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  • Les travaux non-finis de l'un des trois barrages en métal qui encerclent la résidence du Premier ministre Naftali Bennett à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
    Les travaux non-finis de l'un des trois barrages en métal qui encerclent la résidence du Premier ministre Naftali Bennett à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
  • Une maison de Raanana avec un poster, en hébreu, disant "Bennett à Balfour", derrière un mur de sécurité à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
    Une maison de Raanana avec un poster, en hébreu, disant "Bennett à Balfour", derrière un mur de sécurité à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
  • L'un des trois murs en métal qui ferment les rues menant à l'habitation du Premier ministre à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
    L'un des trois murs en métal qui ferment les rues menant à l'habitation du Premier ministre à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)
Le ToI enquête

A Raanana, toujours pas de solution pour le « Balfour » de Bennett

Alors que le Premier ministre refuse d’aller à la résidence officielle, les voisins expliquent que les mesures de sécurité et les manifestations ont nui à leur qualité de vie

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

De hauts murs en métal se dressent aux trois points d’entrée d’un quartier de Raanana, là où la rue Ahad Haam rejoint la rue Tsifman, transformant une partie des anciennes voies de circulation en complexe fermé.

A l’intérieur de cette zone placée sous haute-sécurité, un groupe électrogène puissant et bourdonnant dont les lumières illuminent suffisamment la nuit pour se croire en plein jour. Sur certains arbres des trottoirs ont été accrochées des caméras de sécurité, nichées astucieusement dans l’écorce. La police et l’agence de sécurité du Shin Bet patrouillent dans le périmètre et seuls ceux qui sont en possession d’une autorisation peuvent franchir les imposants portails, tandis que les passants sortant leur téléphone cellulaire pour prendre une photographie de cette forteresse sont rapidement écartés.

Dans le nord-est de Raanana, les voisins de Naftali Bennett expliquent que le refus du Premier ministre de s’installer dans la résidence officielle de Jérusalem réservée au chef du gouvernement israélien – connue sous le nom de « Balfour » – leur donne l’impression de vivre davantage dans une prison que de vivre dans l’une des plus belles banlieues de la nation.

« C’est très frustrant », s’exclame Carol Kimche qui, aux côtés de son époux, David, vit à proximité du domicile du chef du gouvernement, rue Tzifman. Elle aurait espéré vivre dans un environnement plus agréable pour sa retraite – qu’elle vient de prendre.

« C’est une étape de notre existence où nous aurions aimé pouvoir récolter les fruits de ce que nous avons semé toute notre vie », regrette-t-elle.

Les résidents de ce secteur privilégié, au nord-est de Raanana, sont généralement nantis. Les habitations sont familiales, imposantes, et des voitures dernier cri sont garées dans les allées. Les habitants qui déambulent à l’extérieur s’arrêtent souvent pour discuter avec un voisin. La communauté est pittoresque et – certains pourraient le dire – protégée. Elle incarne très exactement cette utopie family-friendly à laquelle aspirent les Israéliens.

« Police, Shin Bet, services secrets – tout le monde se renvoie la balle »

Au cœur du contrat social conclu par les résidents lors de leur installation, une atmosphère agréable et un esprit de bon voisinage. Mais, depuis le mois de juin 2021 – quand Bennett est devenu Premier ministre – la paix, la tranquillité qui avaient été construites avec soin par les habitants ont disparu.

La députée Yamina Ayelet Shaked quitte une réunion avec le leader du parti Yamina, Naftali Bennet, à son domicile de Raanana, le 4 juin 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les résidents affirment que les problèmes qu’ils rencontrent émanent de deux sources principales : Les mesures mises en œuvre pour assurer la sécurité du Premier ministre et la gestion, par la police, des manifestants qui viennent régulièrement dans le secteur.

Les autorités locales et nationales, jusqu’à présent, ont fait la sourde oreille s’agissant des plaintes, déplorent les habitants, ou ils se défaussent – « Police, Shin Bet, services secrets, Bureau du Premier ministre – tout le monde se renvoie la balle, » déclare un résident qui vit à proximité de la maison du Premier ministre. Comme la majorité des personnes interviewées pour cet article, ce voisin demande à ne pas être identifié pour des raisons de confidentialité.

Cet habitant, Kimche et 41 autres membres de cette communauté se sont associés pour déposer une requête devant la Haute-cour de justice, réclamant qu’une solution aux problèmes non-résolus soit trouvée – mettant directement en cause le Premier ministre, son bureau, le Shin Bet, la police israélienne et leur municipalité, entre autres. Même si le dossier est en cours depuis le mois d’août, aucun progrès réel n’a été effectué devant le tribunal s’agissant de mettre un terme aux perturbations entraînées par les manifestations ou par les lourdes infrastructures sécuritaires.

Et il n’y a aucun sursis en vue. Le Premier ministre a récemment démenti les rumeurs portant sur son emménagement possible dans la résidence officielle de Jérusalem une fois que les travaux de rénovation qui y ont été entrepris seront terminés.

Dans un entretien accordé au journal Yedioth Ahronoth, Bennett – qui doit rester au poste de Premier ministre jusqu’au mois d’août 2023 – a déclaré que « quand les travaux seront terminés à Balfour, j’y emménagerai deux ou trois jours par semaine… Ma famille, pour sa part, restera à Raanana. »

Naftali Bennett prononce une déclaration aux médias aux abords de son domicile de Raanana, le 2 juin 2019. (Crédit : Flash90)

Un nouveau mur de sécurité

Pour les résidents, les mesures de sécurité perturbent à la fois les infrastructures locales et la cohésion communautaire.

Parmi les fortifications mises en place pour protéger le Premier ministre, trois barrages routiers distincts sous forme de murs métalliques gris d’une hauteur de plusieurs mètres. Ces murs sont flanqués d’un poste de commandement et protégés par des pylônes en métal circulaires, qui ont été enfoncés dans la route, prêts à s’élever pour bloquer les véhicules qui se présentent.

« On dirait les portes de Mordor », dit un habitant qui vit à 200 mètres de la maison du Premier ministre et qui passe devant les murs quotidiennement.

L’un des trois murs en métal qui ferment les rues menant à l’habitation du Premier ministre à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Ces trois murs scellent l’accès à l’habitation familiale de Bennett, qui est située près de l’intersection entre les rues Ahad Haam et Tsifman. Deux murs ferment la rue Tsifman, habituellement très animée, à l’ouest et à l’est du domicile du Premier ministre, et un autre bloque la rue Ahad Haam qui lui est perpendiculaire au sud. Au sein du complexe qui a été délimité par ces murs vivent environ sept ou huit autres familles, disent les voisins.

Les résidents qui vivent à proximité – à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières du complexe – déplorent ne pas avoir été consultés ou suffisamment intégrés dans le processus de planification des changements survenus dans le quartier, ajoutant qu’ils ont été ignorés sous couvert de « sécurité ».

« Si on veut installer un portail à l’extérieur de la maison, il faut demander l’approbation des voisins », explique un résident du complexe, se référant à l’obligation faite aux habitants de demander aux voisins et aux responsables de la planification leurs avis avant de procéder à des changements dans une propriété. « On n’a tout simplement pas le droit de construire quelque chose de plus que la maison ».

Mais dans le cas du Premier ministre, « personne n’a rien demandé aux voisins », ajoute-t-il. « La sécurité, c’est l’excuse qui est invoquée pour tout justifier. »

« Il y a probablement 20 à 30 maisons vraiment touchées… Simplement le fait que le Premier ministre se trouve ici, ces gens se sont trouvés pris au piège »

L’exclusion d’une partie de la communauté, par la division physique du quartier, a aussi entraîné des dégâts collatéraux au niveau social. Des habitants qui avaient l’habitude de vivre les uns à côté des autres doivent dorénavant marcher dix à 15 minutes autour de la rue Tsifman pour rendre visite à leurs voisins. « Certains ne viennent plus me voir parce qu’ils doivent traverser tous ces barrages », indique Pamela Laufer, qui habite à proximité du complexe.

« La sécurité a tout bloqué. Il y a probablement 20 à 30 maisons vraiment touchées… Simplement le fait que le Premier ministre se trouve ici, ces gens se sont trouvés pris au piège. »

Une femme entre dans le complexe de sécurité qui entoure l’habitation du Premier ministre Naftali Bennett à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Si le Shin Bet, qui est responsable de la sécurité de Bennett, a une liste de personnes autorisées à traverser les barrages, le procédé peut toutefois s’avérer pesant.

Les habitants qui vivent aux abords du complexe disent qu’ils sont parfois autorisés à franchir les murs élevés pour aller voir leurs voisins à l’intérieur et que parfois, l’accès leur est refusé. Ceux qui vivent à l’intérieur peuvent transmettre des messages via WhatsApp aux gardiens, demandant que leurs invités soient autorisés à pénétrer dans la zone ultra-sécurisée.

Un garde déclare comprendre l’ennui des résidents, mais il justifie tout ce qui a été mis en œuvre par le besoin de sécurité.

Oui, reconnaît-il, les murs et les restrictions sur les déplacements dans le quartier sont difficiles à vivre. « C’est une communauté très soudée », dit-il au Times of Israel. « C’est étonnant à voir ».

Quand un membre de la communauté – qu’il connaît – tente de pénétrer dans le complexe, le gardien l’arrête, lui disant que cela fait plusieurs fois qu’il entre et qu’il sort dans la journée. L’homme fait part de sa frustration, expliquant que cela fait quinze années qu’il vit dans le quartier – donnant également l’impression que ce n’est pas la première fois qu’un tel reproche lui est adressé. Il franchit finalement le petit portail en métal qui lui permet d’entrer dans la zone sécurisée.

Cet échange a lieu aux abords du portail de la rue Tsifman, dont la construction n’est pas encore terminée. « C’est une usine ici », dit-il, désignant de la tête des matériaux de construction entassés.

Soulignant l’importance du travail de sécurisation entrepris, il raconte un accident de travail. « Quelqu’un s’est même coupé la main et il a fallu arrêter les travaux pendant deux semaines », dit-il.

Un porte-parole du Shin Bet a déclaré ne pas avoir eu connaissance de cet incident.

Une clôture de sécurité temporaire avec l’habitation du Premier ministre Naftali Bennett à l’arrière-plan, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Les travaux de construction qui sont en cours depuis le mois de juin 2021 ne sont pas encore terminés. Le portail qui a été installé aux abords de l’habitation de la famille Bennett n’est pas encore pleinement opérationnel, nous dit le gardien. Lors de la visite du Times of Israel, un gardien y est installé mais les portes en métal sont grandes ouvertes.

« Cela fait six mois et les portes ne sont toujours pas finies… S’il y avait réellement un risque sécuritaire, tout aurait été fait en un mois »

Et les habitants s’interrogent : Si le besoin de sécurité est suffisamment pressant pour justifier les perturbations dans le quartier, pourquoi ne l’est-il pas assez pour terminer les travaux ?

« Il y a des gens qui restent ici 24 heures sur 24 et sept jours sur sept depuis le premier jour… Et les travaux des portes ne sont pas finis », s’exclame un résident qui vit à étroite proximité de la maison de Bennett. « S’il y avait réellement un risque sécuritaire, tout aurait été fait en un mois. Ça ne peut pas être une question de sécurité. »

Le bureau du Premier ministre a décliné notre demande de commentaire.

Le Shin Bet, de son côté, a aussi refusé de réagir.

Un ancien haut-responsable du Shin Bet a déclaré que l’assassinat, il y a 26 ans, du Premier ministre Yitzhak Rabin marquait dorénavant l’approche par l’agence de sa mission de protection des Premiers ministres israéliens et que les incitations très présentes aujourd’hui dans le débat politique pouvaient être à l’origine de cet investissement significatif dans les infrastructures de protection.

« Même aujourd’hui, on continue à se demander comment nous n’avons rien vu venir », dit-il en évoquant l’assassinat de Rabin, au mois de novembre 1995, au centre de Tel Aviv. « Quand le directeur du Shin Bet doit décider du niveau de coordination sécuritaire, il s’interroge sur l’importance des menaces à affronter… Et le discours public est d’une violence extrême, plus violent que cela n’a jamais été le cas auparavant. Et si vous me posez la question (je n’ai pour ma part pas connaissance d’éventuels renseignements), l’hypothèse de travail de l’agence, en ce qui concerne Bennett, doit être qu’il y a de nombreux Israéliens qui pensent que le seul moyen de garantir la sûreté et la sécurité d’Israël est de tuer le Premier ministre ».

Même si des médias israéliens variés avaient initialement estimé le coût du renforcement de l’habitation de Bennett à 12, voire 15 millions de shekels, le coût réel, en termes d’infrastructures et de main-d’œuvre, reste indéterminé.

Un porte-parole du Shin Bet a refusé, pour sa part, de donner le prix à payer pour assurer la sécurité de Bennett, expliquant que l’agence « ne fait jamais de commentaire sur les coûts liés à la sécurité. »

La différence entre le coût total de la prise en charge de Bennett à Raanana, en comparaison avec celle qui aurait été assurée s’il avait habité Balfour, reste aussi inconnue. Les arrangements qui ont été mis en place à Raanana sont partiellement compensés par une diminution du personnel travaillant habituellement à la résidence officielle.

Une maison de Raanana avec un poster, en hébreu, disant « Bennett à Balfour », derrière un mur de sécurité à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Paix et manifestations

C’est une habitude pour les Israéliens d’aller manifester aux abords des domiciles des politiciens et des personnalités publiques – et le droit de manifester est un droit fondamental dans le pays. Mais les habitants de Raanana expliquent que les rassemblements qui se tiennent à l’extérieur de leurs maisons sont dorénavant ingérables et que la police ne prend pas suffisamment en compte leurs inquiétudes.

« Il y a eu beaucoup de manifestants samedi soir. On a pu les entendre jusqu’à une heure tardive de la nuit », déclare Laufer, qui réside à côté de l’endroit où ont lieu les rassemblements. « Ce n’est pas qu’il y a vraiment beaucoup de gens mais ils ont des mégaphones et ils veulent nous déranger… Leur but, c’est d’ennuyer suffisamment les habitants pour qu’on fasse pression sur Bennett ».

Illustration : des Israéliens manifestent devant le domicile du chef du parti Yamina, Naftali Bennet, à Raanana, le 4 juin 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Des manifestants se retrouvent régulièrement devant le domicile de Bennett depuis le mois de juin 2021 – largement divisés entre camps de droite et de gauche. La droite soutient le retour au pouvoir du prédécesseur du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, et elle accuse Bennett – au tempérament plutôt belliqueux – d’avoir abandonné la droite. A gauche, les mouvements de protestation sont plutôt dominés par des activistes opposés à la vaccination et aux restrictions liées à la crise du coronavirus. Les rassemblements varient, regroupant quelques dizaines voire quelques centaines de personnes, selon le mouvement de protestation.

« Tous les samedis, un groupe anti-vax s’installait derrière mon portail après Shabbat avec 20 mégaphones et criait »

Parmi les plaintes des habitants liées aux manifestations, le bruit, le dérangement, les dégâts aux biens, les actes de vandalisme et l’agressivité des protestataires. Et la réponse des forces de l’ordre, disent-ils, n’est pas à la hauteur.

« Il y a un mois, tous les samedis, un groupe anti-vax s’installait derrière mon portail après Shabbat avec 20 mégaphones et criait », dit un résident qui vit à côté de la maison du Premier ministre. « Il fallait 30 à 45 minutes pour que la police arrive et fasse partir ces gens ».

« Et bien sûr que je ferais aussi cela si j’étais moi-même manifestant », ajoute-t-il. « Je tenterais d’avoir le plus fort pouvoir de nuisance ».

La police israélienne n’a pas répondu à notre demande de commentaires.

Des manifestants de droite dans le parc de Raanana. (Autorisation : Tal Kedmy et Itsik Shag)

Actuellement, la police a mis en place une zone consacrée aux mouvements de protestation à l’extérieur du complexe sécurisé, à l’intersection de la rue Rabbi Akiva et de la rue Abarbanel, à quelques centaines de mètres de l’habitation familiale de Bennett et hors de sa vue. Mais les résidents, pour leur part, souhaiteraient que les rassemblements puissent avoir lieu au parc de Raanana voisin, un espace public qui a le mérite d’être situé à côté d’une artère de circulation majeure et qui n’empiète pas sur leur qualité de vie.

Certains manifestants ont déjà volontairement transféré leurs activités dans le parc de Raanana, pour ces raisons précisément. Selon Tal Kedmy, activiste de droite qui participe fréquemment aux mouvements de protestation contre le Premier ministre, « on a décidé de ne pas manifester près de la maison de Bennett parce que d’une certaine manière, on ne pourra jamais vraiment s’en approcher. Jamais le Shin Bet ne nous laissera faire. On se retrouve à des centaines de mètres de son habitation et on a donc décidé de se retrouver au plus grand carrefour, à l’intersection la plus centrale de Raanana… celle du parc ».

« Là, on n’est plus directement à côté des maisons… Les résidents devraient nous remercier – et certains le font, en fait », poursuit-il.

Si le groupe de Kedmy a relocalisé ses regroupements il y a trois mois, d’autres manifestants se présentent encore dans le quartier du Premier ministre.

Des barricades de police dans la rue du Premier ministre à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Selon une porte-parole de la mairie de Raanana, « la police a fourni un cadre pour les manifestations et il a été examiné au niveau légal avec la plainte des résidents devant la Haute cour. La Haute cour a décidé et donné ses instructions à toutes les parties dans ce dossier et la police déploie des barrages routiers, elle ferme des rues et des voies de circulation dans un sens ou dans l’autre au vu de ces directives. »

Enfin, la police a soumis à la Haute cour un plan de gestion, jeudi, concernant les mouvements de protestation. Le plus grand changement prévoit de déplacer les mouvements de protestation de plus de cent participants – 200 participants étaient jusque-là autorisés à se regrouper – au carrefour entre les rues Rabbi Akiva-Abarbanel, à quelques blocs de l’habitation du Premier ministre – mais dans une zone résidentielle néanmoins. Selon l’avocat des résidents, Chur Uriel Nizri, « c’est nettement préférable à la pagaille que nous connaissions au lancement de cette plainte mais nous ne sommes pas encore satisfaits ». Le tribunal doit encore décider si la suggestion faite par la police est acceptable et suffisante pour répondre à la plainte.

Esprit de bon voisinage

Si certains habitants respectent la décision prise par le Premier ministre de ne pas s’installer en compagnie de son épouse et de ses enfants à Beit Aghion, la résidence officielle du Premier ministre de Jérusalem, au nom du maintien de la stabilité de sa famille, d’autres ont des difficultés à passer outre les inconvénients induits par la situation.

« Je comprends totalement son désir de conserver ses enfants dans leur école, ici », explique Laufer. « Son épouse a sa vie. Je pense que nous ne vivons pas dans un monde où son épouse et ses enfants devraient interrompre leur vie parce qu’il est Premier ministre. »

D’autres se montrent moins tolérants. Rachel Perry, dont le portail, à l’entrée de sa propriété, était le lieu de rencontre des vagues de protestation, estime « qu’en fin de compte, ce qu’ont décidé de faire les Bennett… c’est de mettre en suspens et de perturber la vie de toute une communauté ».

Les travaux non-finis de l’un des trois barrages en métal qui encerclent la résidence du Premier ministre Naftali Bennett à Raanana, le 13 janvier 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

« Ce n’est pas à Raanana que devrait vivre le Premier ministre. Il a une résidence à Jérusalem, c’est là qu’il devrait être », dit Carol Kimche.

Certains habitants donnent l’impression que leur ressentiment aurait été moindre si la famille Bennett avait fait preuve d’un esprit de bon voisinage

Une bannière pendue à une maison voisine fait écho au même sentiment – il y est écrit « Bennett à Balfour » en hébreu. Le trottoir qui passe devant la maison est coupé en deux par l’un des trois murs de sécurité.

Certains habitants donnent l’impression que leur ressentiment aurait été moindre si la famille Bennett avait fait preuve d’un esprit de bon voisinage.

« Je pense que c’est vraiment grossier. Jamais ils ne sont venus nous voir pour nous expliquer les choses, jamais ils n’ont présenté d’excuse », dit Kimche.

Exprimant un sentiment présent chez plusieurs autres membres de la communauté, un résident du complexe déclare : « Si vous savez que vous allez ruiner la vie de quelqu’un, faites-le au moins en mensch. »

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