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Des enfants de migrants et de demandeurs d'asile africains nés en Israël manifestant contre la ségrégation scolaire à Tel Aviv, le 1er septembre 2021. (Crédit : Levinsky Garden Library)
Des enfants de migrants et de demandeurs d'asile africains nés en Israël manifestant contre la ségrégation scolaire à Tel Aviv, le 1er septembre 2021. (Crédit : Levinsky Garden Library)

En Israël, les demandeurs d’asile éthiopiens menacés d’expulsion

Alors qu’ils ont fait leur vie en Israël, des milliers de réfugiés ont vu leur protection révoquée par décision de justice. L’ONG HIAS tente d’empêcher leur expulsion vers l’Éthiopie

JTA — Lorsque Endalkew Yemani Tesma a fui l’Éthiopie, en 2005, il ne savait pas ce qui l’attendait, en chemin pour Israël, ni qu’une fois arrivé, il passerait une vingtaine d’années sans statut permanent.

Passé par le Soudan, la Libye, puis à nouveau le Soudan, il est arrivé en Israël en 2008 par la péninsule du Sinaï, en Égypte. Là-bas, raconte Yemani Tesma, il a été fait prisonnier et maltraité par des trafiquants bédouins, un traitement que les organisations de défense des droits des réfugiés en Israël retrouvent chez tous ceux qui empruntent cette même route.

Après avoir demandé l’asile en raison des troubles civils dans son pays d’origine, Yemani Tesma a reçu un visa 2(a)5, permis renouvelable qui permet aux demandeurs d’asile de rester sur le territoire israélien le temps de l’examen de leur dossier. Il s’est installé à Jérusalem, a épousé une autre demandeuse d’asile éthiopienne et a fondé une famille. Ses enfants vont dans des écoles israéliennes et sont devenus, ce qui est très important pour eux, des Israéliens. Certes, ils ne sont pas juifs, mais leur première langue est l’hébreu, et ils ont appris l’histoire d’Israël, les traditions et les fêtes juives.

Yemani Tesma travaille dans un restaurant de houmous à Jérusalem, le genre d’emploi qui, selon lui, permet de payer les factures et de subvenir aux besoins de ses six enfants, rien de plus. Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, y a mangé une fois, raconte Yemani Tesma : « Et il n’a même pas essayé de me faire expulser. »

Malgré tout, Yemani Tesma et sa famille sont en danger.

Une décision de la Cour suprême de décembre dernier a en effet autorisé la révocation de leur protection collective. Après toutes ces années, et son impression d’avoir trouvé une oasis de sécurité, la famille est aujourd’hui menacée d’expulsion. Pour éviter que cela n’arrive, une organisation juive fondée à l’origine pour aider les Juifs fuyant les pogroms d’Europe de l’Est a porté plainte contre le gouvernement israélien.

Endalkew Yemani Tesma risque l’expulsion. (Crédit : Theia Chatelle/ JTA)

Un très petit nombre de bénéficiaires du statut de réfugié

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, en Israël, le taux d’octroi du statut de bénéficiaire d’asile est de plus ou moins 0,1 %, ce qui représente cinq personnes par an.

Ce chiffre est si faible que Sigal Rozen, la coordinatrice des politiques publiques au sein de l’ONG israélienne Hotline for Refugees and Migrants, qu’elle a co-fondée en 1998, peut donner les noms et prénoms des personnes dont la demande a été acceptée. À titre de comparaison, au sein de l’Union européenne, le taux d’octroi du statut de bénéficiaire d’asile s’est élevé à 39 % en 2025.

Selon elle, l’extreme longueur des procédures, allant jusqu’au report des décisions pendant des années, est délibéré. « Ils veulent rendre la vie difficile pour que les gens abandonnent et repartent », assure-t-elle.

Selon l’Autorité de la population et de l’immigration d’Israël (PIBA), 1 334 demandes d’asile de ressortissants éthiopiens sont actuellement en attente. Et les Éthiopiens ne représentent qu’une partie de la population en quête d’asile. Environ 30 000 demandeurs d’asile vivent en Israël, un pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants. La plupart de ces demandeurs d’asile sont Érythréens et Soudanais, arrivés en Israël via le Sinaï avant qu’Israël ne termine sa barrière frontalière avec l’Égypte, en 2013.

Les Érythréens continuent de bénéficier, à titre collectif, d’une protection contre les expulsions, car Israël reconnaît que les conditions de vie dans leur pays sont trop dangereuses pour les y renvoyer. De surcroit, la plupart des Soudanais ont obtenu un statut par voie judiciaire, Israël n’ayant pas de relations diplomatiques officielles avec Khartoum et ne pouvant les y expulser.

Les Éthiopiens, eux, n’ont aucune protection de cet ordre.

Israël avait accordé une protection collective aux ressortissants éthiopiens au moment de la guerre civile entre les forces armées éthiopiennes et le Front de libération du peuple du Tigré, en novembre 2021. En janvier 2024, le ministre israélien de l’Intérieur de l’époque, Moshe Arbel, l’a retirée, estimant que les conditions de sécurité en Éthiopie étaient suffisamment bonnes pour que ses ressortissants y retournent.

Arbel a refusé d’être interviewé pour les besoins de cet article.

Le ministre de l’Intérieur Moshe Arbel assistant à une séance plénière, à la Knesset, à Jérusalem, le 24 juillet 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En décembre 2025, la Cour suprême a confirmé cette décision, rejetant un appel formé par la Hotline, HIAS Israel et l’Organisation d’aide aux réfugiés et demandeurs d’asile en Israël. Le collège de trois juges leur a donné quatre mois pour quitter le territoire.

Depuis lors, la PIBA a commencé à ressortir des dossiers — certains d’entre eux inertes depuis des années — pour les rejeter et enjoindre les demandeurs d’asile de quitter le pays sous peine d’expulsion.

Les Éthiopiens dont les demandes ont été refusées peuvent désormais être placés en détention s’ils se rendent dans un service public pour quelque raison que ce soit, explique Shahar Mandil, responsable du plaidoyer politique au Forum des organisations de réfugiés et demandeurs d’asile en Israël. Certains ignorent que leur demande a été refusée, car les avis ont été envoyés à des adresses e-mail qu’ils n’utilisent plus ou à des avocats qui ne les représentent plus.

« La décision concernant la demande d’asile est transmise par les canaux fournis par le demandeur d’asile », rappelle à la Jewish Telegraphic Agency la PIBA. « Il incombe au demandeur d’asile de maintenir ces coordonnées à jour », ajoutant que les demandeurs d’asile dont la demande a été refusée sont priés de quitter le pays.

Du point de vue de la PIBA, les conditions de vie en Éthiopie ne justifient plus de protection collective et les demandeurs d’asile peuvent retourner dans la capitale, Addis-Abeba, d’autres régions demeurant en effet instables.

En vertu du droit international des réfugiés, un État peut refuser une demande d’asile en faisant valoir que le demandeur pourrait s’installer dans un endroit plus sûr ailleurs dans son pays d’origine (concept connu sous le nom d’alternative de fuite interne). Mais cet argument s’accompagne d’une exigence, souligne Nimrod Avigal, directeur de l’assistance juridique chez HIAS Israel : « Il faut démontrer que cette personne peut réellement se déplacer à l’intérieur du pays. »

Yordanos, qui a refusé de donner son nom de famille de crainte de se faire expulser, explique qu’il n’est pas possible d’aller ailleurs en Éthiopie. « Nous ne pouvons pas nous déplacer d’un endroit à un autre », poursuit-elle. « À n’importe quel point de contrôle policier, on peut se faire arrêter : tout dépend de qui l’on est et d’où l’on vient ». Quant à Addis-Abeba, ajoute-t-elle, « Même si c’était sûr, ce n’est pas possible. On ne peut pas faire vivre 130 millions de personnes à Addis », en parlant de la population éthiopienne totale.

Yordanos, qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas utilisé par crainte d’une expulsion, regarde vers les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. Ses enfants et elle risquent d’être expulsés d’Israël. (Theia Chatelle/ JTA)

Yordanos est arrivée en Israël en 2022 après avoir obtenu un visa pour un pèlerinage religieux à Jérusalem, ce que nombre de demandeurs d’asile éthiopiens ont fait, expliquent-ils à la JTA. Son mari et elle ont fait des études universitaires et dirigé une entreprise qui les a amenés dans plus de 11 pays. En Israël, elle fait des ménages.

Israël avait jusque-là toujours soutenu les droits des réfugiés

Le 22 septembre prochain, le tribunal de Tel-Aviv examinera un recours formé dans le but d’empêcher l’expulsion des Éthiopiens non juifs qui se trouvent en Israël. Selon le recours de HIAS Israel, le gouvernement n’a pas mis en place de mécanisme permettant aux demandeurs d’asile de revendiquer leur protection contre le refoulement en vertu du principe de non-refoulement, lequel interdit aux États de renvoyer des personnes vers des pays dans lesquels elles courent un danger.

HIAS a été fondée en 1881 sous le nom de Hebrew Immigrant Aid Society pour venir en aide aux Juifs fuyant les persécutions dans l’Empire russe. Au cours du siècle suivant, l’organisation a apporté son aide aux réfugiés juifs fuyant les pogroms et la Shoah. Lorsque le rythme de l’immigration juive a ralenti, dans les années 2000, l’organisation a étendu son champ d’action aux réfugiés non juifs, notamment syriens, afghans, ukrainiens et somaliens, et retiré le mot « Hebrew » de son nom en 2014.

Sa filiale israélienne représente désormais des demandeurs d’asile non juifs, avec le gouvernement de l’État juif pour défendeur.

Des enfants immigrés d’Éthiopie montrant leurs marionnettes au centre de villégiature de Nir Etzion, dans le nord d’Israël, le 11 octobre 2023. (Crédit : Embet Chekol/Agence juive)

Israël a été l’un des premiers pays à ratifier la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, et des juristes israéliens ont participé à sa rédaction, à commencer par Jacob Robinson, un conseiller juridique d’origine lituanienne auprès de la délégation d’Israël à l’ONU, qui a joué un rôle central dans son élaboration.

Le principe au cœur de cette convention est le non-refoulement — aucun État ne peut renvoyer une personne vers un pays dans lequel elle court un danger grave. Les tribunaux israéliens s’appuient sur ce qu’Anat Ben-Dor, enseignante clinique à la Refugee Rights Clinic de l’Université de Tel-Aviv, qui traite actuellement plusieurs dossiers éthiopiens, appelle une présomption d’interprétation : « Sauf disposition de loi contraire claire, le gouvernement est présumé se conformer au droit international. »

Selon James Loeffler, professeur Felix Posen d’histoire juive moderne à l’Université Johns Hopkins, qui étudie l’influence du judaïsme dans la construction du système des droits humains dans l’après-guerre, les personnes à l’origine de ces règles ne valideraient pas ce qu’Israël fait aujourd’hui.

Robinson et ses contemporains « étaient attachés au non-refoulement. Ils y voyaient le principe suprême : ils seraient incroyablement déçus de voir qu’Israël renvoie des milliers de personnes vers un pays où elles font encore face à un grave danger », explique Loeffler.

Tout le monde ne voit pas le faible taux d’octroi de l’asile comme un échec.

Yonatan Jakubowicz, fondateur et directeur exécutif de l’IIPC (Israeli Immigration Policy Center), favorable à un durcissement des contrôles d’immigration, estime qu’Israël a trouvé un équilibre entre le « respect maximum du principe de non-refoulement », la limitation de l’établissement à long terme et « l’appel d’air » qu’il crée pour les migrations de masse.

Israël, ajoute-t-il, est le seul pays développé à avoir une frontière terrestre et maritime avec l’Afrique, en dehors des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, via lesquelles près de 70 000 personnes sont venues du Maroc en l’espace de quelques jours, le mois dernier, ce qui a provoqué une réunion d’urgence des instances de l’UE.

Les forces de sécurité montant la garde alors que des personnes tentent de passer de la ville de Fnideq, au nord du Maroc, vers l’enclave espagnole de Ceuta, le 30 juillet 2026. (Crédit : AP)

Accorder la résidence permanente aux Éthiopiens, Érythréens et Soudanais « pourrait saturer ses politiques migratoires, déclencher un afflux massif d’immigration illégale et mixte » par-dessus la barrière égyptienne ou par la mer, « suivi d’une vague de demandes de regroupement familial », ajoute Jakubowicz.

La route dont il parle est effectivement fermée depuis plus d’une dizaine d’années ; les traversées depuis le Sinaï ont pratiquement cessé depuis la mise en place de la barrière frontalière. La plupart des Éthiopiens sont arrivés Israël par d’autres moyens — avec des visas touristiques ou de travail ou, comme Yordanos, avec des visas de pèlerinage religieux à Jérusalem — et ont demandé l’asile une fois arrivés.

Les arguments de Jakubowicz sont repris ailleurs dans le monde occidental. Ce mois-ci, un juge américain a ainsi donné des arguments à l’administration Trump pour mettre fin au Statut de protection temporaire (TPS) des Éthiopiens, le Département de la Sécurité intérieure ayant annoncé en décembre 2025 que la situation en Éthiopie « ne présente plus une menace grave pour la sécurité personnelle des ressortissants éthiopiens qui retournent chez eux ». Des termes semblables à l’avis cité deux ans plus tôt par l’ex-ministre israélien de l’Intérieur, Arbel, à Jérusalem.

Mola, qui a demandé à être identifié par son seul prénom dans la mesure où il a encore de la famille en Éthiopie et est lui aussi sous le coup d’une expulsion, redoute qu’Israël suive l’exemple américain et procède à un grand nombre d’expulsions de demandeurs d’asile éthiopiens à l’approche des élections du 27 octobre prochain, dans le but d’en faire un argument de campagne pour la coalition de droite au pouvoir.

« Chaque fois qu’il y a des élections, les demandeurs d’asile redeviennent une cible », explique Mandil, du Forum des organisations de réfugiés et demandeurs d’asile. « Tout ça parce qu’il y a des sensibilités différentes, au sein de la population israélienne, et que la coalition, comme l’opposition, font des promesses pour convaincre les gens de voter pour elles. »

Non contents de faire leurs des stéréotypes répandus dans le monde développé associant les migrants au vol et à la violence, les Israéliens partisans d’un durcissement de la politique migratoire invoquent un autre argument : la démographie. Ils craignent que la présence de demandeurs d’asile autorisés à vivre durablement en Israël ne porte atteinte à la base juive de l’État juif.

« Si nous laissons des groupes de personnes non juives vivre ici, elles pourraient, à Dieu ne plaise, épouser des Israéliens, ce qui menacerait l’identité juive, la majorité juive », explique Mandil.

Selon Loeffler, cette anxiété vient du conflit non résolu entre Israël et les Palestiniens. Les réfugiés non palestiniens sont « pris au piège de cette lutte », explique-t-il, parce que les autorités israéliennes se refusent à tout mouvement dont ils craignent qu’il « permette aux Palestiniens de faire valoir leurs prétentions juridiques. »

Sivan Carmel, directrice de HIAS Israel, estime que l’argument des chiffres est sans fondement. « Israël compte près de 10 millions d’habitants ; alors que là, on parle de 50 000 ou 60 000 personnes. Cela ne modifie en rien la démographie du pays », affirme-t-elle.

Le temps presse

Les enfants des demandeurs d’asile font depuis longtemps l’objet de l’attention des organisations de la société civile qui travaillent en leur faveur. Elles soutiennent que l’État devrait traiter leurs cas séparément de ceux de leurs parents et que, si Israël souhaite expulser les parents, la question se pose différemment pour les enfants. Mandil a passé des années à faire valoir cet argument à la Knesset.

« Comment peuvent-ils être des demandeurs d’asile alors que 94 % d’entre eux sont nés en Israël ? » dit-elle. Lorsqu’on lui demande s’ils parlent hébreu, elle répond : « Parfaitement. Mieux que moi. » Pourtant, ils sont classés, note-t-elle, non pas comme des demandeurs d’asile, mais comme des immigrants irréguliers. « Comment peut-on être un immigrant irrégulier quand on est né en Israël ? »

Des parents éthiopiens demandeurs d’asile qui se sont entretenus avec la JTA évoquent une éducation très particulière, consistant à protéger leurs enfants de ce que leur absence de statut finirait par leur coûter, tout en les préparant au moment où ils auront 18 ans et le découvriront.

Illustration : Des olim éthiopiens arrivent en Israël, le 11 mars 2021. (Tomer Neuberg/Flash90)

Yemani Tesma compare cela à « une horloge qui tourne sans arrêt. Je sais que la sonnerie va retentir, et je dois décider de ce qu’il faut faire d’ici là. »

Le moment est venu.

Lorsque son fils a eu 16 ans, ses camarades de classe ont commencé à se préparer au service militaire. Son fils, lui, est resté à l’écart. Pas de convocation, pas de test d’aptitude, pas de photo avec les familles au bureau de recrutement. Il a donc questionné son père.

« C’est parce que tu n’es pas Israélien, et que tu ne peux pas le devenir », lui a répondu son père. Son fils a fermé la porte de sa chambre, raconte Yemani Tesma, et ne l’a pas rouverte de la journée.

Israël, comme la plupart des pays en dehors des Amériques, n’accorde pas la nationalité sur la seule base du droit du sol. Le statut d’un enfant dépend de celui de son parent, explique Ben-Dor, de la Refugee Rights Clinic. Les tribunaux font parfois des exceptions — pour un enfant en situation de handicap ou dont l’intégration dans la société israélienne est exceptionnelle, par exemple — mais le gouvernement, dit-elle, se méfie de tout principe laissant entendre que le fait de naître en Israël confère un quelconque statut juridique.

Ben-Dor représente deux mères tigréennes d’enfants ayant des besoins spécifiques dont les demandes humanitaires ne peuvent pas être examinées, le ministère de l’Intérieur exigeant la production de passeports éthiopiens, ce dont ces femmes ne disposent pas.

Des Éthiopiens et leurs partisans manifestent contre la violence et la discrimination policières après la mort de l’Éthiopien Solomon Tekah, 19 ans, abattu il y a quelques jours à Kiryat Haim par un policier non en service, le 15 juillet 2019, à Jérusalem. (Yonatan Sindel/Flash90)

Début 2012, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Eli Yishai, avait levé la protection collective accordée aux ressortissants du Sud Soudan, ouvrant la voie à l’expulsion de 1 500 personnes. Le premier vol a quitté Tel-Aviv pour Djouba le 17 juin de cette année-là, dans le cadre d’une opération que le gouvernement a baptisée « Retour à la maison ». La guerre civile a éclaté l’année suivante.

« Des enfants qui avaient étudié dans des écoles israéliennes se sont retrouvés à puiser de l’eau dans des puits au Sud Soudan », rappelle Avigal, de HIAS Israel. « Ce sont des enfants qui parlent hébreu. »

Pourquoi sommes-nous venus ici ?

La plupart des demandeurs d’asile en Israël sont détenteurs d’un visa 2(a)5. « C’est un visa dont la seule fonction est de stipuler que vous n’êtes pas expulsante », rappelle Mandil. Le visa porte la mention « Ce permis n’est pas un permis de travail ». Les demandeurs d’asile peuvent néanmoins travailler, car l’État a promis à la Cour suprême qu’il ne poursuivrait pas leurs employeurs.

« Nous devons nous battre pour tout : chaque droit, chaque droit fondamental, chaque service social », ajoute Mandil. « Ils n’ont droit à rien : ni au permis de conduire, ni de quitter le pays et revenir, ni à l’assurance maladie, ni aux études supérieures. Certaines professions leur sont fermées parce qu’ils n’ont pas de statut. »

De fait, bon nombre de demandeurs d’asile éthiopiens sont prisonniers de ce cycle de pauvreté, dans le pays où ils sont venus trouver refuge. Aujourd’hui, alors que la date limite d’expulsion est dépassée, des années après leur arrivée, alors qu’ils ont fondé une famille, certains se demandent pourquoi ils sont venus.

Mola est leader communautaire et traducteur ; il passe son temps libre à aider les demandeurs d’asile à déposer des recours auprès du ministère de l’Intérieur.

« Quand je ne fais pas mon travail éreintant », confie-t-il à la JTA, « je fais tout ce que je peux pour aider les demandeurs d’asile à remplir leurs papiers. »

Il a été coordinateur de projet et traducteur d’amharique à l’ambassade du Canada en Israël.

Ds enfants appartenant à la communauté juive éthiopienne de Gondar, le 27 octobre 2020. (Crédit : Eduardo Soteras/AFP)

« Tous ceux qui ont eu la possibilité de quitter Israël pour un pays tiers l’ont fait. Tous ceux qui restent ici n’ont nulle part ailleurs où aller », résume-t-il.

Dans le sillage du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, on a voulu croire à un frémissement, un semblant de possibilité pour que les demandeurs d’asile éthiopiens de rester durablement en Israël.

En effet, lorsque la main-d’œuvre agricole d’Israël, composée en grande partie d’étrangers, a été évacuée et que les permis de travail des Palestiniens ont été révoqués, certaines personnes que le ministère de l’Intérieur s’apprête aujourd’hui à expulser se sont rendues dans des exploitations agricoles le long de la frontière de Gaza pour récolter des fruits. Des membres de la communauté des demandeurs d’asile éthiopiens ont acheté des provisions dans des supermarchés et les ont livrées aux soldats israéliens, ajoute Mola.

Plusieurs bus remplis de demandeurs d’asile ont fait le trajet vers des exploitations de l’enveloppe de Gaza pour assurer les récoltes qui, sinon, auraient pourri sur pied. Aucun d’entre eux n’a été payé.

« Après le 7-Octobre, des demandeurs d’asile se sont portés volontaires pour aider le sud, distribuer des vivres, faire du bénévolat dans l’agriculture. C’est le cas de certains de mes clients et de groupes de demandeurs d’asile », témoigne Avigal, de HIAS.

Trois mois plus tard, le ministère de l’Intérieur leur retirait leur protection contre l’expulsion.

Lorsqu’on lui demande si tout cela le rend amer envers Israël, un demandeur d’asile éthiopien, qui a demandé à garder l’anonymat de crainte d’être expulsé, rejette cette idée. « Je ne hais pas », dit-il. « Que Dieu bénisse Israël. »

Lorsqu’on lui fait remarquer que d’autres que lui pourraient voir les choses autrement, il répond : « Non. Ce que nous haïssons, c’est la décision. »

Avigal conclut : « Ce que nous disons chez HIAS, c’est qu’avant, nous aidions les gens parce qu’ils étaient juifs, et qu’aujourd’hui nous aidons les gens parce que nous sommes juifs. »

Cet article a été rédigé avec l’aide du Pulitzer Center.

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