Israël en guerre - Jour 230

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  • Une statue renversée dans l'église de la Flagellation, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 février 203. (Crédit : Custody of the Holy Land)
    Une statue renversée dans l'église de la Flagellation, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 2 février 203. (Crédit : Custody of the Holy Land)
  • Le sanctuaire vandalisé du monastère de  Beit Jamal le 22 septembre 2017 (Crédit : Patriarcat latin de Jérusalem)
    Le sanctuaire vandalisé du monastère de Beit Jamal le 22 septembre 2017 (Crédit : Patriarcat latin de Jérusalem)
  • Les responsables catholiques autour d'une statue de Jésus vandalisée, le 24 mars 2023. (Crédit :Filippo De Grazia)
    Les responsables catholiques autour d'une statue de Jésus vandalisée, le 24 mars 2023. (Crédit :Filippo De Grazia)
  • Hosam Naoum, un évêque anglican palestinien, là où des vandales ont profané plus de 30 tombes dans un cimetière protestant historique du mont Sion, à Jérusalem, le 4 janvier 2023. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)
    Hosam Naoum, un évêque anglican palestinien, là où des vandales ont profané plus de 30 tombes dans un cimetière protestant historique du mont Sion, à Jérusalem, le 4 janvier 2023. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)
  • Photo d'illustration : Des prêtres arméniens arrivent pour la messe du dimanche à l'église du saint sépulcre de Jérusalem, pendant ses travaux de rénovation, le 9 octobre 2016. (Crédit :  AP Photo/Oded Balilty)
    Photo d'illustration : Des prêtres arméniens arrivent pour la messe du dimanche à l'église du saint sépulcre de Jérusalem, pendant ses travaux de rénovation, le 9 octobre 2016. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
  • Le mot "vengeance" graffé en hébreu sur un mur du quartier arménien de la Vieille Ville de Jérusalem, le 11 janvier 2022. (Crédit : Patriarcat arménien)
    Le mot "vengeance" graffé en hébreu sur un mur du quartier arménien de la Vieille Ville de Jérusalem, le 11 janvier 2022. (Crédit : Patriarcat arménien)
Investigation

Avec des attaques anti-chrétiennes plus fréquentes, la menace d’une crise pour Israël

Les responsables d’église soulignent un climat politique inhospitalier ; les ministères du gouvernement affirment pourtant combattre activement le phénomène

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

« Si vous êtes un chrétien vivant au Moyen-Orient, il n’y a qu’un seul endroit où vous serez en sécurité », avait dit le Premier ministre Benjamin Netanyahu, prenant la parole devant les sionistes chrétiens de Rio de Janeiro, au mois de décembre 2018. « Il n’y a qu’un seul endroit où la communauté chrétienne est prospère, florissante, croissante. Cet endroit, c’est l’État d’Israël ».

Cette affirmation de Netanyahu est d’ailleurs un élément central de l’image présentée par les responsables du pays lorsqu’ils s’adressent au public occidental.

Avant les fêtes de Noël, l’année dernière, le compte officiel d’Israël, sur Twitter, avait posté une vidéo montrant le chef du bureau de la diplomatie numérique au sein du ministère des Affaires étrangères, David Saranga, en train de faire « une promenade magique de Noël » à travers la Vieille Ville de Jérusalem.

Une image de coexistence saine qui est aujourd’hui fortement mise à mal par les expériences vécues par les responsables chrétiens de Jérusalem eux-mêmes. S’ils reconnaissent qu’aucune initiative organisée ou gouvernementale n’a été prise à leur encontre, les ecclésiastiques, dans la Vieille Ville, racontent un climat de harcèlement et d’apathie des autorités qui ne cesse de se détériorer davantage et la crainte croissante que les mésaventures dont ils sont victimes – crachats, actes de vandalisme – ne se transforment à terme en incidents aux conséquences beaucoup plus graves.

Et alors que Netanyahu est d’ores et déjà au cœur de l’attention de ses alliés occidentaux en raison de ses politiques mises en œuvre à l’égard des Palestiniens et de son initiative de réforme judiciaire, la sécurité de moins en moins assurée des chrétiens – ou, tout du moins, des responsables de l’église qui diffusent ce narratif – pourrait devenir un nouveau problème diplomatique préoccupant pour le gouvernement israélien.

La marche des élèves

Vendredi, des centaines d’enfants des écoles catholiques de Jérusalem se sont livrés à leur défilé traditionnel le long de la Via Dolorosa, comme ils le font chaque année pendant les 40 jours du carême.

Les élèves des écoles catholiques défilent sur la Via Dolorosa, le 24 mars 2023. (Crédit : Filippo De Grazia)

Les choses étaient néanmoins différentes cette fois-ci.

Les élèves sont partis de l’église de la Flagellation, la deuxième station du chemin de croix, portant tous les même foulard rouge identique qui arborait l’image d’une statue brisée de Jésus, à l’image de celle qui avait été vandalisée par un touriste juif américain dans l’église au mois de février dernier.

La marche, à laquelle ont pris part les deux représentants les plus influents du catholicisme en Terre sainte — le patriarche Pierbattista Pizzaballa et le custode de Terre sainte, Francesco Patton — ne s’est pas limitée à protester contre cet incident en particulier.

« Nous sommes horrifiés et nous sommes blessés par les nombreux incidents de violence et de haine qui ont récemment pris pour cible la communauté catholique en Israël », a dit Patton, connu également sous le nom de custode.

Il a cité plusieurs incidents « graves », selon lui, qui sont survenus ces dernières semaines, ajoutant avec assurance que « ce n’est pas une coïncidence qu’ils soient arrivés précisément maintenant ».

Le Frère Francesco Patton, Custode de Terre Sainte et Gardien des Lieux saints chrétiens en Terre Sainte pour l’Eglise catholique. (Courtoisie)

« Nous attendons du gouvernement israélien et de la police qu’ils agissent de manière déterminée pour s’attaquer à ce phénomène grave, et nous leur demandons instamment de le faire », a-t-il ajouté.

Tandis que cela fait longtemps qu’il y a des incidents de vandalisme ou de harcèlement qui visent les ecclésiastiques dans la Vieille Ville de Jérusalem, il y a eu une hausse notable de ce type d’agression au cours de ces dernières semaines.

Au mois de novembre, deux soldats de la Brigade Givati, au sein de Tsahal, avaient été arrêtés, soupçonnés d’avoir craché sur l’archevêque de l’église arménienne et sur deux autres pèlerins pendant une procession qui avait lieu dans la Vieille Ville.

Puis, début janvier, deux adolescents juifs avaient été appréhendés par la police après avoir endommagé des tombes dans le cimetière protestant qui se trouve sur le mont Sion.

Hosam Naoum, un évêque anglican palestinien, s’arrête là où des vandales ont profané plus de 30 tombes dans un cimetière protestant historique du Mont Sion à Jérusalem, le 4 janvier 2023. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

La semaine suivante, le centre communautaire maronite situé à Maalot-Tarshiha, dans le nord du pays, avait été vandalisé par des inconnus pendant les fêtes de Noël.

Des bâtiments de la communauté arménienne avaient aussi été pris pour cible par des vandales à Jérusalem, avec des slogans discriminatoires qui avaient été peints à la bombe sur les murs extérieurs, dans le quartier arménien. Selon le patriarcat arménien, la population avait découvert avec stupéfaction les invectives « Vengeance », « Mort aux chrétiens », « Mort aux Arabes et aux non-Juifs » et « Mort aux Arméniens » écrites à la peinture.

Les attaques avaient continué. Un jeudi soir de la fin du mois de février, un gang de jeunes juifs religieux avait jeté des chaises en direction d’un restaurant arménien installé à l’intérieur de la Nouvelle porte de la ville. L’acte de vandalisme commis à l’église de la Flagellation avait eu lieu la semaine suivante.

Enfin, la semaine dernière, un résident du sud d’Israël a été arrêté après avoir agressé des prêtres à l’aide d’une barre de fer au tombeau de la vierge Marie, à Gethsemane.

« Les attaques terroristes commises par des groupes radicaux israéliens et qui visent les églises, les cimetières, les biens appartenant à des chrétiens… sont devenues presque quotidiennes et elles s’intensifient, à l’évidence, pendant les fêtes chrétiennes », commente l’église grecque orthodoxe.

Tous les incidents ne font pas non plus les gros titres. Le père Matthieu, secrétaire du patriarche grec orthodoxe Theophilus III, explique au Times of Israel que mardi dernier, un prêtre handicapé qui sortait du monastère, lentement et avec difficulté, a essuyé les crachats de deux jeunes Juifs religieux. Quand un autre prêtre s’est interposé, ils ont relevé leurs chemises, laissant apparaître deux bombes de gaz lacrymogène.

Selon le père Matthieu, ils ont été arrêtés par la police qui les a rapidement relâchés.

La police de Jérusalem a indiqué au Times of Israel qu’elle n’avait pas connaissance de l’incident. Elle a réclamé des détails supplémentaires sur ce dernier.

Un agent de la police des frontières à côté d’un graffiti anti-chrétien disant en hébreu « Jésus est un singe » sur l’abbaye de la Dormition, à Jérusalem, le 31 mai 2013. (Crédit : Flash90)

Et les ecclésiastiques critiquent, dans l’ensemble, la réponse apportée par la police.

« La police tente de dépeindre chaque agression comme un événement isolé, elle s’efforce aussi de dépeindre les attaquants comme psychiquement instables », déclare Amir Dan, porte-parole du custode franciscain en Terre sainte. « Ce faisant, la police s’absout de toute responsabilité ».

En effet, après l’incident survenu à l’église de la Flagellation, la police a fait savoir qu’elle tentait de déterminer si le suspect était atteint de problèmes psychiatriques. Les forces de l’ordre ont par ailleurs confié au Times of Israel que l’agresseur qui s’en était pris à des prêtres au tombeau de Marie – un chrétien à la double nationalité israélienne et moldave – avait été temporairement interné dans un hôpital psychiatrique.

Un touriste américain, à gauche, soupçonné d’avoir vandalisé une statue à l’église de la Flagellation, dans la Vieille Ville de Jérusalem, est emmené par la police, le 2 février 2023. (Crédit : Police israélienne)

Dans la Vieille Ville, les franciscains s’inquiètent tellement, depuis que la statue de Jésus a été profanée, qu’ils verrouillent dorénavant la porte du complexe San Salvatore la nuit. Ils n’ont jamais pris une telle mesure dans le passé, fait remarquer le père Alberto Pari, directeur de l’Institut Magnificat.

« Je pense que tous les chrétiens ont davantage conscience du fait que quelqu’un peut tout à fait entrer et faire quelque chose », dit Pari.

La police tente de dépeindre chaque agression comme un événement isolé, de dépeindre les attaquants comme psychiquement instable

De multiples responsables répètent la même accusation : la coalition au pouvoir actuelle, qui comprend des personnalités d’extrême-droite comme le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, n’est pas étrangère à cette recrudescence des attaques.

Le père franciscain Alberto Pari, directeur de l’institut Magnificat. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

« A cause du gouvernement actuel, certains extrémistes ont dorénavant le sentiment d’être protégés », dit Pari. « Personne ne les arrêtera s’ils font quelque chose qu’ils envisageaient d’ailleurs peut-être déjà de faire dans le passé. Mais à cette époque-là, la police contrôlait plus les choses et ils n’étaient pas soutenus par certains leaders politiques ».

Dan partage le même point de vue : « Hélas, depuis que ce gouvernement a été élu, certains ont le sentiment de pouvoir faire tout ce qu’ils veulent. Ils peuvent se laisser aller et rien ne leur arrivera ».

Des ministères inquiets

Les institutions israéliennes en contact avec les églises, en Israël, condamnent les agressions et affirment de manière répétée être bien conscientes du problème.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors de la conférence annuelle à Jérusalem du groupe ‘Besheva’ à Jérusalem, le 21 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous y sommes très attentifs », s’exclame Tania Berg-Rafaeli, directrice du département des religions du monde au sein du ministère des Affaires étrangères.

Elle ajoute que son bureau a appelé le Patriarcat grec au lendemain de l’attaque perpétrée au tombeau de Marie pour condamner cette dernière et pour exprimer sa solidarité avec la communauté chrétienne, comme il le fait régulièrement.

« Ces incidents ne sont pas représentatifs de la société israélienne », poursuit-elle.

Le ministère de l’Intérieur déclare au Times of Israel que son Département des communautés religieuses est étroitement en contact avec le custode de Terre sainte, qu’il a récemment rendu visite au patriarche Pizzaballa, qu’il s’est rendu au cimetière protestant qui a été profané et qu’il s’implique dans les incidents de crachats et dans les attaques qui ont été commises dans le nord d’Israël.

« Le ministère de l’Intérieur, par le biais du Département des communautés religieuses, travaille en permanence sur la base d’une éthique qui est de garantir la liberté de religion et la liberté de culte, de protéger le statu-quo et les lieux saints et il est toujours là pour apporter son aide et son assistance dans la mesure du possible – en espérant que les incidents violents cesseront immédiatement », a déclaré le porte-parole du ministère dans un communiqué.

Le ministère a ajouté que la sécurité personnelle des résidents d’Israël relevait de la responsabilité de la police.

Les forces de l’ordre ont souligné auprès du Times of Israel qu’elles avaient arrêté l’attaquant du tombeau de Marie avant qu’il ne puisse causer des blessés ou des dégâts. Le jeune homme de 27 ans a été interrogé puis présenté devant un tribunal lors d’une audience visant à prolonger son placement en détention.

« Nous traitons avec sévérité toutes les formes de violence », a dit la police dans un communiqué, « et nous continuerons à passer à l’acte contre les actes de violence en général et, en particulier, contre les violences commises dans les lieux saints, de manière ferme et avec pour seul objectif d’amener leurs auteurs devant la justice ».

Fleur Hassan-Nahoum, adjointe au maire de Jérusalem, a pris la tête des efforts visant à s’attaquer à la situation au niveau municipal.

L’adjointe au maire de Jérusalem et co-fondatrice du Conseil d’affaires EAU-Israël Fleur Hassan-Nahoum, pose pour une photo au cours d’une interview donnée au palais al-Habtoor de Dubaï aux EAU, le 13 octobre 2020. (Crédit : Giuseppe CACACE / AFP)

« Nous sommes de plus en plus conscients de la situation actuelle », explique au Times of Israel Hassan-Nahoum. « En tant que responsable à la fois du tourisme et des relations internationales, j’ai rassemblé autour de moi tous les différents acteurs pour trouver des solutions ».

Le Times of Israel a pu lire le compte-rendu d’une réunion présidée par Hassan-Nahoum au mois de décembre, une réunion qui a eu lieu en présence de membres de la municipalité, de délégués de la police et de représentants des ONG de la Vieille Ville qui ont cherché à s’attaquer aux incidents de violence.

Tammy Lavi, du centre interculturel de Jérusalem, a déclaré, lors de cette rencontre, qu’au moins 50 % des processions de l’église arménienne, le vendredi, étaient interrompues par des crachats, des insultes ou par des personnes qui s’introduisaient délibérément dans la cérémonie pour la perturber.

Des Juifs ultra-orthodoxes lisent des lamentations à l’entrée du mont du Temple pendant le jeûne annuel de Tisha Bav et pendant une journée de commémoration, en souvenir de la destruction des vieux Temples de Jérusalem, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 14 août 2016. (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD GHARABLI)

Les personnes présentes ont attribué en grande partie la responsabilité de ces graves perturbations aux « Zilberman, », les membres d’une communauté ultra-orthodoxe lituanienne forte de 300 familles vivant dans la Vieille Ville et qui se distingue des autres communautés haredim par son approche unique de la Torah, qui comprend notamment des idées sionistes de droite.

Lors de la réunion de la municipalité, Yehonatan Yosef, un membre de droite du conseil municipal, a convenu d’aller, avec l’adjoint au maire et activiste Aryeh King, discuter avec les rabbins de la communauté Zilberman pour leur demander de convaincre leurs étudiants de ne plus harceler les touristes et les cérémonies chrétiennes.

La taxe rhétorique

Si les violences se sont récemment renforcées, les responsables des églises en Israël activaient déjà le signal d’alarme bien avant que l’actuel gouvernement n’arrive au pouvoir. Mais un grand nombre d’officiels israéliens ont le sentiment que les églises vont souvent trop loin, payant une sorte de « taxe rhétorique » chaque année à l’Autorité palestinienne (AP) et au détriment d’Israël dans le but d’assurer le bien-être des chrétiens palestiniens.

De plus, même si les responsables d’un grand nombre d’églises sont souvent européens, les fidèles et les prêtres sont principalement palestiniens et les églises locales sont imprégnées d’une théologie de libération palestinienne. Dans cette école de pensée, les Juifs sionistes jouent le rôle des Romains oppresseurs, les Palestiniens celui de Jésus. Le vieux trope antisémite de déicide et la théologie du remplacement se retrouvent régulièrement dans la rhétorique employée dans les églises palestiniennes.

Une messe organisée pour le dimanche des rameaux à l’église de la Nativité de Bethléem, qui serait l’endroit où est né Jésus, en Cisjordanie, le 28 mars 2021. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

Un communiqué conjoint qui avait été émis avant Noël par les « patriarches et les chefs des églises de Jérusalem », avertissant que des groupes juifs radicaux œuvraient à faire partir les chrétiens de Jérusalem, avait suscité la colère indignée du ministère des Affaires étrangères, Yair Lapid, et du président Isaac Herzog, deux personnalités qu’il est difficile de qualifier d’extrémistes de droite.

Un communiqué israélien avait indiqué que les accusations lancées par les ecclésiastiques étaient « sans fondement et elles dénaturent la réalité vécue par les communautés chrétiennes en Israël ».

« Le communiqué des responsables des églises de Jérusalem est particulièrement exaspérant au vu du silence qu’ils conservent sur la situation difficile de nombreuses communautés chrétiennes au Moyen-Orient qui subissent discriminations et persécutions », avait continué le communiqué.

Des Arabes israéliens fêtent la parade annuelle de Noël à Nazareth, le 24 décembre 2021. (Crédit : AP/Ariel Schalit)

Quelques jours plus tard, le Bureau central des statistiques (CBS) avait diffusé un rapport établissant que la communauté chrétienne, en Israël, avait augmenté de 1,4 % en 2020 et qu’elle était constituée d’environ 182 000 personnes, 84 % d’entre elles disant être satisfaites de leur vie dans le pays. Le rapport avait aussi révélé que les femmes arabes chrétiennes présentaient l’un des taux d’éducation les plus élevés dans le pays.

Une autre crise en suspens

L’implication de multiples ministères et bureaux israéliens dans la question du bien-être des communautés chrétiennes dans le pays est le signe d’un problème inhérent. Dans la mesure où aucun Département n’a la responsabilité directe de ce dossier, la politique israélienne sur le sujet se fait habituellement au coup par coup, au hasard des circonstances et des incidents. Les problèmes échappent ainsi au système jusqu’à ce qu’une crise éclate, obligeant les responsables à éteindre l’incendie.

En 2018, les chefs des églises catholique, grecque orthodoxe et arménienne avaient fait une conférence de presse devant l’église du Saint Sépulcre, accusant la municipalité de Jérusalem de « mener une campagne systématique contre les églises et contre la communauté chrétienne en Terre sainte ».

Le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem Théophile III lit un communiqué à la presse aux côtés du gardien de la terre sainte, le frère Francesco Patton et de l’évêque arménien Siwan,à gauche, devant les portes closes de l’église du saint-sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 25 février 2018 (Crédit : AFP/ GALI TIBBON)

Theophilus avait été même jusqu’à dire : « Cela nous rappelle toutes les lois de nature similaire qui avaient été mises en œuvre contre les Juifs pendant la période la plus sombre en Europe ».

Les ecclésiastiques s’étaient rassemblés devant le lieu le plus saint du christianisme à Jérusalem après avoir découvert que la Knesset allait discuter – et approuver probablement – un projet de loi permettant à l’État de confisquer des terres vendues par les églises à des investisseurs privés. Ils avaient aussi voulu réagir, ce jour-là, contre une décision qui avait été récemment prise par la municipalité de Jérusalem de geler les avoirs des églises jusqu’à que ces dernières ne versent des millions de shekels d’impôts qui, affirmait la municipalité, n’avaient pas été honorés.

Après la conférence de presse, le gardien palestinien chargé de conserver les clés du lieu de culte était monté sur une échelle et il avait verrouillé les portes. Des portes qui devaient rester fermées pendant trois jours, jusqu’à ce que Netanyahu intervienne en suspendant la collecte des taxes manquantes et en gelant la législation en attendant qu’une commission tout juste formée – qui était dirigée par le ministre de la Coopération nationale de l’époque, jusqu’à Tzachi Hanegbi — puisse trouver des solutions en concertation avec l’église sur le dossier.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Tzahi Hanegbi en 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais les dégâts étaient d’ores et déjà commis. Netanyahu ne s’était impliqué qu’après qu’Israël cède aux lourdes pressions exercées par le Vatican, par des pays orthodoxes comme la Russie et la Grèce et par les groupes chrétiens évangéliques, des soutiens déterminants de l’État juif.

Il semble que la politique israélienne soit encore aujourd’hui incapable de se projeter à long-terme. Quelques jours après l’attaque commise à l’église de la Flagellation, la municipalité avait demandé que le centre de Notre-Dame de Jérusalem, propriété du Vatican, s’acquitte d’un arriéré d’impôts dû à la ville à hauteur de 18 millions de shekels, plaçant une hypothèque sur le compte bancaire de l’institution jusqu’au paiement des taxes.

Un incident qui semble avoir été l’émanation la plus récente du refus israélien de longue date d’envisager sa relation avec le monde chrétien comme une problématique politique distincte nécessitant des personnels qui s’y consacrent et l’attention des hauts-responsables.

Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu’ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l’église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Si Netanyahu ne commence pas à gérer la question de la querelle fiscale et celle de la sécurité des ecclésiastiques et pèlerins chrétiens comme des problématiques nécessitant des solutions holistiques de la part de son gouvernement, avec des décisions prises sous la direction de ce dernier, il pourrait rapidement subir encore davantage de pressions de la part de ses alliés les plus importants. Les pays occidentaux n’ont pas dissimulé leur malaise face au projet de réforme judiciaire de la coalition et face aux déclarations de cette dernière.

« Le Vatican et les ambassadeurs d’Italie, de France, de Grèce, de Belgique et des États-Unis sont régulièrement informés des événements », note Dan, le custode franciscain, évoquant les agressions et les actes de vandalisme. « Tous observent l’évolution de la situation avec une profonde préoccupation ».

Les responsables chrétiens de Jérusalem ne sont pas optimistes concernant une éventuelle amélioration des choses à court-terme.

« Rien ne changera », estime le père Matthew, sombre, « avant que quelqu’un ne se fasse tuer ».

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