3 ans après, les touristes israéliens reviennent au Maroc avec la reprise des vols directs
Des sources du secteur du tourisme font état d’un regain d’intérêt pour les synagogues, les cimetières et les quartiers juifs historiques du Maroc, ainsi que pour les voyages casher et les visites culturelles
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Les voyageurs israéliens sont de retour Maroc après la reprise, le mois dernier, des vols directs entre les deux pays – une première depuis près de trois ans, ont indiqué des agences de voyage et des tour-opérateurs.
La liaison entre l’aéroport Ben Gurion et Marrakech, qui a été relancée le mois dernier par Arkia, est la première destination directe proposée depuis que les compagnies aériennes israéliennes ont cessé leurs vols vers ce pays au lendemain du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. Selon les estimations du ministère marocain du Tourisme, pas moins de 200 000 Israéliens s’étaient rendus au Maroc au cours de l’année précédant l’attaque.
La demande touristique a rapidement augmenté malgré l’avis de vigilance de niveau 3 émis par le Conseil de sécurité nationale (NSC) concernant le Maroc, un avis qui recommande une prudence accrue dans certaines régions du pays, ont précisé les agents de voyage. Arkia assure actuellement deux vols par semaine, les lundis et mercredis. Israir et Sun D’Or prévoient elles aussi de lancer des liaisons similaires après la période des fêtes. El Al n’a quant à elle pas encore fait part d’un projet de reprise des vols.
Le Maroc faisait partie des destinations phares pour les Israéliens avant que la demande ne s’effondre brutalement au lendemain du pogrom du 7-Octobre. Après la normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays, en décembre 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham négociés par les États-Unis, des vols directs entre les deux pays avaient été mis en place pour la première fois. Jusqu’alors, les voyages ne pouvaient s’effectuer qu’indirectement, via des vols avec correspondance.
« Aujourd’hui, les Israéliens sont de retour », a déclaré Jamal Benkirane, un guide touristique de Marrakech qui a déjà accompagné des groupes de touristes venus d’Israël. « L’histoire juive est très présente ici, avec de nombreux cimetières et synagogues. Et toutes les grandes villes proposent de la nourriture casher désormais. »
La remise en service de la liaison d’Arkia fait suite à des mois de discussions entre les responsables de l’aviation et de la sécurité des deux pays. La ministre des Transports, Miri Regev, a participé au vol inaugural fin août.
Gil Hahn, PDG d’Eshet Tours, a souligné que la demande avait été particulièrement forte pour les voyages organisés durant l’automne et au début de l’hiver. Les visites axées sur le patrimoine et le « retour aux racines » connaissent un grand succès auprès des Israéliens d’origine marocaine, dont le nombre s’élèverait à près d’un million, selon certaines estimations.
Mais ce regain d’intérêt ne se limite pas aux Israéliens d’origine marocaine, a fait remarquer Mark Feldman, PDG de Ziontours Jérusalem.
« Même si les voyageurs désireux de retrouver leurs racines sont bien présents, les Ashkénazes sont tout aussi nombreux à partir », a ajouté Feldman. « La plupart de nos circuits sont consacrés à la découverte du pays et de sa riche histoire juive, même si celle-ci ne correspond pas à l’histoire personnelle propre de tous les participants. »
Une riche histoire juive… et un grand choix de repas casher
C’est à Marrakech que se trouvent certains des principaux sites du patrimoine juif du Maroc. Parmi eux, le quartier juif du Mellah, dont l’origine remonte au XVIe siècle, a précisé Benkirane. Outre la synagogue Slat Al Azama, fondée en 1492 par des Juifs séfarades qui fuyaient l’Espagne, et le cimetière juif de Miaâra, la ville compte aujourd’hui six restaurants casher, a-t-il souligné.
Fès, où le philosophe juif médiéval Maïmonide et le commentateur talmudique Isaac Alfasi ont vécu jadis, abrite également plusieurs sites du patrimoine juif, tout comme la ville côtière et capitale de Rabat, a ajouté Benkirane. La présence juive à Casablanca est relativement récente par rapport à ces villes, avec une population estimée entre 1 000 et 2 000 Juifs, ainsi que des synagogues et des écoles en activité ; sa communauté juive est aujourd’hui la plus importante du monde arabe.
Les circuits touristiques à travers le pays durent généralement de 7 à 10 jours. Il est recommandé de les organiser avec des guides locaux, lesquels peuvent assurer le transport entre les villes et dans les sites désertiques, a expliqué Yoni Waxman, vice-président d’Ophir Tours.
Désormais, respecter les traditions juives – jadis un véritable casse-tête logistique – est relativement simple au Maroc, a-t-il ajouté.
« L’infrastructure casher est très développée », a fait valoir Waxman. « Il est très facile de trouver de la nourriture casher et des services religieux là-bas. »
Le niveau d’alerte élevé ne dissuade pas les Israéliens
Le gouvernement israélien a récemment émis une alerte de niveau 3 pour le Maroc, recommandant une vigilance accrue dans les régions du nord et du centre, et déconseillant tout déplacement non essentiel vers le sud. Les responsables du secteur du tourisme ont toutefois déclaré qu’ils considéraient malgré tout les principaux itinéraires touristiques comme maîtrisables.
« Le niveau de sécurité est assez élevé, et le gouvernement est très impliqué », a indiqué Waxman. « Ils savent qu’ils doivent assurer la sécurité des touristes pour les inciter à revenir. »
Feldman, quant à lui, se montre plus mesuré dans son analyse de la situation sécuritaire, qu’il envisage avec un « optimisme prudent ».
Si les partenaires touristiques marocains avec lesquels sa société travaille « sont incroyablement accueillants, et adorent travailler avec des Israéliens », les manifestations anti-israéliennes dont il a été témoin ces dernières années l’ont rendu quelque peu sceptique. « Nous continuons à proposer ces voyages à nos clients, mais avec plus de prudence qu’auparavant », a expliqué Feldman.
Les voyageurs doivent en outre garder à l’esprit que le pays est moins développé que de nombreuses destinations européennes et américaines, et adapter leurs attentes en conséquence, a déclaré Feldman. Les touristes doivent notamment s’attendre à trouver principalement des hôtels trois ou quatre étoiles, plutôt que les luxueux complexes hôteliers proposés dans certaines destinations européennes et américaines, a-t-il précisé.
Pour minimiser les risques liés au voyage, il est conseillé aux Israéliens de réserver uniquement des vols directs au départ d’Israël et de souscrire une assurance complète, a poursuivi Feldman. Par ailleurs, la qualité du service client au Maroc est généralement bonne et le niveau des prix est dans l’ensemble abordable, a-t-il ajouté.
« Pour la plupart des touristes, c’est une destination très exotique », a indiqué Feldman. « La surprise est grande lors de la première visite. »
Ce regain d’intérêt pour le Maroc intervient alors que les voyageurs et les compagnies aériennes israéliennes tendent à moins privilégier les destinations européennes et américaines traditionnelles, en partie du fait de la montée de l’antisémitisme. Les compagnies cherchent aussi à établir de nouvelles liaisons vers des marchés plus éloignés, en Asie et ailleurs, mieux protégés de la concurrence des opérateurs low-cost, a souligné Feldman.
Le Maroc, quant à lui, offre aux voyageurs israéliens un équilibre entre proximité et exotisme : une histoire juive riche, associée à une expérience de voyage véritablement unique.
« C’est un pays fort d’une tradition juive solide et fière », a affirmé Feldman. « C’est une excellente destination de voyage pour 2026. »
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