Avi Bluth aurait demandé aux extrémistes juifs de ne prévenir aucun autre officier avant d’entrer à Jéricho

Selon un journal, le chef du Commandement central de Tsahal aurait décrété une zone militaire fermée dans un village de Cisjordanie pour empêcher la visite de l'ex-Premier ministre Olmert

Le général de division Avi Bluth, chef du Commandement du Centre de l'armée israélienne, observant des Palestiniens franchissant le poste de contrôle de Qalandia afin d'assister aux prières du ramadan à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 20 février 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le chef du Commandement central de l’armée israélienne, le général de division Avi Bluth, avait été informé à l’avance d’un projet des partisans israéliens du mouvement pro-implantations d’entrer illégalement dans huit habitations situées à la périphérie de la ville palestinienne de Jéricho, a révélé vendredi un journal israélien. L’armée avait auparavant affirmé que cette action des militants pro-implantations n’avait pas fait l’objet d’une coordination.

Citant des sources des services de sécurité proches du dossier, le quotidien Haaretz a indiqué que Bluth avait même rencontré les résidents de cet avant-poste illégal avant leur entrée illicite à Jéricho mercredi, et qu’il leur avait donné pour consigne de n’informer les officiers supérieurs sous son commandement qu’une fois qu’ils se seraient installés dans leurs maisons palestiniennes.

Bluth aurait également parlé aux organisateurs de ce projet d’implantation à Jéricho, leur souhaitant bonne chance à la veille de leur entrée illégale.

Réagissant à cet article, l’armée israélienne a affirmé que les allégations portées contre Bluth étaient fausses, mais n’a fourni aucune précision.

Les partisans du mouvement pro-implantations ont soutenu qu’ils avaient légalement acquis ces logements. Mais le quartier palestinien dans lequel ils se trouvent est construit sur des terres appartenant à l’État ; il n’y a donc aucun propriétaire privé auprès duquel ces habitations auraient pu être achetées.

L’intrusion des partisans du mouvement pro-implantations a contraint l’armée israélienne à mobiliser trois sections, afin d’assurer leur protection.

Selon la Seizième chaîne, outre Bluth, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israel Katz auraient également été alertés à l’avance. Ils n’auraient pourtant rien fait pour empêcher les partisans du mouvement pro-implantations d’agir.

La ministre chargée des implantations, Orit Strouk, a quant à elle rendu visite aux nouveaux occupants depuis leur emménagement dans les logements.

Des militants israéliens du mouvement pro-implantations établissent un avant-poste dans la ville palestinienne de Jéricho, le 4 novembre 2026. (Conseil régional de Binyamin)

Des organisations de défense des droits de l’Homme ont rapporté que certains Palestiniens du quartier avaient pris la fuite, craignant les violences des résidents d’implantations nouvellement installés.

« Nous avons le sentiment que quelque chose est sur le point de se produire et que quelqu’un tente d’envenimer la situation sur le terrain », a confié un haut responsable de l’armée israélienne au quotidien Haaretz.

Le journal a par ailleurs rapporté que Bluth avait approuvé un arrêté transformant une partie des environs du village de Burin, en Cisjordanie, en zone militaire fermée. L’objectif était d’empêcher l’ancien Premier ministre Ehud Olmert de se rendre sur les lieux où des Palestiniens ont été la cible d’attaques répétées de la part d’extrémistes juifs.

Olmert devait accompagner une délégation d’anciens hauts responsables israéliens en visite dans le centre de la Cisjordanie dans les jours à venir.

Sa présence aurait nécessité la protection de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet.

Plus tôt dans la journée de vendredi, Olmert a accusé Bluth de « faciliter de fait le terrorisme juif », ajoutant que les agissements du chef du Commandement central « sont en totale contradiction avec les obligations professionnelles qui lui incombent et avec son statut d’autorité souveraine de l’État d’Israël dans les territoires ».

« Je n’ai pas pris, depuis plusieurs dizaines d’années, de position personnelle aussi sévère à l’encontre d’un général de l’armée, mais je ne peux plus me taire, je ne peux pas fermer les yeux, je ne peux pas ignorer ce que je vois », a indiqué Olmert à la radio publique Kan.

L’armée israélienne a répondu en dénonçant dans un communiqué les allégations d’Olmert, affirmant que prétendre que Bluth « apporte son aide au terrorisme » est « grave, inadmissible et déconnecté de la réalité ».

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert lors d’un entretien accordé à l’Associated Press, dans son bureau à Tel Aviv, en Israël, le 22 mai 2025. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

La violence des résidents d’implantations a connu une forte augmentation ces derniers mois, avec des attaques et des actes de harcèlement quotidiens. Rares sont pourtant les auteurs poursuivis ou condamnés. Ces attaques, dont certaines ont visé des diplomates ou des journalistes, ont provoqué une véritable vague d’indignation au niveau international.

Aux premières heures de la matinée de samedi, des résidents d’implantations israéliens ont été filmés en train de passer à tabac un Palestinien pendant une attaque nocturne qui visait un hameau de la région de Masafer Yatta, au sud de la Cisjordanie.

Selon les médias palestiniens, l’homme que l’on voit se faire agresser dans la vidéo a perdu connaissance.

Aucune arrestation n’a été signalée. L’armée israélienne n’a pas encore commenté les faits.

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