Ali Larijani, figure clé du pouvoir iranien
Depuis l'élimination d'Ali Khamenei, 'le dirigeant de facto du régime iranien était considéré comme celui qui prenait les décisions et tirait les ficelles', selonun responsable de Tsahal
Ali Larijani, chef de l’appareil sécuritaire iranien, a passé des années dans l’ombre du pouvoir iranien avant d’être propulsé comme l’une de ses figures de proue par la guerre contre Israël et les États-Unis.
Mardi, Israël a annoncé avoir éliminé celui qui avait défié les bombardements israélo-américains en participant, vendredi, à la Journée d’Al-Qods, en pleine rue de Téhéran.
Depuis l’élimination du guide suprême Ali Khamenei, il était « le dirigeant de facto du régime iranien, surtout depuis deux semaines, mais même avant cela, il était considéré comme celui qui prenait les décisions et tirait les ficelles », a commenté mardi un responsable militaire israélien sous couvert d’anonymat.
À la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, Larijani, âgé de 68 ans, avait retrouvé une place au cœur de la politique nucléaire et de la diplomatie iraniennes, après quelques années dans l’ombre.
Conciliant loyauté idéologique et pragmatisme, il jouissait de la confiance de Khamenei après une longue carrière au sein de l’armée, des médias et du Parlement.
Après l’élimination de ce dernier dans une frappe israélienne, le 28 février, qui a déclenché la guerre au Moyen-Orient, il avait multiplié les déclarations martiales à l’encontre des États-Unis et d’Israël.
Il avait notamment averti que son pays se battrait « quel que soit le prix » et accusé Donald Trump d’avoir entraîné « le peuple américain dans une guerre injuste ».
« Homme du sérail »
Il jouait « un rôle plus important que la plupart de ses prédécesseurs », avançait en février Ali Vaez, expert de l’Iran pour l’International Crisis Group, le décrivant comme un « véritable homme du sérail, fin tacticien, familier du fonctionnement du système et des inclinations du guide suprême ».
Né en 1957 à Najaf, en Irak, Larijani est le fils d’un haut dignitaire chiite proche de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique.
Ancien combattant du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien – durant la guerre avec l’Irak (1980-1988), ce titulaire d’un doctorat en philosophie occidentale de l’université de Téhéran dirige l’audiovisuel d’État à partir de 1994 et pendant une décennie.
Il s’y est engagé contre les réformateurs, diffusant de nombreux programmes attaquant les intellectuels et les proches du président Mohammad Khatami.
En 1996, il est nommé représentant de Khamenei au sein du Conseil suprême de sécurité nationale, puis secrétaire.
Entre 2005 et 2007, il est le principal négociateur, perçu comme pragmatique, sur le nucléaire face à Londres, Paris, Berlin et Moscou.
Candidat à l’élection présidentielle de 2005, il est battu par son rival populiste Mahmoud Ahmadinejad. Il préside ensuite le Parlement de 2008 à 2020, puis sa candidature aux élections présidentielles de 2021 et 2024 est écartée.
Rencontre avec Poutine
En 2015, il soutient l’accord nucléaire historique conclu avec les grandes puissances – connu sous le nom de JCPOA -, rendu de facto caduc trois ans plus tard par le retrait des États-Unis sous le premier mandat de Trump.
En mars 2025, alors que des pourparlers irano-américains sont sur le point de débuter, il met en garde contre le risque de pousser Téhéran vers le nucléaire militaire, pourparlers qui seront stoppés net par la guerre déclenchée le 13 juin par le lancement de l’Opération « Rising Lion ».
Peu après la fin de la guerre de douze jours, il est nommé à la tête du principal organe de sécurité, qu’il avait déjà présidé vingt ans plus tôt, coordonnant les stratégies de défense et supervisant la politique nucléaire.
Ce retour est interprété comme un tournant pragmatique dans la gestion sécuritaire du pays.
Fin janvier, il avait été choisi pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine à Moscou, puis, ce mois-ci, il s’est entretenu avec des responsables du Golfe désireux de réduire les tensions avec Washington.
Il a toujours martelé que les négociations avec les Occidentaux devaient se cantonner au nucléaire, défendant l’enrichissement d’uranium comme un droit souverain de l’Iran.
« Répression violente »
Larijani faisait partie des responsables sanctionnés par Washington pour la « répression violente » de janvier des vastes manifestations contre le pouvoir, dont il a imputé les débordements à l’ingérence américaine et israélienne.
Il a « joué un rôle absolument central dans la répression » de janvier, estime David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum.
« Central parce que c’est le guide suprême qui donne l’ordre, mais c’est lui qui l’exécute », explique-t-il à l’AFP.
« C’est le bras droit. Les Iraniens ne l’oublient pas ».
Israël a « éliminé […] le chef d’une bande de gangsters qui dirige en réalité l’Iran », s’est prévalu le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
comments