« La haine obsessionnelle à l’égard d’Israël abîme les États-Unis » – Rabbin Ammiel Hirsch
Lors de Yom Kippour, la figure du judaïsme réformé a attiré l'attention sur le regain d'antisémitisme et prié les électeurs juifs de voter pour les candidats qui les défendent
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — Lundi, le rabbin Ammiel Hirsch, l’une des figures majeures de la communauté réformée aux États-Unis, a, à l’occasion de son discours de Yom Kippour, appelé les juifs à conditionner leur soutien aux responsables politiques. Il a également exhorté la jeunesse juive à agir face à l’hostilité croissante à laquelle ils font face dans le pays, tout en estimant que la haine à l’égard d’Israël corrompait la société américaine.
« Mon conseil à la communauté juive est de ne voter que pour les candidats qui nous soutiennent et partagent notre vision libérale de l’Amérique. Ne donnez plus aux organisations qui, par le passé, ont pu être nos alliées mais nous ont trahis après le 7-Octobre », a-t-il déclaré.
Ammiel Hirsch est un leader du mouvement réformé d’Amérique du Nord et le principal rabbin de la synagogue Stephen Wise Free de Manhattan, l’une des institutions réformées les plus célèbres de la ville.
Ces dernières années, il a régulièrement pris position en faveur maintien d’un lien fort avec Israël et s’est opposé au militantisme anti-sioniste, au moment-même où la communauté réformée — la plus importante branche du judaïsme aux États-Unis — fait face à des discriminations, de l’activisme anti-sioniste et un climat politique hostile.
Dans son discours pour Yom Kippour, il a fait le lien entre les persécutions subies par les juifs tout au long de l’histoire et les discriminations actuelles : « Être juif, c’est faire partie d’une nation à laquelle les autres veulent du mal. »
« Cette hostilité généralisée contre les juifs n’a en soi rien de nouveau mais elle est nouvelle pour nous. Nous avons grandi dans ce qui a été décrit comme ‘l’âge d’or’ du judaïsme américain », a-t-il affirmé, selon le texte transmis au Times of Israel avant son allocution. « C’est ce changement clair et manifeste qui nous perturbe tant. »
À New York, les juifs sont davantage victimes de crimes de haine que tout autre groupe, avec cette année pas moins de 229 actes antisémites confirmés, selon la police de New York (NYPD).
Ammiel Hirsch a indiqué que la haine d’Israël et l’animosité envers les juifs au sein du monde politique et intellectuel, mais aussi sur Internet, nuisaient à la société américaine. D’autres responsables juifs, à l’instar de l’historienne Deborah Lipstadt, ont redit que l’antisémitisme était l’un des signeaux avant-coureurs de la détérioration d’une société.
« La haine à l’égard des juifs nuit à l’Amérique. Nous ne sommes pas seulement inquiets pour nous-mêmes, nous sommes inquiets pour le pays que nous aimons », a déclaré M. Hirsch. « Cette détestation obsessionnelle et totalement déséquilibrée d’Israël corrompt les valeurs américaines. Si on la laisse se propager, ce ne sont pas seulement les juifs qui en paieront le prix, mais toute l’Amérique. »
Le rabbin a appelé les juifs à « rester et se battre » pour les États-Unis, New York et la communauté juive américaine, en manifestant, en prenant la parole, en faisant du lobbying et en s’engageant en politique.
« Ne soyez pas esclaves de coteries politiques. La haine existe tout autant à droite qu’à gauche », a-t-il souligné.
Son discours prend place dans un contexte politique tendu pour les juifs situés au centre du spectre politique. La majorité des juifs américains, et une grande majorité des juifs réformés, sont démocrates. Le virage d’une partie de la formation contre Israël met de nombreux démocrates juifs en position difficile, contraints de trouver un équilibre entre leur fidélité au parti et leurs craintes envers la sécurité de leur communauté.
Le candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, Abdul El-Sayed, inquiète lui aussi la communauté en raison de ses critiques virulentes d’Israël, de sa proximité avec le streamer extrémiste Hasan Piker et de certaines de ses déclarations qui ont donné le sentiment de justifier la tentative d’attentatterroriste contre une synagogue.
Sa candidature, qui pourrait déterminer la majorité au Sénat, ne cesse d’inquiéter de nombreux électeurs juifs de cet État. Certains d’entre eux ont demandé au Parti démocrate d’entériner une liste de principes « non négociables » sur la sécurité des juifs, d’autres ont rompu avec le parti et d’autres, encore, pressent la communauté à voter pour lui.
À New York, plusieurs candidats anti-sionistes ont remporté les élections à la Chambre des représentants ou des mandats locaux. Darializa Avila Chevalier, qui avait participé à un rassemblement de célébration, le 8 octobre 2023, au lendemain du pogrom du Hamas, a remporté cette année la primaire démocrate pour la circonscription adjacente à la synagogue.
« Mieux vaut continuer à soutenir les causes qui promeuvent le bien-être général de tous les Américains », a déclaré Ammiel Hirsch. « Mais avant de donner votre temps ou vos ressources financières, renseignez-vous, faites des recherches et demandez à ces organismes ce qu’ils pensent des juifs, d’Israël et du 7-Octobre. »
Il a invité les jeunes juifs à prendre position « sur le terrain des idées et des valeurs ».
Les sondages montrent que les jeunes juifs américains sont plus critiques envers Israël que leurs aînés, mais que certains d’entre eux se sont mobilisés face aux tensions, comme sur le campus voisin de l’Université Columbia.
« Vous avez la possibilité d’être une grande génération. Les temps difficiles révèlent des forces que nous ne soupçonnions pas. Soyez héroïques », a lancé le rabbin. « Rejoignez le combat. Ne restez pas en retrait. C’est la meilleure définition d’un héros : une personne qui, lorsqu’on a besoin d’elle, ne reste pas les bras croisés. »
Dans un entretien, Ammiel Hirsch a indiqué que son appel à réexaminer les soutiens politiques n’avait rien de polémique.
« C’est le principe même de la politique. Vous soutenez les personnes qui partagent vos valeurs et veulent les faire avancer, et vous vous opposez à celles qui s’y opposent », a-t-il rappelé.
Il a ajouté être apolitique, ne pas « dire aux gens pour qui voter », reconnaître que les électeurs sont motivés par tout un tas de sujets et considérer l’antisémitisme comme un problème tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique.
« Cela impose aux membres de la communauté juive américaine qui soutiennent des candidats une obligation supplémentaire de dire la vérité aux leurs, de recadrer leur propre camp », a-t-il indiqué. « Je ne pense pas que ce soit une bonne stratégie politique pour un groupe électoral d’être considéré comme acquis, et ce n’est pas non plus une bonne stratégie pour les juifs américains. »
Il a qualifié la haine à l’égard d’Israël de « déséquilibrée, obsessionnelle et réflexe », estimant qu’elle reprenait des préjugés antisémites en traitant l’État juif comme « l’opposé de tout ce que vous estimez bon et noble ».
Un tel antisémitisme, dans toutes les sociétés où il s’est manifesté, a fini par dégrader la société elle-même, a-t-il conclu.
M. Hirsch a ajouté que malgré ses « difficultés », Israël demeurait un allié des États-Unis, faisait partie du monde occidental et « affrontait des forces hostiles à l’Occident ».
« Israël mène le combat civilisationnel contre ceux qui entendent détruire la civilisation occidentale », a-t-il affirmé. « La haine obsessionnelle et aveugle s’oppose à la raison et au pluralisme, lesquels sont au cœur de la civilisation occidentale. »
la Communauté du Times of Israël !







