Opinion

Alors qu’Israël et les États-Unis affrontent à nouveau l’Iran, les enjeux ne pourraient être plus importants

Une fois le conflit terminé, promet Trump, les Iraniens pourront reprendre le contrôle de leur gouvernement et de leur destin ; les ayatollahs ont d'autres plans ; une grande partie de l'ordre dans le monde dépendra de l'issue de ce conflit

Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en visite sur le site où un missile balistique iranien a frappé, causant des dégâts à l'Institut Weizmann, à Rehovot, le 20 juin 2025 ; le président américain Donald Trump après être descendu de ‘lAir Force One, à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, le 21 juin 2025 ; le guide suprême ayatollah Ali Khamenei lors d'un discours télévisé, le 13 juin 2025. (Crédits : Itaï Ron/Pool via Flash90 ; Mandel Ngan/AFP ; Bureau du guide suprême iranien via AP)

La guerre de 12 jours qui avait été menée par Israël contre l’Iran, au mois de juin dernier, avait causé des dégâts immenses aux programmes nucléaires et balistiques de la république islamique, ainsi qu’à la structure de commandement militaire du pays. De très nombreux commandants et responsables du programme nucléaire avaient été tués. Les usines de production de missiles balistiques, les lanceurs et les entrepôts avaient été détruits.

Le coup de grâce avait été porté par les États-Unis, qui avaient bombardé trois installations nucléaires de premier plan. Refusant de prendre pour cible le guide suprême iranien Ali Khamenei ou de chercher ouvertement le renversement du régime, le président américain Donald Trump avait ensuite imposé un cessez-le-feu. Il avait affirmé, à plusieurs reprises, que le programme nucléaire iranien avait été pratiquement « anéanti » et il avait écarté la possibilité que la république islamique puisse tenter de le relancer.

En réalité, si cette guerre avait brièvement entraîné une déstabilisation et qu’elle avait fait renaître un certain espoir chez les opposants au régime de Téhéran à l’intérieur du pays, les dirigeants iraniens étaient parvenus à se rétablir et ils avaient réorganisé leurs forces. La république islamique avait commencé à remettre en place ses capacités de production en matière de missiles. L’armée israélienne avait indiqué qu’elle avait pris des mesures pour « renforcer, protéger et dissimuler son programme nucléaire ». Trump, de son côté, avait fait savoir qu’elle s’efforçait de reconstruire ce programme.

Et comme Tsahal l’a noté dans un communiqué qui a été émis dans la journée de samedi, le régime « n’a pas abandonné son projet de détruire Israël ».

L’attaque qui a été lancée samedi par les États-Unis et par Israël semble être d’une ampleur différente de la dernière fois ; elle semble plus importante, prenant notamment pour cible les personnalités qui se trouvent au sommet de la hiérarchie en matière de gouvernance et elle affiche un objectif beaucoup plus large, à savoir la chute du régime.

Plus de six semaines après avoir juré aux Iraniens, tués par dizaines de milliers pour avoir de nouveau manifesté contre leurs dirigeants, leurs bourreaux, que « l’aide était en route », Trump a promis aux Iraniens, alors que la nouvelle offensive commençait, que « l’heure de votre liberté est dorénavant à portée de main ».

Conscient de l’opposition à cette opération à l’intérieur même des États-Unis – y compris au sein de sa propre base – il a présenté l’attaque comme déterminante pour garantir la protection de l’Amérique, disant que « les activités menaçantes du régime mettent directement en danger les États-Unis, nos soldats, nos bases à l’étranger et nos alliés à travers le monde ».

Et il a fait part de sa ferme intention de priver les ayatollahs de tous leurs avoirs essentiels.

Il a cité le soutien apporté par le régime au terrorisme, évoquant notamment le massacre qui avait été perpétré par le Hamas, le 7 octobre 2023, dans le sud d’Israël, et il a promis : « Nous allons faire en sorte que les proxies terroristes de la région ne soient plus en mesure de déstabiliser la région ou de déstabiliser le monde ».

Il s’est engagé formellement à détruire les missiles iraniens et à « raser » l’industrie de missiles du pays. Il a aussi juré « d’anéantir leur marine ». Et il s’en est porté garant : L’Amérique va « veiller à ce que l’Iran n’obtienne jamais l’arme nucléaire. C’est un message très simple. Ils n’auront jamais l’arme nucléaire ».

Dans ses premières déclarations, qui ont sans doute été diffusées d’un commun accord peu après que la vidéo de Trump a été rendue publique, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a également souligné qu’il s’agissait d’une opération qui visait à « éliminer la menace existentielle » que représente la république islamique et à « créer les conditions » susceptibles de permettre aux Iraniens de changer leur destin.

Trump avait clairement établi, ces derniers jours, qu’il n’était « pas satisfait » de l’avancée des négociations de dernière minute alors en cours avec l’Iran — des pourparlers qui devaient initialement garantir que le pays n’aurait aucun moyen d’accéder à la bombe atomique, examinant, dans un second temps, la question du programme de missiles de Téhéran et son soutien apporté à ses groupes terroristes mandataires – et il avait fait remarquer que « parfois », il fallait recourir à la force. Les semaines d’accumulation progressive d’effectifs militaires dans la région, par les États-Unis, n’ont probablement laissé aucun doute au régime de Téhéran s’agissant du fait que les États-Unis se préparaient à la guerre.

Peut-être que certains, au sommet de la hiérarchie iranienne, ont pu préconiser une approche plus conciliante dans les négociations, sans insister sans cesse sur le droit ostensible de la république islamique d’enrichir de l’uranium et sur la nécessité absolue de limiter les discussions initiales au seul programme nucléaire. Mais si tel a été le cas, il semble que la ligne intransigeante ait prévalu.

Peut-être aussi que le régime a douté de la détermination de Trump à mettre à exécution ses menaces d’action militaire, au vu des pressions qu’il subissait en interne et de son désir – souvent exprimé – d’être un faiseur de paix plutôt qu’un va-t-en-guerre. Il a peut-être conclu qu’il valait mieux encaisser des frappes américano-israéliennes plutôt que de devoir vivre une humiliation, un affaiblissement en acceptant les exigences qui lui étaient imposées. Il est possible qu’il pense pouvoir survivre à ce conflit et en sortir plus ou moins indemne, alors que les États-Unis et Israël se sont révélés être stratégiquement inefficaces.

Au moment même où j’écris ces lignes, la république islamique a choisi d’élargir le conflit en frappant les bases américaines dans les États alliés des États-Unis qui se trouvent dans la région et, naturellement, en prenant Israël pour cible. Nous saurons bientôt si ses différents proxies se joindront à la guerre.

Une question, en particulier, se pose en ces circonstances : Les choses seront-elles différentes, cette fois-ci ? Un régime qui a scandé « mort à l’Amérique », qui a mené une campagne sans fin de sang versé et de meurtres de masse qui ont visé les États-Unis, nos soldats et des innocents dans de très nombreux pays, comme l’a rappelé Trump, est-il sur le point de tomber ?

Il y a une différence par rapport au mois de juin dernier, bien sûr, c’est que le régime « a récemment abattu des dizaines de milliers de ses propres citoyens dans la rue alors qu’ils manifestaient », comme l’a souligné Trump dans la journée de samedi. Là où d’anciens occupants de la Maison Blanche – Obama et Biden – n’étaient pas parvenus à venir en aide au peuple iranien, le président américain actuel donne toutes les indications qu’il fera tout son possible pour lui permettre de prendre le contrôle de son pays.

« Restez à l’abri. Ne quittez pas votre domicile. C’est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber partout », a-t-il dit aux Iraniens. Mais « quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il sera à vous. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations ».

« Aucun président n’a été prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir », a-t-il ajouté. « Vous avez aujourd’hui un président qui vous apporte ce que vous vouliez… Le moment est venu de prendre en main votre destin ».

Pour le peuple iranien opprimé sur son propre territoire, pour la nation israélienne prise pour cible par les proxies de l’Iran et par des attaques directes et – c’est vrai – pour un monde que les ayatollahs terrorisent depuis près d’un demi-siècle, les enjeux ne pourraient être plus importants.

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