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Ex-conseiller de Biden : la pression américaine sur Israël a nui aux négociations sur les otages

Dans son livre, Brett McGurk revient sur l’impasse des négociations alors que Washington pressait Israël de renoncer à attaquer Rafah, à Gaza

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Brett McGurk, responsable de la Maison Blanche, et le vice-président américain Joe Biden (à gauche) sur une photo non datée. (Crédit : Brett McGurk/X)
Brett McGurk, responsable de la Maison Blanche, et le vice-président américain Joe Biden (à gauche) sur une photo non datée. (Crédit : Brett McGurk/X)

Dans son nouveau livre, le principal conseiller pour le Moyen-Orient de l’ancien président américain Joe Biden affirme que la pression publique exercée sur Israël par l’administration précédente s’est avérée être contre-productive, car elle a conduit le groupe terroriste palestinien du Hamas à durcir ses positions lors des négociations sur un accord de cessez-le-feu à Gaza, un accord qui ouvrait la porte à la libération des otages.

« Avec le recul, il n’est pas étonnant que le Hamas n’ait jamais répondu à nos propositions pendant cette période.

Nous savons désormais qu’en mars 2024, alors que ce débat politique faisait rage aux États-Unis, [le dirigeant du Hamas de l’époque, Yahya] Sinwar se trouvait dans un réseau de tunnels sous Rafah. Grand amateur d’actualités, il aurait compris que les relations entre Biden et [Benjamin] Netanyahu approchaient du point d’ébullition », écrit McGurk dans son ouvrage Brink : Inside the Race to Free the October 7th Hostages (« Brink : dans les coulisses de la course pour libérer les otages du 7-Octobre »).

Un extrait édité de l’ouvrage – dont la sortie est prévue le 6 octobre – a été publié lundi dans The Atlantic.

Si les responsables israéliens affirment depuis longtemps que les pressions exercées par l’administration Biden contre Israël pendant la guerre ont nui aux pourparlers, c’est l’une des premières fois qu’une telle critique est formulée par un haut responsable américain, qui reconnaît que cette stratégie a été une erreur.

Dans cet extrait de son livre, McGurk, qui a contribué à diriger les efforts de l’administration pour négocier un cessez-le-feu et un accord de libération des otages, attribue l’essentiel de la responsabilité de la prolongation de la guerre à Gaza au Hamas.

La couverture du livre de Brett McGurk, paru en octobre 2026, intitulé « Brink : Inside the Race to Free the October 7th Hostages » (Crédit : Penguin Random House)

Il affirme qu’un accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2023 a échoué au bout de sept jours parce que le Hamas a refusé de respecter ses termes en continuant de conserver de jeunes femmes en captivité.

Les négociations qui ont suivi n’ont abouti à rien, le Hamas insistant pour rester au pouvoir après la guerre, ce qu’aucun gouvernement israélien n’aurait pu accepter, selon McGurk. En effet, le groupe terroriste a déclenché le conflit en menant une invasion massive du sud d’Israël, au cours de laquelle plus de 1 200 personnes ont été tuées et 251 autres ont été prises en otage et emmenées à Gaza.

McGurk n’exonère toutefois pas complètement Netanyahu. Il se souvient s’être rendu à Jérusalem au début de l’année 2024 pour inciter le Premier ministre à accepter un accord prévoyant un cessez-le-feu de six semaines et la libération des otages. Netanyahu ne souhaitait pas aborder la question des otages et se concentrait davantage sur la poursuite de la campagne militaire d’Israël contre le Hamas, estimant que la pression militaire était le seul moyen efficace.

Bien que Netanyahu ait finalement déclaré à McGurk qu’il acceptait la proposition en principe, l’ancien conseiller de Biden écrit qu’il n’était pas certain que le Premier ministre y adhérât véritablement. Cela n’avait toutefois pas eu d’importance, puisque le Hamas allait par la suite rejeter l’offre.

La « ligne rouge » accidentelle de Biden

En mars 2024, le nombre de victimes civiles de l’offensive israélienne à Gaza ne cessait d’augmenter, et l’administration commençait à subir des pressions, tant au niveau national qu’international, concernant son soutien militaire continu à l’État juif.

Interrogé lors d’une interview sur CNN pour savoir si la menace d’une invasion israélienne de la ville de Rafah, au sud de Gaza-City, constituerait pour lui une « ligne rouge », Biden avait répondu par l’affirmative avant d’ajouter, de manière quelque peu contradictoire, qu’il « n’abandonnerait jamais Israël ».

« Biden nous a expliqué par la suite qu’il faisait référence à la manière dont Israël devait mener l’opération, et non à la question de savoir si elle devait avoir lieu ou non », écrit McGurk.

La vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, arrivant sur la scène avant que les gens ne traversent le pont Edmund Pettus pour commémorer le 59e anniversaire de la marche pour le droit de vote du Bloody Sunday en 1965, à Selma, en Alabama, le 3 mars 2024. (Crédit : Mike Stewart/AP Photo)

Mais il note que plus tard dans le mois, la vice-présidente américaine de l’époque, Kamala Harris, avait intensifié la pression en adressant son propre avertissement à Israël concernant l’opération prévue à Rafah, refusant d’exclure des « conséquences » si celle-ci avait lieu.

Sous la pression des États-Unis, Israël avait finalement accepté de modifier en profondeur ses plans d’invasion de Rafah, bastion du Hamas, permettant ainsi aux civils gazaouis d’évacuer la zone avant le lancement de l’opération.

« Vous me prenez pour le Père Noël ? »

À cette époque, les États-Unis s’étaient abstenus de voter sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à un cessez-le-feu pendant le mois du Ramadan, ce qui en avait permis l’adoption. La résolution appelait également à la libération des otages, sans toutefois faire explicitement le lien entre les deux, ce qui avait provoqué la colère d’Israël. McGurk raconte que Ron Dermer, le bras droit de Netanyahu, l’avait appelé pour lui demander pourquoi les États-Unis traitaient Israël comme un « chiffon ».

« Même si les propos de Dermer étaient excessifs, il n’avait pas tort de dire que le Hamas considérait la résolution de l’ONU comme une opportunité stratégique pour renforcer sa position », écrit McGurk.

Avant le début de l’offensive sur Rafah, Israël avait mené une frappe aérienne qui avait tué sept travailleurs humanitaires de l’organisation caritative américaine World Central Kitchen (WCK). Si Jérusalem avait insisté sur le fait que l’attaque n’était pas intentionnelle, celle-ci avait suscité une condamnation internationale généralisée et la fureur à Washington.

McGurk se souvient de l’appel téléphonique que Biden avait eu avec Netanyahu peu après la frappe.

« ‘Bibi, mec, mais qu’est-ce que vous fichez ?… Vous me prenez pour le Père Noël ? Il n’y a pas de Père Noël en Israël, mon pote’ », rapporte McGurk, citant les propos de Biden.

Le président américain de l’époque, Joe Biden (à droite), rencontrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 25 juillet 2024. (Crédit : Susan Walsh/AP Photo)

« Lorsque Netanyahu lui a demandé ce qu’il voulait dire, Biden a répondu qu’il pouvait suspendre l’aide militaire à Israël d’un simple claquement de doigts, laissant ainsi le pays livré à lui-même », écrit McGurk.

« Netanyahu a rétorqué qu’Israël se défendrait même sans les États-Unis. Nous avons appris par la suite qu’il avait conclu, à l’issue de cet appel, que nous allions suspendre nos livraisons d’équipements militaires », poursuit-il.

Si les États-Unis avaient effectivement fini par retenir une livraison de bombes de 900 kg, toutes les autres aides s’étaient poursuivies jusqu’à la fin du mandat de Biden.

Un an plus tard, après le départ de Biden, Ronen Bar, alors chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, avait rencontré à Washington un groupe d’anciens collaborateurs de Biden. On lui avait alors demandé ce que l’administration démocrate aurait pu faire différemment lors des négociations sur les otages.

Image satellite des dégâts causés à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 octobre 2025. (Crédit : Image satellite ©2025 Vantor/AFP)

McGurk écrit que « Bar a évoqué cette période du printemps 2024, durant laquelle Biden aurait bloqué l’opération israélienne à Rafah. Du point de vue de Bar, cette perception avait durci la position du Hamas, rendant plus difficile la libération des otages et la fin de la guerre. ‘C’était votre plus grande erreur.’ »

Un proche de Harris riposte aux allégations de McGurk

En réponse à cet article, Phil Gordon, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale de Harris, a contesté l’analyse de McGurk, notamment sa tentative manifeste de rejeter une partie de la responsabilité sur l’ancienne vice-présidente.

« Harris n’était certainement pas la seule personnalité américaine à avoir averti, en public comme en privé, qu’une offensive israélienne sur Rafah serait une ‘énorme erreur’ susceptible d’entraîner des ‘conséquences’. Biden avait déjà qualifié cela de ‘ligne rouge’ et était ensuite intervenu sur CNN pour menacer de suspendre la fourniture d’armes offensives si cela se produisait », a écrit Gordon sur le réseau social X.

« Et il a eu raison d’agir ainsi pour empêcher Israël de lancer une offensive terrestre sans plan pour les plus d’un million de civils qui s’y réfugiaient.

« Il est peu plausible qu’un feu vert américain aurait permis d’obtenir une offre favorable de la part du Hamas concernant les otages – ce dernier n’ayant fait aucune offre de ce type, même après l’entrée d’Israël à Rafah (ni au cours des huit mois qui ont suivi) – ou que Netanyahu aurait accepté de mettre fin à la guerre alors que Sinwar était encore en vie. Quelles que soient les ‘plus grandes erreurs’ de l’administration, faire pression sur Israël pour qu’il modifie ses plans concernant Rafah n’en faisait pas partie », a ajouté Gordon.

Les représailles de l’Iran ont protégé Israël des mesures américaines

Le même jour que la frappe accidentelle d’Israël contre les travailleurs humanitaires de la WCK, le 1ᵉʳ avril 2024, l’armée israélienne avait mené une autre attaque visant des hauts responsables du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien.

Le système de défense anti-missile « Dôme de fer » interceptant des missiles tirés par l’Iran, dans le centre d’Israël, le 14 avril 2024. (Crédit : Tomer Neuberg/AP)

Ces responsables se trouvaient dans un bâtiment du consulat iranien à Damas et Téhéran avait promis de riposter.

« Sans cette attaque iranienne imminente, les États-Unis auraient pu prendre des mesures irréversibles contre Israël à ce stade », écrit McGurk.

« Nous voulions tous que la guerre prenne fin. C’était une horreur révoltante à tous les égards. Le moyen d’y parvenir était-il l’accord sur les otages et le cessez-le-feu, la voie que nous avions suivie, ou simplement de dire à Israël d’arrêter, alors même qu’il était attaqué sur plusieurs fronts ? », s’interroge-t-il.

« S’il y avait eu un meilleur moyen de mettre fin à la crise, Biden l’aurait choisi. Il avait tenté de faire adopter une résolution de l’ONU appelant à un cessez-le-feu inconditionnel. Il avait tenté d’intensifier la pression publique. Ces mesures ne semblaient faire qu’empirer la situation. »

Il poursuit en décrivant en détail une réunion dramatique dans la salle de crise de la Maison Blanche, où Biden et ses conseillers s’étaient rassemblés pour suivre le tir de représailles de l’Iran, qui avait lancé des centaines de missiles et de drones contre Israël, mais qui avait été presque entièrement contré grâce au soutien militaire américain.

Biden avait ensuite réfléchi à ce qu’il dirait à Netanyahu lors d’un appel téléphonique ultérieur.

« ‘Sait-il que nous venons de lui sauver la mise ?’, a demandé Biden », écrit McGurk.

« C’était la première fois que l’armée américaine – sans parler de l’armée américaine aux côtés d’une coalition de pays européens et arabes – se battait pour défendre Israël. »

Des femmes marchant dans une rue bordée de tentes abritant des Gazaouis déplacés, à Gaza-City, le 26 septembre 2026. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP Photo)

Biden allait ensuite dire à Netanyahu de « saisir cette victoire » et de réagir de manière à dissuader l’Iran, plutôt que de provoquer une nouvelle escalade.

Netanyahu avait fini par accepter, et une extension majeure du conflit avait été évitée.

Fin mai 2024, les États-Unis avaient discrètement obtenu le soutien de Netanyahu à une proposition de cessez-le-feu progressif, et Biden avait décidé de rendre publics ses termes afin de tenter de mettre Jérusalem au pied du mur et de l’amener à les approuver.

Mais les négociations avec le Hamas s’étaient éternisées pendant des mois, les responsables de l’administration Biden reprochant tant au Hamas qu’à Netanyahu d’avoir, à plusieurs reprises, adopté des positions qui laissaient entendre qu’ils privilégiaient le maintien au pouvoir plutôt que la fin de la guerre.

Un accord avait finalement été conclu en janvier 2025. McGurk s’était associé à des collaborateurs de la nouvelle administration dirigée par Donald Trump ainsi qu’à des médiateurs égyptiens, turcs et qataris pour convaincre Israël et le Hamas de s’y rallier.

Ce cessez-le-feu avait permis le retour de 25 otages israéliens vivants et de 8 otages morts.

L’accord avait volé en éclats au bout de six semaines, mais un autre cessez-le-feu a été conclu en octobre 2025, garantissant la libération de tous les otages restants et ouvrant la voie à la fin du conflit. Ce processus s’est toutefois ensuite enlisé, en raison de l’opposition israélienne au cadre progressif proposé pour le désarmement du Hamas.

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