Alors que des milliers de Gazaouis fuient Gaza-City, le Hamas fait état de dizaines de morts
Au deuxième jour de l'offensive, certains préfèrent rester, affirmant qu’aucun lieu n’est sûr ; les ONG appellent à davantage de pressions ; internet et téléphone coupés
Des dizaines de Palestiniens auraient péri lors des frappes menées mercredi à travers la bande de Gaza. Tsahal a indiqué que les habitants continuaient de fuir Gaza-City au milieu d’une offensive majeure dans la plus grande zone urbaine de l’enclave.
Selon les autorités sanitaires locales, contrôlées par le groupe terroriste palestinien du Hamas, les frappes israéliennes ont fait au moins 30 morts à travers la bande de Gaza, dont 19 à Gaza-City. Tsahal a poursuivi ses bombardements sur la ville et d’autres secteurs de l’enclave pendant la nuit et jusqu’à mercredi, deuxième jour de son offensive terrestre. Des organisations humanitaires ont appelé à la cessation immédiate des frappes.
Ces bilans n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante et ne font pas la distinction entre terroristes et civils. Les autorités sanitaires à Gaza ont affirmé que plusieurs femmes et enfants figuraient parmi les victimes.
Tsahal a indiqué avoir frappé une cinquantaine de cibles dans la bande de Gaza pendant la nuit, principalement à Gaza-City, et environ 140 cibles au total sur 24 heures. Selon l’armée, ces cibles comprenaient des tunnels, des bâtiments utilisés par des groupes terroristes, des cellules armées et d’autres infrastructures. Elle n’a cependant pas fourni davantage de détails sur l’intensification de l’opération.
Selon certaines informations, les troupes israéliennes auraient détruit des véhicules sans pilote télécommandés, chargés d’explosifs, dans le quartier nord-ouest de Tel al-Hawa et dans le sud de Gaza-City. Des frappes aériennes et des tirs d’artillerie ont été signalés dans plusieurs secteurs en périphérie de la ville.
Mercredi, l’armée a estimé qu’environ 400 000 Palestiniens avaient déjà évacué Gaza-City. La ville demeure toutefois très densément peuplée malgré l’ordre général d’évacuation donné par Tsahal, qui a demandé aux civils de se diriger vers une zone humanitaire plus au sud.
On estime qu’avant la préparation de l’offensive contre le Hamas, environ un million de Palestiniens vivaient dans la ville. Ces derniers jours, le rythme des évacuations s’est accéléré pour atteindre plusieurs dizaines de milliers de personnes par jour, selon l’armée.
Cet afflux a entraîné des embouteillages, les habitants fuyant la ville. Jusqu’à présent, les Gazaouis ne pouvaient quitter Gaza-City que par la route côtière de Rashid, saturée par la circulation piétonne et routière de milliers de personnes se dirigeant vers le sud pour échapper aux combats.
Mercredi, l’armée a toutefois annoncé qu’elle faciliterait l’ouverture d’un second corridor d’évacuation sur Salah a-Din, la principale autoroute nord-sud de Gaza, qui restera accessible jusqu’à vendredi midi. Cette artère, reliant l’intérieur des terres au centre de Gaza, avait déjà servi de voie principale d’évacuation lors des premières offensives dans Gaza-City au début de la guerre.
Nombre de Gazaouis estiment néanmoins qu’aucun endroit n’est sûr et jurent de rester chez eux malgré l’ordre d’évacuation donné par Tsahal.
« Je ne quitterai pas Gaza. Il y a des bombardements ici et là », a déclaré Umm Ahmed Yunes, qui vit dans sa maison partiellement détruite.
Elle a également déploré le coût élevé du déplacement.
« Où vais-je trouver 1 000 ou 2 000 dollars pour payer les frais de transport ? Où je vais acheter une tente ? Il n’y a pas de tentes et les prix sont exorbitants », a expliqué cette femme de 44 ans. « La mort est moins chère et plus miséricordieuse. »
Fatima Lubbad, mère de quatre enfants, raconte avoir quitté Gaza-City avec dix membres de sa famille, mais elle juge l’épreuve insoutenable.
« Je préférerais que nous mourions tous ensemble », confie cette femme de 36 ans.
« Hier soir, nous avons dormi dans la rue, au bord de la mer, à Deir el-Balah. Il n’y avait nulle part où planter une tente… J’ai pleuré toute la nuit en regardant mes enfants dormir à même le sol », dit-elle.
L’armée estime qu’en plus des quelque 600 000 civils n’ayant pas encore évacué, plusieurs milliers de terroristes du Hamas se trouvent à Gaza-City. Plusieurs otages israéliens y seraient, par ailleurs, toujours aux mains de groupes terroristes.
Ces derniers détiennent 48 otages dans l’enclave, dont 47 des 251 personnes enlevées par les terroristes du Hamas lors du pogrom du 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre en cours. Vingt otages seraient encore en vie, deux autres suscitent de vives inquiétudes et les autres seraient morts. Le Hamas détient également la dépouille d’un soldat de Tsahal tué en 2014.
Alors que les opérations terrestres et aériennes s’intensifiaient, l’Autorité palestinienne de régulation des télécommunications, basée en Cisjordanie, a indiqué que des frappes israéliennes avaient touché les principales lignes du réseau dans le nord de Gaza. Elles auraient provoqué l’effondrement des services Internet et téléphoniques, isolant les habitants du monde extérieur.
Par ailleurs, une coalition d’organisations humanitaires de premier plan a exhorté mercredi la communauté internationale à prendre des mesures plus énergiques pour mettre fin à l’offensive israélienne sur la ville.
« Ce à quoi nous assistons à Gaza n’est pas seulement une catastrophe humanitaire sans précédent, mais aussi, selon la Commission d’enquête de l’ONU, un génocide », indique une déclaration signée par les dirigeants de plus de vingt organisations humanitaires actives dans la bande de Gaza, dont le Conseil norvégien pour les réfugiés, Anera et Save the Children.
« Les États doivent utiliser tous les moyens politiques, économiques et juridiques à leur disposition pour intervenir », ajoute le texte. « Les discours et les demi-mesures ne suffisent pas. Il est temps d’agir de manière décisive. »
Le communiqué fait référence à un rapport publié mardi par une commission mandatée par l’ONU qui accuse Israël d’avoir commis un génocide à Gaza. Israël a catégoriquement rejeté ces conclusions.
L’État hébreu a également fermement contesté les accusations selon lesquelles il existerait une crise humanitaire, affirmant qu’il s’efforce d’acheminer l’aide aux civils. Il a accusé l’ONU de retarder la distribution et le Hamas de détourner les fournitures.
Le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) a indiqué que près de 230 camions d’aide humanitaire étaient entrés mardi dans la bande de Gaza via les points de passage de Kerem Shalom et Zikim.
Selon le COGAT, environ 250 camions d’aide ont été récupérés mardi par l’ONU et d’autres organisations internationales côté gazaoui pour distribution. Des volumes similaires sont signalés quotidiennement depuis plusieurs semaines.
« Le contenu de centaines de camions attend toujours d’être collecté côté gazaoui », a précisé le COGAT.
L’ONU estime qu’environ 600 camions d’aide devraient être acheminés chaque jour pour répondre aux besoins alimentaires des quelque deux millions d’habitants de la bande de Gaza en temps de guerre.
Le COGAT a ajouté que « des camions-citernes de carburant de l’ONU étaient entrés hier pour assurer le fonctionnement des infrastructures humanitaires essentielles » et qu’il avait coordonné l’entrée et la sortie des travailleurs humanitaires qui se relaient à Gaza.
Le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, affirme que plus de 64 000 personnes auraient été tuées ou sont portées disparues dans les combats depuis le début de la guerre, un bilan invérifiable qui ne distingue pas civils et terroristes. Israël affirme avoir tué plus de 22 000 terroristes au combat jusqu’en août, ainsi que 1 600 autres lors de l’invasion du 7 octobre, quand les terroristes dirigés par le Hamas ont massacré plus de 1 200 personnes.
Israël assure vouloir limiter les pertes civiles et souligne que le Hamas mène ses combats depuis des zones habitées, notamment des maisons, hôpitaux, écoles et mosquées.
Le bilan israélien de l’offensive terrestre à Gaza et des combats le long de la frontière s’élève à 465 morts.