Rechercher
Le rabbin Yossi Eilfort, fondateur de l’association de sécurité Magen Am, basée à Los Angeles, pose au niveau du stand de tir. (Yoni Coen)
Le rabbin Yossi Eilfort, fondateur de l’association de sécurité Magen Am, basée à Los Angeles, pose au niveau du stand de tir. (Yoni Coen)

Avec l’antisémitisme qui pullule, des Juifs de Californie veulent apprendre à se défendre

Proposant des services de protection armée de la communauté, des formations au maniement des armes à feu et des cours d’autodéfense, Magen Am étend rapidement son champ d’action alors que les agressions se multiplient depuis le 7-Octobre

PIRU, Californie — Il est encore tôt, ce dimanche matin à Piru, en Californie, à environ 45 minutes de route au nord-ouest de Los Angeles, lorsqu’une dizaine de personnes se préparent pour leur entraînement au tir sur le plus grand stand de tir en plein air de la région.

Niché au cœur d’une magnifique chaîne de montagnes, s’étendant sur plus de 600 hectares avec plus de 50 postes de tir, le stand de tir est un endroit parfait pour Magen Am, organisation à but non lucratif basée à Los Angeles qui forme des bénévoles à l’utilisation des armes à feu et à la sécurité communautaire.

Parmi les participants, on trouve Erik Huberman, 38 ans, fondateur et PDG d’une agence de marketing prospère, qui s’entraîne depuis près d’une dizaine d’années. Il a acheté sa première arme il y a de cela huit ans, « au cas où », en espérant ne jamais avoir à s’en servir.

« Il me semble que pendant toute mon enfance, l’antisémitisme était quelque chose de lointain, comme un skinhead dans le Kentucky. Ce n’était pas quelque chose dont j’avais à m’inquiéter. Et là, soudainement, c’est partout », confie Huberman.

« Ces deux dernières années, il est tellement omniprésent que mes publications sur les réseaux sociaux sont le reflet de l’aveuglement des foules », poursuit-il. « Je publie des messages sur la façon dont la communauté juive doit apprendre à se protéger, et je reçois des messages haineux du genre : ‘Monstres néonazis’ ».

Depuis le pogrom commis en Israël par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza et entraîné une flambée mondiale de l’antisémitisme, le nombre de détenteurs d’armes à feu, au sein de la communauté juive, a augmenté. Le stand de tir de Piru a vu arriver une clientèle un peu différente : des hommes portant la kippa et des femmes en foulard, en chemise à manches longues et en jupe sobre.

Un membre de l’organisation de sécurité à but non lucratif Magen Am, basée à Los Angeles, met ses tefillin au stand de tir. (Avec l’aimable autorisation de Magen Am)

En 2016, le rabbin Yossi Eilfort, du haut de ses 24 ans, cofondait Magen Am, qui s’est développée ces dix dernières années pour offrir des services de sécurité à la communauté juive de Los Angeles, notamment à 42 écoles et synagogues.

L’organisation propose désormais, entre autres, des sessions privées de formation au tir, des cours sur le port d’une arme dissimulée, des services de sécurité et des cours d’autodéfense.

C’est d’ailleurs après avoir vu une publication d’Eilfort sur Instagram que Huberman a décidé de s’inscrire.

« J’ai reçu des appels de personnes qui me demandaient : ‘Peux-tu me prêter ton arme et m’apprendre à tirer ?’ », explique Huberman. « Je leur réponds que je ne peux pas leur prêter d’arme — c’est illégal. Mais je peux organiser un cours dans lequel ils pourront apprendre les règles de sécurité et à tirer correctement. »

Erik Huberman, membre de l’association de sécurité à but non lucratif Magen Am, basée à Los Angeles, au stand de tir. (Yoni Coen)

Pour Huberman, le fait de se rendre au stand de tir fait désormais partie de sa routine hebdomadaire — une activité qu’il peut pratiquer après avoir couché les enfants lorsqu’il a un peu de temps libre.

« J’aimerais que ce soit un passe-temps qui ne serve jamais », souligne-t-il.

Aucune des personnes présentes au cours de ce dimanche n’a été victime d’une agression antisémite violente, mais elles en ont toutes entendu parler aux informations et connaissent des personnes agressées simplement parce qu’elles étaient juives.

« Pour l’essentiel, nous apprenons aux gens à éviter les problèmes avant qu’ils n’arrivent », explique Eilfort. « Cela leur donne confiance de savoir qu’ils sont capables de se défendre si nécessaire. »

Certains participants sont même devenus bénévoles chez Magen Am, patrouillant dans les rues et assurant une présence visible dans les quartiers juifs et devant les synagogues. Cette visibilité, estiment-ils, a un effet dissuasif sur les agresseurs potentiels.

Un membre de l’association de sécurité à but non lucratif Magen Am, basée à Los Angeles, assure la sécurité lors d’un événement. (Avec l’aimable autorisation de Magen Am)

« Un an après le 7-Octobre, nous avons doublé notre nombre de bénévoles, et cette année, nous avons encore doublé ce nombre. Cela se renforce et nous essayons d’attirer encore plus de monde », commente Eilfort. « Les gens veulent s’engager pour la communauté. Nous devons faire passer notre message — plus précisément, nous voulons toucher la communauté israélienne. Ces personnes ont servi dans l’armée israélienne, et ce sont exactement celles dont la communauté peut tirer profit. »

Une menace croissante

Par le passé, des membres de la communauté juive ont signalé avoir été agressés dans la rue sans raison.

En août dernier, Ariel Yaakov Marciano, 24 ans, a été agressé sur la jetée de Santa Monica par une vingtaine d’hommes brandissant des drapeaux palestiniens et mexicains. Marciano, un Israélien venu pour la bar-mitsva de son cousin, s’est fait arracher son pendentif en forme d’étoile de David et a reçu plusieurs coups de poing dans la tête.

La maire de Los Angeles, Karen Bass, à la tribune, s’adresse aux membres de la communauté et à d’autres responsables locaux et étatiques des forces de l’ordre lors d’une réunion publique sur les violences antisémites au lycée YULA Boys High School de Los Angeles, le 20 février 2023. (AP Photo/Damian Dovarganes)

À peine une semaine plus tôt, trois Israéliens avaient été agressés en rentrant chez eux, à pied, après la synagogue. Après avoir visionné la vidéo que Marciano avait faite de ses agresseurs, l’un des Israéliens, Eyal Dahan, a identifié des membres du groupe qui l’avait pris pour cible.

Malgré la présence de la police dans le quartier, aucune interpellation n’a eu lieu.

L’antisémitisme aux États-Unis a fortement augmenté ces sept dernières années, et cette tendance s’est considérablement accrue depuis le 7-Octobre. Selon le rapport annuel du FBI sur les crimes de haine, publié en août 2025, l’année 2024 a connu un nouveau pic d’actes antisémites aux États-Unis, avec un total de 1 938 cas.

L’Anti-Defamation League (ADL) fait état d’un nombre plus élevé, probablement parce qu’elle recense tous les incidents signalés et pas seulement ceux qui ont donné lieu à un dépôt de plainte à la police. L’organisation de surveillance a enregistré plus de 10 000 actes antisémites aux États-Unis entre le 7 octobre 2023 et septembre 2024, soit une hausse de 200 % par rapport à l’année précédente et le total annuel le plus élevé depuis le début du suivi, en 1979.

Des enquêtes reflètent l’impact de ce regain d’antisémitisme sur les Juifs américains : selon une étude du Combat Antisemitism Movement, 61 % des Juifs aux États-Unis — soit environ 3,5 millions de personnes — ont été victimes d’antisémitisme depuis le 7-Octobre, et selon l’American Jewish Committee, 77 % des Juifs se sentent moins en sécurité, 56 % ont modifié leur comportement du fait de leurs craintes et 90 % estiment que l’antisémitisme a augmenté.

L’ADL souligne par ailleurs que les actes antisémites sur les campus ont augmenté de 84 % en 2024, touchant environ 83 % des étudiants juifs.

Des membres de l’organisation à but non lucratif de sécurité Magen Am, basée à Los Angeles, s’entraînent au tir à The Range LA, un stand de tir couvert situé à West Los Angeles. (Yoni Coen)

Le rapport souligne en outre que, bien que les Juifs ne représentent que 2 % de la population américaine, ils ont été la cible de 69 % de tous les crimes de haine à caractère religieux.

Compagnons d’armes

Magen Am coexiste avec plusieurs autres organisations nationales de sécurité et d’autodéfense. Le Secure Community Network, fondé en 2004, est une organisation à but non lucratif qui sert de service officiel chargé de la sûreté et de la sécurité de la communauté juive américaine organisée, coordonnant la surveillance des menaces, le partage de renseignements et la formation en partenariat avec les forces de l’ordre.

Le Community Security Service, lancé en 2007, adopte une approche plus locale, recrutant et formant des bénévoles pour assurer une présence protectrice dans les synagogues et lors d’événements communautaires. Ensemble, ces deux modèles illustrent la manière dont les institutions juives à l’échelle nationale ont professionnalisé et décentralisé leurs efforts en matière de sécurité ces vingt dernières années.

Des manifestants anti-Israël ont installé des tentes devant le Sproul Hall de l’Université de Californie à Berkeley, en Californie, le 2 mai 2024. (AP Photo/Jeff Chiu)

Los Angeles compte un autre groupe de sécurité communautaire, Shmira Public Safety, organisation bénévole à but non lucratif fondée en réaction à la hausse de la criminalité dans les quartiers juifs. Sa mission est similaire à celle de Magen Am : dissuader la criminalité par des patrouilles visibles, l’engagement communautaire et une coopération étroite avec les forces de l’ordre et d’autres organismes de sécurité publique.

Des bénévoles, hommes et femmes, assurent une présence constante dans des quartiers tels que Pico-Robertson, Hancock Park et la Valley, et sont joignables via une ligne d’appel active 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Contrairement à Shmira, qui s’appuie entièrement sur des bénévoles non rémunérés de la communauté pour protéger les commerces, les synagogues, les écoles et les habitations locales, Magen Am se distingue comme la seule organisation juive à but non lucratif de la côte ouest à assurer une sécurité physique armée.

Le rabbin Menachem Creditor, fondateur de Rabbis Against Gun Violence, rappelle que la tradition juive « a toujours affirmé le devoir éthique de l’autodéfense ».

« Je sais d’expérience que la formation et la responsabilité sont les seules conditions appropriées pour qu’une personne puisse acquérir une arme à feu », explique Creditor au Times of Israel. « Cela doit être géré au niveau communautaire avec beaucoup de soin et de sensibilité, car la présence d’une arme à feu augmente considérablement les risques d’effusion de sang. »

À ce titre, ajoute Creditor, « nos organisations communautaires… sont des interlocutrices importantes auxquelles nos dirigeants et les membres de la communauté peuvent s’adresser s’ils envisagent d’acheter des armes à feu. »

Dans le livre blanc sur les meilleures pratiques, publié il y a peu, le SCN présente Magen Am comme comme l’un de ces modèles de sécurité communautaire assurée par des bénévoles armés. Selon le directeur national et PDG du SCN, Michael Masters, la décision de mettre en avant Magen Am repose sur plusieurs facteurs clés qui distinguent cette organisation.

« Magen Am est une initiative rigoureusement structurée et régie par des normes », explique M. Masters au Times of Israel. « Les volontaires sont recrutés de manière sélective, recommandés par des rabbins, soumis à des vérifications approfondies et tenus d’obtenir à la fois la carte de garde armé de Californie et un permis de port d’arme dissimulée. »

Le rabbin Yossi Eilfort, fondateur de l’organisation à but non lucratif de sécurité Magen Am, basée à Los Angeles, donne un cours aux membres du groupe au stand de tir. (Ayala Or-El)

Masters souligne que l’étroite coordination de Magen Am avec les forces de l’ordre et les agences de sécurité publique garantit une communication fluide et évite toute confusion — un niveau de collaboration que de nombreuses communautés peinent à atteindre. Il fait par ailleurs état de la reproductibilité du programme, notant que Magen Am fournit un modèle clair pour d’autres villes désireuses de déployer des équipes de sécurité bénévoles disciplinées et ancrées dans la communauté.

« Magen Am montre que la sécurité assurée par des bénévoles armés peut être mise en œuvre de manière réfléchie, responsable et en partenariat avec les services de sécurité publique au sens large », ajoute Masters. « Ils ont construit un modèle structuré et fondé sur des normes qui donne aux bénévoles les outils et la formation dont ils ont besoin pour faire un travail de dissuasion et répondre aux menaces réelles auxquelles font face les institutions juives. »

L’organisation se distingue également des clubs de tir juifs aux noms accrocheurs, tels que Bullets & Bagels ou Lox & Loaded, qui visent principalement à perfectionner les compétences.

Roberta Tarnove lors d’un événement de tir avec Bullets & Bagels. (Avec l’aimable autorisation de Roberta Tarnove via la JTA)

« Magen Am n’est pas un club de tir », précise Eilfort. « Nous sommes une organisation de sécurité communautaire qui met en place une structure pour un avenir juif durable et sûr. Notre objectif est de servir et aider une communauté florissante. »

« Nous poursuivons des objectifs différents, et nous avons délibérément communiqué avec les responsables des autres programmes car nous pensons qu’il y a de la place pour tous, plusieurs personnes étant susceptibles d’appartenir à plusieurs cercles sociaux », ajoute-t-il.

Selon Anna Schwartz, qui vit à Los Angeles, s’est décidée à acheter une arme une fois que ses amis et voisins l’ont fait.

« Mes grands-parents étaient des survivants de la Shoah », explique cette femme de 52 ans. « Ils m’ont raconté tous les signes qu’ils avaient vus avant d’être envoyés dans les camps de concentration, mais ils avaient choisi de croire que cela passerait, qu’ils s’en sortiraient. Je me suis surprise à agir de la même manière, en pensant que tout irait bien. Je n’ai jamais eu peur de porter mon pendentif en forme d’étoile de David. Mais je me rends compte que je ne peux pas ignorer tous ces signes. Jusqu’à présent, cela arrive à d’autres personnes, mais peut-être que demain, ce sera moi. »

Schwartz a acheté un pistolet Glock 19 et a commencé à s’entraîner. Elle est désormais capable de tirer droit sur la cible en carton et non plus sur les collines derrière.

Les membres de Lox & Loaded apprennent à utiliser des armes à feu dans un stand de tir. (Avec l’aimable autorisation de Lox & Loaded via la JTA)

Eilfort dit surtout accueillir des adultes d’âge mûr pour sa formation, mais aussi quelques jeunes dans la vingtaine.

« Pour moi, c’est quelque chose de fort de voir la communauté se rassembler », confie Eilfort. « Ils sentent qu’il faut le faire. Je crois qu’un grand nombre de personnes prennent à cœur ce qui se passe ailleurs dans le monde. Ils le prennent personnellement, lorsqu’un homme ou une femme juifs sont attaqués. »

Avant de fonder son organisation à but non lucratif, Eilfort était rabbin adjoint au Habad de Pacific Palisades et enseignant à l’école Heder Menachem de Los Angeles. Il travaille désormais à plein temps en tant que directeur de Magen Am.

Ces dernières années, Magen Am a étendu son champ d’action au comté d’Orange et à Phoenix, dans l’Arizona.

Un membre de l’organisation de sécurité à but non lucratif Magen Am, basée à Los Angeles, assure la sécurité lors d’un événement. (Avec l’aimable autorisation de Magen Am)

« Nous avons 11 membres actifs dans le comté d’Orange et 10 membres actifs dans l’Arizona », précise Eilfort. « Plusieurs de ces membres interviennent également lors d’incidents dans leur région dans le cadre de notre programme d’intervention d’urgence. »

Eilfort ne connaît que trop les nombreux rapports faisant état du regain d’antisémitisme aux États-Unis — mais il refuse de se laisser décourager par ces sombres statistiques.

« Nombre de personnes disent que l’antisémitisme est très grave aujourd’hui, mais nous devons nous rappeler que nous vivons une période plus favorable que celle que nous avons connue depuis très longtemps », assure-t-il.

« Nous sommes à un moment de l’histoire où nous avons à la fois la possibilité et l’opportunité de construire un avenir plus sûr. Il y a certes cette tendance : au lieu d’attendre qu’il soit trop tard, c’est maintenant qu’il faut que les gens s’engagent. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.