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La fuite des cerveaux dans la tech israélienne fait craindre pour la croissance future – étude

Selon l'Autorité israélienne de l'innovation, les activités de R&D et de gestion des start-ups se délocalisent de plus en plus à l'étranger du fait des changements liés à l'IA et de la hausse des coûts due au shekel fort

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Illustration : Un employé du secteur high-tech. (Crédit : Hadas Porush/Flash90)
Illustration : Un employé du secteur high-tech. (Crédit : Hadas Porush/Flash90)

Alors que le très réputé secteur high-tech israélien a continué l’année dernière d’afficher des performances exceptionnelles, les start-ups du pays délocalisent de plus en plus leurs activités à l’étranger, privant ainsi la nation d’ingénieurs, de professionnels de la technologie et de cadres, a averti l’Autorité israélienne de l’innovation (IIA) dans son rapport annuel. Une tendance qui accentue les craintes concernant le principal moteur de croissance de l’économie, a-t-elle souligné.

Signe inquiétant, le nombre d’employés du secteur de la tech basés en Israël a diminué, dans un contexte marqué par une tendance aux demandes de délocalisation et alors que les entreprises locales du secteur continuent de développer leurs activités, leur gestion et leurs opérations de R&D hors du pays, a rapporté l’IIA, l’organisme chargé de diriger les politiques technologiques d’Israël.

C’est en Europe de l’Est et aux États-Unis que la croissance des activités de R&D a été la plus forte. En effet, le shekel a connu une forte appréciation, gagnant plus de 20 % au cours des 12 derniers mois et entraînant une hausse des coûts de recrutement et d’expansion des opérations en Israël.

« Le secteur high-tech israélien se trouve actuellement à la croisée des chemins. D’un côté, alors que de nombreux pays connaissent un ralentissement, Israël continue de créer des entreprises innovantes, d’attirer des investissements et de dominer le secteur mondial des technologies », a déclaré Dror Bin, PDG sortant de l’Autorité israélienne de l’innovation, au Times of Israel. « D’un autre côté, une partie de l’activité, de la main-d’œuvre et des capitaux s’exile hors d’Israël. »

« Même si cette tendance peut ne pas être perceptible dans l’immédiat, elle pourrait, à terme, fragiliser l’avantage concurrentiel sur lequel repose la start-up nation », a ajouté Bin.

Selon le rapport annuel de l’IIA, en 2025, le secteur high-tech a représenté environ la moitié de la croissance économique, et sa part du PIB a atteint un niveau record de 18,3 %, consolidant ainsi sa position de pilier majeur de l’économie israélienne. Il a contribué à hauteur de 1,44 point de pourcentage à la croissance totale du PIB israélien, laquelle a atteint 2,9 %.

Dror Bin, PDG de l’Autorité de l’Innovation israélienne. (Crédit : Hanna Teib)

La contribution du secteur high-tech à l’économie israélienne provient en grande partie des impôts versés par les personnes qu’il emploie. Par conséquent, un exode massif des travailleurs et des cadres de cette industrie aura des répercussions sur les recettes de l’État, et sur l’économie dans son ensemble.

« La high-tech israélienne a connu un succès tel qu’elle en subit aujourd’hui les conséquences : elle a attiré un afflux massif d’investissements en Israël, lequel a fait évoluer le taux de change shekel-dollar, et elle doit désormais s’adapter », a expliqué Bin. « Notre principal défi consiste à présent non seulement à continuer à innover, mais aussi à veiller à ce que cette innovation demeure source de valeur, d’emplois et de croissance ici, en Israël. »

Pour la première fois en dix ans, le nombre d’employés de la R&D en Israël a diminué, avec quelque 3 500 postes en moins, conformément aux conclusions de l’IIA. En mars 2026, la part des employés basés en Israël dans les entreprises technologiques privées locales s’élevait à seulement 62 %, contre 69 % en 2019, alors que les start-ups ont continué à délocaliser leurs activités de R&D hors du pays, a indiqué l’IIA.

La part des cadres supérieurs du secteur de la tech basés en Israël a reculé d’environ 9,6 %, parallèlement à l’augmentation du nombre de cadres supérieurs travaillant aux États-Unis – une tendance qui pourrait être révélatrice d’une délocalisation de certaines fonctions décisionnelles et de gestion des entreprises israéliennes hors du pays, selon le rapport.

Le shekel, qui s’échange actuellement à un cours proche de son plus haut niveau depuis 33 ans face au dollar, pénalise les bénéfices de nombreuses entreprises israéliennes de la tech, lesquelles vendent principalement à l’international et perçoivent la majeure partie de leurs revenus en dollars. Ces entreprises paient toutefois en shekels les salaires de leurs employés, leurs frais généraux, leurs impôts et diverses autres dépenses, des postes dont les coûts ont augmenté en raison de la vigueur de la monnaie locale.

« L’une des rares mesures prises par les entreprises pour faire face aux fluctuations du taux de change shekel-dollar consiste à recruter du personnel en dehors d’Israël plutôt qu’en Israël », a déclaré Bin. « De nombreuses entreprises israéliennes du secteur high-tech disposent déjà de centres de R&D en Europe de l’Est et en Inde : elles peuvent donc tout simplement augmenter leurs effectifs sur place. »

« Une autre mesure consiste à réduire les effectifs pour faire baisser les coûts en Israël, une autre encore étant de diminuer les salaires », a indiqué Bin.

Le campus de Google pour les start-ups, à Tel Aviv. (Crédit : Autorisation)

Par ailleurs, les entreprises locales consacrent de plus en plus de moyens à l’intégration d’outils d’intelligence artificielle dans leurs processus quotidiens, rendant ainsi certaines tâches obsolètes.

« Ces mesures sont certes douloureuses, mais pour rester compétitifs, les dirigeants et entrepreneurs israéliens n’ont guère d’autre choix », a souligné Bin. « À terme, toutefois, ces entreprises deviendront plus légères et plus agiles ; le recours à l’IA leur permettra de progresser rapidement et de gagner en compétitivité. »

La semaine dernière, Wix, Rapyd et Amdocs ont été les dernières entreprises technologiques israéliennes en date à céder à la vague de licenciements, afin de rationaliser leurs opérations, de réduire leurs coûts et de réorganiser leurs effectifs, poussées par la nécessité de s’adapter à cette nouvelle ère de l’automatisation.

Cette vague de licenciements touche également les start-ups et les petites entreprises technologiques en Israël. La start-up israélienne AI21 Labs, spécialisée dans le traitement automatique des langues (NLP), a annoncé une restructuration profonde de son organisation, impliquant la suppression d’environ 60 % de ses effectifs, soit quelque 110 employés, comme l’ont rapporté les médias israéliens.

Après une décennie de déclin, le nombre de start-ups nouvellement créées en Israël s’élevait à 775 en 2025, contre 750 en 2024 et 743 en 2023. Le chiffre de l’année dernière reste toutefois largement inférieur au record de plus de 1 400 nouvelles entreprises créées en 2014, a fait savoir l’IIA.

Dans un contexte de guerre prolongée sur plusieurs fronts depuis deux ans, Israël a maintenu son statut de pôle technologique de premier plan sur la scène mondiale, se classant en 2025 au quatrième rang international en matière de levée de fonds, derrière San Francisco, New York et Boston, et devant Londres, Paris et Singapour, a révélé le rapport. Les entreprises technologiques et les start-ups locales ont levé un total de près de 15 milliards de dollars, soit 30 % de plus qu’en 2024.

Illustration : Des employés travaillant dans les bureaux de l’entreprise de télécommunications Bezeq, dans la ville de Kiryat Shmona, au nord d’Israël, près de la frontière libanaise, le 22 février 2024. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

L’année 2025 a marqué un record en termes de cessions, les acquisitions majeures d’entreprises tech israéliennes, notamment Wiz, CyberArk et Armis, ayant porté la valeur annuelle des transactions à 84 milliards de dollars. Les exportations du secteur high-tech ont atteint le chiffre record de 85 milliards de dollars, soit 58 % du total des exportations israéliennes l’année dernière.

« L’État d’Israël doit continuer à placer l’innovation, qui est le principal moteur de la croissance économique, au sommet de ses priorités nationales, dans l’intérêt non seulement de l’économie, mais aussi de la résilience et de l’avenir du pays dans son ensemble », a fait valoir Alon Stopel, président de l’Autorité israélienne de l’innovation. « La vitalité de la haute technologie israélienne au cours de ces dix prochaines années dépendra également de mesures gouvernementales décisives. »

« Des investissements publics cohérents et à grande échelle dans la high-tech israélienne, associés à la création d’un environnement propice à l’épanouissement de l’innovation précisément en Israël, sont les principales mesures stratégiques qui permettront d’assurer la poursuite de la croissance économique du pays », a affirmé Stopel.

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