Cisjordanie: 85 élus démocrates américains exhortent Trump à passer à l’acte contre l’annexion
Dans une lettre adressée à Rubio et obtenue par le ToI, des députés US soulignent que la "fenêtre d'opportunité pour une action significative" contre ce projet qui menace la cohésion du territoire palestinien en Cisjordanie se referme rapidement
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Quatre-vingt-cinq membres démocrates de la Chambre des représentants des États-Unis ont signé une lettre dans laquelle ils exhortent l’administration du président Donald Trump à traduire en actes ses déclarations contre l’annexion de la Cisjordanie par Israël. Ils souhaitent ainsi faire obstacle à la construction, de plus en plus imminente, du projet controversé de la zone E1, qui porterait gravement atteinte à la cohésion du territoire palestinien au-delà de la Ligne verte.
« Nous exhortons vivement l’administration à utiliser tous les moyens diplomatiques à sa disposition pour faire cesser la construction de colonies dans la zone E1 de la Cisjordanie », peut-on lire dans cette lettre, obtenue par le Times of Israel, qui a été rédigée par les représentants progressistes Mark Pocan et Jan Schakowsky, puis envoyée à Rubio vendredi.
Dans cette lettre, les auteurs rappellent que Trump avait déclaré l’année dernière qu’il ne permettrait pas à Israël d’annexer la Cisjordanie. Ils y affirment que « la construction dans la zone E1 relève clairement de l’annexion ».
La construction d’une implantation dans le couloir de 12 kilomètres carrés qui se trouve à l’est de Jérusalem diviserait la Cisjordanie en deux parties, isolant les communautés palestiniennes de Ramallah de celles de Bethléem. Elle permettrait en outre de former une bande ininterrompue de territoire sous contrôle israélien s’étendant de Jérusalem à la ville-implantation de Maale Adumim en passant par la zone E1.
« Une telle opération consacrerait la souveraineté israélienne sur le cœur géographique de la Cisjordanie », peut-on lire dans la lettre.
Les démocrates ne contrôlent actuellement ni le Congrès ni la Maison Blanche ; leur lettre risque donc d’être ignorée. Toutefois, après les élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre, le parti pourrait prendre le contrôle d’au moins une des deux chambres du Congrès. Il disposerait alors d’un pouvoir accru pour influencer la politique étrangère.
Par ailleurs, la réussite de Pocan et Schakowsky à rallier à leur cause tant les progressistes que les modérés au sein du parti témoigne du consensus qui règne parmi les démocrates contre l’expansion des implantations israéliennes. Si le parti revient à la Maison Blanche dans deux ans et demi, cette situation pourrait compliquer davantage les relations entre les États-Unis et Jérusalem.
Le nombre de démocrates ayant signé la lettre est toutefois resté en deçà de la majorité des 212 membres de la Chambre des représentants. Certains élus parmi les plus centristes ont en effet choisi de ne pas s’y associer, à l’instar des progressistes les plus radicaux, pour qui cette lettre n’allait peut-être pas assez loin.
Parmi les signataires, d’éminents représentants progressistes tels que Rosa DeLauro, Pramila Jayapal, Ro Khanna, Greg Casar et Jamie Raski, rejoints par plusieurs démocrates plus modérés, moins connus pour leurs positions critiques à l’égard d’Israël, notamment Seth Moulton, Mike Levin et Jason Crow.
Affirmant que le projet de la zone E1 « a atteint un stade critique et décisif », les élus démocrates font remarquer dans leur courrier que les autorités israéliennes ont, ces derniers mois, accordé leur autorisation définitive pour la construction de 3 401 logements dans la région, dont l’appel d’offres devait être lancé lundi dernier.
À ce jour, l’appel d’offres n’a pas encore été rendu public, laissant ouverte la possibilité que le gouvernement publie un avis officiel de report.
Ce retard dans l’avancement du projet a fait suite à un avertissement lancé le mois dernier par l’Italie, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, qui ont déclaré que les entreprises qui répondraient aux appels d’offres de construction dans la zone E1 ou d’autres projets de développement d’implantations s’exposeraient à des « conséquences juridiques et à une atteinte à leur réputation… avec le risque de se rendre complices de violations graves du droit international ».
Outre l’avancement du projet E1, les parlementaires démocrates ont également dénoncé la poursuite par le gouvernement israélien de ses projets de construction de la « route de la souveraineté« , dont l’objectif est de détourner définitivement tout le trafic routier palestinien de la zone E1, coupant ainsi l’accès des Palestiniens à près de 3 % de la Cisjordanie et risquant d’entraîner le déplacement de dizaines de communautés bédouines palestiniennes installées dans la région.
C’est notamment le cas du hameau de Khan al-Ahmar, menacé depuis longtemps de démolition par les autorités israéliennes en raison de sa proximité avec la Zone E1. Le mois dernier, le ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich a ordonné aux autorités de lancer les préparatifs en vue de la démolition de Khan al-Ahmar, après avoir appris que le bureau du procureur de la Cour pénale internationale avait demandé un mandat d’arrêt à son encontre.
Le projet de construction dans la zone E1, la réalisation de la route de la Souveraineté et l’ordre de démolition de Khan al-Ahmar « sont interdépendants, et ils sont mis en œuvre simultanément et au plus vite, dans le cadre d’un plan coordonné dont le but est de créer des réalités irréversibles sur le terrain », précise la lettre adressée à Rubio.
« Nous exhortons vivement le Département d’État à affirmer clairement, et au plus haut niveau, que les États-Unis considèrent l’acceptation de ces appels d’offres de construction comme une violation flagrante de la politique officielle du président, ainsi qu’à utiliser tous les moyens diplomatiques à sa disposition pour mettre un terme à ce processus avant que ne débute l’attribution des marchés », ont ajouté les élus.
En 2025, le mouvement des implantations en Cisjordanie a connu un essor sans précédent, battant des records – et les dépassant parfois de loin – pour de multiples indicateurs d’expansion sur ce territoire disputé, selon les chiffres d’un organisme de surveillance anti-implantations.
Un bilan réalisé par l’organisation La Paix maintenant au début de cette année a révélé qu’un nombre record d’implantations légales avaient été approuvées ou régularisées rétroactivement en 2025, qu’un nombre record d’avant-postes illégaux avaient été établis, qu’un nombre record de logements avaient été approuvés dans le cadre du processus d’urbanisme, et que des appels d’offres pour la construction d’un nombre record de logements avaient été publiés.
la Communauté du Times of Israël !







