, qui s’était achevée par un retrait brutal des États-Unis en 2021.

Ces dernières années, l’Irak a été le seul pays à entretenir des alliances politiques et militaires étroites à la fois avec les États-Unis et avec l’Iran – deux forces qui ont parfois utilisé le territoire irakien comme champ de bataille par procuration.

Les États-Unis avaient tué un haut commandant iranien, Qassem Soleimani, lors d’une frappe qui avait pris pour cible l’aéroport de Bagdad en 2020. Les alliés de l’Iran avaient ouvert le feu sur des bases américaines à plusieurs reprises, provoquant parfois des attaques de représailles.

Au cours de la guerre contre l’Iran, cette année, 7 militaires américains tués ( ils ont été 18 au total) se trouvaient sur le sol irakien. La dernière victime en date a été un sergent de l’armée qui a trouvé la mort lors de la destruction contrôlée d’un drone sur une base située aux abords d’Erbil, au mois de juillet.

Une victoire pour « l’axe de la résistance » iranien

L’Iran, qui affirme que son objectif ultime est de forcer les forces américaines à quitter l’ensemble du Moyen-Orient, a présenté le retrait américain d’Irak comme une victoire pour son « axe de la résistance », composé de groupes armés alliés à travers toute la région.

« Une sécurité durable prévaudra en Irak » une fois que les Américains auront quitté le pays et la région, a estimé Amir Hayat Moqaddam, vice-président de la Commission de la sécurité nationale du Parlement iranien, dans la journée de lundi.

L’Iran « se félicite du retrait des soldats américains d’Irak et il le soutient, c’est indubitable », a-t-il déclaré au service d’information parlementaire iranien. « Les groupes de la résistance mènent actuellement des actions, ciblant et affrontant parfois les militaires américains ».

Les forces de sécurité irakiennes forment un cordon à l’entrée de l’aéroport international de Najaf tandis que des manifestants, dont certains brandissent des drapeaux du Harakat Hezbollah al-Nujaba, protestent contre la suspension des vols entre l’Irak et l’Iran à Najaf, en Irak, le 28 septembre 2026. (Crédit: AP/Anmar Khalil)

Washington a accusé les milices soutenues par l’Iran en Irak de jouer un rôle dans le conflit plus large au Moyen-Orient en lançant des attaques contre des pays voisins sous les ordres de Téhéran, la plus récente ayant visé un important oléoduc saoudien au mois de septembre. Pour sa part, le gouvernement de Bagdad affirme qu’il tente de limiter leur influence.

Un nouveau souffle pour le groupe État islamique ?

Certains responsables irakiens de la sécurité, au sein du gouvernement fédéral comme dans la région kurde semi-autonome du nord du pays, affirment que le retrait américain risque également de redonner un nouveau souffle aux terroristes de l’État islamique qui, malgré la défaite de leur califat autoproclamé il y a près d’une décennie, conservent tout un réseau de cellules dormantes.

À leur apogée, ces hommes armés occupaient un tiers de l’Irak. Ils avaient tué des milliers de personnes. Ils avaient filmé des milliers de personnes en train d’être exécutées à l’intérieur d’une ancienne base militaire américaine.

Photo d’illustration : des soldats de l’armée irakienne célèbrent leur victoire en brandissant un drapeau de l’État islamique qu’ils ont saisi lors d’une opération militaire visant à reprendre le contrôle d’un village aux abords de Mossoul, en Irak, le 29 novembre 2016. (Crédit: AP Photo/Hadi Mizban, archives)

L’absence de renseignements américains, de soutien logistique et de drones donnera à l’État islamique l’occasion de se regrouper, affirme le commandant kurde Sirwan Barzani.

« Depuis plus de deux semaines, nous avons constaté des mouvements dans les cellules dormantes [de l’État islamique], après l’annonce dans les médias grand public d’un retrait officiel de la coalition internationale d’Irak d’ici la fin septembre, » déclare-t-il. « Ce qui a, à mon avis, remonté le moral [des combattants] ».

Les forces de sécurité irakiennes ont indiqué qu’une cellule présumée de l’État islamique préparait des attentats-suicides qui devraient coïncider avec le retrait.

Ce complot a mis en évidence les craintes que le groupe militant reste capable d’exploiter les failles de sécurité malgré des années de revers militaires, ont expliqué quatre responsables irakiens de la sécurité et de l’armée.

L’État islamique « cherche à faire passer le message que le groupe est toujours puissant et capable de lancer des attaques sanglantes », dit le colonel Khalid al-Bayati, haut responsable de la sécurité dans la ville pétrolière stratégique de Kirkouk.

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