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Isaac Amit : Le saccage du domicile d’un juge par des Haredim est une atteinte à l’État de droit

Le président de la Cour suprême assure que le système judiciaire et les juges ne céderont pas aux intimidations ; 62 suspects doivent comparaître en audience de mise en détention provisoire, certains refuseraient de coopérer

La police inspectant une voiture endommagée devant le domicile du vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, dans l'implantation d'Alon Shvut en Cisjordanie, après que des Haredim ont attaqué la maison pour protester contre l'incarcération de ceux qui n'ont pas respecté les ordres de conscription de l'armée israélienne, le 3 juin 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
La police inspectant une voiture endommagée devant le domicile du vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, dans l'implantation d'Alon Shvut en Cisjordanie, après que des Haredim ont attaqué la maison pour protester contre l'incarcération de ceux qui n'ont pas respecté les ordres de conscription de l'armée israélienne, le 3 juin 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le président de la Cour suprême, Isaac Amit, a dénoncé jeudi l’attaque perpétrée la nuit précédente contre le domicile du vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, par des émeutiers ultra-orthodoxes. Il a qualifié cette attaque d’atteinte à l’ensemble du système judiciaire et à l’État de droit.

Des dizaines de manifestants opposés à la conscription se sont rassemblés devant le domicile de Sohlberg, dans l’implantation d’Alon Shvut. Ils ont brisé des vitres, cassé des pots de fleurs près de la porte d’entrée, fracassé le pare-brise d’une voiture dans le garage et brandi un petit drapeau d’Israël sur lequel une croix gammée avait remplacé l’étoile de David.

La police a arrêté 62 personnes.

Dans une lettre adressée aux juges et aux autres employés du tribunal, Amit a exprimé son soutien à Sohlberg, qui se trouvait chez lui avec son épouse, ses enfants et ses petits-enfants au moment de l’assaut, et il a déclaré que les tentatives d’intimidation à l’encontre des juges ne porteraient pas leurs fruits.

« Les actes de violence graves dirigés contre le vice-président de la Cour et sa famille constituent une attaque contre l’ensemble du système judiciaire et l’État de droit en Israël », ont écrit Amit et le juge Tzahi Ouziel, directeur du greffe de la Cour.

« Les tentatives visant à exercer des pressions sur les juges, à les intimider ou à les dissuader n’affecteront pas l’exercice de leurs fonctions. Les juges israéliens continueront d’accomplir leur travail de manière professionnelle, indépendante et sans crainte, conformément à la loi et à leur devoir envers la population », ont écrit Amit et Ouziel.

Le président de la Cour suprême, Isaac Amit, prononçant un discours devant l’Association du barreau israélien (IBA), le 1ᵉʳ juin 2026. (Crédit : Association du barreau israélien)

Ils ont ajouté que l’autorité judiciaire prendrait toutes les mesures nécessaires pour protéger les juges et les autres membres du personnel judiciaire.

Les manifestants haredim, qui protestaient contre les efforts visant à enrôler des membres de leur communauté dans l’armée, ont tenté de prendre la fuite à bord d’un bus, mais ont été arrêtés par la police.

Les 62 suspects devaient être présentés à un juge jeudi pour une audience relative à la prolongation de leur détention.

Selon Ynet, la police a saisi des caméras GoPro et des drones que les émeutiers détenaient.

Des hommes ultra-orthodoxes manifestant contre l’incarcération de Haredim étudiant en yeshiva qui n’ont pas respecté un ordre de recrutement de l’armée, devant le domicile du vice-président de la Cour suprême Noam Sohlberg, dans l’implantation d’Alon Shvut, le 3 juin 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Une porte-parole de la police, la commissaire principale Mirit Ben Mior, a déclaré à Ynet que cette affaire, ainsi que l’agression d’une haute responsable de la police – mère d’un soldat tombé au combat – lors d’une émeute contre la conscription survenue plus tôt cette semaine, témoignaient d’une « augmentation regrettable des comportements violents dans la rue ».

Ben Mior a indiqué que la police chercherait à ce que les suspects soient maintenus en détention plutôt que libérés sous conditions, affirmant que cette affaire « franchissait une ligne rouge », en partie en raison de l’ampleur de l’organisation impliquée.

« Ils sont arrivés organisés ; ils sont arrivés avec du matériel destiné à être utilisé pour commettre des actes de vandalisme », a-t-elle déclaré.

Ben Mior a précisé que la police avait réussi à maîtriser la situation dans les huit minutes suivant l’alerte, mais que le mal avait déjà été fait.

Le juge de la Cour suprême Noam Sohlberg lors d’une audience sur la conscription des Juifs ultra-orthodoxes dans l’armée israélienne, à la Cour suprême de Jérusalem, le 12 avril 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Elle a ajouté que le chauffeur de bus figurait parmi les personnes arrêtées et que la police cherchait à déterminer dans quelle mesure il était au courant de ce qui allait se passer.

Selon le journal Haaretz, les personnes arrêtées sont soupçonnées d’émeutes dans un lieu public, de trouble à l’ordre public, de dégradation de biens, d’endommagement délibéré d’un véhicule et de jets de projectiles.

Une source policière a indiqué que la plupart des personnes interpellées ne coopéraient pas avec les enquêteurs et tentaient d’entraver l’enquête.

Certains ont caché leur carte d’identité, l’ont échangée ou ils ont fourni des informations sur d’autres suspects plutôt que sur eux-mêmes, selon cette source.

Beni Gesundheit, voisin de Sohlberg, a raconté s’être fait cracher dessus et insulter par les émeutiers anti-conscription.

« J’ai entendu un bruit terrible. Mon épouse et ma fille se sont précipitées dans le mamad [la pièce sécurisée] », a-t-il expliqué à la radio de l’armée, Galei Tsahal.

«J’ai dit [aux émeutiers] : ‘Partez !’ [C’est un] chiloul Hashem ! », a-t-il poursuivi, utilisant un terme hébreu désignant un comportement inconvenant que la tradition juive considère comme une profanation du nom de Dieu.

« Des jeunes m’ont craché au visage, et deux d’entre eux m’ont crié : ‘Hitler, fuis !’ J’en ai chassé quelques-uns », a-t-il déclaré.

Un homme tenant un autocollant représentant une croix gammée lors d’une manifestation contre l’incarcération d’étudiants Haredim en yeshiva qui n’ont pas respecté un ordre de conscription militaire, devant le domicile du vice-président de la Cour suprême, Noam Sohlberg, à Alon Shvut, le 3 juin 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

L’attaque du domicile de Sohlberg a été largement condamnée, notamment par le président Isaac Herzog et par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont la coalition s’efforce de faire avancer une législation visant à exempter les Haredim du service militaire.

Le chef de la faction Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, a déclaré mercredi dans un communiqué : « Il n’y a pas de place pour la violence dans notre camp », tout en exprimant son « soutien total aux étudiants de la Torah dont l’honneur et la réputation ont été piétinés par le gouvernement actuel et qui expriment leur douleur ».

La faction Degel Hatorah du parti Yahadout HaTorah et le parti ultra-orthodoxe allié Shas ont publié un communiqué conjoint dans lequel ils « condamnent tout acte de violence, car la violence est contraire à la voie de la Torah et totalement inacceptable ».

Ils ont toutefois ajouté : « Nous sommes attristés et choqués par la persécution et le mépris dont font l’objet les érudits de la Torah de la part des juges de la Cour suprême. »

Des hommes ultra-orthodoxes se révoltant contre l’incarcération d’étudiants de yeshiva qui n’ont pas respecté un ordre de conscription militaire, devant le domicile du vice-président de la Cour suprême Noam Sohlberg, dans l’implantation d’Alon Shvut, le 3 juin 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

S’adressant à Kan News, l’ancienne présidente de la Cour suprême, Dorit Beinisch, a qualifié l’attaque contre le domicile de Sohlberg d’étape supplémentaire dans le déclin de la démocratie israélienne et dans la montée d’une violence anarchique.

« Il s’agit d’une grave atteinte à l’État de droit. C’est la transformation d’Israël en un État où la violence, le banditisme et l’abolition des principes de l’État de droit sont devenus la norme », a déclaré Beinisch.

Dorit Beinisch, ancienne présidente de la Cour suprême, assiste au lancement d’un livre à l’Ono Academic College, à Kiryat Ono, le 17 janvier 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

La présidente à la retraite de la Cour suprême a reproché aux dirigeants politiques de haut rang la détérioration du respect de l’État de droit, citant notamment une déclaration du ministre de la Justice, Yariv Levin, faite plus tôt cette semaine, dans laquelle il indiquait qu’il ne se conformerait pas à une décision de la Haute Cour.

« Nous ne devrions pas être surpris [par de tels événements], lorsqu’un ministre du gouvernement peut annoncer qu’une décision de la Haute Cour de justice est illégale et qu’il ne s’y conformera pas », a déclaré Beinisch.

« Car si l’on n’est pas obligé d’obéir au pouvoir judiciaire, à la loi, alors tout est permis – c’est l’anarchie. C’est l’atmosphère dans laquelle nous vivons, et cela met tout le monde en danger. »

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