Des émeutiers haredim vandalisent la maison du vice-président de la Cour suprême
Des dizaines de personnes ont été arrêtées après une tentative d'effraction au domicile de Noam Sohlberg ; son épouse a comparé les bris des vitres à la Nuit de cristal ; Herzog dénonce le "franchissement dangereux d'une ligne rouge"
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Plusieurs dizaines d’extrémistes ultra-orthodoxes ont brisé des vitres et provoqué des dégâts matériels en tentant de s’introduire par effraction au domicile de Noam Sohlberg, vice-président de la Cour suprême, dans le cadre d’une violente manifestation qui s’est déroulée dans la soirée de mercredi, la dernière en date visant les forces de l’ordre suite à l’arrestation de Haredim réfractaires au service militaire.
Sur des images filmées dans l’implantation d’Alon Shvut, on peut voir des vitres en éclats, des pots de fleurs brisés devant la porte d’entrée de la maison, une voiture dans le garage dont le pare-brise a été enfoncé, ainsi qu’un petit drapeau israélien sur lequel une croix gammée a remplacé l’étoile de David.
Sohlberg et son épouse se trouvaient tous les deux chez eux au moment de la tentative d’effraction.
Les manifestants haredim, qui ont tenté de quitter les lieux en bus, ont été interceptés par les forces de l’ordre, qui ont déclaré avoir interpellé des dizaines de suspects.
La raison pour laquelle les manifestants ont choisi de s’en prendre à Sohlberg reste floue. Ce dernier s’est toutefois montré très critique à l’égard du gouvernement pour son incapacité à faire respecter la conscription, affirmant en avril que le faible nombre d’arrestations de déserteurs ultra-orthodoxes laissait « penser à un échec total de la police ».
Sohlberg faisait également partie du panel judiciaire de neuf membres qui, en 2024, avait invalidé à l’unanimité les exemptions de longue date au service militaire obligatoire accordées aux étudiants ultra-orthodoxes en yeshiva, exposant désormais à une arrestation ceux qui refusent de s’enrôler comme l’exige la loi et motivant les efforts qui sont actuellement déployés par la coalition pour légiférer sur une nouvelle loi d’exemption militaire.
« Nous sommes les enfants de survivants de la Shoah. Comment des Juifs peuvent-ils maltraiter leurs frères ? », a déclaré Meira, l’épouse de Sohlberg, aux journalistes, devant leur maison saccagée. « Regardez ce désastre. C’est un pogrom. Quel est ce cauchemar ? La Nuit de cristal ? »
L’Autorité judiciaire a pour sa part publié un communiqué dans lequel elle a dénoncé cet « incident grave et inadmissible », qu’elle a décrit comme « une tentative visant à porter atteinte au sentiment de sécurité des magistrats et de leurs familles ».
« Aucune pression, intimidation ou tentative de dissuasion à l’encontre des juges ne les empêchera de remplir leur mission. Les juges israéliens continueront d’exercer leurs fonctions avec professionnalisme, en toute indépendance et sans crainte, dans le respect de l’État de droit et de leur devoir envers la population », ajoute le communiqué.
Le chef de la police israélienne, Danny Levy, a également condamné ces émeutes. « Il est inacceptable que le droit de manifester puisse déboucher sur des actes de violence, de vandalisme ou d’agression à l’égard de personnalités publiques », a-t-il déclaré.
Les responsables politiques israéliens ont aussi condamné cette attaque, que le président Isaac Herzog a qualifiée de « franchissement dangereux d’une ligne rouge ».
« Quiconque tente de faire régner la peur au sein du système judiciaire porte atteinte… aux fondements mêmes de la démocratie israélienne. Aucun désaccord, aussi profond soit-il, ne peut se traduire par de la violence et par de l’intimidation », a affirmé Herzog. Le président a ajouté s’être entretenu avec Sohlberg, pour lui exprimer sa désapprobation face à ces actes de vandalisme et face à ces « menaces dirigées contre lui et son épouse ».
« J’invite toutes les personnes concernées à mettre un terme à ces agissements avant qu’une catastrophe ne se produise », a conclu le président.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fermement condamné ces émeutes et il a demandé à ce que leurs auteurs soient poursuivis en justice, en s’abstenant néanmoins de révéler leur identité. Le cabinet de Netanyahu a annoncé par la suite que le Premier ministre s’était lui aussi entretenu avec Sohlberg. Il lui a dit condamner ces violences, ajoutant qu’il « attendait, de la part des forces de l’ordre, des mesures énergiques à l’encontre des émeutiers ».
Le dirigeant du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, l’un des leaders de la faction haredi qui avait exigé la semaine dernière que Netanyahu intervienne pour mettre fin à l’arrestation des réfractaires à la conscription, a assuré que « la violence n’a pas sa place dans notre camp », avant d’exprimer son « soutien total aux étudiants de la Torah, qui ont vu leur honneur et leur réputation piétinés par le gouvernement actuel, et qui expriment leur souffrance ».
Ni Moshe Gafni, numéro deux de Yahadout HaTorah, ni Aryeh Deri, proche allié de Netanyahu et chef du parti Shas, qui siège dans la coalition, n’ont pour l’instant commenté la situation. Le Shas, à l’instar de Yahadout HaTorah, milite pour que les exemptions de service militaire accordées aux étudiants haredi en yeshiva soient consacrées par la loi.
Gadi Eisenkot, chef du parti d’opposition Yashar, a quant à lui estimé que « les extrémistes réfractaires au service militaire profitent des fruits des incitations à la violence dont les graines ont été semées par ce gouvernement corrompu ». Il a réclamé l’arrestation et le jugement de toutes les personnes impliquées, fustigeant la réponse « insuffisante » de Netanyahu, qui, a-t-il ajouté, « n’empêchera pas de nouvelles émeutes ».
« S’en prendre à un juge, c’est porter atteinte au système démocratique et à ses institutions « , a écrit Eisenkot sur le réseau social X, demandant que l’enquête soit confiée aux services de sécurité du Shin Bet.
Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a également dénoncé le gouvernement, affirmant : « Il n’y a ni police, ni loi, ni même personne à qui s’adresser pour signaler ces faits ». L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a quant à lui souligné que cette attaque contre la maison de Sohlberg était uniquement motivée par le fait qu’il « refuse de céder aux manœuvres criminelles de la coalition Netanyahu-Deri-Gafni ».
« Ce petit groupe extrémiste et violent bénéficie de la protection du gouvernement et se permet donc d’aller toujours plus loin », a renchéri Bennett, qui a averti que « la prochaine fois », il pourrait y avoir des victimes.
Ces violences au domicile de Sohlberg sont survenues quelques jours après qu’un groupe de manifestants haredim a fait irruption dans le commissariat de police de Beit Shemesh, provoquant des émeutes et des affrontements avec les forces de l’ordre, et après que des membres de la Faction radicale de Jérusalem ont pénétré en avril dans la maison du chef de la police militaire alors que sa famille s’y trouvait.
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