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Un habitant des implantations israéliennes fait passer son troupeau de moutons devant une maison du village d’Abu Falah, en Cisjordanie, le 29 juillet 2026. Illustration (Crédit : Leo Correa/AP)
Un habitant des implantations israéliennes fait passer son troupeau de moutons devant une maison du village d’Abu Falah, en Cisjordanie, le 29 juillet 2026. Illustration (Crédit : Leo Correa/AP)
Reportage

À Qusra et ailleurs, des extrémistes israéliens chassent des Palestiniens de chez eux

Après avoir ciblé des communautés bédouines, des résidents d’implantation et d’avant-poste s’en prennent désormais aux habitations permanentes à la lisière des villages palestiniens et les occupent

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Mahmoud Tubasi ne vit plus dans sa maison de Jalud, au sud de Naplouse, depuis la fin du mois de juillet. Après plusieurs semaines de violences commises par des résidents d’implantations, il a fini par fuir.

« Tout s’est envenimé très rapidement », a-t-il raconté au Times of Israel.

Tubasi avait construit sa maison il y a environ sept ans, sur un terrain appartenant à sa famille, à la périphérie de Jalud. La propriété se trouve en zone B, où, en vertu des accords d’Oslo, Israël exerce le contrôle sécuritaire tandis que l’Autorité palestinienne (AP) est chargée des affaires civiles.

Pendant près de sept ans, il y a vécu sans incident avec sa famille, dont ses deux enfants et ses petits-enfants, a-t-il expliqué. Mais en avril, des résidents d’implantations ont commencé à s’en prendre à leur maison. Ils y ont d’abord mis le feu, avant de soumettre Tubasi et sa famille à un harcèlement incessant.

Le 22 juillet, après avoir appelé en vain à l’aide, la famille a fini par prendre la fuite. Depuis, Tubasi, qui surveille sa propriété à distance, y a vu des résidents d’implantations aller et venir.

Ces dernières années, des résidents d’implantations extrémistes de Cisjordanie ont intensifié leurs campagnes de harcèlement et de violence visant à chasser les Palestiniens de chez eux, allant parfois jusqu’à contraindre des communautés entières au départ.

Des résidents d’implantations se promenant dans la cour d’une maison, à Jalud, avant de s’en emparer, en juillet 2026. (Crédit : Autorisation)

Contrairement à la famille Tubasi, les familles et les hameaux pris pour cible jusqu’à récemment étaient pour la plupart bédouins. Leurs habitants vivaient dans des constructions précaires et ne disposaient souvent d’aucun titre de propriété officiel sur les terres qu’ils occupaient, parfois pourtant depuis des décennies.

Depuis un an, cependant, le phénomène a pris une nouvelle dimension. Des résidents d’implantations ont commencé à s’emparer également de maisons en dur appartenant à des Palestiniens à la périphérie de villages établis, contraignant leurs occupants à abandonner des terres appartenant parfois à leur famille depuis des siècles.

« Les résidents d’implantations nous ont dit : ‘C’est la Terre Sainte, et elle est à nous’, et ‘Avant, c’était à vous ; maintenant, c’est à nous’ », a raconté Muhammad al-Aqra, dont la maison presque achevée, au sud de Naplouse, a été investie par des résidents d’implantations fin juin.

Si certaines de ces prises de contrôle concernaient des maisons encore en construction ou occupées seulement une partie de l’année, des résidents d’implantations se sont également emparés de résidences principales habitées à l’année, contraignant de fait leurs occupants à partir.

À Jalud, puis dans la localité voisine de Qusra, des résidents d’implantations ont été filmés encerclant des maisons, coupant leurs occupants du monde extérieur et attendant que la pression les contraigne à fuir. Une fois les lieux abandonnés, ils en prennent possession et empêchent les familles d’y revenir.

Depuis dimanche, Youssef Hassan se retrouve assiégé dans sa maison de Qusra avec sa femme et leurs deux filles, âgées de 2 et 4 ans, tandis que des résidents d’implantations encerclent la propriété. Son cas commence à attirer l’attention sur un phénomène qui prend de l’ampleur.

Hassan a confié lundi par téléphone au Times of Israel que les résidents d’implantations avaient installé une structure de fortune devant l’entrée de sa maison afin de maintenir une présence permanente sur les lieux, et qu’ils avaient coupé l’électricité. Un autre habitant de Qusra, qui vit dans une maison voisine, a indiqué que cette présence l’empêchait lui aussi de quitter son domicile.

Des résidents d’implantations devant le domicile de Youssef Hassan, dans le village de Qusra, en Cisjordanie, au sud de Naplouse, le 10 août 2026. (Crédit : Autorisation)

Mardi, Hassan a dit craindre que sa famille ne manque bientôt de nourriture. Une ambulance est toutefois parvenue par la suite à atteindre la maison et à lui apporter des vivres.

« La situation est très grave », a déclaré Hassan après avoir passé plus d’une journée enfermé chez lui. « Nous vivons dans la peur et la panique. La nuit, les résidents d’implantations s’approchent de la maison, regardent à l’intérieur et crient. »

Des vidéos montrent des résidents d’implantations rassemblés dans la structure installée près de la maison et tentant d’ouvrir un portail donnant accès à la propriété.

Sur l’une des séquences, des soldats discutent avec le groupe et prient à ses côtés, avant de repartir sans prendre aucune mesure pour l’évacuer.

Les résidents d’implantations tentent d’empêcher l’évacuation d’un avant-poste établi à l’entrée de maisons palestiniennes près de Qusra, en Cisjordanie, le 12 août 2026 (Crédit : Capture d’écran/Vidéo ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Tôt mercredi matin, sous la pression croissante de l’opinion publique, l’armée israélienne a commencé à intervenir pour déloger les activistes installés devant les maisons de Qusra, provoquant des affrontements. Elle a également publié un communiqué condamnant ces agissements.

« Plusieurs signalements ont été reçus ces dernières semaines, faisant état de civils israéliens pénétrant dans des habitations et sur des terres palestiniennes dans les secteurs de Qusra et de Jalud afin d’en prendre le contrôle. Ces agissements sont illégaux, répréhensibles et inacceptables. Ils portent préjudice aux habitants et perturbent leur vie quotidienne », indique le communiqué.

Une nouvelle cible

Entre janvier 2023 et avril 2026, quelque 5 900 Palestiniens de Cisjordanie ont été contraints de quitter leur foyer en raison des violences commises par des habitants d’implantations, a indiqué début juillet le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

Il s’agissait principalement de Bédouins, ainsi que de quelques agriculteurs palestiniens, vivant dans ce que l’ONU qualifie de « communautés ». Selon l’organisation, 45 de ces communautés ont été entièrement déplacées et 72 autres l’ont été en partie.

Dans certains cas, des résidents d’implantations ont ensuite établi des avant-postes illégaux sur les terres abandonnées par les communautés contraintes au départ.

Un avant-poste établi par des résidents d’implantations à proximité de la communauté bédouine de Murayir al-Deir, le 18 mai 2025. (Crédit : Autorisation)

La prise de contrôle récente d’une poignée de résidences permanentes semble répondre à la même logique : créer de nouveaux avant-postes ou étendre ceux qui existent déjà, faisant ainsi progresser la présence des résidents d’implantations jusqu’aux portes des villes et villages palestiniens. Ces maisons se trouvent dans les zones A ou B, où toute présence civile israélienne est interdite en vertu des accords d’Oslo.

Leurs propriétaires affirment être dépossédés de biens transmis dans leur famille depuis des générations, dans des villages où leurs racines remontent parfois à plusieurs siècles. Contrairement aux Bédouins déplacés, les Palestiniens chassés de maisons en dur sont davantage susceptibles de contester leur éviction devant les tribunaux, même si, pour la plupart, ils ne bénéficient d’aucun soutien.

Ces prises de contrôle interviennent sur fond de forte recrudescence des violences commises par des habitants d’implantations contre les Palestiniens des zones A et B, notamment des incendies criminels, des jets de pierres et des tirs, qui ont parfois fait des morts.

Elles surviennent également alors que des résidents d’implantations extrémistes affirment ouvertement sur les réseaux sociaux vouloir chasser les Palestiniens de Cisjordanie.

Il y a quelques dizaines d’années, certaines communautés bédouines de Cisjordanie avaient encore un mode de vie semi-nomade et se déplaçaient au gré des saisons. Si elles se sont depuis largement sédentarisées, nombre de ces communautés vivent encore dans des habitats précaires, tentes ou cabanes notamment, héritage de leur ancien mode de vie.


Des habitants palestiniens rassemblent leurs affaires après avoir décidé de fuir la recrudescence des violences commises par des résidents d’implantations et se préparent à quitter leurs maisons du village de Ras Ein al-Auja, en Cisjordanie, le 11 janvier 2026. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Paradoxalement, cette mobilité relative a facilité leur expulsion : les familles pouvaient rassembler leurs maigres possessions, démonter leurs habitations et fuir ailleurs, limitant ainsi les difficultés matérielles immédiates liées à leur déplacement.

Les Bédouins avaient également souvent tendance à ne pas porter plainte auprès de la police ni à saisir immédiatement la Haute Cour de justice après avoir été chassés. Cette réticence tenait en partie à leur relative facilité à se réinstaller ailleurs, mais aussi à d’autres obstacles, comme une connaissance limitée des recours juridiques à leur disposition ou encore la difficulté à faire valoir leurs droits sur les terres concernées.

Dans certains cas, les habitations avaient été construites sans permis ; dans d’autres, les familles ne disposaient d’aucun document officiel attestant leurs droits de propriété sur les terres dont elles avaient été chassées.

En revanche, la plupart des Palestiniens interrogés pour cet article ont déposé plainte auprès de la police, certains le jour même où ils ont été contraints de quitter leur domicile ou ont pris la fuite. Dans l’un des cas, une requête a également été déposée devant la Haute Cour de justice, accompagnée de documents attestant la propriété du terrain ainsi que la prise de contrôle du bien par des résidents d’implantations.

Des villageois palestiniens et des militants étrangers pour la paix retirent des banderoles et des drapeaux israéliens d’un bâtiment palestinien qui avait été pris d’assaut par des résidents d’implantations israéliennes dans le village de Jorish, en Cisjordanie, au sud de Naplouse, le 20 juin 2026. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Pour autant, les forces de l’ordre n’ont encore délogé les résidents d’implantations d’aucune des habitations concernées par les cas relatés dans cet article.

Tsahal exerce l’autorité souveraine en Cisjordanie, mais il revient à la police israélienne d’expulser les Israéliens qui s’introduisent illégalement sur des propriétés privées ou dans des habitations.

Bien que les faits relatés dans cet article se soient produits dans les zones A et B, où la police palestinienne est habilitée à intervenir, l’Autorité palestinienne (AP) n’a, en vertu des accords d’Oslo, aucune compétence pénale à l’égard des citoyens israéliens. Il appartient donc à la police israélienne d’enquêter sur les infractions que des Israéliens sont soupçonnés d’avoir commises dans ces zones.

La police n’a pas répondu aux sollicitations du Times of Israel concernant les différents cas relatés dans cet article.

« C’est à nous »

Tubasi a indiqué que ses agresseurs avaient d’abord tenté d’incendier sa maison dans la nuit du 3 avril, alors que toute la famille, y compris ses jeunes petits-enfants, dormait à l’intérieur. Après cette attaque, craignant qu’elle ne se reproduise, ses belles-filles et ses petits-enfants sont partis se réfugier dans d’autres villages.

Le harcèlement s’est ensuite poursuivi. Des résidents d’implantations sont revenus à plusieurs reprises aux abords de la maison, cherchant manifestement à intimider la famille pour la pousser à partir. Ils ont également établi un avant-poste à proximité.

Fin juin, ils avaient bloqué tous les accès à la maison, empêchant la famille d’entrer ou de sortir et retenant de fait Tubasi, son épouse et leurs deux fils à l’intérieur.

Des habitants des implantations tentent de mettre le feu à l’entrée d’une maison avant de s’en emparer, à Jalud, en avril 2026. (Crédit : Autorisation)

Selon Tubasi, ils sont restés ainsi assiégés pendant 25 jours. Malgré leurs appels aux journalistes, à la police et à l’Administration civile du ministère israélien de la Défense, chargée des affaires civiles en Cisjordanie, les résidents d’implantations ont continué d’encercler la propriété. Au bout de 19 jours, a-t-il précisé, ils ont coupé l’alimentation électrique de la maison.

L’Administration civile n’a pas répondu à une demande de commentaire du Times of Israel.

Pendant ces semaines de siège, Tubasi a filmé à plusieurs reprises des résidents d’implantations dans la cour de sa maison.

Dans une vidéo, il demande à l’un d’eux : « Pourquoi venez-vous chez moi ? » L’homme lui répond : « Il vous reste un jour [de plus] ici. C’est à nous. »

Il affirme ensuite que toute la zone appartient à Esh Kodesh, un avant-poste autrefois illégal, voisin de Jalud, que le gouvernement a régularisé rétroactivement en 2025.

Vue de l’avant-poste israélien d’Esh Kodesh, en Cisjordanie, le 14 décembre 2025. (Crédit : Zain JAAFAR / AFP)

Le 22 juillet, la famille a fini par fuir. Peu après, des résidents d’implantations ont été filmés allant et venant autour de la propriété.

« Toutes nos affaires sont restées dans la maison. Nous les avons laissées là-bas, et les résidents d’implantations s’en sont emparés. Nous sommes partis sans rien, avec pour seuls biens les vêtements que nous portions », a déclaré Tubasi.

Quelques heures avant la fuite de la famille, ce jour-là, Haaretz avait rapporté que des soldats avaient empêché des journalistes d’accéder à son domicile.

Après son départ, Tsahal a déclaré : « Des forces de Tsahal et de la Police des frontières ont été dépêchées à la périphérie du village de Jalud après qu’il a été signalé que des civils israéliens étaient entrés dans une maison palestinienne du village. À leur arrivée, les forces ont trouvé la maison vide et constaté que la famille semblait avoir quitté les lieux. »

Des résidents d’implantations, dans la cour d’une maison palestinienne, avant de s’en emparer, dans le village de Jalud, en juillet 2026. (Crédit : Autorisation)

« Avant le départ de la famille, la zone a été déclarée zone militaire fermée afin d’éviter que la famille ou ses biens ne subissent de dommages et d’empêcher que des affrontements n’éclatent dans le secteur. Les troupes continuent actuellement d’opérer sur place afin de permettre aux membres de la famille de regagner leur domicile en toute sécurité. »

Malgré les déclarations de Tsahal, Tubasi n’a toujours pas regagné son domicile. Il vit désormais dans une maison plus ancienne du village et affirme voir des résidents d’implantations continuer d’aller et venir sur sa propriété. Ses fils et leurs familles se sont installés ailleurs : l’un à Qaryut, un village voisin, l’autre à Beitunia, près de Ramallah, où il travaille.

Tubasi a indiqué avoir déposé à deux reprises une plainte auprès de la police israélienne concernant l’occupation de sa maison, sans avoir reçu de réponse.

Contraint de partir sur ordre de l’armée

La Haute Cour de justice doit se prononcer sur le cas de deux maisons situées à la périphérie du village d’Atara, près de Jérusalem. Construites comme résidences secondaires par des habitants de Jérusalem-Est, elles auraient été occupées par des résidents d’implantations après que l’armée eut contraint leurs propriétaires à quitter les lieux.

Le propriétaire de l’une d’elles a expliqué au Times of Israel avoir commencé à la construire en 2021, sur un terrain qui lui appartient depuis une vingtaine d’années. Il a requis l’anonymat, par crainte d’attaques de résidents d’implantations.

Le 20 août 2025, alors qu’il séjournait dans la maison, des soldats sont arrivés accompagnés d’un résident d’implantations et lui ont ordonné de partir, l’informant que le secteur avait été déclaré zone militaire fermée.

Dix jours auparavant, a-t-il précisé, un avant-poste illégal avait été établi à environ un demi-kilomètre de chez lui.

Des résidents d’implantations pénètrent dans une maison appartenant à un habitant de Jérusalem-Est, dans le village d’Atara, en Cisjordanie, en juin 2026. (Crédit : Autorisation)

« J’ai essayé de leur expliquer : ‘C’est ma maison, je ne peux pas la quitter. Qui va la protéger ?’ Et ils m’ont répondu que ce n’était pas leur problème. Ils avaient reçu un ordre, et je devais partir », se souvient-il.

Tsahal n’a pas répondu à la demande de commentaires du Times of Israel concernant cet ordre militaire.

Trois jours après avoir été contraint de quitter les lieux, le propriétaire a constaté, grâce à ses caméras de surveillance, que des résidents d’implantations étaient entrés dans la maison.

Une maison voisine, elle aussi visée par l’ordre militaire, a également été occupée. Lorsque son propriétaire a tenté de revenir sur place plus tard dans le mois, les soldats présents l’en ont empêché. Dans une vidéo qu’il a filmée à cette occasion, on entend un résident d’implantations, debout aux côtés des soldats, affirmer que la maison était inoccupée, tout en reconnaissant que son propriétaire avait tenté d’y revenir.

Bien que l’ordre militaire lui imposant de quitter la zone ait expiré au début de l’année, le propriétaire interrogé par le Times of Israel affirme n’avoir toujours pas pu regagner sa propriété en raison de la présence de résidents d’implantations.

De loin, il a pu constater que des résidents d’implantations avaient pris leurs quartiers dans la maison.

Occupée par des résidents d’implantations, la maison a été construite par un habitant de Jérusalem-Est dans le village d’Atara, en Cisjordanie. (Crédit : Autorisation)

En juillet, il a pu découvrir plus précisément ce qui se passait chez lui grâce à des images diffusées par la Quatorzième chaîne. Elles montraient Tal Yinon Dardik, un résident d’implantations qui semblait vivre dans la maison. Dardik est soupçonné d’avoir participé à une agression brutale à Khirbet Humsa, un village palestinien de Cisjordanie, où lui et d’autres résidents d’implantations extrémistes auraient déshabillé une victime palestinienne, attaché ses parties génitales avec des liens en plastique et l’auraient exhibée dans tout le village. Dardik nie avoir pris part à cette agression.

La détention de Dardik et son refus de respecter une assignation à résidence lui imposant de rester éloigné d’un avant-poste illégal qu’il avait établi en zone B de Cisjordanie sont devenus une cause importante pour la droite et l’extrême droite, au point que le ministre de la Défense Israel Katz est intervenu en sa faveur.

Dans un reportage de la Quatorzième chaîne consacré à sa détention, ainsi que dans des articles publiés par la suite, des images de la vie quotidienne de Dardik, notamment de la cérémonie de circoncision de son fils, semblent avoir été tournées à l’intérieur de la maison d’Atara. Les fenêtres et d’autres éléments caractéristiques des murs permettent d’identifier la propriété.

À droite : Tal Yinon Dardik, un habitant des implantations vivant dans un avant-poste illégal (Crédit : Capture d’écran/Instagram) ; à gauche : la maison construite par des habitants de Jérusalem-Est avant d’être occupée par des résidents d’implantations (Crédit : Autorisation)

L’avocat de Dardik n’a pas répondu à la demande de commentaires du Times of Israel.

Le propriétaire a porté plainte auprès de la police après avoir été contraint de quitter sa maison, puis une seconde fois après que des résidents d’implantations en ont pris possession. Selon lui, ces démarches sont restées sans suite.

« La police et l’armée sont censées être là pour tous les citoyens, qu’ils soient juifs, musulmans ou chrétiens. Elles doivent être là pour tout le monde », a déclaré le propriétaire.

« C’est pourquoi je suis très déçu de la manière dont les forces de l’ordre, la police et les soldats ont géré toute cette épreuve », a-t-il ajouté. « Ils n’ont tout simplement pas fait ce qu’il fallait, alors qu’il s’agit d’une propriété privée. »

Fin juillet, avec ses voisins et le soutien de l’organisation de défense des droits Yesh Din, il a saisi la Haute Cour de justice d’une requête conjointe dénonçant l’inaction des autorités, qui n’ont pas délogé les résidents d’implantations. L’affaire est toujours pendante devant la Cour.

Des maisons presque achevées à leur tour prises pour cible

Ces derniers mois, des résidents d’implantations ont également pris possession de maisons dont la construction touchait à sa fin ou qui venaient tout juste d’être achevées, avant même que leurs propriétaires aient pu y emménager.

Al-Aqra, 50 ans, achevait ainsi la construction d’une nouvelle maison destinée à sa famille à Qabalan, une localité située non loin de Qusra et de Jalud, lorsque des résidents d’implantations armés de matraques sont arrivés sur les lieux le 27 juin.

Affrontements entre des résidents d’implantations et des Palestiniens devant une maison d’où les Palestiniens ont ensuite été chassés, à Qabalan, en juin 2026. (Crédit : Autorisation)

Des vidéos de l’incident montrent al-Aqra et d’autres ouvriers pris à partie par des résidents d’implantations, sous les yeux de soldats. Ceux-ci tentent de séparer les deux groupes lorsque l’affrontement dégénère. Les résidents d’implantations cherchent à frapper les Palestiniens à coups de gourdin, avant que ces derniers ne soient finalement contraints de battre en retraite.

« Quand ils nous ont chassés, les soldats étaient là eux aussi, et ils n’ont rien fait », a déclaré al-Aqra.

Alors qu’il s’apprêtait à quitter les lieux, al-Aqra dit avoir entendu un officier lancer à l’un des résidents d’implantations : « Tu as obtenu ce que tu voulais. »

Tsahal n’a pas répondu à la demande de commentaires du Times of Israel concernant cet incident.

Des résidents d’implantations israéliennes transportent des cartons depuis un bâtiment en construction dans le village palestinien de Tell, en Cisjordanie, le 31 juillet 2026. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Al-Aqra a porté plainte auprès de la police, mais les résidents d’implantations sont restés sur sa propriété. Il les aperçoit désormais de loin, s’occupant du bétail qu’ils y ont amené.

Il lui avait fallu deux ans pour construire cette maison. Lorsque les résidents d’implantations sont arrivés, lui et son équipe en étaient aux finitions : ils posaient les fenêtres et installaient les placards.

« Mes enfants et moi vivons désormais dans une autre maison à Qabalan », a-t-il expliqué. « J’ai cinq enfants et nous vivons tous ensemble dans une [petite] maison. Après toutes ces années, je voulais construire une grande maison pour ma famille. »

Il garde espoir

Un habitant de Taybeh, près de Ramallah, affirme que des résidents d’implantations l’empêchent d’emménager dans la maison qu’il a récemment fait construire à la périphérie du seul village chrétien encore existant de Cisjordanie.

L’homme, qui a requis l’anonymat par crainte pour sa sécurité, a expliqué avoir entrepris la construction de la maison, située en zone A, il y a trois ans et l’avoir achevée il y a environ six mois. Il y a un mois, il s’y est rendu avec ses meubles, prêt à emménager. Des résidents d’implantations sont alors arrivés sur la propriété et l’ont contraint, ainsi que les personnes qui l’accompagnaient, à quitter les lieux.

« Ils sont entrés dans notre cour pendant que nous déchargions les meubles [des voitures pour les apporter dans la maison] et nous ont dit : ‘Vous n’avez pas le droit de vivre ici. C’est la terre de notre père Abraham’, des choses comme ça », se souvient-il. « Je leur ai répondu : ‘C’est ma maison. Nous sommes en zone A. Qu’est-ce que vous faites ici ?’ »

La maison de Taybeh que les résidents d’implantations tentent de s’approprier, août 2026. (Crédit : Roni Federman)

Depuis, a-t-il expliqué au Times of Israel, chaque fois qu’il tente de se rendre chez lui, des résidents d’implantations armés arrivent en quad et le chassent.

« Dès qu’ils voient notre voiture arriver, ils viennent nous menacer. Nous ne voulons pas d’ennuis », a-t-il déclaré.

Redoutant qu’ils ne finissent par s’introduire dans la maison, il a fait installer un portail en fer et des barreaux métalliques aux fenêtres, pour un montant de 12 000 shekels.

Selon Roni Federman, militant au sein de Torat Tzedek, une organisation qui vient en aide aux Palestiniens et dont les membres les accompagnent sur le terrain pour les protéger, les résidents d’implantations ne sont pas entrés dans la maison elle-même, mais se rassemblent à l’extérieur.

Le propriétaire, lui, a renoncé pour l’heure à tenter de regagner sa maison et vit toujours dans une habitation plus ancienne, au cœur du village.

Un résident d’implantations israéliennes pénètre dans la cour d’une maison tandis qu’un autre se tient près de la clôture, empiétant sur une propriété palestinienne à la périphérie de Taybeh, en Cisjordanie, le 25 juin 2026. (Crédit : Leo Correa/AP)

Le 5 août, des militants de Torat Tzedek se sont rendus sur place à la demande de la famille. Une altercation verbale les a alors opposés à des résidents d’implantations venus aux abords de la propriété.

Sur des vidéos de l’incident, on entend un militant lancer à l’un d’eux : « C’est une propriété privée. » Le résident d’implantations lui répond : « Ce n’est la propriété privée de personne. »

Certains des propriétaires qui se sont entretenus avec le Times of Israel se sont montrés découragés quant à leurs chances de récupérer un jour leur maison.

Le résident de Jérusalem-Est qui a saisi la Haute Cour, en revanche, n’a pas perdu espoir de retrouver la sienne.

« Je garde espoir dans le système judiciaire et dans la police », a-t-il déclaré. « J’espère toujours que la police fera son travail et agira conformément à la loi. »

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