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Le député conservateur britannique Greg Smith dans les Churchill War Rooms, à Londres, le 11 juillet 2022. (AP Photo/Matt Dunham)
Le député conservateur britannique Greg Smith dans les Churchill War Rooms, à Londres, le 11 juillet 2022. (AP Photo/Matt Dunham)
Interview

Un élu britannique prend le contrepied de Keir Starmer : l’Iran « est notre guerre »

Le nouveau chef des Amis conservateurs d’Israël fustige l’attitude du Labour, alors que l’antisémitisme en Grande-Bretagne s’avère « effroyable »

Le député conservateur britannique Greg Smith dans les Churchill War Rooms, à Londres, le 11 juillet 2022. (AP Photo/Matt Dunham)

LONDRES — Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé conjointement des frappes contre le régime iranien, fin février, le Premier ministre britannique Keir Starmer répète très souvent : « Ce n’est pas notre guerre. »

Les sondages laissent entendre que sa position est suivie par une partie de la population, mais pas par ses adversaires conservateurs.

« C’est notre guerre. Elle est déjà arrivée au Royaume-Uni », affirme Greg Smith, le tout nouveau président des Amis conservateurs d’Israël, en évoquant la vingtaine de complots terroristes soutenus par l’Iran détectés par le MI5 en Grande-Bretagne entre la fin 2024 et la fin 2025.

« C’est formidable que nos services de sécurité aient déjoué ces complots, mais à un moment ou à un autre, s’ils continuent d’essayer, ils y parviendront », ajoute Smith.

Dans la nuit de samedi ä dimanche, la Kenton United Synagogue, dans le nord-ouest de Londres, a été victime d’un incendie criminel revendiqué par un groupe islamiste pro-gouvernement iranien, auteur présumé de la récente série d’attaques en Europe contre des cibles américaines, israéliennes et juives.

Député conservateur de la circonscription de Mid Buckinghamshire dans le sud de l’Angleterre, Smith explique au Times of Israel, le temps d’une interview, que « personne ne veut la guerre ». Mais, ajoute-t-il, le fait de chercher à se débarrasser du régime de Téhéran est « fondamentalement positif ».

« Ce régime iranien est la racine de tout le mal en matière de financement du terrorisme, dont les [principales] victimes sont Israël », déclare Smith. « C’est un régime qui massacre son propre peuple parce qu’il a eu l’audace de protester par dizaines de milliers. »

Smith se réjouit du cessez-le-feu de deux semaines conclu entre l’Iran et les États-Unis, mais affirme que « le véritable test » est de savoir si le régime iranien va « cesser toute hostilité envers Israël, cesser de financer des organisations terroristes dans toute la région et cesser d’être malveillant envers l’Occident. »

Une femme brandit le drapeau iranien devant un immense panneau publicitaire portant l’inscription « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 12 avril 2026. (Atta Kenare/AFP)

Depuis l’interview de Smith, les États-Unis ont imposé un blocus naval à l’Iran, les pourparlers ayant peu avancé sur les questions du détroit d’Ormuz et du programme nucléaire de la République islamique.

Le président américain Donald Trump a dit sa confiance dans la tactique consistant à faire pression sur l’Iran pour le contraindre à accepter un accord porteur de meilleures relations avec l’Occident et un niveau de prospérité inégalé depuis des décennies, mais Smith semble moins optimiste quant à la possibilité de négocier avec succès avec le régime actuel.

« Ce régime ne veut pas parler », affirme-t-il en ajoutant que les négociations sur le programme nucléaire n’ont abouti qu’à un « niveau d’uranium enrichi proche, bon sang très proche, de l’arme nucléaire. Les discussions n’ont pas très bien marché, non ? »

Sa position sur le conflit reflète la position plus belliciste adoptée par la direction conservatrice face à ce conflit. La cheffe de l’opposition, Kemi Badenoch, a salué les frappes américano-israéliennes et s’en est prise à Starmer auquel elle reproche de ne pas avoir autorisé les États-Unis à utiliser les bases américaines sur le sol britannique pour leurs premières opérations.

Au moment où les retombées économiques de la guerre s’intensifient et que l’opposition publique se renforce, les conservateurs ont un tant soit peu modéré leur ton, sans pour autant modifier substantiellement leur position.

Les conservateurs sont particulièrement critiques envers la préparation du gouvernement travailliste à un conflit dans la région. L’armée britannique, accuse Smith, semble avoir été freinée, et Starmer « a semblé avoir été pris au dépourvu » par les premières frappes américaines, alors même que Trump avait annoncé « des semaines durant » son intention d’agir.

Des membres de l’équipage passent devant un chapiteau déployé sur le pont d’envol du porte-avions britannique HMS Prince of Wales, devant la base navale de Portsmouth, sur la côte sud de l’Angleterre, le 10 mars 2026, en pleine vague de critiques du gouvernement chypriote concernant la rapidité d’action britannique pour défendre l’île. (JUSTIN TALLIS / AFP)

« Le Royaume-Uni ne dispose d’aucun actif dans la région ; rien de prêt à défendre nos propres bases, au moins », déplore Smith, faisant écho à des critiques quant à l’impréparation du pays.

« Lorsque le missile [iranien] a été tiré sur [la base militaire américano-britannique] Diego Garcia, nous étions sans défense. Nous avons dû compter sur les Américains pour défendre… nos propres intérêts. »

Il estime que les alliés britanniques qui ont subi des bombardements iraniens soutenus, tels que les Émirats arabes unis et Bahreïn, ont
« raison d’être déçus que le Royaume-Uni n’ait pas été là pour les aider ».

Starmer a fini par accepter un compromis en permettant aux États-Unis d’utiliser les bases britanniques pour des opérations défensives, ce qui n’empêche pas Smith de s’opposer à l’approche du Premier ministre qui, tout comme son prédécesseur, Rishi Sunak, a utilisé les forces britanniques pour défendre Israël lors de l’attaque iranienne en avril 2024.

Smith est tout aussi déçu par le gouvernement qui n’a pas fait interdire le Corps des Gardiens de la Révolution islamique iraniens, malgré les promesses de campagne. Il admet par ailleurs volontiers que les conservateurs n’ont pas fait mieux pendant leurs 14 années au pouvoir.

« J’ai demandé au dernier gouvernement conservateur de le faire … et je continue de le demander au gouvernement actuel », ajoute Smith.

« Ce n’est même pas un sujet de controverse à la Chambre des communes », assure-t-il en précisant qu’hormis les conservateurs, de nombreux parlementaires travaillistes et même Libéraux-démocrates conciliants le soutiennent. « Cela me dépasse d’autant plus qu’il y a tous ces complots déjoués sur le sol britannique… pourquoi aucun gouvernement n’a voulu le faire interdire ? »

Illustration : Des soldats au garde-à-vous lors d’un exercice du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, dans le golfe Persique, le 16 février 2026. (Crédit : Sepahnews via AP)

Sans surprise, Smith critique vivement l’attitude du Parti travailliste vis-à-vis d’Israël, qu’il attribue à des pressions politiques internes. Quelques mois après la prise de pouvoir du parti, ses députés d’arrière-ban sont « très irritables », explique Smith.

Face à ce qu’il qualifie de « flux constant de désinformation » au sujet de la guerre à Gaza, Smith estime que le gouvernement a cédé du terrain à un parti travailliste agité.

L’interdiction partielle des exportations d’armes vers Israël et la décision de suspendre les négociations sur l’accord de libre-échange ont abouti l’été dernier à la décision de Starmer de reconnaître un État palestinien.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer est accueilli à son arrivée à l’éroport de Bahreïn, le 9 avril 2026. (AP/Alastair Grant)

Il s’agit, selon Smith, d’« une décision de politique intérieure ». De même, ajoute-t-il, le Royaume-Uni continue de refuser de suivre l’Allemagne pour lever son embargo sur les armes, malgré la fin apparente du conflit à Gaza. Encore une fois, la seule explication, selon lui, est la « pression politique intérieure ».

Smith est catégorique : si le gouvernement conservateur avait été réélu en juillet 2024, il n’aurait pas suivi l’Australie, le Canada et des alliés européens comme la France sur la voie de la reconnaissance.

« Jamais un gouvernement conservateur n’aurait reconnu un État de Palestine au moment où le Hamas était encore activement militarisé… toujours clairement en train de se réarmer pour une offensive plus importante, toujours sous la menace des Houthis, du Hezbollah au Liban, [et] des CGRI en Iran », explique Smith.

Les conservateurs, affirme Smith, conservent leur « large soutien à une solution à deux États à long terme » tout en reconnaissant « qu’on ne peut pas adopter cette solution à deux États quand l’un des éléments clés de l’un de ces États est encore dirigé par des terroristes. »

Rien de tout cela ne devrait s’améliorer, croit Smith, avec un Green party farouchement anti-Israël qui rivalise avec le Labour pour séduire les électeurs de gauche. Et en mars dernier, la défaite de Starmer lors d’une élection partielle face aux Verts, dans une circonscription autrefois solidement travailliste du nord-ouest de l’Angleterre, a laissé le parti sous le choc.

« Là-bas, le niveau de sectarisme est inimaginable », déclare Smith. « C’est du jamais vu au Royaume-Uni. N’importe qui penserait que le candidat vert est le candidat de Gaza. »

Le député conservateur et président des Amis conservateurs d’Israël, Greg Smith. (CC BY 3.0/ Chambre des communes)

Comme il le souligne, la défaite du Labour a suivi une série de rudes affrontements politiques locaux lors des élections générales de 2024, avec quatre indépendants « pro-Gaza » qui ont pris des sièges au parti dans des districts à forte population musulmane.

« Je pense que le Labour a désormais peur de son ombre », déclare Smith, qui ajoute que la question israélo-palestinienne est exagérément évoquée par les parlementaires britanniques, à croire que « certains députés travaillistes n’ont que cela à dire. »

Cette obsession, dit-il, est « idéologique ».

« Ce n’est pas seulement le temps parlementaire qui y est consacré », ajoute-t-il. « C’est le fait que des ministres renoncent à parler d’autres choses pour satisfaire les appétits de leurs propres députés. »

Smith craint qu’une partie de cette attention parlementaire et de ce narratif autour d’Israël ait un impact négatif au-delà des couloirs de Westminster, dans les médias et au sein du grand public, avec des « effets en cascade » en termes d’antisémitisme « sur nos terres ».

Alors que les gros titres regorgent d’« actes épouvantables » tels que l’attentat terroriste du Yom Kippour contre la synagogue de Heaton Park et l’incendie criminel du mois dernier contre quatre ambulances appartenant à une organisation bénévole dirigée par des juifs, dans le nord de Londres, Smith estime qu’il est important de prendre acte du fort sentiment d’insécurité qui touche la communauté juive. Il se dit consterné, par exemple, lors d’un événement organisé au moment de Hanoukka dans sa propre circonscription, en décembre 2024, d’avoir entendu le rabbin dire « Nous ne nous sentons plus en sécurité pour réunir la communauté ».

De jeunes hommes juifs assistent à une veillée en mémoire des victimes de l’attentat terroriste du Yom Kippour contre la congrégation hébraïque de Heaton Park, à Crumpsall, à Manchester, en Angleterre, le 3 octobre 2025. (Photo AP/Ian Hodgson)

« Comment diable avons-nous pu en arriver là, en tant que pays, pour que les Juifs ne se sentent plus assez en sécurité pour se rassembler ? » demande Smith.

Les courriels des électeurs juifs sont « parmi les courriels les plus déchirants que j’aie jamais reçus en tant que député », dit-il. « Une femme juive [qui] allait épouser un chrétien m’a écrit en disant qu’elle se sentait obligée de faire disparaitre tous les symboles de sa foi juive, tout ce qui fait son identité juive afin de protéger son futur mari. »

Smith admet qu’il n’existe pas de « solution miracle » contre l’antisémitisme.

« Il faudra des années de travail acharné pour tout réparer », dit-il, mais il estime que l’accent doit être mis sur la lutte contre les « causes profondes », surtout dans les régions de la société où l’antisémitisme est toléré.

La première priorité, dit-il, ce sont les établissements d’enseignement supérieur, où selon lui, « le pire antisémitisme » a cours. Il est en colère lorsque les étudiants juifs lui racontent ce qu’ils endurent sur les campus, alors que « les vice-chanceliers universitaires n’y voient manifestement aucun problème ».

Smith est catégorique : l’antisémitisme ne peut pas être correctement combattu s’il reste des idées fausses sur Israël. À la fin de l’an dernier, il est allé à la rencontre d’élèves de première et de terminale dans un établissement de sa circonscription. Lorsque son soutien à l’État juif a été évoqué, Smith a demandé à son auditoire si l’un d’eux était déjà allé en Israël — personne ne l’avait fait — avant de leur demander comment ils imaginaient la plage de Tel Aviv.

« Je leur ai dit que c’était une carte postale, un symbole de tolérance et de diversifié absolue, avec des Juifs, des chrétiens qui boivent des bières ou jouent au volley-ball, des familles musulmanes, certaines en burqa, en train de prendre le thé, de pique-niquer ou de jouer sur la plage, des gays qui s’embrassent. Et personne ne bronche. Parce que c’est normal. C’est ouvert, tolérant, démocratique, épris de liberté », dit-il.

Les Israéliens profitent de la plage de Tel Aviv par une chaude journée d’hiver, le 21 janvier 2023. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Le problème, dit Smith, c’est que cette idée d’Israël est « inimaginable » pour son jeune public.

« Cela alimente ce récit qui existe chez tant de gens et qui devient ensuite de l’antisémitisme », dit-il. « C’est tellement troublant et difficile. »

Smith admet que le moment est difficile pour soutenir Israël au Royaume-Uni, mais qu’il ne se décourage pas pour autant.

« C’est un moment important pour les amis d’Israël, les partisans d’Israël, le moment de se lever et de se faire entendre dans un environnement très hostile, au Royaume-Uni comme dans d’autres pays occidentaux en ce moment », dit-il en ajoutant qu’il était membre des Amis Conservateurs d’Israël bien avant de devenir député en 2019.

Lorsqu’on lui a proposé de présider cette organisation, Smith a su qu’il ne pourrait pas se dérober : « Je me suis dit : ‘Si je ne fais pas ça maintenant, c’est que je suis un dégonflé.’ »

Il admet qu’il y aurait peut-être eu « un chemin politiquement plus facile », le concernant. Mais, plaisante-t-il, « je ne suis pas connu pour prendre des chemins faciles. »

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