Israël en guerre - Jour 139

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Les manifestants anti-refonte judiciaire, à New York City, le 28 avril 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Les manifestants anti-refonte judiciaire, à New York City, le 28 avril 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

A New York, les militants israéliens mobilisés pour l’arrivée de Netanyahu à l’ONU

Les manifestants prévoient une série d’événements pour protester contre l’apparition du Premier ministre à l’ONU et contre ses rencontres avec les dirigeants mondiaux

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

NEW YORK — Alors que le ministre de la Défense Yoav Gallant se rendait à une réunion avec le secrétaire-général des Nations unies, le mois dernier, un opposant au plan de refonte du système judiciaire israélien qui était parvenu à entrer dans le bâtiment de la vénérable institution internationale – en prenant part à une visite guidée – s’était confronté au ministre, le sommant de « protéger notre démocratie ».

De l’autre côté de la rue, plusieurs dizaines d’Israéliens avaient manifesté, entonnant le slogan « Nous n’abandonnerons jamais » au rythme des percussions.

Vingt-quatre heures plus tard, un activiste avait remarqué Gallant en train de faire un jogging à Central Park. Il l’avait interpellé au cri de « Démocratie » et il avait averti les organisateurs du mouvement de protestation anti-gouvernemental de la présence du ministre. Dans l’après-midi, un groupe s’était rassemblé aux abords de l’hôtel de Gallant, obligeant les responsables américains qui lui rendaient visite à entrer par une porte latérale. Deux opposants avaient réussi à pénétrer dans l’hôtel, se heurtant verbalement au ministre israélien dans le couloir.

Les activistes expatriés ont prouvé leur capacité à perturber, à bousculer les déplacements des ministres du gouvernement et des membres de la Knesset à New York et dans les autres villes des États-Unis, ayant appris à exploiter un réseau de sympathisants qui traquent les responsables israéliens partout où ils peuvent se rendre, garantissant ainsi qu’ils ne trouveront à l’étranger aucun lieu sûr leur permettant de fuir le climat de discorde tendue qui règne actuellement au sein de l’État juif.

Le mouvement de protestation – qui s’élargit encore – se prépare dorénavant à manifester contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et contre d’autres ministres israéliens qui ont fait le voyage à New York pour assister, la semaine prochaine, à l’Assemblée générale des Nations unies.

« C’est une occasion presque unique qui se présente aujourd’hui avec l’arrivée de Netanyahu, un Premier ministre actuellement au cœur d’un procès, qui vient pour s’exprimer à l’ONU alors que le pays se déchire – autant dire que tout le monde est mobilisé et que tout le monde va venir », explique Offir Gutelzon, co-fondatrice d’UnXeptable, le réseau d’expatriés à la tête du mouvement de protestation aux États-Unis.

Les rassemblements à New York avaient commencé peu après la révélation faite par le gouvernement de son plan controversé de refonte radicale du système judiciaire – un projet qui vise à affaiblir l’autorité de ce dernier – au début de l’année, venant compléter le mouvement de protestation massif et durable qui était apparu en Israël de la part d’opposants affirmant que l’enveloppe législative du plan de refonte viendrait saper les principes de la démocratie et des droits de l’Homme.

Les partisans du projet gouvernemental déclarent, de leur côté, qu’il freinera l’activisme d’une Haute cour qui outrepasse les limites de son autorité depuis longtemps, et qu’il permettra de rééquilibrer les pouvoirs entre les différentes branches du gouvernement.

Pour commencer, des petits groupes d’Israéliens et d’Américains s’étaient regroupés à l’occasion de rassemblements hebdomadaires au Washington Square Park de Manhattan, brandissant des drapeaux aux couleurs israéliennes et écoutant des intervenants dénoncer le plan ourdi par la coalition. Ces événements avaient ensuite pris de l’ampleur, certains accueillant des centaines de personnes. Des manifestations ont eu lieu dans des dizaines d’autres villes de tous les États-Unis et dans d’autres pays.

Des activistes anti-refonte manifestent aux abords du siège des Nations unies alors que Yoav Gallant, le ministre de la Défense, rencontre le secrétaire-général des Nations unies, Antonio Guterres, à New York, le 28 août 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Depuis, les protestataires ont élargi leurs réseaux et diversifié leurs tactiques. Les activistes, à New York, s’organisent majoritairement par le biais de groupes WhatsApp qui assurent un contact continu entre environ 5 000 Israéliens et 1 000 à 2 000 Juifs américains, note Shaby Granot-Lubaton, l’une des organisatrices du mouvement de New York.

Le mouvement avait atteint son paroxysme au mois de juin, alors qu’un groupe de députés de la coalition se trouvait à New York pour prendre part au défilé de la Celebrate Israel Parade. Les manifestants s’étaient rassemblés en amont de chacune de leurs apparitions dans la ville et dans le New Jersey, et ils avaient pris part à la marche.

Lançant un jeu de « cache-cache », il avait été décidé qu’à chaque fois qu’un activiste apercevrait un membre de la coalition en public, une photo du législateur et sa localisation seraient partagés en messagerie – et que les autres manifestants seraient envoyés sur les lieux.

Un vendredi soir, les protestataires avaient ainsi suivi dans la rue le député Simcha Rothman, entonnant des slogans à son encontre. Le député d’extrême-droite, excédé, s’était alors brutalement retourné et il s’était saisi du mégaphone de l’une des manifestantes avant de se heurter aux autres activistes qui tentaient de reprendre le haut-parleur qu’il avait entre les mains.

L’incident, qui avait été filmé, avait entraîné des critiques dures à l’encontre de Rothman, une plainte déposée au commissariat et une enquête de la Commission d’éthique à la Knesset – des enquêtes qui n’avaient finalement pas eu de suite. Le mégaphone avait ensuite fait son chemin jusqu’à la tribune principale du mouvement de protestation israélien à Tel Aviv, mettant en émoi les milliers de personnes présentes.

Shany Granot-Lubaton, une organisatrice israélienne de manifestations, lors d’un rassemblement devant les bureaux du Fonds Tikvah, à New York, le 8 mars 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Granot-Lubaton explique que les activistes prennent pour cible les ministres en déplacement pour se conformer aux règles du mouvement de protestation en Israël où les députés de la coalition sont constamment importunés en public.

« Partout où ils vont, il y a des gens qui manifestent et nous nous efforçons donc de ne pas décevoir notre famille et nos amis, en Israël, en tentant de reproduire la même chose ici. L’objectif, c’est qu’ils n’aient aucun répit en ce qui concerne notre opposition », dit-elle.

Les activistes veulent aussi obliger les ministres à avoir des échanges difficiles au sujet des politiques mises en œuvre par le gouvernement.

« Nous voulons qu’ils ressentent un malaise quand ils s’expriment. Nous voulons que la foule leur pose des questions dures, dérangeantes », continue-t-elle. « Nous ne voulons pas qu’ils restent libres de prendre la parole comme ils pourraient le souhaiter ».

Des manifestants anti-gouvernement en marge de la parade « Celebrate Israel », à New York, le 4 juin 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Ce sera, la semaine prochaine, la toute première visite à New York de Netanyahu depuis que sa coalition a pris le pouvoir, au mois de décembre dernier. Le ministre de l’Économie Nir Barkat, le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen et la ministre de la Protection environnementale Idit Silman devraient, eux aussi, être présents – et les protestataires ont obtenu les informations nécessaires sur les hôtels et les itinéraires qui seront empruntés par les hauts-responsables.

Les leaders des groupes activistes israéliens Brothers in Arms et Kaplan Force organiseront aussi, pour leur part, des événements à New York City et dans le New Jersey dans la journée de dimanche. Des rassemblements sont prévus dans toute la ville et pendant toute la semaine, notamment aux Nations unies, au consulat israélien, à Times Square et aux abords de l’hôtel de Netanyahu. D’autres manifestations restent soigneusement tues, avec des organisateurs qui promettent « des surprises dans toute la ville ». Une collecte de fonds en faveur des manifestations a permis de récolter 25 000 dollars.

Une veillée de protestation où les manifestants se relieront les uns les autres pendant 80 heures au total aura lieu devant l’hôtel du Premier ministre, dit Granot-Lubaton.

Les activistes ont lancé leur mouvement de protestation dès le début de la semaine dernière en projetant un message adressé à Netanyahu sur le bâtiment qui héberge l’ONU.

La projection, qui n’avait pas été coordonnée avec les Nations unies, disait : « Ne croyez pas le ministre du Crime, Netanyahu. Protégez la démocratie israélienne ».

Sur une image fournie par les activistes, le 11 septembre 2023, un message protestant contre la visite du Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’ONU est projeté sur le siège des Nations unies, à New York City. (Autorisation)

« Le slogan qui a été projeté sur le quartier-général des Nations unies n’est qu’un avant-goût de ce qui attend l’accusé Netanyahu, actuellement traduit devant les juges, lors de sa visite à New York City. Le combat pour la démocratie israélienne est mondial », ont indiqué les protestataires dans un communiqué. « Nous serons là pour le saluer, partout où il ira. Le monde entier saura que Netanyahu est un menteur. Nous ne le laisserons pas déshonorer Israël et tromper les dirigeants du monde entier à l’aide de ses discours ».

Netanyahu doit rencontrer le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, le président américain Joe Biden et d’autres leaders mondiaux à l’Assemblée générale, malgré les pressions qui ont été exercées sur Biden et sur Guterres par les critiques du Premier ministre israélien. Un officiel américain a indiqué au site d’information Axios que Netanyahu s’entretiendrait avec Biden aux Nations unies et non à la Maison Blanche – cette dernière s’étant partiellement inquiétée de l’impact de manifestations massives, à Washington, qui rassembleraient des milliers d’Israéliens et de Juifs américains.

Avant sa visite à l’ONU, Netanyahu échangera avec Elon Musk à San Francisco alors que l’entrepreneur est actuellement aux prises avec l’Anti-Defamation League (ADL) qui l’accuse d’amplifier l’antisémitisme qui s’exprime sur X, le réseau social qui était connu sous le nom de Twitter. Les protestataires israéliens, à San Francisco, ont programmé une série d’événements qui permettront de harceler le Premier ministre pendant sa visite, déclare Gutelzon, à la tête d’une entreprise technologique dans la Silicon Valley.

« Tout faux-semblant qui laisserait penser que tout est normal, qu’il n’y a rien qui se passe est une tentative délibérée de taire le fait qu’on tente de transformer notre nation en autocratie messianique », dit Gutelzon en évoquant la visite de Netanyahu. Elle compare les projets de manifestations aux « journées de perturbations » organisées par les protestataires, ces derniers mois, en Israël.

Des manifestants, dont des activistes israéliens, lors du défilé « Celebrate Israel » à New York City, le 4 juin 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Les mouvements de protestation préparés par le groupe UnXeptable se concentrent principalement sur le plan de refonte du système judiciaire qui est avancé par le gouvernement, tandis que d’autres événements s’intéressent également aux politiques mises en œuvre par Israël à l’égard des Palestiniens. L’organisation The Israeli Anti-Occupation Bloc a programmé un rassemblement aux abords de l’hôtel de Netanyahu, la semaine prochaine, qui dénoncera les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantation et qui dénoncera aussi l’occupation, prônant les droits démocratiques. Truah, le groupe rabbinique pacifiste de défense des droits de l’Homme, a annoncé ses propres regroupements devant les Nations unies et devant l’hôtel où séjourne le Premier ministre israélien.

Le docteur Eric Caplan, expert en activisme social juif et président du département d’études juives à l’université McGill de Montréal, indique qu’il a, de son côté, particulièrement suivi le mouvement de protestation dans l’Est du Canada, où UnXeptable a récemment fait des avancées proportionnelles à l’élargissement des manifestations.

Caplan estime que prendre pour cible les ministres israéliens « est efficace s’agissant de transmettre le fort désespoir que le gouvernement actuel a fait naître parmi de nombreux Juifs qui vivent à l’étranger ».

« Dans l’Histoire, les ministres israéliens pouvaient toujours s’attendre à être accueillis les bras ouverts lorsqu’ils se rendaient à l’étranger », fait remarquer Caplan.

Les manifestants, à Montréal, se sont ralliés à UnXeptable en amont d’un rassemblement qui était organisé au début du mois – après avoir ressenti initialement une réticence à le faire, le groupe étant considéré comme trop intransigeant. De nombreux Juifs canadiens, comme les manifestants américains, s’inquiètent d’attiser encore davantage le sentiment anti-israélien et l’antisémitisme, affirme Natalie Amar, du groupe Caplan, qui est aussi l’une des organisatrices du mouvement de protestation à Montréal.

« Il y a ce sentiment que nous faisons partie d’un mouvement juif plus large dans le monde entier », commente Amar, évoquant la décision prise de rejoindre UnXeptable. « C’est la démocratie de notre pays qui est en jeu et nous affichons tout l’amour que nous avons pour Israël en résistant aujourd’hui ».

Des manifestantes contre le plan de refonte du système judiciaire israélien habillées en personnages de « La Servante écarlate » pour symboliser un avenir dystopique, un emprunt fait au mouvement de protestation en Israël à New York City, le mars 2023. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Gutelzon déclare que les groupes affiliés à UnXeptable ont organisé des manifestations dans 40 villes d’Amérique du nord, avec des Juifs américains qui y sont toujours plus nombreux alors que les Juifs Israéliens et non-israéliens des États-Unis tentent de s’adapter au mieux à un paysage politique de plus en plus tendu. Les Israéliens apprennent à naviguer entre les organisations juives, tandis que les Juifs sionistes non-israéliens tentent de continuer à apporter leur soutien à Israël sans pour autant appuyer le gouvernement, sans nuire à l’image du pays dans le monde et sans attiser l’antisémitisme.

Les Israéliens de New York sont entrés en contact avec certaines congrégations et, en rupture avec la tradition, des rabbins américains ont condamné publiquement le gouvernement israélien et des institutions juives ont soutenu des manifestations. Des élus juifs de premier plan à New York ont aussi été aperçus lors des rassemblements organisés contre la coalition au pouvoir en Israël.

Une étude réalisée auprès des Juifs américains, au mois de juin, par le Jewish Electorate Institute a établi que les sondés étaient, pour la plupart, bien informés sur le projet de réforme radicale du système de la justice et que 61 % des personnes interrogées déclaraient qu’il affaiblirait la démocratie israélienne. Autre son de cloche du côté des Juifs orthodoxes néanmoins qui, dans leur majorité, ont dit penser qu’il renforcerait la démocratie.

Gutzelon indique que les rabbins qui sont en contact avec son groupe devraient parler de la crise politique pendant les Grandes fêtes.

« Ce combat est le leur tout autant que le nôtre », s’exclame Granot-Lubaton en évoquant les Juifs américains. Elle affirme que le gouvernement de Netanyahu pourrait bien mettre un terme à une certaine image d’Israël – un pays qui est considéré par les Juifs du monde entier comme un refuge – suite aux atteintes essuyées par l’armée, ajoutant que ses éléments religieux pourraient rendre le pays inhospitalier pour de nombreux Juifs des États-Unis. Le gouvernement est aussi en train de renforcer le sentiment anti-israélien et l’antisémitisme à l’étranger avec ses politiques de la ligne dure et sa rhétorique incendiaire, déplore-t-elle.

« Nous voulons que les Juifs américains se joignent à nous et ils le font de plus en plus », dit-elle. « Nous voulons qu’ils sachent qu’ils ont toute leur place dans ce débat, dans ce débat important ».

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