Des milliers de personnes marchent vers la Knesset lors de la Gay Pride de Jérusalem
Scandant « Démocratie », des urnes à la main, des manifestants ont défilé sous l'œil de 2 000 policiers. Évoquant le prochain scrutin, le compagnon d'un soldat tué le 7-octobre a parlé d'un vote « crucial »
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Des milliers de personnes ont défilé jeudi sous haute sécurité jusqu’aux portes de la Knesset dans le cadre de la marche des fiertés LGBTQ de Jérusalem, dont l’itinéraire a été modifié cette année pour s’achever devant le bâtiment du parlement.
Les participants, parés de drapeaux de la fierté homosexuelle et transgenre, se sont rassemblés sur les pelouses du parc Sacher avant de marcher vers le jardin des roses Wohl, en surplomb de la Knesset. Jusque là, la marche s’élançait habituellement du parc de la Cloche de la Liberté, passant par la place de Paris, par la Grande Synagogue de Jérusalem et par le bâtiment de l’Agence juive, pour se terminer au parc de l’Indépendance.
De nombreux marcheurs se sont réjouis de ce changement d’itinéraire, y voyant un moyen d’exprimer leur opposition au gouvernement, lequel compte plusieurs élus proches de personnalités homophobes.
« J’adore le parcours habituel, mais les temps ont changé et nous devons montrer que nous ne sommes pas prêts à nous laisser effacer, comme le gouvernement essaie de le faire depuis quatre ans maintenant. Il est hors de question qu’ils se débarrassent de nous », a déclaré Ash Segal, un jeune homme de 21 ans originaire de Modiin, qui participait à la marche pour la quatrième année.
Ville très conservatrice, Jérusalem possède une faction libérale restreinte mais mobilisée qui a constitué le gros des participants à sa Marche des fiertés – l’événement y prend souvent une tournure politique plus sérieuse que dans d’autres villes. Cette année, alors que les participants se dirigeaient vers la Knesset, peu de temps avant les élections, les slogans et les discours anti-gouvernementaux ont occupé le devant de la scène.
Les manifestants appelant à remplacer l’actuelle coalition de droite dirigée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu ont brandi des urnes électorales tout en scandant « Démocratie » au rythme des tambours.
« La Pride de Tel-Aviv ressemble à une fête, elle est déconnectée du reste du pays. Il n’y a presque personne de religieux là-bas. Je suis très heureux de marcher avec des communautés religieuses, des Juifs portant la kippa, et pas seulement des homosexuels du quartier Florentine », a ajouté Segal, en parlant de ce quartier bohème du sud de Tel-Aviv.
Cette Gay Pride, organisée chaque année par la Maison Ouverte de Jérusalem, se tenait pour la 24e fois. Son slogan : « Exigeons le changement ».
Hadas Blumental, la directrice de la Maison Ouverte de Jérusalem, a déclaré que la marche n’était pas « un simple mouvement de protestation, c’est une déclaration sur la société dans laquelle nous voulons vivre ».
« Les droits de la communauté LGBTQ ne sont pas une question marginale ; ils font partie d’un combat plus large pour l’identité d’Israël en tant qu’État démocratique, et nous ne cesserons de revendiquer notre place en son sein », a-t-elle ajouté.
Alors que la plupart des manifestants convergeaient vers le jardin des roses Wohl, à la fin du défilé, un bloc d’extrême gauche composé d’une centaine de personnes est resté devant la Knesset pour scander des slogans contre l’administration militaire israélienne en Cisjordanie, dénonçant également les expulsions à Jérusalem-Est.
La marche s’est déroulée sous haute sécurité, en présence de plus de 2 000 policiers. L’événement est sévèrement encadré en raison des craintes de violences anti-LGBTQ depuis qu’un homme ultra-orthodoxe a perpétré une attaque au couteau pendant la marche, en 2015 – il avait tué une adolescente et blessé plusieurs autres personnes, quelques jours seulement après sa sortie de prison pour une attaque similaire qui avait eu lieu lors du même défilé, dix ans plus tôt.
Dans le cadre des mesures de sécurité prises cette année, le parc Sacher a été ceint de hautes barrières métalliques destinées à bloquer toute intrusion de personne non porteuse du bracelet distribué à l’entrée.
Pendant le rassemblement des marcheurs, un petit groupe de contre-manifestants du groupe d’extrême droite Lehava s’est installé de l’autre côté de la rue, scandant « Jérusalem n’est pas Sodome » et qualifiant l’événement de « marche de l’abomination ».
Le principal intervenant, lors de la marche, a été Omer Ohana, le fiancé de feu le commandant Sagi Golan, tué en combattant les terroristes du Hamas au kibboutz Beeri le 7 octobre 2023.
« Neuf cent soixante-onze jours se sont écoulés depuis le jour où ma vie a basculé… depuis que mon Sagi, le commandant Sagi Golan, est parti sauver des vies à Beeri. Depuis la mort de Sagi, l’État ne m’a pas reconnu, il n’a pas reconnu notre amour », a-t-il déclaré.
Depuis la mort de Golan, Ohana s’est battu pour se faire reconnaitre son statut de veuf, son partenaire ayant été un homme. Suite à d’intenses pressions qui ont été exercées concernant cette problématique, la Knesset a finalement voté une loi qui a élargi cette reconnaissance aux partenaires de même sexe des soldats tués.
« Nous sommes au début d’une campagne électorale cruciale », a affirmé Ohana. « Les voix de la communauté homosexuelle, de nos familles, de nos amis et de la population libérale d’Israël représentent une force immense. Nous ne nous contenterons pas de promesses vides. »
La plupart des orateurs qui se sont adressés à la foule avant la marche ont été des personnalités politiques libérales et de gauche, et certaines d’entre elles ont évoqué les élections à venir.
Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré que le combat de la communauté homosexuelle en Israël était « le combat de tous ceux qui croient en la liberté, l’amour et la démocratie. C’est aussi une lutte pour un judaïsme dénué de haine et qui, au contraire, accepte et embrasse l’autre ».
À la gauche de Lapid, la députée Naama Lazimi (du parti HaDemocratim) a exhorté les Israéliens LGBTQ à exprimer un « vote idéologique » en faveur d’un parti qui ne ferait aucun compromis sur leurs droits.
« Pendant trop longtemps, le système politique vous a traités comme une communauté dont on achète les voix juste avant les élections et dont on vend les droits immédiatement après », a-t-elle déclaré. « Aux prochaines élections, le vote stratégique sera un vote idéologique. »
la Communauté du Times of Israël !







