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Au Yémen en guerre, des milliers de familles reprennent les chemins de l’exil

En deux semaines, 57 000 enfants ont été déplacés à l'intérieur du Yémen et 243 écoles ont fermé, affectant plus de 137 000 élèves, selon l'Unicef

Des Yéménites déplacés transportant de l'eau dans le camp d'Al-Firdaws, à Ras Imran, dans la banlieue ouest d'Aden, au Yémen, le 21 septembre 2026. (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP Photo)
Des Yéménites déplacés transportant de l'eau dans le camp d'Al-Firdaws, à Ras Imran, dans la banlieue ouest d'Aden, au Yémen, le 21 septembre 2026. (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP Photo)

Prises au piège par la reprise des affrontements au Yémen, des milliers de familles ont quitté leur domicile ces dernières semaines, souvent pour la deuxième, voire la troisième fois depuis le début du conflit il y a 12 ans.

Assise à même le sol dans une tente du camp d’Al-Farsi, près d’Aden, Arwa raconte avoir parcouru 200 kilomètres sur une moto avec son mari et ses quatre enfants pour fuir la ville de Mokha (ouest), devant l’avancée des combattants du groupe terroriste chiite yéménite soutenu par la République islamique d’Iran, il y a moins de deux semaines.

« Nous n’avons pas trouvé d’autre moyen de transport. […] Nous sommes restés dehors dans le froid, sans vêtements pour nous réchauffer », confie-t-elle à l’AFP.

La famille a fait étape à Al-Arah, dans le gouvernorat de Lahj, puis a rejoint les environs d’Aden, où le gouvernement yéménite soutenu par l’Arabie saoudite a établi son siège provisoire.

Dans le camp d’Al-Farsi, les tentes abritent le peu de biens que les familles ont pu emporter lors de leur fuite : des matelas, des ustensiles de cuisine, quelques vêtements.

« Nous manquons de beaucoup de choses, de ventilateurs, de pain pour les enfants. Nous avons besoin de tout. Nous vivons dans une tente sous une chaleur accablante », regrette Arwa.

Des Yéménites déplacés recevant des soins médicaux au camp d’Al-Firdaws à Ras Imran, dans la banlieue ouest d’Aden, au Yémen, le 21 septembre 2026. (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP Photo)

Déjà contrainte à l’exil il y a neuf ans à cause de la guerre, elle « espère que la situation s’améliorera » et qu’elle retrouvera sa maison.

« Il y a actuellement plus de 8 800 personnes hébergées dans des tentes fournies par les autorités » dans le camp d’Al-Farsi, indique à l’AFP Armen Yedgaryan, représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

« Nous voyons arriver des camions-citernes, mais le site a désespérément besoin de davantage d’aide », alerte-t-il.

Sur place, des organisations internationales, dont le Programme alimentaire mondial, distribuent des repas aux personnes déplacées.

Arwa a reçu du riz pour nourrir ses enfants, mais regrette que sa fille de 7 ans, la seule en âge d’être scolarisée, ne puisse plus aller à l’école.

Un Yéménite déplacé préparant un repas au camp d’Al-Firdaws à Ras Imran, dans la banlieue ouest d’Aden, au Yémen, le 21 septembre 2026. (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP Photo)

Enfants déscolarisés 

Depuis le camp d’Al-Firdaws, à l’ouest d’Aden, où 770 personnes se sont réfugiées ces deux dernières semaines, Obia Atchieng, représentant du bureau de l’Unicef au Yémen, souligne que les pénuries ne concernent pas que les produits de première nécessité.

« La plupart des enfants étaient scolarisés » avant d’arriver mais ne le sont plus, explique-t-il. Son équipe a récemment visité le camp « afin d’évaluer la possibilité de proposer des services éducatifs ».

En deux semaines, 57 000 enfants ont été déplacés à l’intérieur du Yémen et 243 écoles ont fermé, affectant plus de 137 000 élèves, selon l’Unicef.

Avant la récente reprise des hostilités, 3,2 millions d’enfants yéménites en âge d’aller à l’école n’étaient pas scolarisés.

Le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, après plusieurs années d’accalmie, et a été entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran.

Des motards passant sous un panneau publicitaire représentant le chef houthi Abdul Malik al-Houthi, accompagné d’une inscription en arabe signifiant « maître des paroles et des actes », à Sanaa, au Yémen, le 21 septembre 2026. (Crédit : Osamah Abdulrahman/AP Photo)

Les Houthis, qui contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa, ont progressé sur la côte ouest en quelques jours, faisant des centaines de morts et près de 130 000 déplacés, selon des chiffres publiés lundi par l’ONU.

Les terroristes yéménites contrôlent désormais tout le littoral bordant la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, qui relie l’Asie à l’Europe via le canal de Suez.

La guerre avait éclaté en 2014 après la prise de Sanaa puis d’autres régions par les Houthis, déclenchant en mars 2015 une intervention militaire menée par l’Arabie saoudite, avant la signature d’une fragile trêve en 2022.

« En larmes »

À Mokha, certains ont décidé de rester, malgré l’arrivée des Houthis. Un père de famille de 39 ans raconte ainsi avoir renoncé à fuir cette fois-ci, après avoir déjà connu l’exil.

« Nous avions été contraints de quitter Hodeida il y a huit ans », explique-t-il.

Ses enfants sont nés ensuite et n’ont jamais été confrontés aux hostilités.

Des partisans des terroristes houthis du Yémen scandant des slogans lors d’un rassemblement organisé à Sanaa, au Yémen, le 18 septembre 2026, pour manifester leur soutien au groupe terroriste et protester contre les accusations de l’Arabie saoudite selon lesquelles les Houthis auraient pris pour cible le lieu le plus sacré de l’islam, La Mecque. (Crédit : Osamah Abdulrahman/AP)

« Les bruits d’explosions, c’était nouveau pour eux. Aujourd’hui, le moindre bruit un peu fort les perturbe, même s’il ne s’agit que d’une moto. Ils courent vers moi, pris de panique », confie-t-il à l’AFP.

« J’essaye de les rassurer, de les convaincre qu’il n’y a pas de danger. Mais même quand ils sont dans mes bras, je sens leurs cœurs battre à toute vitesse. »

Mère de deux enfants âgés de 8 et 10 ans, Noha a quant à elle dû quitter al-Khokha, ville de l’ouest du pays prise par les Houthis il y a moins de deux semaines, pour se réfugier chez la famille de son mari à Aden.

« Je me suis effondrée en larmes quand mon mari m’a dit que nous devions partir », confie-t-elle.

« Comme je pleurais, les enfants pleuraient aussi. Nous sommes partis en bus […] et je n’ai pas réussi à les rassurer. »

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