Les secouristes bénévoles tirent les enseignements de l’attentat de Bondi Beach
Le responsable d'une association bénévole juive de premiers intervenants conseille aux communautés de se préparer aux catastrophes en travaillant sur les attaques, pour une meilleure réponse
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The Conversation via Reuters — L’attaque terroriste de Bondi Beach de 2025 fut bien différente des autres actes terroristes. Ce qui frappe, c’est la réaction.
Aux côtés des maîtres-nageurs, médecins et infirmiers qui ne travaillaient pas à ce moment-là, des passants ont travaillé avec les ambulanciers, secouristes et autres premiers intervenants communautaires pour trier et soigner les blessés. Au total, 15 personnes ont été tuées lors de cet attentat contre une fête de Hanoukka, en plus de l’un des hommes armés.
Je suis moi-même ambulancier, médecin, chercheur et responsable clinique de Community Health Support – une association bénévole de premiers intervenants médicaux créée par la communauté juive de Sydney. J’ai formé nos équipes à une catastrophe comme celle-ci pendant quatre ans, et j’ai aidé à coordonner la réponse d’urgence de l’organisation à Bondi ce jour-là.
Dans un article publié dans le Medical Journal of Australia, mes collègues et moi décrivons comment notre organisation s’est préparée et a réagi au moment de l’attentat de Bondi et comment nous avons aidé notre communauté à se rétablir, sans faire l’impasse sur les enseignements que nous en avons tirés.
Comment la journée s’est déroulée
À 18h42 le 14 décembre 2025, deux hommes armés tirent sur une foule de quelque 600 personnes juives en train de célébrer Hanoukka à Bondi Beach, la fameuse plage de Sydney.
En l’espace de quelques minutes, les lignes d’urgence sont submergées.
Des personnes qui se trouvent hors de portée des balles commencent à donner les premiers secours à leurs amis et proches blessés.
Sur la plage, des maîtres-nageurs et sauveteurs bénévoles se précipitent pour porter secours aux 42 survivants blessés qui seront plus tard transférés à l’hôpital, ainsi qu’aux nombreux autres blessés pris en charge sur place. Des médecins, des infirmières et des bons samaritains, qui se trouvaient simplement là, ont également répondu présents. Ces intervenants spontanés ou ce qu’on appelle « zéro intervenants » étaient là avant les « premiers intervenants » tels que les équipes d’ambulance, les secouristes de soutien communautaire et la police.
Deux minutes après que la police a déclaré que les lieux étaient sûrs, le commandant avancé du Community Health Support est arrivé avec les secouristes des services d’ambulance de Nouvelle-Galles du Sud. Il a transmis par radio qu’il était sûr pour notre équipe de 19 intervenants, située à 500 mètres de là, de le suivre.
Voici ce que nous avons appris en portant secours, sur place, aux survivants.
Les blessures dues à des attentats terroristes sont différentes
Hélas, les événements de Bondi Beach ont confirmé une chose que les experts avaient récemment suggéré, à savoir que les blessures occasionnées par les attentats terroristes diffèrent de celles observées en zone de guerre, alors même que ce sont globalement les mêmes armes qui sont utilisées. Mais les soldats portent des gilets balistiques et des casques, ce qui explique que lorsqu’ils sont touchés, ils le soient en général aux bras ou aux jambes.
Lorsque des victimes civiles sont touchées par balle, lors d’un attentat terroriste, il est plus probable qu’elles le soient au torse ou à la tête, des blessures plus mortelles. Ce type de blessures rend également beaucoup plus difficile l’arrêt de saignements potentiellement mortels.
Pour les membres qui saignent abondamment, il existe un type de garrot qui peut littéralement sauver des vies. Ce garrot artériel est un dispositif proche d’un bandage muni d’un guindeau (une tige d’enroulement) au centre pour le serrer et comprimer l’artère.
Ces dispositifs ont été couramment utilisés pendant les guerres d’Irak et d’Afghanistan et sont emblématiques de la médecine militaire.
Tous les intervenants du Community Health Support et les secouristes avaient de tels garrots dans leur trousse médicale d’urgence à Bondi. Malheureusement, ces garrots ne peuvent pas être improvisés avec des ceintures ou des vêtements – cela ne marche pas. Il n’a fallu que très peu de garrots artériels compte tenu du type de blessures infligées.
Pour les patients avec un traumatisme pénétrant au torse, le seul moyen de les sauver est le bloc opératoire, au plus vite.
Il a fallu prioriser
Les bénévoles du Community Health Support et les ambulanciers de Nouvelle-Galles du Sud sont formés au triage en cas d’événements de forte létalité, tels qu’un attentat terroriste. Cela consiste à prioriser et décider de qui sera pris en charge en premier afin d’éviter que les personnes les plus grièvement blessées ne se vident de leur sang.
Pour un observateur extérieur, cela peut sembler dur, mais nous ne faisons quasiment jamais de réanimation cardio-pulmonaire lors d’incidents à masse avec des blessés par balle ou des victimes poignardées.
La réanimation cardio-pulmonaire fonctionne lorsque le cœur de la victime est le premier organe à s’arrêter, ou qu’une victime a cessé de respirer par manque d’oxygène. Malheureusement, lorsque le sang ne peut plus circuler en raison d’une hémorragie causée par une balle ou un coup de couteau, la réanimation cardio-pulmonaire est vaine.
Nous avons constaté qu’il était émotionnellement difficile de continuer à soigner les patients prioritaires lorsque d’autres demandaient de l’aide pour réanimer des victimes dont les blessures étaient insurmontables.
Les services d’urgence utilisent leur propre système de triage en cas d’incidents de masse avec de nombreuses victimes. Les patients sont étiquetés en rouge s’ils sont critiques, en jaune s’ils sont urgents, en vert lorsqu’ils peuvent se déplacer et enfin en noir lorsqu’ils sont décédés.
Toutefois, nous avons estimé qu’il n’était psychologiquement pas souhaitable de demander à nos bénévoles d’étiqueter leurs propres amis et proches « décédés ». Dans le cadre de la préparation à des incidents de masse de ce type, nous appliquons le système de triage dit des « dix secondes », emprunté au Royaume-Uni. Les patients sont triés plus rapidement (en dix secondes environ) et répertoriés comme « ne respirant pas », et non comme « décédés ». Ils sont placées sur le côté jusqu’à ce qu’il y ait suffisamment de soignants qualifiés pour envisager une réanimation cardio-pulmonaire (après avoir priorisé les patients vivants victimes d’hémorragies importantes).
Nous avons fait face à des risques inconnus
Moins d’une heure après le début de la fusillade, la police a trouvé plusieurs engins explosifs improvisés non détonés (des bombes artisanales) et a commencé à évacuer les patients et les secouristes.
Ce qui met à mal l’idée traditionnelle, adoptée pendant la guerre froide, de classer les zones en zones chaudes, tièdes ou froides. À l’époque, il s’agissait de classifier ainsi le niveau de risque pour les sauveteurs entrant dans une zone où une arme nucléaire ou chimique avait explosé. Cette réflexion, qui consiste à catégoriser les domaines selon une perception immuable du risque, perdure encore aujourd’hui. Mais elle a un petit inconvénient : les terroristes ne respectent pas les règles, et les situations évoluent rapidement.
Nous pensons que ces bombes artisanales auraient pu être utilisées pour blesser les intervenants venus porter secours aux blessés. Par le passé, de telles secondes vagues d’attentats terroristes ont en effet pris pour cibles les premiers intervenants.
Pour l’avenir, il faut penser au risque comme à une chose qui change et se manifeste en « phases », et non en zones. Ce qui implique que les secours soient en alerte constante et gardent des équipes en réserve en cas d’autres attentats à proximité.
Des pistes pour l’avenir
Il est essentiel que les communautés se préparent aux catastrophes. Grâce à la préparation, nos secours, mais aussi les ambulanciers et les hôpitaux des environs ont été à la hauteur lors d’une journée extrêmement difficile.
En réfléchissant aux enseignements de tels événements, nous continuons à les partager avec nos collègues médecins spécialistes des catastrophes à l’échelle mondiale.
Nous espérons que ces enseignements aideront les communautés à se préparer aux tragédies qui ne manqueront pas de se produire.
Aidan Baron est maître de conférences associé en paramédecine à l’Université de Tasmanie, à l’Université de Notre Dame en Australie et à l’Université de Kingston.
The Conversation est une collaboration entre universitaires et journalistes qui publie des sujets sur la science, la santé, la politique, l’environnement et bien d’autres sujets encore.
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