Au Liban, un faux prince saoudien a escroqué nombre de personnalités politiques

L'imposteur, affirmant qu'il faisait partie du palais royal saoudien, leur promettait que le royaume appuierait leur nomination à des postes de responsabilité au Liban en échange de sommes d'argent, selon l'enquête

Photo d'illustration : Des personnes échangent des billets en livres libanaises et en dollars américains sur le marché noir à Beyrouth, la capitale du Liban, le 18 juin 2020. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)

Un imposteur se présentant comme un prince saoudien a pu, avec la complicité d’un dignitaire religieux, escroquer des personnalités libanaises en leur faisant miroiter des postes politiques, a indiqué mercredi à l’AFP un responsable judiciaire au fait de l’enquête.

Une dizaine de personnalités, dont un ancien Premier ministre, d’anciens ministres et des députés sont éclaboussés par ce scandale qui a mis en lumière la vénalité de certains hommes politiques dans le pays.

L’imposteur, un mécanicien nommé Moustafa al-Hesyane, et son complice, le cheikh Khaldoun Oraymet, ont été arrêtés fin 2025 et « l’enquête est près d’aboutir », a affirmé le responsable judiciaire qui a requis l’anonymat.

« Les informations disponibles montrent que les opérations de chantage sont limitées aux détenus, sans la moindre preuve de l’implication de parties externes dans l’affaire », a-t-il ajouté.

Le mécanicien, qui imite l’accent saoudien à la perfection, se faisait passer pour un prince et allait même jusqu’à donner des ordres au téléphone aux personnalités, dans leur grande majorité issues de la communauté musulmane sunnite, sur la ligne politique à adopter.

Le dignitaire religieux fournissait à « Abou Omar », comme se faisait appeler le faux prince, les numéros de téléphone et des informations sur les personnalités politiques et les hommes d’affaires qu’il connaissait.

L’imposteur, affirmant qu’il faisait partie du palais royal saoudien, leur promettait que le royaume appuierait leur nomination à des postes de responsabilité au Liban en échange de sommes d’argent, selon l’enquête.

« Plusieurs politiciens avec lesquels il a pris contact ont comparu comme témoins, et ont reconnu les faits », a ajouté le responsable judiciaire.

« Ils ont affirmé avoir versé de l’argent sous forme de donations humanitaires pour des ONG ou des individus, et non dans le but d’obtenir des services politiques », a-t-il ajouté.

L’Arabie saoudite est un poids lourd sunnite et jouait traditionnellement un rôle prépondérant au Liban.

Mais elle avait retiré son appui il y a plusieurs années au principal leader sunnite, Saad Hariri, et s’était désengagée du pays, lui reprochant d’être sous l’influence du Hezbollah pro-iranien.

La communauté sunnite a été affaiblie, notamment avec la décision de M. Hariri de se retirer de la vie politique.

Les relations avec Ryad se sont améliorées avec l’élection du président Joseph Aoun et la nomination d’un chef de gouvernement réformateur, Nawaf Salam, début 2025.

Les ingérences étrangères sont monnaie courante au Liban, pays multiconfessionnel où les communautés aux intérêts divergents cherchent l’appui de parrains extérieurs.

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