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Interview

« La créativité est le fondement du judaïsme » : Yaacov Agam, père de l’art cinétique, reçoit le Prix Israël

En recevant son prix dans le musée qui porte son nom et qu’il a contribué à concevoir, avant la cérémonie de mercredi à Jérusalem, l’artiste de 97 ans a séduit ses admirateurs - et une journaliste du ToI

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Image principale : Yaacov Agam, artiste pionnier de l'art cinétique, recevant le Prix Israël le 20 avril 2026 au Musée d'art Yaacov Agam (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Image principale : Yaacov Agam, artiste pionnier de l'art cinétique, recevant le Prix Israël le 20 avril 2026 au Musée d'art Yaacov Agam (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Lundi matin, deux jours avant Yom HaAtsmaout, l’artiste Yaacov Agam, pionnier de l’art cinétique connu pour ses formes géométriques abstraites et éclatantes, est entré dans le musée qui porte son nom.

De petite taille, portant la barbe et coiffé d’un bonnet au crochet aux motifs graphiques multicolores en harmonie avec les œuvres exposées dans la salle, Agam est arrivé accompagné de sa famille pour recevoir le Prix Israël 2026 des arts visuels.

Ce prix est traditionnellement remis à l’occasion de la cérémonie nationale organisée pour Yom HaAtsmaout, qui a eu lieu mercredi. Mais cet artiste de renom, qui fêtera ses 98 ans dans trois semaines, est confiné dans un fauteuil roulant, ce qui l’empêche de se rendre à Jérusalem pour aller chercher son prix. Une cérémonie sur mesure a donc été organisée au musée Agam, à Rishon Lezion.

« Je voudrais le tenir entre mes mains », a lancé Agam en désignant le prix encadré qui venait de lui être remis par le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch. « Qu’est-ce qui est écrit ? »

Son assistant le lui a tendu, et notre journaliste lui a lu l’inscription à haute voix.

« M. Yaacov Agam compte parmi les figures éminentes et influentes du monde de l’art international et israélien. Son œuvre témoigne avec force de l’esprit de créativité et d’innovation israélien, de sa volonté de transcender les frontières, du lien entre tradition et modernité, ainsi que d’une perspective universelle », est-il écrit en hébreu dans le premier paragraphe.

Yaacov Agam, artiste pionnier de l’art cinétique, reçoit le Prix Israël le 20 avril 2026 au Musée d’art Yaacov Agam, en compagnie de la directrice du musée, Ruthi Maccabbee (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Agam s’est étonné de l’utilisation du mot « universel », se demandant pourquoi on avait utilisé le terme universali au lieu du mot hébreu olami.

« Quand je contemple mes œuvres, ce que je perçois va au-delà des pièces elles-mêmes », a expliqué Agam. « Il me suffit de tourner la tête pour découvrir quelque chose de différent. Rien n’est figé ici. C’est ça, la réalité. Dans d’autres formes d’art, la réalité est définie et limitée, mais pas ici : elle est ouverte, elle évolue et elle rapproche le spectateur de la réalité de l’hébreu et du judaïsme. »

Une description qui résume parfaitement la nature de l’art cinétique d’Agam, qu’il a souvent qualifié d’art en mouvement : ce n’est pas l’œuvre qui bouge, mais le spectateur.

« J’ai grandi avec un instinct créatif, et c’est là le fondement du judaïsme : ce sens de la créativité, l’idée que rien n’est immuable, que le changement dépend du point de vue du spectateur, et que l’apparence des choses évolue à chaque fois », a ajouté Agam.

Yaacov Agam, artiste pionnier de l’art cinétique, reçoit le Prix Israël des mains du ministre de l’Éducation Yoav Kisch, le 20 avril 2026, au Musée d’art Yaacov Agam (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Le fils du rabbin

Né Yaacov Gibstein avant de prendre le nom de jeune fille de sa mère, Agam, l’artiste a vu le jour en Palestine mandataire, d’un père rabbin et kabbaliste.

D’abord formé à l’Académie d’art et de design Bezalel, il a rejoint Zurich en 1949 pour y poursuivre ses études. Il s’est ensuite installé à Paris, où il est resté plusieurs décennies.

Agam s’est rapidement fait connaître pour son art et son travail de sculpteur. Ses œuvres ont ainsi été exposées à la première Biennale de Paris, au Museum of Modern Art de New York, au Guggenheim, au Centre Pompidou et dans de nombreuses autres institutions.

Photo d’Agam Yaacov, artiste israélien, allongé sur l’une de ses œuvres au Centre Georges Pompidou, le 28 juin 2003, à Paris, où ses sculptures cinétiques sont exposées. (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Agam a acquis sa renommée grâce à ses sculptures monumentales et colorées, parmi lesquelles « Double Métamorphose III », la fontaine du quartier de La Défense à Paris, et la fontaine « Feu et Eau » qui orne la place Dizengoff de Tel Aviv.

Interrogé lundi au sujet justement de cette fontaine de la place Dizengoff, Agam a évoqué les innombrables facettes qui se dessinent à chaque mouvement de l’œuvre.

« C’est la réalité qui change ; cela permet d’ouvrir l’esprit, la créativité, la compréhension et l’expression de la réalité de manière différente », a-t-il affirmé à propos de la fontaine.

Yaacov Agam's iconic fountain in Dizengoff Square in Tel Aviv (photo credit: Michal Dahan)
La célèbre fontaine de Yaacov Agam sur la place Dizengoff à Tel Aviv. (Crédit : Michal Dahan)

(En 2016, la fontaine a été retirée de la place Dizengoff pour être rénovée, puis remise en place deux ans plus tard ; elle n’a toutefois pas retrouvé ses couleurs d’origine ni son mécanisme hydraulique, ce qui suscite régulièrement des plaintes de la part des habitants de Tel Aviv. Lors de sa rencontre avec Agam, Kisch a déclaré qu’il « se pencherait sur la question ».)

La deuxième maison d’Agam

Agam et sa famille ont davantage d’influence au Musée d’art Yaacov Agam, qui a ouvert ses portes en 2019 suite à une proposition de l’artiste à la ville de Rishon Lezion, dans laquelle il a grandi dans les années 1930 et 1940.

Pour Agam, le musée est désormais une « deuxième maison ». Il abrite ses œuvres et se fait le garant de son héritage.

Agam s’est profondément impliqué dans sa conception, collaborant avec l’architecte David Nofar pour dessiner les lignes anguleuses et les espaces du bâtiment, notamment le pavillon extérieur où sont exposés les 29 « Piliers de Clila », nommé en hommage à sa défunte épouse.

Les piliers de Clila au Musée d’art Yaacov Agam, le 20 avril 2026. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Ses œuvres sculpturales en relief, les « Agamographes », tapissent les murs. Au sol, le « Panoramagam », long de plus de 22 mètres, serpente sur toute la galerie. Au centre de celle-ci se dresse une « Échelle de Jacob » : un pilier bleu, rouge et blanc qui se reflète dans les miroirs environnants.

« Je compare toujours cet endroit à un aquarium de couleurs », a confié Ruthi Maccabee, la directrice du musée.

Maccabee et son équipe, qui gèrent le musée pour le compte de la municipalité, forment une sorte de famille élargie pour Agam. Tous étaient enchantés de le voir en personne, et n’ont pas manqué d’immortaliser l’instant en prenant des selfies.

Maccabee, qui se décrit elle-même comme une « Agamophile », a raconté que l’artiste n’était pas un très bon élève, et qu’il lui arrivait souvent de s’échapper de l’école pour se rendre dans les dunes de Rishon Lezion lorsque celles-ci, avec leurs sables en mouvement, faisaient encore partie intégrante du paysage.

C’est là qu’Agam a remarqué comment le vent transformait les dunes, leur faisant prendre une apparence différente à chaque instant.

C’est ce vent qui a été sa source d’inspiration, a ajouté Maccabee. Il l’attribuait à la Torah, affirmant que Dieu avait créé les dunes et les humains, qui sont eux aussi capables de créer.

Des visiteurs au musée d’art Yaacov Agam à Rishon LeZion, le 21 août 2018. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

L’une des œuvres les plus récentes d’Agam exposées au musée, « Desert and Bloom » (2010), évoque, sous un certain angle, des dunes de sable couleur ocre, mais se pare, sous un autre angle, du vert éclatant des plantes et des herbes.

« La réalité change sans cesse, de même que notre vision des choses », a souligné Agam. « Le judaïsme a toujours été le fil conducteur de mon œuvre, car mon père était rabbin ; il a toujours été question de valeurs, de la vision du monde propre au judaïsme. »

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