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Un soldat israélien passe devant un véhicule en feu après qu'une roquette lancée depuis la bande de Gaza a frappé la ville d'Ashkelon, dans le sud d'Israël, le 11 mai 2021 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
Un soldat israélien passe devant un véhicule en feu après qu'une roquette lancée depuis la bande de Gaza a frappé la ville d'Ashkelon, dans le sud d'Israël, le 11 mai 2021 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

6 mois après la guerre contre le Hamas, Ashkelon est toujours aussi vulnérable

Cette ville du sud avait été la plus ciblée au mois de mai et la mini-guerre y avait fait deux morts ; Des milliers de résidents de la ville n’ont pas accès à un abri anti-aérien

Il y a plus de six mois après le conflit entre Israël et Gaza connu sous le nom d’Opération Gardiens des murs, Ashkelon – la ville du sud qui a essuyé le plus grand nombre de tirs de roquettes du Hamas – n’est pas mieux protégée contre les missiles envoyées depuis la bande de Gaza qu’elle ne l’avait été pendant les hostilités.

Des dizaines de milliers de résidents de la ville n’ont aucun accès à un abri anti-aérien – notamment public – ou à des pièces blindées dans les habitations (des mamad, en hébreu) ou encore à des abris mobiles. Et certains bâtiments qui ont été endommagés n’ont pas encore été réparés.

« Nous ne demandons pas de faveur et nous n’appelons pas à la générosité », avait déclaré, le mois dernier, Tomer Glam, le maire d’Ashkelon, au Times of Israel. « Nous demandons simplement ce que la loi nous accorde – que le gouvernement prenne des initiatives pour protéger les habitants à temps pour le prochain conflit qui, nous le savons tous, finira par éclater ».

Pendant le conflit qui avait fait rage entre le 10 et le 21 mai, environ 4 000 roquettes, au total, avaient été lancées sur Israël. La ville d’Ashkelon avait été particulièrement touchée : 75 missiles s’étaient abattus sur la ville sur plus de 950 qui avaient été envoyés dans sa direction. Deux femmes avaient été tuées le 11 mai lors d’un tir de barrage de centaines de roquettes et 295 blessés avaient été enregistrés dans l’ensemble du conflit. Environ 700 appels étaient parvenus aux hotlines de la part d’Israéliens en proie à des crises de panique et en état de choc.

A l’époque, Glam avait expliqué que pas moins d’un quart des 150 000 résidents approximativement de la ville ne bénéficiaient pas d’un accès aux abris antiaériens. Aucune action notable n’a été prise, depuis, pour améliorer la situation et ce, malgré les promesses faites par le gouvernement en place à ce moment-là, qui était dirigé par Benjamin Netanyahu. Aucune initiative ne semble avoir été prise non plus par la nouvelle coalition, placée sous l’autorité du Premier ministre Naftali Bennett, qui a pris les rênes du pays au mois de juin. Plusieurs abris mobiles ont bien été installés à des angles de rues, a reconnu un porte-parole de la municipalité d’Ashkelon, mais « ils ne sont pas la solution », a-t-il déploré.

Certaines infrastructures endommagées par le Hamas n’ont pas été réparées. « Les maisons endommagées, dans certains secteurs, n’ont pas été réparées après la guerre », soupire Dani Bodek, un étudiant qui vit à Ashkelon. « Des pylônes électriques qui étaient tombés à cause des tirs de roquettes n’ont jamais été remis sur pied ; les fenêtres de certains immeubles sont encore cassées et il y a des éclats d’obus incrustés dans les murs d’un grand nombre d’habitations ». Il note que des dégâts datant encore de conflits antérieurs avec le Hamas n’ont jamais été réparés non plus. Le Bureau du maire n’a pas répondu aux questions du Times of Israel concernant ces dommages laissés tels quels.

Des dégâts non réparés provenant de tirs de roquettes dans un bâtiment d’Ashkelon, en décembre 2021. (Crédit : Dani Bodek)

La famille de la sœur de Bodek s’était installée avec lui et avec ses parents pendant le conflit du mois de mai parce qu’elle n’avait pas accès à un abri anti-aérien ; c’est une voisine de sa sœur qui a notamment été tuée, dit-il. « Nous avons eu de la chance de pouvoir accueillir la famille de ma sœur mais ce n’est pas facile de faire tenir dans un trois pièces une famille avec des enfants et des animaux domestiques, uniquement parce que chez eux, ils ne sont pas absolument pas protégés ».

Ce sont les quartiers les plus anciens de la ville – connus sous le nom d’Atikot (« antiquités » en hébreu) qui sont les plus vulnérables. Ils sont constitués d’habitations qui avaient été rapidement construites par l’État dans les années 1950 pour y accueillir un grand nombre d’immigrants en provenance d’Afrique du nord et du Moyen-Orient. Non seulement ces bâtiments n’offrent aucune protection contre les tirs de roquettes, mais ils ne sont pas non plus conformes aux normes anti-sismiques et anti-incendies. Un grand nombre sont dans un état avancé de délabrement.

Si des solutions ont été proposées, toutes présentent leur lot de difficultés. L’État pourrait investir dans la construction de nouveaux abris dans les vieux quartiers – un projet qui coûterait, selon les estimations du bureau du maire, la somme de 1,4 milliard de dollars. Mais les bâtiments des Atikot doivent, de toute façon, être démolis pour laisser la place à des projets de rénovation urbaine – même si l’État n’a pour le moment alloué aucun budget à cette initiative.

En théorie, la ville est en droit de sanctionner les résidents qui ne disposent pas d’un abri anti-aérien par le biais d’une amende, mais les familles issues très largement de milieux défavorisés n’ont pas l’argent nécessaire pour faire construire un abri anti-aérien ou pour payer une amende – « et ce n’est pas de leur faute si la ville d’Ashkelon est bombardée », s’exclame une source sécuritaire.

Des dégâts non-réparés de tirs de roquettes dans un immeuble d’Ashkelon au mois de décembre 2021. (Crédit : Dani Bodek)

La situation « est une honte pour l’État d’Israël », s’est indigné Glam lors d’un conseil municipal, le mois dernier, peu après l’adoption du budget de l’État à la Knesset pour 2021 et 2022. « Tous les membres de la Knesset du Likud, de Kakhol lavan et autres partis sont venus ici pendant l’opération pour passer du temps dans nos abris et nous dire qu’ils nous soutenaient. Mais aucun d’entre eux n’a eu le courage de monter à la tribune de la Knesset et de dire qu’un budget pour l’État ne serait pas adopté avant que des financements soient alloués à Ashkelon ».

« J’ai le sentiment d’être mieux protégé à Sderot », indique Dani Bodek en référence à une ville frontalière de Gaza bombardée depuis des années par les groupes terroristes de la bande, et où le gouvernement a fortement investi pour tenter d’optimiser la protection des résidents face aux missiles.

Au mois de juin 2018, le cabinet de sécurité avait approuvé une enveloppe à hauteur de cinq milliards de shekels, courant entre 2019 et 2030, à dépenser en infrastructures servant à protéger des bâtiments, dans tout le pays, des menaces posées par les roquettes. Mais ces fonds n’avaient jamais été directement alloués. De plus, le nom même du plan, « Bouclier du nord », avait bien indiqué que la priorité était accordée aux villes du nord menacées par les tirs de roquettes du Hezbollah, au Liban.

Des Israéliens se réfugient dans un supermarché alors que des roquettes tirées de Gaza s’abattent sur Ashkelon, le 16 mai 2021. (Crédit : Avi Roccah/Flash90)

Dans le dernier budget, 250 millions de shekels ont été réservés pour ce plan d’infrastructure. Mais une fois encore, aucun arrangement spécifique n’a encore été pris à ce jour concernant la distribution des fonds.

Alex Kushnir, chef de la commission des finances de la Knesset, dirige une réunion à la Knesset, le 23 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la commission des Finances de la Knesset, Alex Kushnir, a déclaré que ces fonds représentaient « une avancée sans précédent pour le sud ».

Mais, de son côté, Glam, maire d’Ashkelon, dit s’attendre à recevoir « peut-être 30 à 38 millions de shekels » – une somme insuffisante pour améliorer les choses de manière substantielle.

« Qui vais-je être capable de protéger, en fait ? », interroge-t-il. « Une famille du quartier de Shimshon ? Une autre de Ramat Eshkol? Ils pensent nous faire une faveur ? »

Alors qu’Ashkelon attend l’argent de l’État, le Commandement intérieur de l’armée israélienne a prévu, pour sa part, d’utiliser tous les fonds susceptibles d’être à sa disposition. Une partie servira à examiner et à réparer environ un millier d’abris anti-aériens communautaires privés dans la ville, précise un responsable.

Un pompier israélien éteint un véhicule en feu après qu’une roquette lancée depuis la bande de Gaza, dirigée par le Hamas, a frappé la ville d’Ashkelon, dans le sud d’Israël, le 11 mai 2021. (Crédit : (JACK GUEZ / AFP)

Une autre enveloppe sera aussi destinée à soutenir un programme-pilote annoncé, le mois dernier, dans le cadre de l’exercice « Résilience nationale ». Il consistera à renforcer les cages d’escaliers dans les plus vieux immeubles d’appartements de la ville à l’aide de béton armé. Un responsable a expliqué que cette initiative était intéressante au niveau économique dans la mesure où de tels travaux entrepris dans un bâtiment coûteront 30 000 shekels contre 150 000 shekels s’agissant de la construction d’un nouvel abri anti-aérien. Les cages d’escaliers sont considérées comme l’endroit le plus sécurisé dans les immeubles d’appartements qui ne disposent pas d’un abri, et les résidents sont sommés de s’y rendre rapidement en cas d’attaque au missile.

Si ce programme-pilote d’Ashkelon fait ses preuves, alors il pourra être étendu à d’autres bâtiments vulnérables de tout le pays, a continué le responsable.

Les enquêtes menées par le Commandement intérieur établissent que la majorité des blessés, voire des morts, pendant les tirs de roquettes ont lieu au moment où les victimes se rendent à l’abri anti-aérien, ce qui laisse penser que des cages d’escaliers sécurisées – qui sont accessibles rapidement depuis les appartements – pourraient significativement renforcer la protection.

Le maire d’Ashkelon Tomer Glam (Autorisation)

Glam a expliqué que sa ville était prête à soutenir le gouvernement – indépendamment des mesures qu’il sera amené à approuver – dans ses initiatives visant à tenter de mettre un terme aux tirs de roquettes de Gaza, ajoutant qu’il devait néanmoins obtenir les budgets nécessaires à la protection de la population de la ville.

« Donnez-nous les moyens de rester résilients », recommande-t-il avec vivacité.

« Donnez-nous les ressources nécessaires pour résoudre le problème des abris anti-aériens inappropriés que nous connaissons depuis des décennies. Apportez-nous la paix de l’esprit, en nous donnant la certitude que nous disposons bien des fonds nécessaires pour soigner les traumatismes des enfants et les autres habitants en état de choc. Et nous vous apporterons tout le soutien possible pour mettre définitivement un terme aux menaces de roquettes de Gaza ».

Les habitants d’Ashkelon « savaient ce qui les attendaient quand ils se sont installés ici et nous sommes heureux d’y être », dit Dani Bodek. « Mais le choc est là, encore et encore, après chaque opération ».

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