Israël en guerre - Jour 142

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Adele Raemer, survivante de l'assaut perpétré par le Hamas, le 7 octobre, qui habite au kibboutz Nirim. (Crédit : capture d'écran Facebook)
Adele Raemer, survivante de l'assaut perpétré par le Hamas, le 7 octobre, qui habite au kibboutz Nirim. (Crédit : capture d'écran Facebook)
TOI Podcast"Avant de pouvoir faire la paix, nous devons faire la guerre"

Ce qui compte maintenant pour Adele Raemer, survivante du 7 octobre : « Raconter au monde »

Cela fait 50 ans qu’elle vit au kibboutz Nirim, près de Gaza et si elle était malheureusement habituée aux attaques à la roquette, la pensée de terroristes entrant chez elle était « inconcevable »

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Ce podcast a été diffusé le 10 novembre 2023.

Bienvenue dans What Matters Now, le podcast hebdomadaire qui aborde une question clé pour Israël et le monde juif – en ce moment-même.

Personne n’a su à quoi s’attendre, le 7 octobre dans la matinée, lorsqu’un barrage de roquettes s’est abattu sur Israël. Mais les résidents qui vivent à proximité de la frontière avec Gaza depuis longtemps, endurcis par les guerres, ont immédiatement su que quelque chose était différent, cette fois-ci.

Ils n’avaient pourtant aucune idée de ce qui était sur le point d’arriver.

Adele Raemer vit au kibboutz Nirim depuis 1975. A seulement deux kilomètres de la frontière avec l’enclave côtière, le 7 octobre et dès le premier tir de roquettes, elle a organisé plusieurs sessions en direct sur Facebook. Ses posts publiés sur les réseaux sociaux, qui ont été recueillis sur un blog, montrent l’évolution en temps réel de la prise de conscience des Israéliens face à l’invasion brutale des hommes du Hamas.

Si Raemer et sa famille ont survécu, ce jour-là, à l’assaut, cinq Israéliens ont été assassinés au kibboutz Nirim, le 7 octobre, et cinq sont encore portés-disparus. Son gendre a abattu un terroriste.

Aujourd’hui, Raemer et les autres habitants du kibboutz Nirim sont logés pour une durée indéterminée dans un hôtel d’Eilat. Cette ancienne enseignante est une blogueuse du Times of Israel très appréciée – et un clown intervenant en milieu médical dont le nez rouge reste en permanence dans son sac. Elle a dorénavant donné une nouvelle mission à sa vie, celle de raconter au monde ce qui est arrivé le 7 octobre.

Cette semaine, dans Ce qui compte Maintenant, nous nous entretenons avec Adele Raemer, membre du kibboutz Nirim, des événements du 7 octobre et de la manière dont elle et les autres membres de sa communauté s’en sortent aujourd’hui.

L’entretien qui suit a été légèrement réexaminé à des fins de clarté.

Times of Israel: Adele, merci beaucoup de m’accueillir aujourd’hui dans votre hôtel d’Eilat.

Adele Raemer : Merci à vous.

Nous allons parler de la vie avant, pendant et après l’attaque atroce qui a été perpétrée en Israël, le 7 octobre. Le massacre a entraîné la mort de 1 200 personnes, des civils en particulier, des gens qui, pour certains, étaient vos amis. Je voudrais avant tout parler du kibboutz, de la manière dont vous avez rejoint le kibboutz. Vous y êtes arrivée en 1975, c’est ça ?

C’est ça.

Alors parlez-nous du kibboutz Nirim.

Eh bien, le kibboutz Nirim a été fondé… c’est l’une des onze communautés, dans le Neguev, à avoir été fondées en 1946. En 1946, pendant une nuit, après la fin de Kippour, onze communautés différentes se sont établies la même nuit pour inscrire une présence dans le Neguev, afin que lorsque l’État serait déclaré, il y ait déjà des gens, des communautés dans le Neguev.

A l’évidence, nos auditeurs peuvent entendre à votre accent que vous n’êtes pas née en Israël, que vous n’êtes pas une native. Comment êtes-vous arrivée au kibboutz Nirim ?

J’étais dans un mouvement de jeunesse sioniste, le mouvement de la Jeune Judée et après le lycée, j’ai participé à un programme d’un an, un programme de la Jeune Judée, en 1972-1973, et je suis tombée amoureuse du pays. Je suis retournée aux États-Unis, à New York, au mois d’août 1973. Et j’avais l’intention d’aller à la Theater School de l’université de New York, mais je me trouvais en Israël quand avaient eu lieu les auditions. J’ai donc attendu le trimestre hivernal en faisant des petits boulots. Puis, en 1973, la guerre de Yom Kippour a éclaté et je me suis dit, bon, mais qu’est-ce que je fais ici, aux États-Unis ? Israël a besoin de moi. Et c’est là que j’ai commencé à lancer la procédure qui allait me permettre de faire mon alyah par le biais de l’Agence juive.

J’ai enfin fait mon alyah et je me suis installée au kibboutz Ketura en décembre 1973, à proximité d’Eilat, pas loin de là où je suis maintenant. Aussitôt que je suis descendue de l’avion, parce que j’avais seulement 19 ans et parce que c’était encore la guerre, j’ai eu mon ordre de mobilisation et on m’a dit de me présenter dans l’année. Je suis entrée dans l’armée et au milieu de mon service militaire, j’ai réalisé que je n’étais pas vraiment heureuse à Ketura. C’est comme ça que je suis arrivée au kibboutz Nirim, parce que je ne pouvais m’installer qu’à un endroit approuvé par l’armée. Cela avait été Nirim, parce que c’était sur la frontière et que c’était un petit kibboutz. Quand j’étais dans l’armée, c’était déjà à Nirim, c’était là-bas que je faisais mon service. J’étais stationnée à Nirim. C’était déjà ma base, c’était déjà chez moi.

Vue de la canalisation pour transférer de l’eau entre Israël et la bande de Gaza aux abords du kibboutz Nirim, sur le côté israélien de la frontière avec la bande de Gaza, le 4 septembre 2019. (Crédit : Flash90)

Votre base, votre chez vous, au service de votre communauté. Tous ceux qui sont allés dans un kibboutz sur tout le territoire israélien – je veux dire, les kibboutz sont différents les uns les autres, parfois beaucoup, mais ils ont en commun d’être des îlots d’utopie qui se trouvent habituellement au milieu de certains autres de pays. Dans ce cas, bien entendu, c’est très aride, là où vous vivez et pourtant, j’imagine que votre kibboutz est très beau.

Il l’est. Il est beau, il est vert, nous avons des équipes de paysagistes formidables et nous avons réalisé le rêve de Ben-Gurion [Premier chef de gouvernement israélien] : faire fleurir le désert.

Vous avez traversé tant de guerres, vous avez connu tant de tirs de barrage et de désastres que le 7 octobre, alors que vous écrivez un blog pour le Times of Israel — ou plutôt que la responsable de nos blogs, Miriam Herschlag réunit vos posts et qu’elle crée ce blog pour le 7 octobre – vous semblez presque blasée au début des tirs des roquettes. Ce n’est pas votre premier rodéo. Vous avec déjà vécu ça auparavant. Vous dites des choses comme « Oh, mais cela ne s’arrête pas. Apparemment, il va y avoir une guerre ». Et pourtant, en même temps, alors que les tirs ont commencé depuis une heure, vous lancez une session sur Facebook Live, vous n’êtes pas dans votre pièce blindée. Il semble qu’à ce moment-là, vous avez déjà appris que des terroristes se sont infiltrés dans les alentours des kibboutzim, dans les différentes implantations autour de Gaza et pourtant, vous ne paraissez pas très inquiète. Parlez-moi de l’évolution de cette journée, ce qu’elle a été pour vous.

Alors même que nous sommes en train de discuter, au fait, il y a des tirs de roquette dans mon secteur, je vois des notifications s’ouvrir sur l’écran de mon téléphone. Alors nous avons tout de suite réalisé ce qui se passait. J’ai, en fait, organisé mon direct sur Facebook dès les premiers moments et vous pouvez d’ailleurs voir à l’écran, dans le Facebook Live, des messages de notification qui signalent où les alarmes sont activées ainsi qu’une émission pour enfants – une émission qui n’avait absolument rien à voir – en arrière-plan.

Personne ne réalisait ce qui était en train de se passer mais en revanche, nous avons réalisé dès le début que les choses seraient différentes, les tirs de barrage étaient tellement lourds. D’habitude, il y a une roquette ou deux dans votre communauté et là, avec les messages de notifications, il y avait des roquettes partout aux alentours. Ici, c’était comme à Nirim, c’était une roquette après l’autre.

Mon fils et moi-même étions assis sur le sol au cas où un éclat d’obus entre par la fenêtre – c’était si intense, j’avais peur de me lever et d’aller fermer la fenêtre. De prendre seulement quelques secondes pour le faire, parce que les tirs étaient vraiment nourris. Et j’avais peur de le faire à ce moment-là. Et ensuite, je ne sais pas, c’est dur. La chronologie est dure. Et j’ai pourtant essayé de me remémorer plus précisément cette matinée.

Adele Raemer à 13 heures 18 dans sa pièce blindée du kibboutz Nirim, le 7 octobre 2023. (Autorisation)

Il me semble que c’est environ une quinzaine de minutes après qu’on a commencé à avoir des notifications qui signalaient l’infiltration de terroristes. Selon ce qui est écrit sur le blog que Miriam a fait pour moi, c’est peut-être plutôt quarante minutes plus tard qu’on a compris qu’ils étaient à l’intérieur de mon kibboutz. Mais je n’arrive pas réellement à me souvenir. Mais cela n’avait pas commencé depuis longtemps quand on nous a dit d’aller dans nos pièces blindées, de fermer les portes et les fenêtres autant que possible, de fermer les portes et les stores et de nous enfermer dans la pièce blindée parce qu’il y avait des terroristes qui saccageaient le kibboutz. Parce que les terroristes étaient entrés dans le kibboutz.

Ce qui était une menace nouvelle pour vous, d’une certaine manière. Vous avez vécu tant de tirs de roquette que l’idée même que le Hamas puisse pénétrer dans votre foyer – est-ce que cela vous avait déjà traversé l’esprit auparavant ?

C’était inconcevable pour moi. Même si ma fille, qui est âgée maintenant de 41 ans, redoute une telle infiltration depuis ses huit ans. A tel point que lorsqu’elle a fait – elle a fait un an d’études en rédaction de texte à Beit Berl — que lorsqu’elle a fait son projet final, c’était un film qui montrait ses peurs infantiles, combien elle était pétrifiée de vivre à la frontière, combien elle avait peur qu’un terroriste vienne sous sa fenêtre pour l’enlever. Et j’ai encore ce film. C’est tout simplement surnaturel.

Et cette crainte de la venue d’un terroriste s’est finalement réalisée. Quand c’est arrivé, comment a réagi votre famille ? Vous dites que vous étiez avec votre fils. Où était le reste de la famille ?

Ma fille et mon gendre sont séparés. Ma fille était dans sa maison, pétrifiée par la peur. Elle s’était mise sous le lit, elle avait éteint la lumière et sur Facebook, j’ai publié une traduction de son récit. Et – je suis désolée de raconter de telles choses – elle devait aller aux toilettes. Elle a fait ce qu’elle avait à faire sous le lit. Elle était effrayée à l’idée de sortir de sous son lit et même de trouver un sac pour faire ses besoins, ce que de nombreuses personnes ont fait. Mon fils a uriné dans des bouteilles jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus puis dans un sac, parce que nous n’étions pas censés quitter la pièce blindée.

Et bien sûr, rétrospectivement, c’était la bonne décision à prendre.

Oui. Même si j’ai moi-même quitté la pièce blindée parce ce que je ne peux pas faire ce genre de chose devant mon fils. En plus, il m’est impossible d’uriner dans une bouteille. Je ne suis pas faite comme ça.

Ayelet Svatitzky tient une photo de sa mère – et avec une photo de son frère à droite (tous les deux ont été pris en otage au kibboutz Nirim) pendant une conférence de presse avec les familles des otages kidnappés par le Hamas, le 7 octobre, à l’ambassade israélienne de Londres, le 24 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

Ainsi, à un moment, on a entendu des balles, des grenades à l’extérieur. On a entendu des RPG exploser. Je veux dire que les sons étaient différents de ceux qu’on entend souvent lors des explosions de roquette. Et on a entendu des voix qui parlaient arabe. Des voix très proches. Mon fils, qui comprend un petit peu l’arabe, était dans la pièce blindée en train de tenir la poignée de la porte parce que la pièce ne ferme pas à clé. C’est un lieu sûr contre les roquettes et il y a un verrou qui se trouve à l’intérieur, de manière à ce que si une roquette touche une partie de la maison, l’explosion ne puisse pas ouvrir la porte, mais la porte peut être ouverte depuis l’extérieur. Il suffit de soulever la poignée d’un côté ou de l’autre. Alors, pour qu’elle soit bloquée et pour que les goupilles puissent s’avancer dans le mur et dans le plafond, il faut tenir la poignée vers le bas. Il était assis à côté de la porte, il tenait la poignée vers le bas et il les a entendus dire en Arabe : « Venez ici ». Nous ne savions pas de quoi il s’agissait mais il n’était pas question que nous venions de nous-mêmes là-bas ou n’importe où ailleurs, et nous avons juste attendu, pétrifiés. Pétrifiés de les entendre sur le point d’entrer dans la maison ; pétrifiés à l’idée que ça y est, c’était la fin.

Jamais je n’ai vu une telle peur dans les yeux de mon fils – et je suis sûre que c’était aussi le cas pour moi. Nous ne nous sommes pas dit adieu. Nous nous sommes probablement dit que nous nous aimions, l’un et l’autre. Je me souviens de ça. Mais nous ne nous sommes pas dit adieu. Une heure plus tard, les choses ont semblé se calmer et il a fallu que je sorte. Ainsi, je nous ai mis en danger et j’ai fait ce qu’il ne fallait pas faire ; j’ai ouvert la porte de la pièce blindée, aussi doucement que possible, de manière à ce que si des terroristes se trouvaient dans la maison, je puisse l’entendre et que je puisse immédiatement refermer la porte. Mais j’avais mal. J’éprouvais un réel mal-être physique, au sens littéral du terme. On parle ici d’un réveil à environ 6 heures 30 du matin, quand nous n’avions pas pu aller aux toilettes après une nuit de sommeil. Là, il était environ dix heures.

J’ai vu la fenêtre, en face de la pièce blindée, avec les lamelles du store cassées. Ils ne sont donc jamais entrés dans la maison, mais ils ont essayé de le faire. Ils n’ont pas essayé vraiment parce que si cela avait été le cas, s’ils avaient vraiment voulu entrer, ça aurait été très facile. Alors ce « Venez ici » en arabe, c’était apparemment quelqu’un qui appelait les personnes, quelle qu’elles soient, qui essayaient de pénétrer dans la maison, en leur demandant de le rejoindre ailleurs. Ainsi, je ne sais pas si ça a été une intervention divine, un coup de chance extraordinaire ou feu mon mari qui me protégeait, qui nous protégeaient, mais les terroristes ne sont pas entrés dans la maison.

Mais ils sont entrés dans une maison, à quelques portes de chez nous, et ils ont enlevé ma voisine, Channah [Peri], qui a 79 ans et que je connais depuis mon arrivée à Nirim, ainsi que son fils de 51 ans [Nadav Popplewell]. Et aujourd’hui, ils sont tous les deux quelque part à Gaza.

Nadav Popplewell, enlevé par des terroristes du Hamas au kibboutz Nirim le 7 octobre 2023. (Autorisation)

Et tout le temps où nous restons dans la pièce blindée, nous avons sous les yeux ce service de messagerie interne. Et nous lisons les messages. Nous voyons des appels à l’aide frénétiques ; nous voyons ces gens dire : « Les terroristes sont entrés chez nous ». « Ils marchent dans la maison. On peut les entendre »… « Ils sont en train de mettre le feu ». « Ils sont en train de mettre le feu depuis l’intérieur ». « Ils tentent d’ouvrir la pièce blindée »…. Nous assistons à tout cela, en direct. Et on ne peut rien faire d’autre que de rester assis, pétrifié, en attendant, convaincu qu’on sera le prochain. On regarde ces messages ; on cherche d’où ils ont été envoyés géographiquement et d’où ils ont été envoyés très exactement dans la communauté, et on attend. Il n’y a rien d’autre à faire que de tenir cette fichue poignée.

Pendant tous les événements et parce que maintenant, tout le monde est relié par téléphone, je suis sûre que vous étiez aussi en relation avec votre famille à l’extérieur du kibboutz. Vous êtes-vous demandé si vous alliez lui réclamer de l’aide pour vous extraire tous les deux de cette situation ?

Non. Je sais que nous avons nos équipes de premiers secours et notre chef de la sécurité, Daniel. Ils étaient déjà en contact avec tous ceux qui étaient susceptibles de venir nous aider. Mon beau-fils à Tel Aviv ou ma fille, à Neve Ilan, n’allaient pas venir au kibboutz Nirim pour nous venir en aide, et je ne voulais très certainement pas les inquiéter. J’étais en contact avec ma fille, à Nirim. En période de stress, elle ne me parle pas beaucoup – mais je sais qu’elle est avec des amis. Alors, une fois par heure, je me faisais un devoir de lui envoyer un message : « Comment vas-tu ? », et elle me répondait avec un pouce en l’air – mais elle était pétrifiée. Je sais qu’elle était pétrifiée et qu’elle souffrait terriblement.

Ce que je ne savais pas, c’est que mon gendre, qui est membre des premiers secours – il est armé à cause de ça – n’avait pas pu quitter la maison et rejoindre son équipe parce que mes trois petites-filles, qui ont deux, six et huit ans, étaient dans la pièce blindée avec lui et qu’il lui était impossible de les laisser seules. Il était donc dans la maison. Et ce que j’ai découvert bien plus tard, peut-être même le lendemain seulement, c’est que les terroristes étaient entrés dans l’habitation et qu’il les avait entendus déambuler dedans, faire du bruit.

A un moment, il a dit à ses trois petites, à mes trois petites-filles, de se cacher sous une couverture de manière à ce qu’elles puissent ne rien voir et de manière aussi à ne pas être vues. Il leur a dit : « Vous allez entendre un gros bruit, qui sera très fort, mais tout ira bien. Ne venez pas me chercher. Je reviens tout de suite. »

Ces enfants n’écoutent jamais. Cette fois, elles ont écouté.

Il a ouvert la porte de la pièce blindée et il a tué le terroriste qui se trouvait juste derrière. Il a essayé de sortir pour trouver deux autres qui, eux aussi, étaient dans la maison. Mais quand il est arrivé sur le seuil, il a aperçu de nombreux terroristes armés, à l’extérieur, et il a estimé qu’il valait mieux limiter les pertes et retourner protéger les filles. Et je n’ai rien su de ça sur le moment. Je ne l’ai découvert qu’après.

C’est la semaine dernière seulement que j’ai vu tout ça de mes propres yeux, quand je suis retourné à Nirim et que je suis retournée chez lui. La flaque de sang laissée par le terroriste était juste devant la porte de sa pièce blindée, à quelques petits mètres, seulement, de mes petits-enfants.

Et pendant tout ce temps, nous attendions que l’armée vienne nous sauver, parce que les premiers secours sont là pour défendre le fort pendant cinq minutes, dix minutes et que l’armée prend ensuite le relais. Mais elle n’est pas venue. Il y avait donc quatre types ici qui avaient des armes, quatre hommes d’un grand courage qui devaient avoir un ange gardien qui veillait sur eux – parce que rien ne leur est arrivé. Et l’une des choses que j’ai pu faire depuis que je suis ici, à Eilat, ça a été de les enregistrer, de filmer leurs différents récits parce que lorsqu’on nous a dit d’évacuer, j’ai pris quelques affaires et je les ai fourrées dans une petite valise mais j’ai aussi pris mon ordinateur et ma caméra, parce que je savais que j’allais faire ça. Pour le moment, j’ai eu droit à trois récits très détaillés et c’est un miracle qu’ils soient encore en vie aujourd’hui.

Ils ont fait ce qu’ils pouvaient. Ils sont d’abord parvenus à tuer sept terroristes sur neuf, approximativement. Il y avait 60, 50 à 60 terroristes dans le kibboutz. Un grand nombre, un très grand nombre d’entre eux sont retournés à Gaza avec tout ce qu’ils avaient pillé et avec les cinq personnes qui ont été kidnappées. Sur ces personnes, quatre appartenaient à ma communauté et une était en visite. Donc, en fin de compte, les forces de secours ont réussi à les tuer, les neuf. Et il a fallu sept heures pour que les premiers soldats arrivent. Sept heures. Ces quatre hommes ont fait le travail qu’ils devaient faire mais ils avaient dit à chaque famille qu’elles étaient seules, qu’elles ne devaient pas compter sur eux parce qu’ils ne pouvaient pas aider tout le monde.

Illustration : Des maisons détruites lorsque des terroristes du Hamas ont infiltré le kibboutz Beeri et 30 autres communautés voisines dans le sud d’Israël le 7 octobre, tuant quelque 1 200 personnes, photographiées le 25 octobre 2023. (Crédit : Edi Israël/Flash90)

Et après l’arrivée de l’armée, vous avez tous été rassemblés dans l’un des bâtiments communautaires, c’est ça ?

Cela s’est fait lentement, mais oui – parce qu’on ne pouvait pas sortir à l’extérieur de la maison. Il a fallu attendre que l’armée vienne nous chercher. Et on nous a donné des instructions claires, celles de n’ouvrir la porte de notre pièce blindée que si on entendait quelqu’un nous appeler par notre nom. Et il y a eu des gens dans certains des récits… il y a eu quelqu’un qui, même si l’armée est venue et que les militaires l’ont appelé en donnant son nom, qui leur a posé des questions : « Qui êtes-vous ? Qui est votre commandant ? » pour les tester, il ne leur faisait pas confiance quand ils disaient qu’ils n’appartenaient pas au Hamas. On a commencé à nous évacuer à environ 13 heures 30, ils étaient d’abord allés dans les secteurs du kibboutz les plus durement touchés.

Il y avait une maison où il y avait une famille avec un bébé de huit jours, et la maison était en feu. Ils n’arrêtaient pas d’appeler à l’aide, de supplier qu’on leur vienne en aide, d’appeler la police, l’armée, les sapeurs-pompiers, tout le monde. Ils disaient : « Notre bébé est là, la pièce est remplie de fumée parce que les terroristes ont réussi à faire bouger la porte de la pièce blindée suffisamment pour que la fumée puisse entrer. » Ils sont donc allés les évacuer en premier, ainsi que d’autres endroits du kibboutz où la population était le plus en danger parce que les maisons étaient en feu.

Ils sont arrivés chez moi aux environs de 17 heures 15, quelque chose comme ça. Et il a fallu attendre au moins 21 heures pour que la communauté toute entière soit évacuée. Ils sont allés de maison en maison, nettoyant, désinfectant tout le secteur, s’assurant que tous les buissons, tous les recoins avaient été inspectés et qu’un terroriste ne s’y cachait pas, de manière à nous garder en sécurité pendant l’évacuation. Puis ils nous ont fait traverser le kibboutz.

Ils nous ont fait prendre le chemin le plus long et je n’arrivais pas à comprendre – on est attaqués, il y a encore des tirs de roquettes, il pourrait y avoir encore des terroristes quelque part. Pourquoi est-ce qu’on prend le chemin le plus long ? Une sirène d’alerte à la roquette a résonné alors qu’on était à mi-parcours. On s’est jetés sur le sol et on s’est couvert la tête. Et il s’est finalement avéré qu’on avait pris le chemin le plus long de façon à ne pas passer là où il y avait des cadavres – que cette vision nous soit au moins épargnée. Même si nous sommes passés à côté de quelques cadavres, je n’ai rien vu. Une personne qui était avec moi m’a dit qu’elle en avait aperçus.

Vous avez passé la nuit dans la salle communautaire et, à l’évidence, vous n’étiez guère équipés pour dormir dedans. Et il y a une photo de vous avec une nappe autour de vos épaules ; vous étiez même, à ce moment-là, en train de plaisanter au sujet de ce qui était arrivé, utilisant l’humour pour prendre du recul face à la situation. A quel moment avez-vous quitté le kibboutz pour de bon ?

Alors on a dormi là – enfin, pour ainsi dire, c’est le mot adéquat si vous parvenez à dormir sur deux chaises placées l’une à côté de l’autre et avec une nappe pour couverture. Mais à environ 13 heures 30, le jour suivant, on nous a dit que c’était suffisamment sûr dehors pour que nous puissions aller rapidement chez nous, que nous devions y prendre des affaires et que, lorsqu’on aurait terminé nos bagages, il fallait que nous allions dans les pièces blindées et attendre là-bas l’ordre donné de rejoindre les bus. Il y avait quatre bus stationnés à différentes sections du kibboutz. Ce n’était pas très, très bien organisé. Je veux dire, en toute honnêteté, on n’a pas vraiment eu le temps de s’organiser, de manière minutieuse, pour savoir qui monterait dans quel bus. Alors quand l’ordre a été donné de les rejoindre, nous y sommes allés mais l’embarquement a duré longtemps. Il a fallu longtemps. J’étais assise dans ce bus depuis 40 minutes, pétrifiée à l’idée qu’il y ait des tirs de roquette. Et lorsqu’on est à bord d’un bus avec d’autres personnes – il est impossible d’évacuer un bus tout entier en moins de dix secondes pour rejoindre un lieu sûr. Mais grâce à Dieu, il n’y a pas eu d’alerte quand nous étions à bord du bus.

Adele Raemer avec une nappe pour se réchauffer au bâtiment communautaire du kibboutz Kibbutz Nirim dans la nuit du 7 au 8 octobre 2023. (Autorisation)

Ensuite, nous sommes partis vers 15 heures 15 et nous avons traversé une zone de guerre active. Il y avait des voitures d’où se dégageait encore de la fumée sur le côté de la route, des cadavres calcinés sur la route, nous avons traversé ça. Nous avions une escorte militaire – mais qu’est-ce qu’aurait pu faire une escorte militaire s’il y avait eu une attaque depuis le côté de la route ? J’ai pensé… J’ai tout d’abord pensé qu’eh bien, je n’allais pas m’asseoir à côté d’une fenêtre au cas où un terroriste ferait son apparition, au cas où il commencerait à ouvrir le feu sur la route. Puis quelqu’un est venu s’asseoir à côté de moi et j’ai donc changé de place, me mettant près de la fenêtre.

Je n’ai pas respiré facilement jusqu’à ce que nous arrivions à Beer Sheva et nous sommes finalement arrivés vers 20 heures, 20 heures 30 à Eilat. Je ne suis pas une personne pratiquante religieusement mais pour la toute la première fois de ma vie, j’ai cherché sur Google [la prière de la gratitude] « Birkat HaGomel » et je l’ai dite.

Vous êtes donc à Eilat avec votre kibboutz tout entier. Vous avez évacué en tant que communauté ?

Oui.

Combien êtes-vous ?

Nous sommes environ 400. La grande majorité d’entre nous logeons à l’hôtel. C’est très dur, vraiment très dur. Dans le pays, il a quelque chose comme 250 000 personnes qui ont été déplacées, depuis le nord et le sud. Alors, dans notre hôtel, qui nous a accueilli avec une telle chaleur et avec tant d’affection, on répond à tous nos besoins. On a trois repas par jour ; le personnel est merveilleux ; il nous a donné des machines à laver et des sèche-linges pour qu’on puisse faire nos lessives. Ces gens font tout leur possible pour qu’on se sente à l’aise, ici.

Le premier jour, ils ont collecté des dons – beaucoup de vêtements, des jouets, des livres, tout ce à quoi vous pouvez penser – parce qu’il y a eu des personnes, comme ma fille et ses trois enfants, qui avaient trop peur de retourner chez elle pour y prendre quoi que ce soit ; elle est partie avec seulement la chemise qu’elle avait sur les épaules. Les enfants aussi, et ils sont donc arrivés sans rien. Le couloir tout entier, au rez-de-chaussée de l’hôtel, était rempli des dons qui ont été faits par les habitants d’Eilat, du neuf, de la fripe, tout, absolument tout ce dont on peut avoir besoin.

Mais aujourd’hui, l’hôtel est bondé. C’est extrêmement bruyant. Il y a des gens qui ne viennent pas seulement de Nirim, mais qui viennent dorénavant de Sdérot, et d’Ashkelon, d’Ashdod, de Kiryat Shmona. Ils viennent vraiment de partout et ça devient très dur. Beaucoup de gens commencent à se plaindre en disant qu’ils ne peuvent plus aller dans la salle à manger parce qu’il y a trop de bruit. Comme, par exemple, les personnes équipées d’appareils auditifs – c’est mon cas – qui savent combien il est difficile de se trouver dans une salle à manger. Quand vous êtes dans une salle à manger, il y a les cris des enfants, il y a beaucoup de bruit. Et les oreilles font mal ; c’est physiquement douloureux.

Alors si nous apprécions véritablement tout ce qu’on fait ici pour nous, tous les kibboutzim, toutes les communautés cherchent en ce moment d’autres alternatives, d’autres solutions, de manière à ne pas rester dans les hôtels. En fin de compte, les hôtels, à un moment, vont vouloir redevenir des hôtels et non des centres accueillant des réfugiés. Et les kibboutzim examinent donc différentes options.

Adele, alors que nous étions en train de parler, vous avez dit que vous aviez vu qu’il y avait encore une nouvelle fois des tirs de roquette sur votre kibboutz. Manifestement, retourner chez vous, n’est pas une option pour le moment en termes de sécurité – et même, d’ailleurs, en ce qui concerne les infrastructures avec des destructions qui ont été tout de même généralisées. Combien de temps cela prendra-t-il pour retourner chez vous, selon vous ?

Je ne vais pas dire que les destructions sont généralisées, mais c’est encore possible. Je suis retournée, la semaine dernière, dans mon kibboutz. Une équipe de la BBC y était venue en 2020 pour couvrir les élections. Ils étaient en Israël et ils étaient venus me voir, ils étaient avec moi quand j’étais allée voter. Ils sont entrés en contact avec moi, au début de la semaine dernière, et ils m’ont demandé s’ils pouvaient encore m’interviewer. Et j’ai répondu « Eh bien, je vais à Nirim mardi, vous pourrez me rencontrer là-bas, si vous le désirez ». Et ils sont venus.

J’ai été emmenée jusqu’au kibboutz Tzeelim et une fois là-bas, je suis sortie de la voiture et j’ai rejoint celle de la BBC, on a été dans le kibboutz. Ils ont filmé mon retour dans le kibboutz, mon retour dans ma maison, ils étaient avec moi dans la maison. C’est moins effrayant d’aller dans un endroit angoissant quand on est avec quelqu’un, avant tout. Ils étaient avec moi lorsqu’ils m’ont filmée accrochant un drapeau sur mon porche et lorsque j’ai changé mon tee-shirt pour un tee-shirt sur lequel est écrit : « Nous n’abandonnerons pas Nirim » qui datait de 2014. Et ils m’ont apporté leur aide quand j’ai vidé mon frigo et que j’ai jeté les ordures.

Je voulais prendre ma voiture, chez moi, parce que je disais que si ma voiture était encore en un seul morceau – et de très nombreuses voitures ont été brûlées, ont essuyé des balles ou ont été détruites, je ne savais pas dans quel état était la mienne. Je m’étais dit que si la voiture était encore en un seul morceau, pourquoi la laisser là, à la merci des tirs de roquette ? Je ne peux pas déplacer ma maison mais je peux déplacer ma voiture et la mettre en sécurité. Mais elle était recouverte de poussière et je commençais tout juste à la laver quand cet homme de l’équipe de la BBC m’a dit : « Oh, laissez-moi faire ». Ils se sont montrés tous si gentils, si désireux de me venir en aide.

File: Adele Raemer montre un missile qui n’a pas explosé à seulement 20 mètres du terrain de jeu du kibboutz Nirim, près de Gaza, le 6 août 2014. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Je les ai emmenés pour une courte marche à travers le kibboutz, aux environs des endroits qui ont été les plus détruits, qui ont été les plus anéantis ; là où il y avait la maison où se trouvait le bébé, la maison qui a été incendiée et d’autres ; un coin tout entier du kibboutz où vivaient les plus jeunes, dans des habitations plus petites, qui est complètement ravagé. Nous sommes allés chez mon gendre, c’est là que j’ai pu voir à quoi ressemblait aujourd’hui la maison de mes propres yeux. Nous sommes allés voir l’endroit où une brèche a été ouverte, dans les barrières.

Je ne suis pas allée dans la maison où l’un des habitants et sa fille ont été massacrés. C’était déjà trop dur pour moi.

C’était complètement bouleversant de retourner là-bas et de voir ce qui a été fait. Mais d’un autre côté, c’était aussi, d’une certaine manière, encourageant parce que j’ai pu constater que la plus grande partie du kibboutz, que la plus grande partie des maisons étaient encore actuellement intactes. Une fois encore, à chaque fois qu’il y a une notification qui fait état de tirs de roquettes à Nirim, ma maison peut être touchée. On ne sait jamais.

Adele, est-ce que vous vous imaginez retourner là-bas, vous réinstaller et vivre au kibboutz Nirim ?

Oui, mais l’armée a beaucoup de travail à faire. Le gouvernement a beaucoup à faire également pour regagner ma confiance et pour me rendre mon sentiment de sécurité. Mais je crois qu’ils y parviendront. Parce que si vous renoncez à l’Ouest du Neguev, alors vous renoncez à Israël.

Mais je ne peux pas promettre que ma fille reviendra. Je ne lui en ai même pas parlé et je ne lui en parlerai pas. J’ai entendu de la bouche de beaucoup de gens – je ne le demande pas habituellement. Je m’abstiens de poser la question parce que tout cela est encore trop frais. Nous vivons au jour le jour. Je ne réfléchis pas à ce que je vais pouvoir faire la semaine prochaine. Je n’ai pas de plan pour l’avenir. On vit au jour le jour.

Et donc, je ne sais pas combien de jeunes gens, de jeunes membres du kibboutz, avec de jeunes enfants, avec leur famille, reviendront au final. Je ne sais pas s’ils seront capables de se sentir en sécurité en laissant à nouveau leurs enfants jouer librement sur les pelouses. Je veux dire que mon sentiment de sécurité était tellement fort quand j’étais là-bas : je suis photographe amateur et je n’ai jamais eu de problème à monter dans la voiture, à sortir par le portail arrière, vers l’Ouest, en direction de Gaza ; à conduire à travers les champs au crépuscule ou dans la nuit, à prendre des photos, alors que j’étais seule, sans personne, sans une seule âme à l’horizon. Je n’ai jamais eu peur.

Et quelque chose de très fort va devoir arriver de manière à redonner ce sentiment de sécurité et de résilience, parce que c’est ça, le maître-mot. Si vous n’avez pas ce sentiment de sécurité, si vous n’êtes pas résilient, vous ne pouvez pas vivre ici. Le pays a dépensé des milliards de dollars pour construire des pièces blindées ; pour construire cette barrière souterraine sophistiquée qui était soi-disant impénétrable, pour construire cette clôture qui était infranchissable, qui ne pouvait pas donner lieu à des infiltrations – et on ne peut plus s’appuyer là-dessus dorénavant, parce qu’ils trouveront toujours un moyen.

En clair, c’est eux ou c’est nous. Je ne peux plus vivre avec ces voisins-là. Ils doivent être chassés ou détruits. Je préfère, pour ma part, qu’ils soient détruits. Et, franchement – même si c’est dur pour moi de dire quelque chose comme ça parce que je suis en contact avec des gens à Gaza, encore aujourd’hui mais j’ai perdu la foi. Je ne sais plus à qui faire confiance. Il y a des gens que je connais qui ont fui Gaza et ce sont des gens avec lesquels j’entretiens des contacts depuis des années déjà. Et je sais que eux sont convaincus qu’il peut y avoir quelque chose de différent. Et mon espoir, c’est que lorsqu’on aura détruit le Hamas, ce sera ce genre de personnes qui dirigera les Gazaouis, qui les rééduquera en leur enseignant un mode de vie différent pour qu’en fin de compte, nous puissions entretenir des relations de bon voisinage.

J’ai toujours été la première à dire que ce conflit ne se résoudra pas par les armes. Qu’il faut qu’il soit résolu par la diplomatie. Mais le 7 octobre, il y a quelque chose qui a changé dans mon ADN et je réalise aujourd’hui qu’avant de pouvoir faire la paix, nous devons faire la guerre.

Adele, je vous remercie de tout cœur de vous être jointe à moi aujourd’hui.

Merci à vous de m’avoir reçue. Au revoir.

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