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Ce que l’on sait de la frappe à Damas

L'attaque a détruit un bâtiment de l'ambassade d'Iran, faisant 13 morts dont 7 Gardiens de la révolution d'Iran, et notamment le commandant Mohammad Reza Zahedi et son adjoint

Le personnel d'urgence et de sécurité à l’intérieur du bâtiment mitoyen du consulat iranien touché par une frappe aérienne attribuée à Israël, à Damas, en Syrie, le 1er avril 2024. (Crédit : Maher Al Mounes / AFP)
Le personnel d'urgence et de sécurité à l’intérieur du bâtiment mitoyen du consulat iranien touché par une frappe aérienne attribuée à Israël, à Damas, en Syrie, le 1er avril 2024. (Crédit : Maher Al Mounes / AFP)

La frappe inédite attribuée à Israël, qui a visé lundi la section consulaire de l’ambassade d’Iran à Damas, a fait au moins 13 morts dont deux importants responsables militaires iraniens, faisant craindre une escalade régionale.

Vers 17 heures (14H00 GMT), une frappe a visé l’immeuble mitoyen de l’ambassade d’Iran dans le quartier de Mazzeh à Damas, abritant plusieurs ambassades et des bureaux des Nations unies.

L’annexe consulaire a été réduite à l’état de ruine et seule subsistait la porte d’entrée, portant la mention « section consulaire de l’ambassade d’Iran », selon le journaliste de l’AFP. Le bâtiment visé est mitoyen de l’ambassade iranienne, dont la devanture est ornée d’un immense portrait de Qassem Soleimani, l’ex-chef de la force Qods et architecte des opérations militaires iraniennes au Moyen-Orient, tué en janvier 2020 dans une attaque de drone américaine en Irak. Les vitres des immeubles jusqu’à 500 mètres alentour ont été brisées et un grand nombre de voitures endommagées. En fin de soirée, la fumée se dégageait encore des restes du bâtiment visé, alors que les forces de sécurité syriennes étaient déployées en force dans la capitale et établissaient des barrages de contrôle.

Dans le bâtiment visé, se trouvaient la section consulaire et la résidence de l’ambassadeur d’Iran, Hossein Akbari. Ce dernier est sorti indemne, ainsi que sa famille, et a déclaré que le bâtiment avait été visé par « six missiles tirés par des chasseurs F-35 » israéliens.

Les médias officiels syriens ont pour leur part affirmé que le raid avait été mené par « l’ennemi israélien depuis le plateau occupé du Golan ».

Les frappes sont les premières à viser un bâtiment diplomatique iranien en Syrie, pays en guerre civile depuis 2011 où l’Iran et ses alliés soutiennent le président Bachar al-Assad.

Israël, qui a mené des centaines de raids en Syrie, s’est abstenu comme à son habitude de confirmer cette frappe.

La télévision d’Etat iranienne a annoncé mardi que le bilan s’était alourdi à 13 morts, sept Iraniens et six Syriens.

Pour sa part, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ONG basée au Royaume-Uni qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays mais dont le financement reste flou, a fait état de 14 morts au total : huit Iraniens, cinq Syriens membres de groupes pro-iraniens et un Libanais, tous des combattants.

Le Corps des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique d’Iran, a annoncé que sept de ses membres avaient été tués.

Mohammed Reza Zahedi, responsable des Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le 2 juillet 2017. (Crédit : Ali Khara/Fars Media Corporation, via Wikimedia CC BY 4.0)

Parmi eux figurent Mohammad Reza Zahedi et Mohammad Hadi Haji Rahimi, deux commandants de la Force Qods, unité d’élite des Gardiens qui intervient à l’étranger.

Selon l’OSDH, le général Zahedi était le « commandant de la force Qods pour la Syrie, le Liban et la Palestine ».

Mardi, le Hezbollah libanais a annoncé la mort d’un de ses membres, tué selon une source proche du parti dans la frappe de Damas.

Les secouristes ont retiré des décombres le corps d’une femme âgée d’une cinquantaine d’années, a indiqué une source de la Défense civile à l’AFP.

Cette frappe intervient dans le contexte de la guerre en cours depuis bientôt six mois entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza.

La guerre a été déclenchée par une attaque surprise du Hamas islamiste contre le territoire israélien le 7 octobre.

Depuis, les groupes pro-iraniens dans la région, du Liban à l’Irak en passant par le Yémen, mènent des attaques contre des objectifs israéliens et américains pour soutenir leur allié, le Hamas.

Israël de son côté a intensifié ses frappes contre des positions de l’armée syrienne mais surtout des groupes pro-iraniens, comme le Hezbollah, et des cibles militaires iraniennes en Syrie.

Une affiche à la mémoire de Razi Moussavi, un haut commandant de la Force al-Quds du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran qui a été tué le 25 décembre lors d’une frappe israélienne en Syrie, le long d’une rue de Téhéran le 27 décembre 2023. (Crédit : ATTA KENARE/AFP)

Fin décembre, le général de brigade Razi Moussavi, un important commandant de la Force Qods, avait été tué dans un tir de missile au sud de Damas.

Téhéran nie avoir envoyé des troupes combattre en Syrie, affirmant que sa présence s’y limite à celle de conseillers militaires.

L’Iran a prévenu mardi Israël et les Etats-Unis qu’il allait riposter au raid. Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian a indiqué mardi que le chargé d’affaires de la Suisse, qui représente les intérêts des Etats-Unis en Iran où ils ne disposent pas d’ambassade, avait été convoqué.

« Un message important a été adressé au gouvernement américain, puisqu’il soutient l’entité sioniste [Israël]. L’Amérique doit prendre ses responsabilités », a souligné le ministre cité par l’agence iranienne Irna.

« Ce crime lâche ne restera pas sans réponse », a affirmé le président Ebrahim Raïssi. Israël « sera puni » par l’Iran, a prévenu de son côté le guide suprême, l’aytollah Ali Khamenei.

Le raid est intervenu à quelques jours de la Journée de Jérusalem, qui intervient vendredi. Cette journée de mobilisation annuelle décrétée par Téhéran est l’occasion d’une intense mobilisation de ses alliés dans la région.

Le pouvoir syrien a dénoncé la frappe, tout comme le Hezbollah qui a aussi affirmé que le raid « ne resterait pas impuni ».

En condamnant « l’agression terroriste sioniste », le groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas a lui dénoncé une « violation flagrante du droit international » et une « dangereuse escalade ».

La Russie, principal allié du président syrien Bachar al-Assad aux côtés de l’Iran, a estimé que la frappe sur Damas était « inacceptable ». Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra mardi une session publique à la demande de la Russie sur cette attaque, a annoncé le représentant russe à l’ONU Dmitri Polianski, cité par l’agence étatique Tass. « Après l’attaque aérienne israélienne contre le consulat iranien à Damas, les Iraniens ont demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de condamner cette action. En réponse à la lettre des Iraniens, nous avons demandé une réunion publique du Conseil de sécurité des Nations unies » qui a été programmée « le 2 avril à 15 heures, heure de New York » (19H00 GMT), a écrit Polianski sur Telegram cité par l’agence

La Chine, autre membre permanent du Conseil de sécurité, a également dénoncé la frappe, qui a irrité l’Arabie saoudite, poids lourd régional, et même les Emirats arabes unis, pays du Golfe qui a développé ses relations avec Israël depuis la normalisation de ces liens en 2020.

Pour leur part, les Etats-Unis ont indiqué à l’Iran qu’ils « n’étaient pas impliqués » dans le raid, selon un responsable américain cité par le site Axios.

« Dans cette situation régionale extrêmement tendue, il est vraiment de la plus haute importance de faire preuve de retenue car une nouvelle escalade dans la région n’est de l’intérêt de personne », a enfin déclaré Peter Stano, porte-parole du chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell.

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Interrogé lundi soir sur ce raid lors d’une conférence de presse, le porte-parole de l’armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari, a répondu qu’il « ne commentait pas les informations de la presse étrangère ».

Bien qu’Israël ne commente généralement pas ses frappes en Syrie, il a admis avoir effectué des centaines de sorties contre des groupes terroristes soutenus par l’Iran qui tentaient de s’implanter dans le pays au cours de la dernière décennie. L’armée israélienne affirme qu’elle s’attaque aux cargaisons d’armes supposées être destinées à ces groupes, au premier rang desquels le Hezbollah. En outre, les frappes aériennes attribuées à Israël ont visé à plusieurs reprises les systèmes de défense aérienne syriens.

De nombreux responsables militaires iraniens ont été visés dans le passé par des frappes en Syrie. Le raid de lundi est le cinquième à viser la Syrie en huit jours.

Peu après la frappe à Damas, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Herzi Halevi, a approuvé de nouveaux plans au quartier général du Commandement Nord à Safed, selon l’armée.

Les plans « pour la poursuite des combats » ont été approuvés lors d’une évaluation tenue par Halevi, le commandant du Commandement Nord, le général de division Ori Gordin, et des membres de l’état-major général, ajoute Tsahal.

Cette réunion intervient alors que le Hezbollah a lancé des attaques répétées contre le nord d’Israël et que des frappes israéliennes auraient été menées récemment en Syrie.

L’armée israélienne déclare avoir frappé plusieurs cibles du Hezbollah dans le sud du Liban au cours des dernières heures.

Les sites comprenaient un bâtiment utilisé par le groupe terroriste à Hanine, un autre bâtiment où des armes étaient stockées et d’autres cibles dans la montagne Hamames et à Ayta ash-Shab, a indiqué Tsahal, alors que le groupe terroriste poursuit ses tirs de roquettes et de missiles sur les bases de l’armée et les communautés israéliennes à la frontière.

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