Un membre de l’Unité 669 de Tsahal revient sur les sauvetages en urgence
Un infirmier de combat réserviste, membre de la fameuse unité d'hélitreuillage 669, évoque dans deux livres le champ de bataille et les conséquences psychologiques
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L’ex-filtration des deux pilotes américains abattus en Iran, ce mois-ci, est considérée comme un remarquable tour de force, mélange de coordination militaire et de prise de risques.
En Israël, l’Unité 669, l’escouade d’élite de sauvetage aérien, a pour mission d’être toujours prête à mener ce type d’opération à forts enjeux et à sauver les civils aux prises avec la mort…
Créée en 1974 dans le sillage de la guerre du Kippour, l’unité a alors pour mission de sauver les pilotes abattus en territoire ennemi. Au fil du temps, sa mission s’étoffe, les soldats intervenant désormais en zones de combat pour extraire les soldats blessés et, parfois, sauver des randonneurs, des victimes d’accidents de voiture ou d’autres personnes en attente d’évacuation.
« On peut aussi bien nous envoyer évacuer un soldat blessé à la frontière que des civils victimes d’un accident de voiture », explique Guy M., infirmier de combat réserviste de l’unité. « On ne sait jamais quelle va être la mission. »
Malgré son large champ d’intervention, l’Unité 669 demeure très sélective et d’une taille relativement modeste, forte de quelques dizaines de soldats qui, chaque année, actualisent leur formation, déjà fort exigeante, de façon à garder intacte sa réputation d’unité d’élite de l’armée israélienne.
Auteur de deux livres consacrés aux missions de cette unité, Guy évoque pour le Times of Israel ses missions qui, à l’instar du sauvetage spectaculaire organisé par les États-Unis en Iran, demandent beaucoup à ceux qui les mènent à bien.
« Les opérations spéciales reposent avant tout sur la précision, la planification, la recherche de la perfection », souligne Guy, qui s’exprime sous couvert d’anonymat en raison des restrictions imposées au personnel des unités spéciales.
Il précise que les sauvetages comme celui qui a eu lieu en Iran sont extrêmement rares, très dangereux et compliqués.
Un aperçu de l’histoire en cours
Les autorités américaines ont présenté l’extraction par l’armée américaine de deux aviateurs abattus en Iran comme l’un des sauvetages des forces spéciales les plus complexes de l’histoire américaine — une mission inédite qui a imposé aux militaires américains de pénétrer profondément en territoire ennemi et d’y coordonner une vaste opération aérienne de plusieurs jours impliquant une extraction sous le feu de l’ennemi.
« J’imagine que ce n’est là que la partie émergée de l’iceberg de ce qui s’est passé là-bas », commente Guy à propos de cette opération.
Le pilote du chasseur F-15E abattu a été secouru le 3 avril dernier, le jour-même où son appareil a été abattu. Mais les commandos n’ont rétabli le contact avec le navigateur que le 5 avril : son extraction a été retardée par l’avarie du premier avion de sauvetage, ensablé, ce qui a imposé le déploiement du plan de secours, non sans avoir fait exploser les avions laissés derrière eux.
« Dans ce genre d’opérations … l’Armée de l’air part avec énormément de munitions et prend de grands risques pour atteindre ses objectifs… il faut toujours un plan B », explique Guy. « On ne sait jamais à l’avance à quel point cela peut être difficile. »
Après l’opération, le président américain Donald Trump a annoncé que 21 avions avaient pris part aux recherches en survolant « en plein jour l’Iran pendant sept heures » sous le feu de l’ennemi, avant le déploiement d’un effort plus important encore, avec la participation de 155 avions et des milliers de soldats, pour mener à bien le second sauvetage.
« Comme dans toutes les missions de sauvetage, c’est une course contre la montre, parce que le pilote est blessé et saigne », explique-t-il en rappelant que, pendant qu’une armée tente de localiser son pilote, ses ennemis tentent eux aussi de le retrouver pour le capturer.
Bien que les unités de sauvetage aérien américaines et israéliennes opèrent dans des cadres différents — l’armée américaine avec plusieurs unités spécialisées et l’armée israélienne, une seule unité, la 669, pour un large éventail d’interventions — Guy estime que leurs tactiques sont semblables, comme en témoigne la récente mission américaine.
Selon une information du New York Times, après avoir été blessé lors de son éjection, le navigateur américain « a gravi une montagne de 2100 mètres et s’est caché dans une anfractuosité », d’où il a utilisé son équipement de communication d’urgence pour contacter les secours et même aider à diriger des frappes aériennes contre les forces iraniennes qui se dirigeaient dans sa direction.
Selon Guy, le navigateur a mis en œuvre le protocole Survival, Evasion, Resistance, and Escape (SERE) — conçu pour aider les militaires à survivre en territoire hostile, éviter de se faire capturer et faciliter leur sauvetage. En Israël, l’Unité 669 joue un rôle dans la préparation des pilotes à ce type de scénarios.
« Si nous sommes responsables de leur rapatriement… il est aussi logique que nous leur apprenions à augmenter leurs chances de survie en territoire ennemi », ajoute-t-il.
Une mission de sauvetage en temps réel
Selon Guy, la réussite d’une mission de sauvetage dépend de la vitesse de réaction. Pour maximiser le temps de réponse, l’Unité 669 se répartit sur plusieurs bases en Israël, ce qui permet à ses équipes de traiter les incidents partout en Israël — et au-delà — le plus vite possible.
Dès qu’un appel arrive, une sirène retentit sur la base la plus proche, ce qui enclenche immédiatement un compte à rebours. À partir de ce moment-là, l’équipe n’a que deux minutes et demie pour être prête à partir.
En si peu de temps, les soldats doivent laisser en plan ce qu’ils sont en train de faire et se rendre au plus vite en salle de départ, où les attend ce que Guy qualifie d’« une tonne d’équipements » — des kits médicaux aux équipements de plongée — compte tenu de la grande variété de sauvetages qu’ils pourraient avoir à mettre en oeuvre.
Ensuite, l’équipe traverse la base en courant, monte à bord d’un hélicoptère et décolle.
« Quinze minutes — c’est le chiffre d’or », explique Guy. « De la sirène au décollage, quelle que soit la situation. »
Le temps de vol permet de planifier l’intervention. Sur la base des premières informations, souvent parcellaires, l’équipe élabore son plan opérationnel tout en continuant à recevoir des mises à jour en vol.
« Souvent, en chemin, tout change », signale Guy. « Parfois, on nous dit qu’il y a une victime. Et pendant le vol… on nous dit qu’en fait, il y en a davantage, parce que les combats se poursuivent. »
« Nous ne choisissons pas nos missions », ajoute-t-il. « Nous répondons à celles qui se présentent et faisons au mieux en fonction des événements. »
Écrire ce que les autres ne veulent pas dire
L’Unité 669 est à l’origine des missions israéliennes les plus connues et parfois les plus critiques, comme par exemple le sauvetage, en 2018, de deux aviateurs dont le F-16 avait été abattu dans le nord d’Israël par un missile antiaérien syrien.
Bien que de telles opérations exigent une endurance physique extrême, Guy ajoute que les conséquences psychologiques sont parfois les plus dures.
Il dit avoir pris en charge des soldats tellement blessés qu’ils en étaient méconnaissables, seulement identifiables par leur béret, lequel permet de savoir à quelle unité ils appartiennent.
« Parfois, c’est une unité dans laquelle on a des amis, et on y pense… On se dit qu’on soigne peut-être quelqu’un avec qui on a grandi », confie-t-il.
C’est justement pour faire face que Guy a commencé à écrire — sur les conseils de son père —, à mi-chemin entre le journal et la catharsis après des missions particulièrement intenses.
Il explique que l’écriture est pour lui un « bouclier » en temps réel.
« Je ne regarde pas ce qui se passe mais je pense à la manière dont je vais en parler plus tard », dit-il en expliquant que dès son retour à la base, il fonçait écrire ce qui venait de se passer.
Toutes ces histoires lui ont servi à rédiger son tout premier ouvrage, « Full Throttle : Against All Odds with Israel’s Elite Para-Rescue Commandos », dont il estime qu’il est « sans doute le seul livre au monde écrit en direct depuis une unité des forces spéciales », et non un livre de mémoires. Selon Guy, c’est justement cette immédiateté qui lui confère cette dimension brute et sans filtre qui le distingue des récits écrits après coup, lesquels tendent à idéaliser la réalité des combats.
Le livre, écrit en hébreu, est rapidement devenu un succès de librairie en Israël, ce qui a poussé Guy à le traduire en anglais pour toucher un public plus large.
C’est en travaillant sur la traduction avec l’ancien porte-parole du gouvernement, Eylon Levy, qu’il est rappelé par la dure réalité dont il parle dans son livre et est rappelé au titre de la réserve le matin de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
Guy fait partie des tout premiers soldats de son unité envoyés à la frontière de Gaza, avant que l’armée israélienne ne dispose d’une vision opérationnelle complète de l’ampleur de l’assaut.
« Rien n’aurait pu nous préparer à ce que nous avons vu », confie Guy.
Avec son équipe, il prend en charge des blessés aux endroits les plus durement touchés, comme le festival de musique Nova, le kibboutz Kfar Aza ou encore le kibboutz Beeri.
Ce qu’il vit à ce moment-là lui sert de base pour son deuxième livre, « The Rescue : October 7 Through the Eyes of Israel’s Para-Rescue Commandos », témoignage direct d’une journée dont de nombreux soldats ont encore du mal à parler.
Un impact sur le long-terme
Guy estime que ses deux livres « se complètent », le premier se concentrant sur la formation des soldats de l’Unité 669 et le second illustrant le résultat concret de cette formation.
« Avant la sortie du [premier] livre, je ne pensais pas que cela intéresserait quelqu’un », se souvient-il en disant qu’au départ, il y voyait un cadeau pour ses camarades, une façon de garder la mémoire de ce qu’ils ont vécu ensemble.
« Mais en l’espace de quelques semaines, on en parlait partout… les gens en parlaient », s’extasie Guy en ajoutant qu’il avait même vu des personnes en train de le lire.
Les effets, confie-t-il, se font sentir bien au-delà de sa seule unité. De jeunes Israéliens en train de faire leur service militaire l’ont contacté pour lui dire qu’ils se retrouvaient dans ses récits, certains commençant même à tenir leur propre journal. D’autres ont découvert le livre avant leur service et s’en sont inspirés pour demander des rôles de combat, notamment l’Unité 669.
Guy espère que la traduction de ses livres en anglais permettra à « des adolescents, un peu partout dans le monde », juifs et non-juifs, d’envisager différemment « le rôle du soldat de Tsahal et peut-être même de s’engager. »
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