Antisémitisme en ligne : maintien en détention d’une militante pro-iranienne au cœur d’un réseau radical
Mahdieh Esfandiari, suspectée d’animer une chaîne Telegram anti-Israël radicale, reste incarcérée après la confirmation de sa détention par la cour d’appel de Paris
La cour d’appel de Paris a confirmé ce lundi le maintien en détention de Mahdieh Esfandiari, une ressortissante iranienne de 35 ans incarcérée depuis mars à la prison de Fresnes. Cette décision s’inscrit dans une enquête sensible mêlant soupçons d’apologie du terrorisme, d’ingérence étrangère et de diffusion de contenus antisémites sur les réseaux sociaux.
Diplômée en sciences du langage à l’université Lyon-II, Mahdieh Esfandiari vivait en France depuis plus de huit ans. Elle a été arrêtée le 28 février à Lyon alors qu’elle tentait de quitter le territoire. Elle est soupçonnée d’avoir animé une chaîne Telegram à la ligne anti-Israël radicale, considérée comme un relai de propagande pro-iranienne. Selon les enquêteurs, ce canal diffusait des contenus antisionistes violents, dans un contexte de forte tension depuis les attaques du 7 octobre 2023 en Israël.
Le ministère de l’Intérieur avait saisi le parquet de Paris fin octobre, trois semaines après le début de la guerre entre Israël et le Hamas. Le juge des libertés et de la détention avait prolongé son incarcération le 24 juin, une décision que la prévenue contestait. Mais la justice a estimé que plusieurs risques majeurs justifiaient la détention : une possible fuite vers l’Iran, la réitération des faits, la destruction de preuves ou encore des pressions sur d’éventuels témoins.
L’enquête a rapidement révélé que les responsables de cette chaîne Telegram collaboraient également avec le site d’Alain Soral, figure de l’extrême droite française. Entre mai 2020 et mai 2024, le site Égalité & Réconciliation a hébergé seize épisodes d’une émission baptisée « Axe de la Résistance », directement affiliée à la chaîne Telegram. On y retrouvait des jingles composés de chants du Hezbollah et de sourates du Coran, et une ligne éditoriale clairement pro-iranienne.
Plus troublant encore, les enquêteurs ont découvert des indices d’un possible financement par les autorités iraniennes. Des fonds auraient été versés aux personnes impliquées, notamment pour acquérir du matériel informatique destiné à la production de contenus militants. Ces éléments renforcent les soupçons d’ingérence étrangère dans le paysage militant français.
Mahdieh Esfandiari n’est pas seule dans le viseur de la justice. Deux autres personnes sont mises en examen dans ce dossier : son compagnon Maurizio B., 42 ans, présenté comme un proche d’Alain Soral, ainsi qu’un autre individu de nationalité française dont l’identité n’a pas été révélée.
Cette affaire, à la croisée de plusieurs radicalités, met en lumière une inquiétante convergence idéologique entre une frange de l’ultragauche et des milieux d’extrême droite autour d’un antisionisme exacerbé, nourri de discours complotistes et d’antisémitisme. Alain Soral, exilé en Suisse, est aujourd’hui recherché par la justice française. Son domicile dans la Nièvre a été perquisitionné le 29 mai, mais l’essayiste était absent lors de la visite des enquêteurs.
Ce dossier met en lumière l’émergence de réseaux mêlant propagande, extrémisme militant et discours de haine en ligne — un phénomène qui interroge la capacité des démocraties à protéger l’État de droit.