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Une mère et son enfant assis à l'entrée d'une tente, dans un abri antiatomique. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)
Une mère et son enfant assis à l'entrée d'une tente, dans un abri antiatomique. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

Les travailleurs étrangers confrontés à une situation particulièrement difficile en temps de guerre

Des centaines ont été contraints de planter leurs tentes dans un espace insalubre situé sous la gare routière de Tel Aviv, mettant en évidence les conditions auxquelles est confronté ce secteur en pleine expansion

Une mère et son enfant assis à l'entrée d'une tente, dans un abri antiatomique. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

JTA — À deux étages sous terre, après avoir dépassé des bennes à ordures et des flaques d’huile, en passant par une porte blindée datant de la guerre froide, se trouve un miklat – abri antiatomique public – enfoui sous la gare routière centrale de Tel Aviv, la Tahana Merkazit HaYeshana.

Construit en 1993 pour accueillir plus de 16 000 Israéliens, cet abri a trouvé une nouvelle vie pendant la guerre entre Israël et le régime iranien en tant que refuge public pour les habitants de Neve Shaanan, l’un des quartiers les plus diversifiés et les plus pauvres de Tel Aviv, où vivent principalement des demandeurs d’asile et des travailleurs étrangers.

Comme il y avait peu d’autres options d’abris publics dans le sud de Tel Aviv, les habitants ont monté des tentes dans un espace tombé en ruine, avec des tuyaux qui fuient et des rats qui courent partout, pendant plus de 38 jours, alors qu’Israël et l’Iran échangeaient des tirs de missiles, jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu, entré en vigueur le 8 avril, mette fin aux combats.

« C’est très difficile. Pas seulement à cause de la guerre, mais à cause des conditions dans lesquelles nous vivons », a expliqué Gloria Arca, qui s’est réfugiée dans cet abri avec son fils, Noam, lors d’une interview en espagnol en avril.

« Nous sommes protégés des missiles, mais à l’intérieur, nous ne sommes pas en sécurité. »

Pour de nombreux Israéliens, la Tahana Merkazit occupe une place à mi-chemin entre la nostalgie et le dégoût.

Les quais d’embarquement de la gare routière centrale de Tel Aviv, devant un immeuble d’habitation délabré dans le quartier de Neve Shaanan. (Crédit : Roi Boshi/Wikimedia)

Jusqu’en 2018, elle constituait un nœud de communication essentiel pour les trajets à destination et en provenance de Tel Aviv. Depuis lors, la fréquentation a chuté, et cette imposante structure n’est plus aujourd’hui guère considérée que comme une verrue.

Au cours de la guerre de douze jours contre la République islamique d’Iran l’an dernier, une courte vidéo réalisée par des humoristes israéliens est devenue virale : elle partageait les coordonnées GPS de la Tahana Merkazit et exhortait l’Iran, sur le ton de la plaisanterie, à « ne pas bombarder cette gare routière ».

Pourtant, la Tahana Merkazit offre également un aperçu concret de la dépendance croissante d’Israël vis-à-vis des travailleurs étrangers, dépendance qui a fortement augmenté à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

En temps de paix, cet abri fait office de centre communautaire avec une église philippine, un dispensaire pour les réfugiés et des commerçants qui s’adressent à une clientèle parlant plus d’une dizaine de langues.

Deux enfants jouant debout sur du gazon synthétique récemment installé avec l’aide de la Workers Hotline. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

En temps de guerre, la Tahana Merkazit endosse un nouveau rôle d’une importance vitale : celui de refuge pour les personnes sans domicile fixe ou sans abri où se réfugier, sans famille dans le pays vers laquelle fuir et sans les moyens de payer un hébergement temporaire dans un endroit plus sûr.

Arca, qui est arrivée en Israël il y a plus de vingt ans en provenance de Colombie et qui réside légalement dans le pays, savait qu’il lui faudrait, à elle et à Noam, plus de dix minutes pour rejoindre un abri depuis leur domicile – un délai supérieur à celui autorisé par le système avancé d’alerte antimissile israélien. Ils ont donc décidé de s’installer dans la gare routière, plantant une tente aux côtés de certains de leurs voisins.

Selon Sigal Rozen, coordinatrice des politiques publiques à la Hotline pour les réfugiés et les migrants (HRM), plus de 200 habitants ont passé leurs nuits dans l’abri pendant la guerre.

« Ce n’est pas facile, surtout avec de jeunes enfants et des familles ayant des besoins particuliers », a-t-elle déclaré.

Gloria Arca (à gauche) et Sigal Rozen dans un abri public. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

« On ne peut pas se lever au milieu de la nuit et se mettre à courir comme ça. »

Grâce à un financement de la municipalité de Tel Aviv, la Hotline a tenté d’améliorer les conditions de vie dans cet abri, mais la situation de départ était désastreuse. Lors d’une visite en avril, on pouvait voir des rats courir sur le gazon artificiel récemment installé pour égayer l’espace, et des moustiques se poser sur les chevilles des visiteurs avant d’être chassés.

Plus que tout, Arca s’inquiète pour la sécurité dans l’abri – mais pas à cause de la guerre.

« Nous sommes protégés des missiles, mais à l’intérieur, nous ne sommes pas en sécurité », a-t-elle déclaré.

« Il y a des agents de sécurité, mais ils ne font pas leur travail. Des toxicomanes entrent et utilisent les toilettes. Il y a beaucoup d’enfants ici, et nous avons peur. »

Ces conditions difficiles n’avaient rien de nouveau pour bon nombre des personnes qui s’y sont installées, lesquelles représentent un secteur de travailleurs souvent invisible mais en pleine croissance en Israël.

La catégorie des « travailleurs étrangers », terme utilisé en Israël pour désigner les travailleurs non citoyens, pour la plupart originaires des Philippines, d’Inde ou de Thaïlande, et qui entrent dans le pays avec un visa de travail temporaire lié à un employeur spécifique, est depuis longtemps une désignation controversée.

Dominants dans certains secteurs, comme les soins à domicile, où les travailleurs étrangers sont si nombreux que le poste est appelé « filipina » en hébreu, ils ont pris une part croissante dans d’autres secteurs ces dernières années, en particulier après qu’Israël a interdit l’entrée aux travailleurs palestiniens de Gaza et de Cisjordanie après le 7-Octobre. Les Israéliens étant de plus en plus réticents à occuper des emplois manuels peu rémunérés, le gouvernement a pris des mesures pour remédier à cette situation en autorisant les employeurs à embaucher davantage de travailleurs étrangers.

Un travailleur thaïlandais cueillant les derniers mini-poivrons sucrés au kibboutz Alumim, dans le sud d’Israël, le 3 novembre 2024. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Le nombre de travailleurs étrangers en Israël a augmenté de 41 % rien qu’en 2024, pour atteindre plus de 156 000 personnes. En 2025, ils étaient 227 044. Ce chiffre devrait encore augmenter dans les années à venir, le gouvernement ayant fixé un plafond de 300 000 travailleurs.

Pour de nombreux Israéliens, les images diffusées après le cessez-le-feu, montrant de longues files de travailleurs étrangers arrivant dans des bureaux administratifs récemment rouverts pour renouveler leurs visas, ont illustré de manière frappante l’essor de ce secteur.

Il n’est pas rare, partout dans le monde, que des personnes issues de pays pauvres émigrent vers des pays offrant davantage d’emplois et des salaires plus élevés. Pour ces travailleurs, le risque lié à un statut juridique précaire peut en valoir la peine pour subvenir aux besoins de leur famille, envoyer leurs enfants dans de meilleures écoles et gagner des salaires bien supérieurs à ceux de leur pays d’origine.

Evelyn, une aide-soignante philippine qui s’est réfugiée avec ses trois enfants sous la gare routière centrale, a refusé de donner son nom de famille par crainte d’être expulsée.

L’entrée de l’abri antiatomique situé sous la gare routière centrale de Tel Aviv. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

« En Israël, je peux gagner dix fois plus qu’aux Philippines. J’ai donc de l’argent à envoyer à ma famille – non seulement pour subvenir aux besoins de mes enfants ici, mais aussi à ceux de mes parents à Manille. »

Cependant, les défenseurs des travailleurs affirment que le statut de travailleur étranger, ainsi que la dépendance croissante d’Israël à l’égard de la main-d’œuvre étrangère, créent des conditions propices aux abus. Ohad Amar, directeur exécutif de Kav LaOved, une organisation à but non lucratif qui milite en faveur de l’égalité des droits pour tous les travailleurs en Israël, affirme que ces derniers « subissent des conditions s’apparentant à de l’esclavage moderne ».

En Israël, de nombreux visas de travailleurs étrangers sont liés à un employeur spécifique et ne sont pas transférables. Kav LaOved a recensé de nombreux cas de retards ou de non-paiement de salaires, ainsi que des travailleurs qui se sentent contraints de garder le silence sur les abus de leurs employeurs par peur de perdre leur statut.

« Israël ne comptait pas auparavant sur les travailleurs migrants de la même manière. C’est la première fois que cela se produit à cette échelle », a déclaré Amar.

« Chaque jour, nous recevons des signalements de violations des droits des travailleurs, et nous sommes complètement débordés. »

En temps de guerre, les travailleurs étrangers sont souvent exposés de manière extrême aux dangers propres à Israël. Le 7-Octobre, alors que les sirènes retentissaient, des travailleurs étrangers ont été massacrés dans les champs des kibboutzim situés près de Gaza. Lors de la dernière guerre, des vidéos ont circulé sur Internet montrant des ouvriers chinois du bâtiment bloqués en hauteur, terrifiés et sans protection, au milieu des salves de missiles.

La première victime de la dernière guerre contre le régime iranien est Mary Anne Velasquez de Vera, une aide-soignante originaire des Philippines. Le 18 mars, Chaiwat Waewnil, un Thaïlandais de 33 ans, a été tué par un missile iranien équipé de sous-munitions qui s’est abattu sur le moshav Adanim, dans le centre d’Israël, où il travaillait.

Le sentiment de vulnérabilité physique est une expérience que de nombreux travailleurs étrangers en Israël connaissent bien.

Des survivants thaïlandais d’une attaque meurtrière du Hamas contre les quartiers d’habitation des travailleurs étrangers au kibboutz Alonim, à la frontière de Gaza, rendant visite à un collègue blessé à l’hôpital Soroka, à Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 12 octobre 2023. (Crédit : Gad Shparer)

Evelyn, une migrante philippine qui a dormi dans la Tahana Merkazit avec ses enfants pendant la guerre, a décrit comment, dans un secteur aussi intime que celui des soins, lorsqu’on travaille avec des personnes âgées qui ont du mal à se rendre dans un abri, les travailleurs peuvent se sentir contraints de rester dans le bâtiment pendant une attaque.

« Ils ne peuvent pas vraiment dire à leur employeur qu’ils ont laissé une grand-mère dans le bâtiment pendant une attaque de missile, car ils seraient licenciés et perdraient leur visa », a déclaré Amar.

Certains risques sont beaucoup moins visibles.

Evelyn a perdu son emploi de femme de ménage pendant toute la durée de la guerre, lorsque son employeuse, une femme âgée, a quitté le pays. Elle a survécu grâce aux dons de membres de la communauté et d’organisations de la société civile.

Une tente dressée devant une fresque murale au niveau -2 de la gare routière centrale de Tel Aviv. (Crédit : Theia Chatelle/JTA)

« Ici, c’est quand même mieux que chez moi », a-t-elle déclaré.

« Mais nous sommes tous dans une situation difficile, et pas seulement à cause de l’abri. Si je ne retrouve pas rapidement un emploi, je ne sais vraiment pas ce que je vais faire. »

Les travailleurs comme Evelyn, qui n’ont pas de visa de travail, doivent se tourner vers l’emploi informel, ce qui les rend inéligibles à l’indemnisation du Bituah Leumi – l’Institut national d’assurance -, lorsqu’ils ne sont pas payés. Mais le fait d’avoir un visa n’a pas résolu les difficultés liées à la guerre, a souligné Rozen.

La menace de perdre leur visa en cas de perte d’emploi pèse sur les travailleurs, les obligeant à prendre des décisions difficiles, comme laisser leurs enfants avec des bénévoles dans un abri ou seuls à la maison.

« Même ceux qui ont encore du travail sont confrontés à un problème. Si une mère célibataire a des enfants et qu’il n’y a pas d’école, où peut-elle les laisser ? Elle ne peut pas les emmener avec elle quand l’alerte retentit », a déclaré Rozen.

« Ainsi, même quand il y a du travail, beaucoup ne peuvent pas l’exercer. »

Elle a indiqué que la guerre avait mis en lumière les défis non résolus liés à la dépendance croissante d’Israël à l’égard de la main-d’œuvre étrangère. Le marché du travail du pays n’a pas été figé, comme ce fut le cas dans d’autres pays de la région, tels que les Émirats arabes unis, où la grande majorité des travailleurs sont des migrants qui ont tenté de partir. Pour Rozen, une nouvelle réalité, inquiétante, a été mise à nu.

« Si vous ne voulez pas d’étrangers ici, alors ne les recrutez pas », a déclaré Rozen.

« Mais vous ne pouvez pas les recruter, tripler leur nombre, puis vous attendre à ce qu’ils disparaissent quand il y a une guerre. »

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