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Gila Hammer, au centre, avec sa mère Gabi à gauche et son père Shalom à droite (Crédit : autorisation de Shalom Hammer)
Gila Hammer, au centre, avec sa mère Gabi à gauche et son père Shalom à droite (Crédit : autorisation de Shalom Hammer)

Bouleversé par la perte de sa fille, un rabbin sensibilise à la prévention du suicide

Après le suicide de Gila, 18 ans, suite à une agression sexuelle, Shalom Hammer a décidé d’agir ; mardi il proposera des mesures de prévention à la Knesset

Le moment reste gravé dans la mémoire de Shalom Hammer. Alors qu’ils arrivaient à l’hôpital, sa femme Gabi lui a dit : « Accroche-toi, car je te dis, Gila n’est plus en vie et on va nous demander si nous voulons faire don de ses organes. »

Les propos de la mère de Gila n’étaient pas fondés sur des informations mais plutôt sur son intuition de mère de la jeune fille de 18 ans, qui souffrait de graves problèmes de santé mentale depuis son agression sexuelle survenue deux ans plus tôt. Elle avait, hélas, raison : Gila s’était suicidée.

Très vite, Hammer a vécu avec « un sentiment constant de dévastation ». Il a décidé de mettre à profit ses compétences de rabbin et de pédagogue pour sensibiliser à la prévention du suicide. Des écoles aux prisons, des bases militaires aux synagogues, il enchaîne les conférences et les ateliers.

Israélien d’origine américaine, il fait ses présentations en anglais et en hébreu, tout comme Gabi, d’origine britannique, qui participe occasionnellement à certains événements. Hammer prononce en moyenne 300 discours par an.

Trois ans plus tard, il mène une lutte sans relâche pour la santé mentale et la sensibilisation au suicide. Mardi, il demandera à la Knesset d’adopter des mesures qui, selon lui, pourraient éviter de nombreuses tragédies comme celle de Gila.

« J’ai commencé à parler trois jours après la shiva [période de deuil], et cela a fait boule de neige car j’ai réalisé que le besoin était énorme », a-t-il déclaré au Times of Israel dans une interview émouvante d’une heure. « Les gens ont besoin d’entendre parler des membres de la famille, et dire clairement, et sans euphémisme, ‘Mon proche s’est suicidé’, et discuter du sujet. »

Il est hanté par la facilité avec laquelle, même les professionnels de la santé mentale, peuvent rater certains signes ou ne pas prendre les mesures adéquates lorsqu’un adolescent est sérieusement à risque. « Gila a consulté son psychiatre le jour de sa mort », raconte-t-il. « Gila allait très, très mal, mais le psychiatre l’a renvoyée chez elle en bus toute seule et ne nous a jamais contactés. »

« Elle n’a pas, à notre connaissance, abordé le sujet du suicide avec Gila ou avec nous, et c’est une erreur, car si certaines personnes estiment que le sujet doit être évité car il peut ‘donner des idées’ aux gens, c’est, en réalité, tout le contraire qui est vrai – en parler peut contribuer à éviter le pire.  »

Gila Hammer (Crédit : Autorisation de Shalom Hammer)

Et c’est là l’essentiel du travail de Hammer, qui opère désormais sous l’égide de l’association à but non lucratif Gila’s Way : il veut ouvrir davantage le débat sur le suicide. « Certaines personnes évitent encore le mot, tout comme autrefois nous essayions d’éviter de prononcer le mot ‘cancer’, ce qui n’a aucun sens », a-t-il déclaré.

« J’utilise constamment le mot suicide – il faut l’utiliser. Ce n’est qu’à ce moment-là que les gens commencent à le comprendre et à se rendre compte que nous parlons de quelque chose qui n’est pas un défaut de la personne, mais plutôt un symptôme de maladie mentale. Et que beaucoup, beaucoup de gens y pensent. »

Les quatre propositions que Hammer présentera mardi aux législateurs vont toutes dans le sens de ce message. La première sera un appel à tous les établissements psychiatriques pour qu’ils apposent des affiches dressant la liste des signaux indiquant qu’une personne présente un risque élevé de commettre un suicide, et qu’ils en offrent des copies aux soignants. La deuxième proposition portera sur des panneaux publicitaires expliquant à la population qu’il est « normal de ne pas aller bien » et affichant les coordonnées des lignes d’assistance téléphonique en matière de santé mentale, ainsi que sur le financement de panneaux publicitaires destinés au recrutement de bénévoles pour ces lignes d’assistance.

J’utilise constamment le mot suicide – il faut l’utiliser. Ce n’est qu’à ce moment-là que les gens commencent à le comprendre et à se rendre compte que nous parlons de quelque chose qui n’est pas un défaut de la personne, mais plutôt un symptôme de maladie mentale

La troisième proposition consiste à organiser des séminaires de prévention du suicide dans les écoles, les centres de jeunesse, l’armée et les académies prémilitaires, où, selon Hammer, se trouvent les groupes d’âge les plus vulnérables.

Et la quatrième proposition innovatrice consiste à demander aux institutions gouvernementales et les écoles d’inviter, les 10 septembre de chaque année, à l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, membre d’une famille endeuillée par le suicide à prendre la parole.

Lorsque les gens entendent Hammer, un rabbin orthodoxe, parler du suicide, ils posent souvent des questions sur la définition traditionnelle du suicide comme une violation de la loi juive, et sur la pratique associée consistant à enterrer les personnes décédées par suicide dans une section séparée du cimetière. Sa réponse est simple : Ces traditions sont le fruit de l’ignorance.

« Les rabbins d’autrefois n’avaient aucune notion de la santé mentale », dit-il. « Ils n’étaient pas aussi instruits dans ce domaine que nous le sommes de nos jours. Nous savons aujourd’hui que la majorité des personnes qui se suicident ne le font pas parce qu’elles veulent mourir. Ils sont juste plongés dans un profond et sombre désespoir, surtout les enfants. Ils ne savent pas quoi faire d’eux-mêmes. Ils veulent continuer à vivre mais ne savent pas comment le faire avec leur douleur intérieure, ce qui les pousse à explorer la voie du suicide. »

Gabi Hammer (à gauche) et Shalom Hammer tenant un mémorial pour leur défunte fille Gila (Crédit : Autorisation de Shalom Hammer)

« Et donc non, aujourd’hui les personnes qui meurent en se suicidant ne sont pas enterrées à l’extérieur des limites du cimetière. Ils ne sont pas exclus. Ils meurent d’une maladie, une maladie mentale, comme n’importe qui d’autre, à Dieu ne plaise, meurt d’une maladie ordinaire, d’une maladie physique. »

Cette approche contemporaine du suicide doit également inspirer le langage que nous utilisons pour en discuter, ajoute-t-il. Le verbe « commettre » n’est plus utilisé en rapport avec le suicide, car il est généralement réservé aux crimes.

Dans le cas de Gila, et comme c’est le cas de nombreux suicides d’adolescents, c’est un traumatisme qui a initialement provoqué un effondrement de sa santé mentale. Elle avait 16 ans, c’était « une enfant superbe, leader de ses pairs et une fille espiègle qui adorait rire », lorsque tout a basculé.

« Gila était à une fête de Pourim avec un groupe d’amis, et un jeune homme qu’elle ne connaissait pas vraiment l’a enfermée dans une pièce et l’a agressée pendant assez longtemps », a expliqué Hammer.

« En tant que parents, nous avons réalisé par la suite que quelque chose n’allait pas. Au début, vous pensez que le changement de comportement de votre adolescent est simplement dû à sa rébellion. Puis, au bout d’un an environ, la situation a dégénéré. Elle a raconté à deux de ses frères et sœurs ce qui s’était passé, elle l’a écrit dans son journal intime, avant de finalement nous le dire, à nous, ses parents. »

Nous devons comprendre qu’il existe un problème en Israël, qui vient de l’énorme responsabilité que l’on fait porter aux adolescents

Il aurait souhaité avoir entendu la vérité plus rapidement, ce qui lui aurait permis d’obtenir une aide professionnelle plus tôt. Selon lui, la culture israélienne encourage les adolescents à agir avec beaucoup de maturité, parfois trop, ce qui a empêché les adultes de se rendre compte du traumatisme profond subi par Gila.

« Ses amis adolescents n’ont pas jugé nécessaire de raconter aux adultes ce qui s’était passé », a-t-il déclaré. « Je tiens à préciser que je n’ai rien à leur reprocher – ils ont agi exactement comme notre société s’y attend. Mais nous devons comprendre qu’il existe un problème en Israël, qui vient de l’énorme responsabilité que l’on fait porter aux adolescents.

« Ils ne voulaient pas trahir la confiance que Gila avait placée en eux en parlant de l’agression. On dit à nos adolescents qu’ils sont capables de triompher de situations insurmontables, qu’ils sont capables de conquérir le monde et de franchir un grand immeuble d’un seul bond. Et le problème, c’est que nous oublions de rappeler à nos jeunes qu’il y a des limites à ce que l’on peut gérer en tant qu’adolescent, et qu’il est parfois nécessaire de faire appel à des adultes. »

Shalom Hammer avec sa fille Gila (Crédit : Autorisation de Shalom Hammer)

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait que le public retienne de son discours, il répond : « La majorité des personnes qui se suicident ne veulent pas mourir. Ce qui signifie que si nous arrivons à  les aider à apercevoir une lumière, une lueur d’espoir, une raison de continuer, nous avons le potentiel de sauver des vies. »

« Ensuite, il est très important que nous soyons conscients de notre environnement et que nous sachions poser des questions aux gens quand nous remarquons qu’ils ont l’air un peu différents. En posant la question ‘Comment vas-tu aujourd’hui ?’. Ou : ‘J’ai remarqué que dernièrement tu avais l’air abattu, comment puis-je t’aider ?’. Ou encore : ‘On dirait que tu as eu des difficultés ces derniers temps’. Ces affirmations et ces questions peuvent faire la différence et sauver la vie d’une personne, car vous lui lancez une bouée de sauvetage ou il est écrit : ‘tu comptes pour moi' ».

Il souhaiterait que les gens apprennent à mieux interpréter les signes de risque de suicide et qu’ils réalisent que les adolescents n’expriment pas toujours leurs idées suicidaires.

« Le problème de Gila, comme c’est le cas pour de nombreux adolescents, c’est qu’elle a eu beaucoup de mal à s’exprimer », a-t-il déclaré. « Et donc ce qui arrive avec quelqu’un qui souffre de troubles psychologiques, c’est qu’il va généralement s’exprimer par d’autres moyens. Et ces autres moyens de s’exprimer sont ceux que nous devons apprendre à reconnaître.

« Par exemple, l’automutilation, l’isolation sociale, dépendre fortement de son téléphone pour se faire des amis, ce qui ne fonctionne bien évidemment pas. Il peut y avoir des sentiments de culpabilité ou des expressions de culpabilité. Ce sont des comportements qui se résument à un cri de détresse : ‘Je n’arrive pas à fonctionner dans le monde qui m’entoure, essayez de me sauver et de m’amener à un meilleur endroit où je pourrai retrouver ce monde auquel j’aspire' ».

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Vous trouverez des informations sur Gila’s Way à l’adresse www.gilasway.com. Les lecteurs d’Israël qui ont été affectés par les questions soulevées dans cet article doivent savoir que tous les prestataires de soins de santé offrent une gamme de services liés à la santé mentale, de même que diverses organisations à but non lucratif, dont Eran, l’organisation dédiée aux « premiers secours émotionnels ».

Les détails de la ligne d’assistance téléphonique d’Eran se trouvent ici.

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