Arrêté lors d’une manifestation, un réalisateur qualifie la refonte de « blasphème »

Hagaï Levi, le créateur de la célèbre série de HBO 'Our Boys' a été arrêté lors d'un rassemblement à Tel Aviv pour avoir filmé la police

Le scénariste israélien Hagaï Levi posant pour une photo lors d'une interview avec l'AFP, à Tel Aviv, le 7 janvier 2020. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le réalisateur israélien Hagaï Levi a fustigé le nouveau gouvernement et sa réforme du système judiciaire après avoir été arrêté alors qu’il filmait la police lors d’une manifestation jeudi dernier.

Levi a qualifié les efforts du gouvernement pour réduire le système judiciaire « d’énorme hiloul Hashem », un acte blasphématoire qui viole l’interdiction dans la Torah de profaner le nom de Dieu.

Levi, qui a été arrêté par la police lors des manifestations de la « Journée nationale de paralysie » contre la réforme, a participé chaque semaine aux manifestations de masse.

Il a été brièvement arrêté parce qu’il filmait les manifestations avec son téléphone.

« Je filme beaucoup, juste avec mon iPhone, peut-être pour un futur projet, mais surtout parce que c’est assez incroyable ce qui se passe, on ne peut pas s’empêcher de filmer », a déclaré Levi au Times of Israel.

Levi a expliqué qu’il se trouvait dans un petit groupe de manifestants, à proximité de la rue Kaplan à Tel Aviv et du centre commercial Azrieli, lorsque la police a perdu patience et a commencé à arrêter certains des principaux activistes.

« Ils ont d’abord arrêté les leaders, puis d’autres au hasard », a déclaré Levi. « Je me tenais près du trottoir, mais officiellement j’étais dans la rue, alors ils m’ont soudainement attrapé et m’ont dit : ‘Vous vous tenez dans la rue’. »


Levi a expliqué qu’il avait filmé une arrestation plus violente quelques minutes plus tôt, en filmant l’intérieur de la voiture de police.

« Je pense qu’ils étaient énervés », a-t-il déclaré.

Levi a indiqué qu’il avait été détenu pendant deux heures, une expérience bien plus légère que celle de certaines personnes arrêtées pendant les manifestations.

« J’ai eu de la chance », a-t-il déclaré, « et il faut toujours se rappeler que si je n’étais pas juif, ça aurait été totalement différent », en référence à ce que vivent certains Palestiniens lorsqu’ils sont arrêtés par la police israélienne.

Levi a déclaré qu’il participait aux manifestations de masse hebdomadaires depuis qu’elles ont commencé il y a près de trois mois, en opposition aux projets de réforme du système judiciaire du gouvernement.

« Je suis présent tous les jeudis et tous les samedis soirs », a déclaré Levi. « C’est la seule chose qui m’aide, sinon je déprime et je me sens impuissant. Cela me donne au moins l’impression de faire quelque chose. »

Levi, connu pour des séries télévisées telles que « Our Boys », « In Treatment », « Scenes from a Marriage » et « The Affair », qui a remporté un Golden Globe, vit à Tel Aviv et s’installe temporairement aux États-Unis chaque fois qu’il a une production pour HBO.

Il est également à l’origine d’une protestation réussie contre le projet de cinéma israélien de la Fondation Rabinovich, après que le nouveau ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a fait pression pour que les artistes et les cinéastes soient obligés de garantir que leurs œuvres ne porteront pas atteinte à la réputation d’Israël ou à l’armée.

Le Israel Film Council (IFC) a commencé à exiger des cinéastes qui sollicitent des subventions gouvernementales de signer une clause stipulant qu’ils ne produiront pas de contenu anti-Israël.

En réponse, plus de 100 cinéastes israéliens, menés par Levi, ont lancé une contre-campagne appelant le Fonds Rabinovich à supprimer ces exigences.

Les cinéastes – dont Nadav Lapid (« Synonymous »), lauréat de l’Ours d’or à Berlin, Ari Folman (« Où est Anne Frank »), Eran Kolirin (« The Band’s Visit ») et Levi ont signé une pétition appelant l’industrie à boycotter le Fonds Rabinovich jusqu’à ce que la fondation cesse d’exiger cette signature.

Échauffourées entre la police et des Israéliens protestant contre la réforme judiciaire, à Tel Aviv, le 23 mars 2023. (Crédit : AP/Ohad Zwigenberg)

Le 7 mars, la direction publique de la Fondation Rabinovich a retiré la déclaration d’obéissance et l’a remplacée par des clauses acceptées par tous les fonds cinématographiques, selon Levi.

« Il s’agit d’une petite victoire, mais d’une victoire symbolique », a-t-il déclaré. « De nos jours, tout compte. »

Levi explique qu’il participe parfois à des manifestations aux cotés de militants d’extrême-gauche qui brandissent des drapeaux palestiniens.

Il sait que le drapeau palestinien n’est pas bien toléré en ce moment.

« Je peux le comprendre », a-t-il déclaré.

Cela étant dit, Levi trouve « génial » que les récentes manifestations de masse aient récupéré le drapeau israélien en tant que symbole national qui avait été revendiqué par l’extrême-droite ces dernières années, bien qu’il n’ait pas encore apporté son propre drapeau aux manifestations.

« Je ne prends pas mon drapeau pour une raison : je ne me sens pas encore à l’aise avec ce dernier », a-t-il déclaré.

Le père de Levi est un rabbin orthodoxe et Levi a lui-même fréquenté une yeshiva, abandonnant progressivement son mode de vie religieux lors de son service militaire.

Sa famille est cependant politiquement de centre-gauche, y compris son père, qui a des racines italiennes et qui a élevé Levi et ses frères et sœurs dans une forme plus libérale de judaïsme traditionnel.

« C’est ainsi que nous avons été élevés et nous nous y sommes toujours sentis attachés », a déclaré Levi.

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