Rechercher
Reportage

À la frontière jordanienne, Israël s’améliore contre la contrebande d’armes

Les autorités israéliennes affirment avoir réussi à déjouer environ 80 % des tentatives en 2022, mais le long de la frontière orientale, les défis persistent

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Dans la soirée du 3 octobre, des soldats ont aperçu sur les caméras de surveillance un homme ramassant un paquet suspect à la frontière jordanienne, près du village palestinien d’az-Zubaidat, en Cisjordanie. Les soldats s’attendaient à voir l’homme – un passeur dans un vaste réseau de contrebande d’armes – après des semaines de collecte de renseignements sous couverture par la police.

Les soldats ont signalé ce qu’ils avaient vu à un centre d’opérations conjoint de l’armée et de la police, puis des agents et des soldats ont été dépêchés sur les lieux. Lorsqu’ils sont venus arrêter le passeur, un deuxième homme – repéré par les troupes dans la zone – a pris la fuite dans un véhicule. Le premier homme, un Palestinien d’az-Zubaidat, a été arrêté en possession de 61 pistolets et d’un fusil d’assaut. Le deuxième homme – autre membre du réseau de contrebande – un Israélien de la ville bédouine de Basmat Tabun, a été arrêté par la police après une brève course-poursuite ; son véhicule a été mis en fourrière.

Le succès de cette opération, l’une des nombreuses de ces derniers mois, était loin d’être acquis. Au cours des années précédentes, le contrebandier aurait pu se glisser en Israël ou en Cisjordanie sans être remarqué. Ou, s’il avait été repéré, les soldats n’auraient eu pour seule option que d’alerter un supérieur. Le temps que l’information remonte la chaîne de commandement jusqu’aux responsables de la police ou de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, le contrebandier se serait enfui depuis longtemps, et ses armes auraient été distribuées à tout criminel ou terroriste prêt à payer le prix demandé.

Mais aujourd’hui, les autorités israéliennes affirment qu’elles commencent à prendre le dessus dans une lutte sans relâche pour enrayer la contrebande massive d’armes en Israël et en Cisjordanie, où les armes contribuent à alimenter une recrudescence des attaques de groupes terroristes et des activités criminelles meurtrières au sein de la communauté arabe d’Israël.

Les efforts se sont intensifiés contre les opérations de trafic d’armes à la suite d’une « compréhension profonde par les décideurs – tant la police que le gouvernement – que la frontière jordanienne est la source la plus importante pour les criminels dans la communauté arabe, et pour les terroristes », a déclaré le commissaire divisionnaire Ronen Kalfon, qui dirige une unité de police anti-contrebande connue sous le nom de Magen – un acronyme pour Negev Border Intelligence.

Au cours de l’année écoulée, la police et les forces de défense israéliennes, avec l’aide du Shin Bet, ont réussi à déjouer des dizaines de tentatives de contrebande le long des 309 kilomètres de frontière que la Jordanie partage avec Israël et la Cisjordanie, saisissant plus de 480 armes.

Armes saisies par les forces de sécurité, après une tentative présumée de contrebande d’armes par la frontière avec la Jordanie, dans la vallée du Jourdain, le 3 octobre 2022. (Crédit : Police israélienne)

À titre de comparaison, en 2020 et 2021 combinés, seulement 276 armes à feu ont été saisies le long de la frontière orientale, a déclaré le lieutenant-colonel Amichai Hod, commandant du bataillon des Lions du Jourdain, au Times of Israel lors d’une visite de la frontière le mois dernier.

Les tentatives de passage clandestin d’armes à feu par la frontière sont généralement déjouées par des soldats équipés de caméras de surveillance, qui repèrent les suspects et envoient ensuite des troupes et des agents sur les lieux.

Il peut également arriver que le Shin Bet ou les services de renseignement de la police signalent aux soldats qu’une tentative de contrebande est prévue, et qu’une embuscade leur sera tendue.

Contrairement aux autres frontières d’Israël – avec l’Égypte, le Liban et la Syrie – la frontière avec la Jordanie est relativement peu surveillée en raison de sa longueur et n’est pas clôturée à de nombreux endroits, ce qui en fait un canal évident pour une contrebande de grande envergure.

Le bataillon de Hod est chargé de défendre environ 150 kilomètres de la frontière orientale, depuis la partie nord de la mer Morte en Cisjordanie jusqu’aux sources thermales de Hamat Gader sur le plateau du Golan. Il semblerait que ce soit sur ce tronçon que se produisent la plupart des tentatives de contrebande, en raison de sa proximité avec les villes jordaniennes et palestiniennes.

La brigade Yoav de Tsahal, quant à elle, est responsable de la partie sud, peu peuplée, de la mer Morte à la station balnéaire d’Eilat sur la mer Rouge, où peu de tentatives de contrebande sont enregistrées.

Le lieutenant-colonel Amichai Hod, commandant du bataillon des Lions de Jordanie, s’adressant au Times of Israel à un poste militaire près de l’implantation de Hemdat en Cisjordanie, le 28 novembre 2022. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Selon les autorités, les armes qui parviennent à franchir la frontière – probablement des dizaines de milliers au cours des dix dernières années – ont alimenté une flambée de violence dans la communauté arabe et ont été utilisées par des terroristes palestiniens qui ont tiré sur des soldats et des civils en Cisjordanie à un niveau presque sans précédent ces derniers mois.

Mettre en échec ces tentatives de contrebande est une « mission stratégique pour Israël », a déclaré Hod.

« Si une arme passe la frontière et est utilisée par des criminels pour nuire à des civils, ou par des terroristes pour nuire à des soldats – dans les deux cas, ce n’est pas bon », a-t-il déclaré.

« Si une opération de contrebande réussit dans ma région et que je ne parviens pas à l’arrêter, cela me dérange personnellement », a déclaré Hod.

Mais il s’est avéré difficile d’endiguer le flux d’armes.

Parmi les problèmes cités par le commandant du bataillon figure la topographie. Alors que la région frontalière du sud du désert d’Arava est essentiellement plate et sauvage, au nord de la mer Morte, les vagues ondulantes de la vallée du Jourdain, constituées de petites collines abruptes, longent le Jourdain, qui constitue la véritable frontière.

Hod a désigné une zone de collines entre la plaine inondable du fleuve et la clôture israélienne, où de profondes rigoles entre les falaises offrent une couverture idéale aux contrebandiers.

« Ces collines sont des zones d’angles morts, à cause de tous les petits canaux », a-t-il dit. « C’est impossible à contrôler. Je ne peux pas poster un soldat à chaque sommet. Nous sommes probablement au meilleur point d’observation, pourtant on ne peut pas voir ce qui se passe dans chaque canal. »

« Personne ne peut passer en voiture. Mais à pieds, c’est très facile », a-t-il ajouté.

La vallée du Jourdain depuis un poste militaire près de l’implantation de Hemdat, en Cisjordanie. Les villages jordaniens d’al-Balawinah et de Kuraymah sont visibles au loin, le 28 novembre 2022. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Un grillage rouillé de plusieurs mètres de haut, équipé de capteurs et renforcé par des barbelés à certains endroits, n’est pas d’un grand secours pour Hod lorsqu’il est question de défendre la frontière. Plus au sud, en dehors de sa juridiction, la situation est bien pire, avec des sections de la frontière dépourvues de toute clôture digne de ce nom et uniquement équipées de fils barbelés.

Depuis le début des années 2010, Israël s’est lancé dans un vaste projet de modernisation de ses défenses passives à plusieurs frontières, remplaçant les clôtures le long de la Bande de Gaza, de l’Égypte, de la Syrie et du Liban par des barrières plus hautes, renforcées et plus sophistiquées, équipées de capteurs beaucoup plus précis. Une portion de 30 kilomètres de la frontière avec la Jordanie, près de la ville d’Eilat, située à l’extrême sud, et du nouvel aéroport international Ramon, a également été améliorée de manière similaire, mais il n’est pas prévu de l’étendre davantage.

« C’est la seule clôture qui a été laissée dans cet état [moins solide] », a déclaré Hod.

« Ils ne la remplaceront pas, les travaux seraient trop importants », a-t-il ajouté, soulignant la longueur de la frontière. « Et c’est une frontière pacifique, donc c’est probablement plus une question d’argent », a déclaré Hod en plaisantant. « Une folle somme d’argent. »

Les coûts pour les frontières « high-tech » modernisées peuvent atteindre des milliards de shekels. En 2013, la clôture frontalière israélo-égyptienne longue de 400 kilomètres a été achevée pour un coût estimé à 1,6 milliard de shekels, ce qui en fait l’un des plus grands projets de construction de l’Histoire d’Israël. La clôture sophistiquée de 65 kilomètres avec la Bande de Gaza, achevée l’année dernière, qui comprend une barrière souterraine pour empêcher le creusement de tunnels, a coûté plus du double de ce montant, estimé à 3,5 milliards shekels. Pour la seule petite portion modernisée de la frontière israélo-jordanienne achevée en 2016, Israël a déboursé 300 millions de shekels.

« Cette zone – toute la frontière jordanienne – est la plus facile à violer », a déclaré Hod. « Ici, vous pouvez creuser en dessous, ou simplement faire un trou dans la clôture », a-t-il ajouté.

La frontière entre Israël et la Jordanie, dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, le 17 juin 2020. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90/Dossier)

Pourtant, Hod a déclaré que la clôture qu’il est chargé de défendre était en relativement bon état, malgré le fait que certaines portions n’ont pas été rénovées depuis les années 1970, quand Israël l’a construite.

Il a déclaré que la détection des trous – dans cette clôture moins sophistiquée – était un réel défi. « Dans certaines zones, nous pouvons détecter une brèche au moment où elle est faite, grâce à un capteur. Mais dans d’autres zones, ce n’est pas le cas. Comme il s’agit d’une zone très étendue, lorsque vous réparez une brèche, une autre est déjà créée », a déclaré Hod.

Selon Hod, les bataillons de la vallée du Jourdain longent toute la clôture tous les matins pour vérifier s’il n’y a pas eu de nouvelles brèches pendant la nuit.

Malgré tous les défis, Hod a déclaré que dans la bataille contre les trafiquants d’armes, Israël n’est « pas le maillon faible ».

« Nous avons de bonnes capacités d’observation qui ne font que s’améliorer, en particulier depuis l’année dernière », a déclaré Hod. « Certaines choses manqueront toujours, mais nous apportons sans cesse des capacités plus avancées pour isoler complètement les zones propices aux tentatives de contrebande. »

Le Commissaire divisionnaire, Ronen Kalfon, commandant de l’unité anti-contrebande de la police Magen. (Autorisation)

Une vague de criminalité incessante, qui se traduit par des niveaux records d’effusion de sang dans la communauté arabe israélienne, a donné un nouveau caractère d’urgence à l’endiguement du flux d’armes, les décideurs politiques considérant désormais les efforts de lutte contre la contrebande comme une priorité absolue, a déclaré Kalfon, chef de l’unité anti-contrebande Magen.

De nombreux types d’armes sont saisis par les autorités à la frontière jordanienne, notamment des fusils d’assaut M16, des kalachnikovs, des fusils de chasse et même des pistolets aux origines obscures, selon Magen.

Kalfon a déclaré au Times of Israel le mois dernier que la grande majorité des armes actuellement utilisées par les bandes criminelles en Israël et les groupes terroristes palestiniens en Cisjordanie sont introduites clandestinement en Israël par voie terrestre depuis la Jordanie.

Parmi les autres sources d’armement, on trouve des contrefaçons de mauvaise qualité fabriquées localement et d’autres armes de fortune, ainsi que des pistolets volés à des propriétaires israéliens et des fusils volés dans des bases de Tsahal, bien que les chiffres militaires montrent que les pillages d’armurerie ont diminué ces dernières années.

Au cours de l’année écoulée, selon l’estimation de Kalfon, les autorités ont réussi à déjouer 70 à 80 % des tentatives de contrebande d’armes à la frontière jordanienne, ce qui représente une augmentation considérable par rapport à il y a quelques années, lorsque ce chiffre se situait autour de 10 à 15 %. Kalfon a cité les tendances analysées par son unité, les renseignements fournis par les informateurs et les agents, ainsi que les armes saisies lors des tentatives de contrebande et chez les utilisateurs finaux, pour estimer le nombre d’incidents de contrebande qui ont probablement échappé aux autorités.

Kalfon et Hod ont tous deux attribué l’augmentation du taux de réussite à un changement stratégique des forces de sécurité à la frontière jordanienne, qui se concentrent moins sur la contrebande de drogues et davantage sur la lutte contre les trafiquants d’armes. Si la frontière égyptienne est connue pour être le principal couloir de contrebande de drogue en Israël, les stupéfiants et autres produits de contrebande entrent aussi parfois en Israël via la Jordanie.

Hod a noté que son bataillon, qui est également responsable des opérations dans les villes de Cisjordanie proches de la vallée du Jourdain, accorde désormais une attention « radicalement » plus grande à la frontière qu’à la Cisjordanie. Il a admis que la solution était loin d’être parfaite, mais a déclaré que la tendance se poursuit.

« Les questions palestiniennes, les postes de contrôle, et les implantations, exigent beaucoup d’attention. Mais nous avons déplacé une grande partie de notre attention vers la frontière, et parfois c’est une priorité plus élevée que les problématiques [de la Cisjordanie] », a-t-il déclaré.

Armes saisies par les forces de sécurité le long de la frontière avec la Jordanie, le 24 août 2022. (Crédit : Police israélienne)

Hod a ajouté qu’en période de tensions sécuritaires accrues, comme c’est le cas actuellement, il est amené à se concentrer davantage sur la Cisjordanie.

« Mais en général, la vallée du Jourdain fait l’objet de beaucoup plus d’attention que par le passé », a-t-il déclaré.

Les responsables ont justifié ces changements en faisant remarquer que l’arrêt de la contrebande d’armes s’attaque à un problème à l’origine de la menace terroriste et des crimes mortels.

Et ils affirment que cela fonctionne. Hod a noté que, d’après les estimations des autorités israéliennes, le nombre de tentatives de contrebande a diminué en 2021.

Il a déclaré qu’il s’attendait à ce que davantage d’armes soient saisies à l’avenir, mais il se refuse à dire qu’Israël a déjà gagné la bataille contre les incidents de contrebande.

« Nous commençons à, dirons-nous, moins perdre », a-t-il déclaré.

Tout est synchronisé 

Kalfon a également attribué l’augmentation du taux de réussite aux agences de sécurité qui travaillent « main dans la main ».

L’année dernière, l’armée, la police et l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet ont créé un quartier général opérationnel commun afin de collaborer plus étroitement pour déjouer les grands réseaux de contrebande ou ceux destinés spécifiquement au terrorisme.

« La police est le fer de lance de la lutte contre la contrebande d’armes, avec l’aide de l’armée, qui dispose d’unités réparties le long de la frontière, et elle bénéficie également de certaines capacités du Shin Bet », a déclaré Kalfon.

Un officier de police de l’unité Magen inspectant des armes saisies par les forces de sécurité israéliennes lors d’une tentative de contrebande d’armes le long de la frontière avec la Jordanie, le 11 mars 2022. (Crédit : Police israélienne)

Tsahal dispose de capacités d’observation pour détecter les tentatives de contrebande, et des centaines de soldats sont sur le terrain, prêts à être dépêchés sur les lieux. La police dispose également de centaines de policiers prêts à intervenir, mais elle est plus impliquée dans la détection de réseaux plus importants, ainsi que dans l’arrestation formelle des suspects et la saisie des armes. Parfois, les suspects s’enfuient en voiture avant que les soldats ne parviennent à les arrêter, après quoi la police se lance à leur poursuite.

Pendant ce temps, le Shin Bet fournira à l’armée et à la police des renseignements sur les tentatives de contrebande prévues, le cas échéant.

« Nous nous réunissons tous ensemble. Soit nous discutons des renseignements avant une tentative de contrebande, soit nous discutons de l’opération elle-même lorsqu’elle est en cours, afin qu’il n’y ait pas de malentendus », a déclaré Hod. « Nous synchronisons tout pour que tout le monde soit sur la même longueur d’onde. »

Les opérations conjointes entre la police, l’armée et le Shin Bet ne sont pas rares, en particulier en Cisjordanie. Et Hod et Kalfon ont attesté séparément que les agences travaillaient bien ensemble, sans aucune lutte de pouvoir.

Selon Hod, cette coopération leur a permis de disposer des effectifs nécessaires pour couvrir la région frontalière.

« Parfois, un agent de police sur le terrain aura à ses côtés un soldat. En fonction du type de contrebande et du temps dont nous disposons, nous trouvons le meilleur moyen de nous répartir le travail et de les arrêter », a-t-il déclaré.

Armes à feu saisies par des soldats israéliens lors d’une tentative de contrebande à la frontière avec la Jordanie, près de la mer Morte, le 22 mai 2022. (Crédit : Armée israélienne)

La coopération transfrontalière entre les officiers israéliens et leurs homologues jordaniens fonctionne également très bien, selon Kalfon.

« Il y a une excellente coopération entre la police israélienne et la police jordanienne. Il y a aussi une coopération entre l’armée israélienne et les Jordaniens. Les commandants de brigade et de bataillon s’entretiennent avec leurs homologues », a-t-il déclaré.

« C’est dans l’intérêt des deux parties. Et, plus d’une fois, nous avons réussi ensemble à démanteler des réseaux plus importants et à empêcher des tentatives de contrebande à la frontière », a ajouté Kalfon. « Nous leur donnons des renseignements, ils nous en donnent. Notre coopération est excellente. »

Les autorités jordaniennes « n’aiment vraiment pas les incidents de contrebande », a déclaré Hod. L’armée jordanienne n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Une menace à double tranchant

« Il y a toutes sortes de façons de faire de la contrebande », a déclaré Hod, mais les contrebandiers jordaniens le font généralement en laissant des sacs contenant des armes cachées dans un site de largage en Israël ou en Cisjordanie, où elles seront récupérées par des trafiquants d’armes israéliens ou palestiniens.

Les points de chute se trouvent souvent dans la bande de terre située entre la frontière internationalement reconnue – marquée par le Jourdain au nord de la mer Morte – et la barrière frontalière israélienne. Les enclaves peuvent faire plus de 100 mètres de large, en fonction de la zone.

« Dans certaines zones, les enclaves sont très larges. Ils peuvent laisser le paquet juste à côté de la rivière, et le contrebandier traversera d’ici, le prendra, et reviendra avant de repartir. D’autres fois, ils peuvent s’approcher directement de la clôture et le laisser là et quelqu’un le récupérera. Ils peuvent même le jeter par-dessus la clôture », a expliqué Hod.

« La destination finale des armes n’est pas toujours claire. Les armes peuvent être introduites en contrebande avant même qu’un acheteur ne soit trouvé. Mais il est certain qu’il y a une demande de la part des terroristes et des criminels », a déclaré Kalfon.

Selon un rapport de la Knesset de 2020, quelque 400 000 armes illégales circulent en Israël, la grande majorité dans la communauté arabe.

L’organisation Abraham Initiatives, qui surveille et lutte contre la violence dans la communauté arabe, a recensé 115 Arabes tués dans des homicides apparents en Israël cette année. L’année dernière, 125 Arabes ont été tués en Israël dans des violences communautaires – un record absolu, qui a dépassé le précédent record de 96 établi en 2020.

Le nombre d’homicides parmi les Israéliens juifs au cours de la même période est resté relativement constant, selon les chiffres de la police.

La contrebande est alimentée par la demande massive d’armes à feu dans la communauté arabe, selon Kalfon, qui affirme qu’elles sont recherchées comme symbole « de prestige » ou pour être utilisées dans « des attaques terroristes ou des conflits ».

Ola Najmi, qui dirige l’initiative Safe Communities pour l’organisation à but non lucratif Abraham Initiatives, a contesté cette caractérisation, affirmant plutôt que de nombreux Arabes voulaient des armes pour leur protection personnelle, la police étant considérée comme largement inefficace contre les puissants gangs criminels qui ont pris racine dans de nombreuses villes arabes.

« Cela justifie-t-il le port d’une arme ? Bien sûr que non », a-t-elle déclaré. « Mais il y a une demande dans la communauté arabe de se protéger, et de tenter d’assurer sa sécurité personnelle même de manière illégale, pour toutes sortes de raisons. »

Armes saisies par les forces de sécurité près de Neot Hakikar, dans le sud d’Israël, après une opération présumée de trafic d’armes à feu à la frontière avec la Jordanie, le 20 juin 2022. (Crédit : Police israélienne)

Israël a des lois relativement strictes sur le contrôle des armes à feu, les permis de port d’arme n’étant généralement accordés qu’à ceux qui peuvent prouver un besoin, par exemple pour le travail ou s’ils traversent des zones jugées dangereuses. Les demandes de personnes n’ayant pas servi dans l’armée ou dans tout autre corps de sécurité sont souvent refusées, ce qui rend difficile pour de nombreux Arabes l’obtention d’armes légales.

Selon Najmi, de nombreux jeunes Arabes sans perspectives d’avenir se sont tournés vers la criminalité pour l’argent et le prestige.

« Socialement, une arme à feu ou une voiture de luxe confère ostensiblement une position de pouvoir au sein de la société [arabe]. Malheureusement, les gangs criminels ont réussi à atteindre un grand nombre de ces jeunes », a-t-elle déclaré.

Selon Kalfon, la plupart des armes à feu passées en contrebande par la frontière jordanienne sont des pistolets, qui sont principalement achetés par les bandes du crime organisé.

Un grand nombre des pistolets saisis au cours de l’année écoulée sont fabriqués par une société appelée Delta Defence Group (DDG) dont on ne sait que peu de choses.

Silah Report, un site de recherche consacré aux armes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, a déclaré dans une longue analyse des pistolets DDG qu’il était difficile de déterminer le véritable fabricant, et encore moins le pays d’origine des armes, qui auraient également inondé la Syrie et l’Irak.

Selon le rapport, les pistolets DDG sont probablement vendus en Irak depuis un autre pays, puis font l’objet d’un trafic sur le marché noir irakien et sur le marché légal de la région autonome du Kurdistan.

De là, les pistolets sont introduits en Jordanie, puis en Israël.

Les fusils d’assaut tels que les M16 et les AK47 représentent également une grande partie des armes qui passent la frontière. Contrairement aux pistolets, ces armes sont souvent destinées à être utilisées par des groupes terroristes, a déclaré Kalfon.

Il n’existe pas de chiffres exacts sur le nombre d’armes illégales en Cisjordanie, mais ces derniers mois, des dizaines d’hommes armés palestiniens ont été vus marchant dans les rues de Naplouse et de Jénine, ainsi que dans d’autres régions, suite à des affrontements avec l’armée israélienne.

Les armes de ces Palestiniens armés sont pour la plupart des fusils M16, et non des armes de fortune comme le « Carlo », très utilisé lors d’une vague d’attaques par balles en 2015 et 2016. Pourtant, les troupes ont saisi plusieurs armes de fortune de ce type lors de raids en Cisjordanie ces derniers mois, ce qui indique qu’elles restent courantes en parallèle des armes à feu « de qualité ».

Des tireurs palestiniens de la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa portant leurs armes lors d’une parade militaire dans le camp de réfugiés de Balata, à l’est de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 21 septembre 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Une petite partie des saisies comprend des fusils de chasse, qui, selon Kalfon, sont aussi presque toujours destinés aux terroristes. En de rares occasions, des fusils de précision et des mitrailleuses légères ont également été saisis après avoir franchi la frontière.

Il pense qu’aucune arme lourde, telle que des grenades propulsées par roquette, n’a été introduite en contrebande ces dernières années, car aucune n’a jamais été saisie pendant ou suite à une tentative de contrebande.

Les autorités pensent que la grande majorité des armes illégales introduites en Israël et en Cisjordanie via la Jordanie proviennent de Syrie et d’Irak.

« Elles arrivent de là-bas parce que la Syrie et l’Irak sont des États en difficulté, et il est très facile d’y acheter des armes », a déclaré Kalfon.

Fusils à pompe saisis par les forces de sécurité israéliennes lors d’une tentative de contrebande d’armes à la frontière avec la Jordanie, le 8 août 2022. (Crédit : Armée israélienne)

Il a déclaré que les marchands d’armes irakiens et syriens signent des accords avec des marchands jordaniens, qui remettent ensuite les armes à des contrebandiers jordaniens, qui sont en contact avec des contrebandiers israéliens et palestiniens. Les contrebandiers en Israël et en Cisjordanie « les vendent ensuite à quiconque est prêt à payer », a-t-il ajouté.

Selon les estimations de l’armée et de la police, un pistolet en Cisjordanie peut coûter de 50 000 à 60 000 shekels, et un fusil d’assaut de 80 000 à 90 000 shekels. C’est encore plus cher à l’intérieur même d’Israël, mais bien moins chers lorsqu’ils sont initialement achetés en Jordanie.

« L’intérêt financier prime sur tous les autres intérêts. Je ne pense pas que les trafiquants se soucient de la destination des armes, ni de savoir si elles vont tuer quelqu’un », a déclaré Hod.

« Les profits sont énormes. C’est la raison pour laquelle la contrebande est constante. Même si nous attrapons certains des trafiquants, financièrement, cela sera toujours rentable pour eux. »

read more:
comments
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.