Israël en guerre - Jour 229

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  • Des lycéens au centre STEMpower de Foka à Bishoftu, en Éthiopie, en juillet 2023. (Crédit : Autorisation)
    Des lycéens au centre STEMpower de Foka à Bishoftu, en Éthiopie, en juillet 2023. (Crédit : Autorisation)
  • Saphina Biira, vice-chancelière adjointe par intérim de l'université Busitema, Tororo, Ouganda, juillet 2023. (Crédit : Sharon Amali)
    Saphina Biira, vice-chancelière adjointe par intérim de l'université Busitema, Tororo, Ouganda, juillet 2023. (Crédit : Sharon Amali)
  • La gourou des réseaux sociaux de STEMpower, Bereket Getachew, pose devant le laboratoire STEM pilote mobile à Bishoftu, en Éthiopie. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ToI)
    La gourou des réseaux sociaux de STEMpower, Bereket Getachew, pose devant le laboratoire STEM pilote mobile à Bishoftu, en Éthiopie. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ToI)
  • Fenet Gossa et Kalkidan Eshteu travaillent sur leur projet d'enregistrement EZ au centre STEMpower de Foka à Bishoftu, en Éthiopie, en juillet 2023. (Crédit : Autorisation)
    Fenet Gossa et Kalkidan Eshteu travaillent sur leur projet d'enregistrement EZ au centre STEMpower de Foka à Bishoftu, en Éthiopie, en juillet 2023. (Crédit : Autorisation)
  • Biniam Dereie, un développeur de nouveaux logiciels pour faire fonctionner un prototype de machine à commande numérique par ordinateur qu'ils ont construit, Addis Abebe, juillet 2023. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ToI)
    Biniam Dereie, un développeur de nouveaux logiciels pour faire fonctionner un prototype de machine à commande numérique par ordinateur qu'ils ont construit, Addis Abebe, juillet 2023. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ToI)
Reportage

Avec ses centres STEM, une ONG forme une génération de scientifiques en Afrique

Basé sur la vision scientifique pratique d’un ancien physicien de Boston, STEMpower peut-elle révolutionner la science et l’informatique pour la jeunesse africaine ?

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

ADDIS ABEBA – Jour et nuit, des flottes de taxis collectifs sillonnent les routes éthiopiennes laissant dans leur sillon de fortes odeurs de gaz d’échappement. Plus nombreux que les bus publics, ces minibus bleus et blancs suivent des itinéraires fixes, prenant des passagers à des arrêts non signalés.

Ce n’est qu’une fois le passager monté dans le bus, que les négociations commencent. Ces négociations sont la raison pour laquelle deux lycéens éthiopiens, Dagim Yeneneh et Henos Shimelio, ont inventé un dispositif ingénieux, le « taximètre d’origine », qui permet d’éviter toute ambiguïté concernant le prix du billet.

Le mois dernier, les lycéens, ainsi que des dizaines d’autres équipes, ont présenté leur idée au centre scientifique Foka STEMpower de Bishoftu devant le Times of Israel, qui était de passage. Le Times of Israel avait été invité à couvrir les projets de l’organisation STEMpower, qui a créé des laboratoires scientifiques à travers l’Afrique dans le but d’initier les lycéens aux sciences exactes et d’améliorer les chances d’un avenir meilleur pour leurs pays.

Les deux adolescents en uniforme bleu ont expliqué qu’en installant le premier taximètre du pays, ils espéraient créer un barème de paiement juste et objectif et éviter tout « désagrément » lié au prix de la course. C’est un problème auquel ils sont confrontés quotidiennement.

« L’objectif est que les élèves identifient des problèmes spécifiques à leur communauté », explique Eyob Aychew Teffera, responsable du centre STEMpower dans le district de Foka à Bishoftu, à environ une heure d’Addis-Abeba. Les adolescents soumettent ces problèmes courants au personnel, qui tâcheront de leur apprendre à trouver leurs propres solutions dans les divers laboratoires de mécanique, de codage, d’optique ou de robotique du centre.

Le taximètre d’origine utilise un clavier numérique connecté à un compteur de taxi standard. Les adolescents ont programmé l’appareil pour qu’il identifie chaque siège dans le bus, de sorte que dès qu’un passager monte à bord, le chauffeur appuie sur le bouton correspondant au numéro de siège. Lorsque le passager descend, le chauffeur appuie à nouveau sur le bouton et imprime le prix de la course. À la fin de la journée, le compteur additionnera également les ventes de la journée et séparera l’impôt à payer par l’entreprise, expliquent-ils.

L’idée est si simple qu’on se demande pourquoi elle n’existait pas déjà. C’est le cas de nombreuses inventions que les élèves de STEMpower ont présentées au Times of Israel.

Dagim Yeneneh et Menos Shimelio, les inventeurs du taximètre d’origine, au centre STEMpower de Foka à Bishoftu, en Éthiopie, en juillet 2023. (Crédit : Autorisation)

Fondé en 2012, le centre de Bishoftu est le prototype des laboratoires d’apprentissage de STEMpower. Il existe aujourd’hui 107 centres STEM en Afrique, dont 60 rien qu’en Éthiopie. Ils s’adressent aux élèves du secondaire, mais comprennent également des programmes pour les entrepreneurs jusqu’à l’âge de 30 ans. Vingt-neuf autres centres STEM devraient ouvrir leurs portes dans le courant de l’année prochaine et, comme l’a constaté ce journaliste en Éthiopie et en Ouganda, les enseignants nourrissent un désir insatiable d’en savoir plus.

Le rêve de Mark Gelfand, philanthrope et fondateur juif de STEMpower, est d’attirer les élèves vers les sciences exactes avant leur entrée à l’université. Ce physicien retraité de 72 ans, établi à Boston, insiste sur le fait que « chaque enfant a un scientifique à l’intérieur de lui. Nourrissez ce scientifique et vous changerez le monde ».

Au ministère de l’Éducation à Addis-Abeba, le Dr Solomon Benor Belay, directeur général de la recherche et de l’engagement communautaire, a déclaré que les laboratoires scientifiques pratiques de STEMpower étaient « une percée » pour le pays.

Chaque centre abrite des laboratoires pour l’enseignement des sciences fondamentales, des ordinateurs et des cartes électroniques, des imprimantes 3D et des kits de robotique. Afin d’accroître la portée du centre, l’organisation a lancé cette année un projet pilote de laboratoire STEM mobile à partir de son centre de Bishoftu, qui dessert une quinzaine d’écoles dans un rayon de 50 kilomètres.

« Nous n’avions rien avant l’arrivée des STEM en Éthiopie et les écoles ne pouvaient faire que de simples expériences pratiques de chimie ou de biologie », a déclaré Belay, du ministère de l’Education, professeur associé à l’Université des sciences et de la technologie d’Addis-Abeba.

Accueillant le ToI avec un café éthiopien bien corsé, le natif de Gondar nous a expliqué qu’il avait passé cinq mois en Israël pendant qu’il préparait sa maîtrise. Il a étudié à Rehovot et a déclaré qu’il se sentait chez lui parmi les immigrés éthiopiens du pays.

Fenet Gossa et Kalkidan Eshteu travaillent sur leur projet d’enregistrement EZ au centre STEMpower de Foka à Bishoftu, en Éthiopie, en juillet 2023. (Crédit : Autorisation)

Selon Belay, le ministère espère continuer sa collaboration avec STEMpower sur un cadre national afin de créer un programme de formation standardisé pour tous les facilitateurs dans les dizaines de centres répartis dans tout le pays.

« La contribution de STEMpower est vraiment essentielle », a affirmé Belay.

Un étudiant en informatique, mais pas d’ordinateur

À la mi-juillet, un centre flambant neuf situé dans une université ougandaise a reçu pour la première fois la visite du PDG de STEMpower Inc. Edwin Kumfa. Une fois les salutations officielles échangées, nous avons pu constater, en franchissant la porte du laboratoire, que les étudiants dont nous avions interrompu le travail étaient impatients de retourner à leurs terminaux d’ordinateurs.

Kumfa explique que ces centres comblent une énorme lacune dans de nombreuses universités, où des centaines d’étudiants en informatique sont contraints d’apprendre la programmation sur papier parce qu’ils n’ont pas accès à un ordinateur. Grâce aux centres, ils disposent aujourd’hui de terminaux leur permettant de mettre à jour et de visualiser leur travail de programmation théorique. De même, les étudiants en ingénierie peuvent utiliser des cartes électroniques et des kits de robotique.

Edwin Kumfa, PDG de STEMpower, en Ouganda, juillet 2023. (Crédit : Sharon Amali)

Doté d’un sens de l’humour développé et de connaissances encyclopédiques, Edwin Kumfa, né au Cameroun, a fait visiter au Times of Israel les anciens centres STEMpower en Éthiopie et les nouveaux laboratoires récemment inaugurés en Ouganda lors d’une semaine très mouvementée.

Conduisant dans une circulation dense tout en distribuant quelques billets aux mendiants, Kumfa nous explique que la plupart des centres sont rattachés à des universités, qui finissent par prendre en charge la gestion quotidienne des sites dans le cadre du mandat d’intégration communautaire de ces institutions. L’objectif étant d’amener les communautés scientifiques à former la prochaine génération de leur pays.

Les salles du centre Bishoftu sont décorées de portraits de scientifiques renommés, et notamment de scientifiques africains célèbres, tous peints par le même artiste local. Lors de la visite du Times of Israel, c’était les vacances d’été, mais des dizaines d’adolescents s’affairaient dans l’enceinte alimentée par l’énergie solaire, certains profitant de l’occasion pour apprendre gratuitement les sciences exactes.

Eyob Aychew Teffera, directeur du centre STEMpower dans le quartier de Foka, Bishoftu, s’adresse aux élèves, juillet 2023. (Crédit : Autorisation)

Le directeur du centre STEMpower de Foka, Eyob Aychew Teffera, a confié au Times of Israel que chaque année, quelque 300 élèves participaient aux programmes de son centre et qu’une vingtaine de projets étaient présentés à la foire scientifique, qui a lieu chaque année la semaine du 10 novembre, à l’occasion de la Journée mondiale de la science au service de la paix et du développement proclamée par les Nations unies.

Le taximètre original et une série d’autres inventions inspirées par les besoins locaux, qui ont été présentés au Times of Israel, faisaient partie des projets soumis à la foire de l’année dernière. Avant l’événement, des équipes de scientifiques en herbe sont formées pour transformer leurs idées originales en réalité dans les centres STEM d’Éthiopie, aidés des laboratoires et des mentors des centres.

Parmi les autres projets figurent des jeux vidéo que le reporter a vraiment appréciés, un prototype d’interrupteur commandé depuis un téléphone qui contrôle la consommation d’énergie, des capteurs optiques pour des robots de tri de couleurs, des feuilles de présence activées par l’empreinte digitale et des imprimantes braille à domicile qui peuvent numériser et imprimer des documents tels que des ordonnances.

Bon nombre de ces projets avaient pour origine une histoire personnelle. L’imprimante braille a été inspirée par un enseignant aveugle ; le fauteuil roulant adapté aux escaliers que l’on peut voir dans un centre d’Addis-Abeba a été conçu par un étudiant dont un membre de la famille est handicapé.

Sur cette photo de novembre 2018, le philanthrope Mark Gelfand (au centre) s’entretient avec des diplômés de STEMpower qui ont reçu des bourses pour étudier en Israël au Technion de Haïfa. (Crédit : Autorisation)

Cette démarche s’inscrit dans la vision du fondateur Gelfand. « Les enfants trouvent toutes sortes de solutions dans ce qui les entoure. Ils inventent des dispositifs étonnants. Et ils résolvent ce qu’ils considèrent comme les problèmes de leur monde », a-t-il déclaré au Times of Israel lors d’un entretien avec Zoom en juin.

Les pays africains ne manquent pas de problèmes, depuis la pauvreté endémique jusqu’à l’inefficacité des infrastructures. Plusieurs universités – et un ministère – n’avaient pas d’eau courante quand nous avons visité le pays, en raison d’un programme de rationnement de l’eau sur plusieurs jours. Ils devaient se contenter d’eau en bouteille pour se laver les mains et d’eau infestée d’insectes puisée dans des barils pour « tirer » la chasse d’eau des toilettes.

Nous avons été surpris de constater que la campagne était luxuriante et verdoyante, mais que cette abondance en eau échappait aux ingénieurs. Les dirigeants d’aujourd’hui – probablement distraits par une guerre apparemment perpétuelle sur plusieurs fronts – ne semblent pas accorder la priorité à la disponibilité de l’eau potable. D’où l’urgence de promouvoir la science auprès des nouvelles générations.

La science, un nationalisme pragmatique

Les pluies quotidiennes du milieu de l’après-midi tombaient lorsque nous nous sommes garés dans une allée boueuse à côté d’un petit espace de travail en béton. Deux diplômés de STEMpower, Tilahun Adi et Biniam Dereie, attendaient pour nous présenter leur nouveau logiciel, qui fait fonctionner un prototype de machine à commande numérique par ordinateur, ou CNC. Le logiciel s’appelle Jericho, en référence aux films Matrix plutôt qu’à la plus vieille ville du monde, et constitue une révolution et un cri d’indépendance.

Tilahun Adi et Biniam Dereie, développeurs d’un logiciel destiné à faire fonctionner un prototype de machine à commande numérique par ordinateur, Addis-Abeba, juillet 2023. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

L’équipe a expliqué que, jusqu’à présent, les Éthiopiens dépendaient des programmes chinois, qui impliquaient des accords de licence très lucratifs, pour faire fonctionner les machines qu’ils avaient rétro-conçues sur la base de modèles chinois. Une fois le programme Jericho perfectionné, ils pourront commercialiser leurs propres machines avec des logiciels locaux, ce qui permettra de réduire les prix et de renforcer la fierté nationale.

Cela fait cinq ans qu’ils travaillent sur ce projet, tout en essayant de surmonter des obstacles tels que l’instabilité de l’alimentation en électricité en Éthiopie, qui empêche la capacité du programme à envoyer des fichiers de mémoire. À chaque étape, ils augmentent la taille de la machine gérée par le programme, dans le but d’atteindre les normes industrielles. Les deux jeunes hommes avouent consacrer tout leur temps au projet, s’endormant souvent à côté de leur machine.

Biniam Dereie, développeur d’un logiciel destiné à faire fonctionner un prototype de machine à commande numérique par ordinateur qu’il a construit, Addis-Abeba, juillet 2023. (Crédit : Amanda Borschel-Dan/Times of Israel)

Ailleurs à Addis-Abeba, dans un autre endroit tout aussi boueux et pluvieux, nous visitons le « FabLab » de STEMpower, où l’organisation essaie de trouver le moyen de produire en masse les 20 différents kits éducatifs qu’elle espère envoyer dans les écoles pour permettre aux enseignants de démontrer, et pas seulement d’expliquer, les mécanismes de la physique.

L’entrepôt spacieux est jonché d’appareils rétro-conçus et de tentatives originales de créer des solutions éthiopiennes moins chères pour remplacer les équipements importés. En utilisant les imprimantes 3D du site pour créer la plupart de leurs modèles, l’équipe est encouragée à sortir des sentiers battus dans l’espoir de mettre les kits à la disposition des professeurs de sciences qui n’ont pas les moyens de démontrer des principes simples

Saphina Biira, vice-chancelière suppléante de l’université de Busitema, Tororo, Ouganda, juillet 2023. (Crédit : Sharon Amali)

STEMpower n’est pas une solution miracle. C’est une goutte d’eau dans un très grand seau de ressources nécessaires pour aider les Africains à résoudre leurs problèmes sociétaux. Mais même un navire peut être rempli goutte à goutte. Surtout si ce navire est soutenu de toutes parts.

À l’université ougandaise de Busitema, la Dr Saphina Biira, vice-chancelière suppléante, nous a attendus longtemps après la tombée de la nuit. Après un long voyage sur une interminable autoroute ougandaise à deux voies, nous sommes finalement arrivés avec plusieurs heures de retard sur l’horaire prévu. Une chorale d’église locale chantant non loin de là, a donné une bande-son appropriée à notre rencontre avec la charmante Biira.

« Nous avons maintenant de quoi donner à la communauté les moyens d’apprendre les sciences qui ne sont pas enseignées dans leurs écoles », a déclaré cette physicienne de formation. Avec bonhomie, elle a tenté de convaincre Kumfa qu’avec le succès de ce premier centre STEMpower, chaque campus de l’université devrait abriter le sien.

« Lorsque vous mangez un bon repas, vous en redemandez », dit-elle en plaisantant.

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