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Le sénateur républicain de l'Alabama  Tommy Tuberville discute avec Heather Johnston et Ari Sacher dans son bureau de Washington en 2021. (Autorisation)
Le sénateur républicain de l'Alabama Tommy Tuberville discute avec Heather Johnston et Ari Sacher dans son bureau de Washington en 2021. (Autorisation)

Ce groupe chrétien qui tisse discrètement les liens entre Israël et les États-Unis

Après avoir amené les leaders de la Chambre en Cisjordanie et avoir garanti des financements de défense, l’USIEA a de nouvelles ambitions pour les pays des Accords d’Abraham

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Ce sont d’importantes organisations disposant de ressources conséquentes, comme le lobby pro-israélien AIPAC ou le groupe évangélique CUFI (Christians United for Israel) qui viennent généralement à l’esprit à l’évocation des entités qui ont aidé, et aident encore, à tisser les liens unissant les États-Unis à Israël.

Mais une petite organisation fièrement confessionnelle dont le siège se trouve à Birmingham, dans l’Alabama, semble influencer de plus en plus les questions qui se trouvent au cœur de la relation entre les États-Unis et Israël.

Au cours de la dernière décennie, l’USIEA (United States-Israel Education Association) a fait venir d’éminentes personnalités du Congrès américain dans les implantations situées dans les profondeurs de la Cisjordanie et a travaillé aux côtés de ces mêmes législateurs de manière à garantir l’octroi de centaines de millions de dollars de financement en soutien au système anti-missile du Dôme de fer. Cette petite organisation a aussi œuvré à développer les liens entre les communautés d’affaires israélienne et palestinienne.

« Les voyages en Israël organisés par l’USIEA permettent aux députés qui y prennent part de comprendre en profondeur la complexité des difficultés affrontées par Israël et de mieux appréhender la manière dont nos pays peuvent travailler ensemble », avait écrit l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un courrier écrit à l’organisation en 2014. « Ce faisant, l’USIEA aide à renforcer les liens que nous partageons ».

Avec ses partenaires au Capitole, l’USIEA revoit à la hausse ses ambitions – le groupe développe un projet stratégique dont l’objectif est de faire des nations des Accords d’Abraham une alternative à la Chine en ce qui concerne les chaînes d’approvisionnement des États-Unis dans les secteurs pharmaceutique et des sciences de la vie.

D’Ariel à Arrow 3

Heather Johnston, native de l’Alabama, avait rencontré le maire d’Ariel, Ron Nachman, en 1987 alors qu’elle faisait un voyage privé en compagnie de son mari, Bruce, au sein de l’État juif. Des immigrants russophones s’installaient alors par milliers dans cette implantation située dans le nord de la Cisjordanie, et le nombre de ses habitants avait pratiquement doublé à ce moment-là.

Nachman et Johnston s’étaient immédiatement entendus et cette dernière, une fervente chrétienne qui dirigeait un ranch dans les montagnes du nord de la Californie, avait utilisé son réseau pour aider Ariel à gérer cet afflux de nouveaux résidents – achetant notamment des ordinateurs pour les écoles et créant une station de radio dans la ville. Tous deux avaient également initié un programme d’échange pour les jeunes, les lycéens d’Ariel passant du temps au JH Ranch de Johnston et les étudiants américains partant à Ariel pour y passer Hanoukka.

Point d’orgue de ces échanges, Johnston avait construit un centre de leadership à Ariel, sur le modèle de ce qu’elle proposait elle-même dans les programmes d’activités de son ranch. Et ainsi, depuis 2010, le Centre national de leadership a mis en place des formations basées sur l’expérience à travers « les valeurs de l’éthique biblique »; des programmes auxquels ont participé plus de 65 000 Israéliens jusqu’à présent – notamment des militaires, des policiers, des étudiants et des membres de groupes institutionnels.

Vue sur l’implantation d’Ariel en Cisjordanie, le 28 janvier 2020. (AP Photo/Ariel Schalit)

Et plus elle a passé de temps à Ariel et dans les communautés environnantes, plus Johnston a réalisé qu’il y avait toute une dimension de l’Histoire d’Israël et des relations entre l’État juif et les Palestiniens qui ne parvenait pas jusqu’aux décisionnaires, aux États-Unis. Les délégations du Congrès, avait-elle noté, n’allaient pas dans des implantations comme Ariel.

« Il faut pouvoir voir beaucoup de choses », explique Johnston au Times of Israel lors d’un entretien récent sur Zoom. « Il faut voir les gels de construction aller et venir… Ce n’était pas difficile de constater, à ce moment-là, que le Congrès ne voyait pas réellement vivre les communautés juives. »

« Si les États-Unis doivent intervenir comme médiateurs de la paix au Moyen-Orient, qu’ils veulent être à l’intérieur du conflit, il faut très certainement que le Congrès comprenne ce qu’est la réalité du narratif – et c’est là que nous intervenons », continue-t-elle.

L’aile de sensibilisation et d’éducation de l’AIPAC organise des visites pour les membres du Congrès des deux partis qui viennent tout juste d’être élus – un déplacement qui est devenu un rite de passage pour les nouveaux députés. Johnston a conclu un accord informel avec le directeur de l’AIPAC, Howard Kohr, déterminant que les délégations de l’USIEA seraient plutôt constituées, de leur côté, des responsables du Congrès vétérans.

Les secteurs géographiques dans lesquels les deux organisations se déplacent, en Israël, sont également différents. Si les visites de l’AIPAC ont récemment inclus des entretiens sur les implantations avec des personnalités comme le maire d’Efrat, Oded Revivi, et des voyages occasionnels dans les profondeurs de la Cisjordanie, la vaste majorité des visites restent dans les frontières de la Ligne verte. Avec l’USIEA, les législateurs américains entrent en contact avec des communautés comme Hébron et Shiloh.

Tout a commencé en 2011, quand le nouveau président républicain de la Chambre, Eric Cantor, avait cherché à mettre en place un voyage en Israël pour permettre à d’éminentes personnalités du Congrès d’appréhender la situation sur le terrain de manière plus profonde.

Eric Cantor, ancien leader de la majorité au congrès, lors d’un discours prononcé au Virginia Military Institute, le 17 février 2014. (Crédit : Autorisation House Majority Leader/JTA)

« Nous avons uni nos efforts et il a trouvé tous les participants » pour le voyage, dit Johnston.

Au mois de novembre 2011, l’USIEA, tout juste créée, avait fait partir en Israël sa toute première délégation qui réunissait des présidents des sous-commissions des services de l’armée de la Chambre. Aucun de ces députés ne s’était rendu auparavant en Cisjordanie.

A l’époque, aucun responsable du gouvernement américain n’avait obtenu l’autorisation de la part d’Israël de seulement apercevoir le système anti-missile du Dôme de fer, qui avait été déclaré opérationnel au mois de mars, cette année-là. Johnston raconte avoir demandé à l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu de permettre à la délégation d’y avoir accès lors d’une rencontre du chef de gouvernement avec cette dernière.

« Il a accepté, et le jour suivant, nous sommes allés voir une installation du Dôme de fer – les membres étaient absolument époustouflés », se souvient-elle. « Ils ne pouvaient pas y croire. Et de mon côté, je ne pouvais pas me sortir de la tête ce verset d’Ésaïe : ‘Les fils de l’étranger rebâtiront tes murs, Et leurs rois seront tes serviteurs’. »

Le groupe s’était rendu sur une base aux abords d’Ashkelon pour voir une batterie du système israélien du Dôme de fer. Ils avaient eu droit à une présentation d’Ari Sacher, scientifique spécialisé dans les roquettes et l’un des principaux ingénieurs ayant travaillé sur le système anti-missile israélien au sein de Rafael Advanced Defense Systems, dont le style informel les avait délectés.

« Cela s’était très, très bien passé », se souvient Sacher. « J’avais essayé de rendre cette visite divertissante ».

L’un des membres, Doug Lamborn, avait été tellement enthousiaste qu’il avait demandé à Sacher une miniature du Dôme de fer pour son bureau.

Un soldat à côté d’une batterie du Dôme de fer à Asheklon lors des deux minutes de silence en hommage aux soldats tombés au combat et aux victimes du terrorisme à Yom Hazikaron, en 2011. (Crédit : Edi Israel/Flash90)

Les députés américains étaient retournés à Washington et avec 54 de leurs collègues, ils avaient préparé un plan prévoyant une augmentation drastique du soutien américain au déploiement et au développement du Dôme de fer. Le président Barack Obama avait d’ores et déjà demandé au Congrès 205 millions de dollars de financement dans le budget de 2011 et il avait débloqué la somme supplémentaire de 70 millions de dollars l’année suivante.

Johnston et Sacher, qui avaient rapidement compris qu’ils avaient un point de vue commun sur de nombreuses questions, avaient alors commencé ce qui devait s’avérer être un partenariat durable. Alors que les membres de la Chambre travaillaient sur leur législation, Johnston avait organisé au capitole des interventions de Sacher consacrées au Dôme de fer.

« J’avais déjà vu se dérouler de nombreux déplacements en Israël. Celui-là avait été de loin le meilleur », dit-elle.

Au mois de mai 2022, le plan des législateurs – avec l’aide des efforts livrés par l’AIPAC – avait vu le jour avec La Loi d’autorisation de défense nationale (National Defense Authorization Act) de 2013, qui comprenait une enveloppe de 680 millions de dollars pour « l’achat de batteries et d’intercepteurs supplémentaires et pour les opérations et les dépenses nécessaires de maintien en service », pour les années fiscales 2012 à 2015.

L’USIEA se sera toujours activement impliquée pour faire découvrir à ses membres les systèmes de défense antimissiles. Les participants au voyage de 2014 avaient ainsi pu voir le système de la Fronde de David – conçu pour intercepter des missiles de moyenne portée – et ils avaient travaillé sur une législation prévoyant le financement d’autres avancées techniques du système. Au mois d’avril 2015, un projet de loi avait été présenté à la chambre, autorisant le déblocage de 268 millions de dollars pour la recherche et le développement du système ainsi que pour son achat. La Fronde de David avait été créée pour intercepter les missiles provenant de plus de 290 kilomètres.

Dans la délégation de 2017 se trouvait Mac Thornberry, membre républicaine du Congrès représentant le Texas, qui était alors présidente de la puissante Commission des services armés de la chambre – et qui, après avoir découvert le système anti-missile balistique Arrow 2, en était devenu une fervente partisane.

Lors de la visite suivante, en 2019, les participants avaient pu voir de près le système Arrow 3.

Susan Rice, alors conseillère nationale à la sécurité des Etats-Unis, devant les missiles Arrow 2 à la base Palmachim de l’armée de l’air israélienne, le 9 mai 2014. Illustration. (Crédit : Hadas Parush/Flash 90)

En plus du financement continu pour les activités de recherche & développement, une réussite déterminante des voyages organisés par l’USIEA avait été le financement, en juillet 2019, de l’Organisation israélienne de défense anti-missile conjointe et les essais, en Alaska, du système Arrow 3 par l’Agence de défense antimissile américaine, afin de tester des capacités qui ne pouvaient pas être examinées en Israël.

En tout, ce sont cinq délégations qui sont venues au sein de l’État juif par l’intermédiaire de l’USIEA – deux visites récentes ayant été annulées pour cause de pandémie de COVID-19. Le prochain voyage devrait avoir lieu cette année.

Un nouveau paradigme

Au-delà de la défense antimissile, les délégations de l’USIEA ont également été en Cisjordanie pour mieux comprendre le potentiel économique de la coopération israélo-palestinienne dans cette région disputée.

« Ils ont pu voir et comprendre que Palestiniens et Israéliens travaillent ensemble », commente Johnston. « Ils ont vu des villes juives, pas des implantations – en d’autres mots, des grosses villes et ils ont pu comprendre les choses de manière différente. Ils ont vu l’université d’Ariel, ils ont vu des Palestiniens travailler en Israël dans des parcs industriels. C’était un nouveau paradigme à ce moment-là ».

Une visite de membres du congrès à l’entrée du tombeau des patriarches en 2019. De gauche à droite : Le général Charles Krulak, Corene McMorris, Olivia Hnat Shields, qui travaille pour le représentant McMorris Rodgers, la représentante Cathy McMorris Rodgers, Chad Carlough, qui travaille pour le représentants Byrne, Clarinda Roe, le représentant Phil Roe, le représentant Bradley Byrne, les représentants Ann Wagner, Ray Wagner, Heather Johnston, Julie Escue (directrice des voyages de l’USIEA) Director , Ari Sacher, Rabbi Simcha Hochbaum (Autorisation)

En 2019, Johnston avait amené quatre membres républicains de la chambre à Hébron, un pôle économique palestinien, pour la toute première fois et ces derniers avaient pu ainsi rencontrer la communauté d’affaires locale. Ils avaient été accueillis au domicile de Sheikh Ashraf Jabari, un homme d’affaires qui prône très ouvertement la coopération économique israélo-palestinienne, défiant en cela l’Autorité palestinienne (AP).

L’organisation a également cherché à convaincre les législateurs que les centaines de millions de dollars américains donnés à l’AP sans supervision appropriée étaient utilisés pour inciter les Palestiniens à commettre des actes terroristes contre les Israéliens, et à punir les Palestiniens en quête de coexistence.

Les efforts livrés par l’USIEA avaient concordé avec ceux de l’administration Trump, qui avait révélé un plan de perspective économique de 50 milliards de dollars pour les Palestiniens en marge de la conférence de « Prospérité pour la paix » qui avait été organisée à Bahreïn, en 2019.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, cinquième à partir de la gauche, et le prince héritier de Bahreïn Salman bin Hamad Al Khalifa, sixième à partir de la gauche, écoutent le conseiller principal de la Maison Blanche Jared Kushner, debout, lors de la session d’ouverture de l’atelier « De la paix à la prospérité » à Manama, Bahreïn, le 25 juin 2019. (Agence de presse du Bahreïn via AP)

Tandis que ce plan de Trump marquait ostensiblement une étape sur le chemin de la création d’un éventuel État palestinien sur la plus grande partie du territoire de la Cisjordanie, pour l’USIEA, la prospérité économique pour les Palestiniens était une raison de conserver une forme ou une autre de contrôle israélien dans la région.

« Les voyages ont permis de mieux appréhender pourquoi il fallait que la Judée-Samarie reste placée sous l’autorité d’Israël », note Johnston. « De mieux comprendre que les Palestiniens prospèrent quand ils font des affaires commerciales avec Israël ».

Avec la chambre de commerce et d’industrie de Judée-Samarie, l’USIEA avait organisé le premier forum économique international israélo-palestinien au mois de février 2019 auquel le sénateur de l’Oklahoma, James Lankford, et l’envoyé américain en Israël David Friedman avaient participé. Les fondateurs de la chambre de commerce – Jabari et Avi Zimmerman, un entrepreneur d’Ariel – avaient pu présenter leur vision de prospérité à plus de 500 participants.

Le forum s’est une nouvelle fois réuni – virtuellement – en 2020.

La même année, Zimmerman et Jabari avaient lancé la Table ronde commerciale intégrée, qui prône le développement commercial conjoint dans toute la Cisjordanie.

Il y a un an, le Congrès a approuvé la Loi de partenariat pour la paix au Moyen-Orient (MEPPA), qui a alloué 250 millions de dollars de financement sur cinq ans à des programmes de dialogue israélo-palestiniens et à des plans de développement commercial palestinien.

Et l’USIEA a jouté un rôle déterminant dans la mise en place de cette loi, précise Zimmerman. « Elle reflète un langage qui s’est introduit au sein du congrès grâce à nous. Elle reflète un langage qui s’est introduit au Congrès grâce à un voyage réalisé par les députés il y a quatre ans à Ariel ».

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, prend la parole devant le Forum économique international israélo-palestinien à Jérusalem, le 21 février 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Le message est que le narratif zéro gagnant est un mensonge », explique Zimmerman. « Ce qui est bon pour les Palestiniens n’est pas mauvais pour les Israéliens et ce qui est bon pour les Israéliens n’est pas mauvais pour les Palestiniens ».

Au mois de novembre, Johnston a été nommée par Richard Shelby, sénateur de l’Alabama, au conseil d’administration de la MEPPA.

« Il ressemblait à un rat noyé »

Même si l’organisation n’a jamais compté plus de dix employés et membres du conseil d’administration, des personnalités fascinantes se retrouvent au sein de l’USIEA. En plus de Zimmerman et Sacher – qui a pris un congé temporaire dans sa carrière chez Rafael pour devenir directeur du travail de sensibilisation à l’USIEA – Bruce Pearl, le coach de l’équipe masculine de basket à la Auburn University, a rejoint le conseil d’administration en 2021.

Le général Charles Krulak, haut-responsable à l’USIEA, a servi comme commandant de la 31è unité des marines de 1991 à 1995. Son père, le général juif des corps des marines Victor Krulak, décoré pour ses services, était tombé amoureux d’une chrétienne et Charles a été élevé dans le cadre de l’église épiscopalienne.

« Mais j’ai toujours gardé les Juifs et Israël dans mon cœur », dit-il au Times of Israel.

Jeune officier au Vietnam, il avait patrouillé dans les marécages aux côtés d’une icône israélienne.

En 1966, alors qu’il cherchait à se distinguer pour pouvoir réaliser son ambition d’être désigné ministre de la Défense, Moshe Dayan s’était envolé pour le Vietnam pour s’intégrer auprès des troupes américaines en tant que correspondant pour le journal Maariv. C’est ainsi qu’il avait rencontré Krulak.

Moshe Dayan au Vietnam avec le Major J. Thomas Pearlman, Sr. (Domaine public)

« J’ai été époustouflé avant tout par son caractère chaleureux et sincère… Et il avait beaucoup de belles choses à dire et beaucoup de choses qui m’ont touchées », raconte Krulak. « La manière dont il interagissait avec les jeunes soldats, c’était tout simplement stupéfiant ».

Et le jeune officier avait aussi eu l’occasion d’observer l’ancien chef d’État-major dans des situations compromettantes également. Au second jour de la patrouille, la compagnie avait traversé un ruisseau en sautant d’une pierre à l’autre – quand Dayan avait glissé et qu’il était tombé dans l’eau. « Il ressemblait à un rat noyé », s’esclaffe Krulak.

Il y a huit ans, alors qu’il était président du Birmingham-Southern College, un ami juif l’avait appelé, suggérant qu’il rencontre Johnston pour parler de sa nouvelle organisation. Les deux s’en étaient entretenus pendant deux heures et Krulak avait été conquis.

« On a parlé de ce qu’elle réussissait à faire avec cette organisation minuscule », se souvient-il. « Et je me suis dit : ‘Si on veut changer les choses dans la relation avec Israël et dans la relation avec le Moyen-Orient, c’est le moment de le faire’. »

Le général Charles Krulak. (Crédit : Domaine public)

Krulak estime que l’efficacité particulière de l’USIEA est entraînée par sa petite taille et par son agilité. « On entend parler de l’AIPAC, on entend parler de toutes les autres organisations, mais soudain, en arrière-plan, arrive cette petite organisation qui ne se contente pas de parler mais d’agir. »

« A la fin de chaque voyage », explique-t-il, « nous devons développer des pistes d’action auxquelles les membres souhaitent participer ».

Il est convaincu que les investissements américains massifs dans le Dôme de fer ont profité généreusement aux deux parties.

« C’est dans les deux sens – parce que manifestement, cela a aidé l’État d’Israël mais lorsque, par exemple, nous avons rencontré des difficultés avec la Corée du nord, nous avons examiné la capacité du Dôme de fer à soutenir nos initiatives en Corée du sud. Beaucoup de choses ont été engendrées par cette courte interaction qui avait eu lieu au mois de novembre. »

Le nearshoring stratégique

Suite à la pandémie de COVID-19, l’organisation travaille sur son projet le plus ambitieux jusqu’à présent : Le « nearshoring » de la chaîne d’approvisionnement américaine en termes de sciences de la vie et de fabrication de produits pharmaceutiques [le « nearshoring » est la délocalisation d’une production dans le même pays ou dans une nation avoisinante, NDLR].

« Il est devenu douloureusement évident, pendant la pandémie, que les Chinois avaient toute latitude de liberté de faire ce qu’ils voulaient et il y a eu une pénurie de dizaines de médicaments », explique Johnston. « Et aujourd’hui, la majorité des membres du Congrès comprennent bien qu’il faut que nous ramenions de Chine nos sciences de la vie, que nous les ramenions aux États-Unis ».

« Le problème, c’est qu’il y avait une raison de laisser à la Chine la production pharmaceutique. La raison était qu’il était devenu économiquement infaisable de la conserver aux États-Unis. »

L’USIEA entrevoit des opportunités dans l’expertise israélienne et émiratie dans les sciences de la vie et dans les coûts du travail moindres en Égypte et en Jordanie.

La société pharmaceutique israélienne TEVA Pharmaceutical Industries à Jérusalem le 6 août 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Cette initiative vient tout juste de débuter mais « des responsables de haut-rang dans les commissions concernées » travaillent dur pour mettre en place une loi qui permettra à ce projet de devenir réalité, selon l’organisation. Un obstacle majeur est le fait que la FDA (Food and Drug Administration) américaine a des bureaux à l’international – en Europe, en Inde, en Amérique latine et bien sûr, en Chine, mais qu’elle n’en a aucun au Moyen-Orient ou en Afrique du nord.

« Nous tentons de comprendre quel genre de texte de loi veut le Congrès », note Johnston, « en tentant de mieux déterminer tous les potentiels à exploiter. Ensuite, ils pourront déterminer ce qu’ils veulent faire et comment ».

« L’engagement israélien à poursuivre les recherches dans le secteur des sciences de la vie a été fondamental pour le secteur mondial de la santé – que ce soit concernant le développement du vaccin, la gestion des chaînes d’approvisionnement ou la coopération économique », déclare Henry Cuellar, membre démocrate du Congrès représentant le Texas, au Times of Israel. « Lorsque nous nous rétablirons de la pandémie de la COVID-19, je continuerai, pour ma part, à soutenir les organisations qui aideront à accélérer un retour à la normale. Israël joue un rôle déterminant là-dedans et je suis impatient de pouvoir continuer à travailler et à trouver des solutions aux côtés de l’USIEA. »

Le bénéfice du doute

Anticipant l’avenir de la relation entre les États-Unis et Israël à l’ère post-Netanyahu, Johnston se dit optimiste. Cela fait une décennie qu’elle connaît Bennett et elle a travaillé à ses côtés sur des projets, à Ariel, quand il était ministre de l’Éducation. Elle a le sentiment que le Premier ministre est aujourd’hui à la bonne place, au bon moment.

« J’apprécie Naftali », s’exclame-t-elle. « C’est évident que c’est une mission impressionnante de remplacer Netanyahu. Mais il fallait que Dieu estime, à un moment, qu’une nouvelle génération devait prendre la barre du pays ».

Johnston pense aussi que les liens entre les deux pays vont encore se renforcer sous l’administration Biden. « Elle est toujours présente pour Israël et elle travaille dur pour garantir que la relation bilatérale continuera à faire des progrès », explique-t-elle.

Et pourtant, elle prévoit encore certains obstacles à franchir, comme les actions qui pourront être entreprises par les progressistes à la chambre : « Je pense qu’ils vont chercher à faire des choses susceptibles de saper la relation entre les États-Unis et Israël. Ils veulent ôter toute légitimité à Israël dans le monde. Mais nous aurions tort de faire comme s’ils représentaient tout le parti démocrate parce que ce n’est absolument pas le cas ».

Elle espère également que les Israéliens, soupçonneux face aux motivations des chrétiens qui œuvrent à soutenir Israël et les juifs, baisseront la garde.

« Si je pouvais changer une seule chose, ce serait cela, qu’ils comprennent que la plus grande partie des sionistes chrétiens se concentrent sur la manière de construire la relation entre les États-Unis et Israël, et que c’est positif », dit-elle.

« L’idée que vous allez avoir des groupes de chrétiens affluer en Israël pour faire du prosélytisme est un peu dépassée », poursuit-elle. « Je pense qu’il serait formidable de donner aux chrétiens le bénéfice du doute avec cette génération. Elle est très pro-israélienne et elle veut voir fleurir la relation entre Israël et les États-Unis ».

Le président républicain de la chambre, Steve Scalise, explique au Times of Israel qu’il considère le rôle tenu par l’USIEA comme déterminant.

« Aujourd’hui plus que jamais, Israël a besoin de notre soutien », dit-il. « Alors que les graves menaces qui entourent Israël nous sont constamment rappelées, j’éprouve de la gratitude à l’égard d’organisations comme l’US-Israel Education Association, qui œuvre sans relâche à sensibiliser les membres du Congrès sur l’importance de l’alliance inébranlable entre les États-Unis et Israël ».

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