Israël en guerre - Jour 144

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  • Des bénévoles juifs nettoient les Stolpersteine à Bruxelles, en Belgique, pendant un événement organisé en partenariat avec la European Jewish Association à Bruxelles, en Belgique, le 27 avril 2022. (Autorisation : Make Their Memory Shine)
    Des bénévoles juifs nettoient les Stolpersteine à Bruxelles, en Belgique, pendant un événement organisé en partenariat avec la European Jewish Association à Bruxelles, en Belgique, le 27 avril 2022. (Autorisation : Make Their Memory Shine)
  • Des bénévoles de JewishMallorca nettoient des pavés de la mémoire à  Palma de Mallorca, en Espagne, le 12 décembre 2022. (Autorisation :  MakeTheirMemoryShine)
    Des bénévoles de JewishMallorca nettoient des pavés de la mémoire à Palma de Mallorca, en Espagne, le 12 décembre 2022. (Autorisation : MakeTheirMemoryShine)
  • Des bénévoles allemands et de l'organisation de  'Zikaron BaSalon' nettoient des pavés de la mémoire en commémoration de la nuit de Cristal, le 11 novembre 2022. (Autorisation : MakeTheirMemoryShine)
    Des bénévoles allemands et de l'organisation de 'Zikaron BaSalon' nettoient des pavés de la mémoire en commémoration de la nuit de Cristal, le 11 novembre 2022. (Autorisation : MakeTheirMemoryShine)
  • Les bénévoles juifs nettoient des pavés de la mémoire à Chisinau, en Moldavie, le 30 novembre 2022. (Crédit : Moishe House Chisinau)
    Les bénévoles juifs nettoient des pavés de la mémoire à Chisinau, en Moldavie, le 30 novembre 2022. (Crédit : Moishe House Chisinau)
  • Un bénévole allemand écrit un message à la craie près d'un pavé de la mémoire nettoyé, le 11 novembre 2022. (Autorisation :  MakeTheirMemoryShine)
    Un bénévole allemand écrit un message à la craie près d'un pavé de la mémoire nettoyé, le 11 novembre 2022. (Autorisation : MakeTheirMemoryShine)
  • Des bénévoles du Service d'Action et de réconciliation pour la paix avec leurs kits de lave pendant une session de nettoyage de pavés de la mémoire à l'occasion de Yom Hashoah, à Bruxelles, en Belgique, en aprtenariat avec le Congrès juif européen, le 27 avril 2022. (Autorisation : MakeTheirMemoryShine)
    Des bénévoles du Service d'Action et de réconciliation pour la paix avec leurs kits de lave pendant une session de nettoyage de pavés de la mémoire à l'occasion de Yom Hashoah, à Bruxelles, en Belgique, en aprtenariat avec le Congrès juif européen, le 27 avril 2022. (Autorisation : MakeTheirMemoryShine)

Ces jeunes Européens qui nettoient ces Stolpersteine

L’organisation Make Their Memory Shine rassemble des personnes de tous horizons venues pour commémorer la Shoah, trouver des valeurs communes et respecter les différences

Dans les villes européennes, il n’est pas peu commun de voir des groupes de jeunes agenouillés sur les trottoirs en train de nettoyer des stolpersteine. A grand renfort de nettoyant, de chiffons, d’éponges et d’eau, ils rendent leur brillant et leur éclat originaux à ces « pierres sur lesquelles on trébuche » qui sont autant d’hommages rendus aux victimes et aux survivants.

Ces étudiants et autres jeunes sont bénévoles au sein de l’organisation MTMS (Make Their Memory Shine), un groupe de terrain qui a été fondé au mois d’avril 2021 pour combiner à la fois la commémoration de la Shoah et l’éducation, en rassemblant des personnes de différentes origines ethniques ou religieuses qui peuvent ainsi échanger entre elles et apprendre les unes des autres.

Jusqu’à présent, l’organisation a organisé des journées de nettoyage des Stolpersteine dans plus de 45 villes réparties dans 16 pays de toute l’Europe – de la Suède au Nord de l’Italie dans le Sud, et de l’Espagne à l’Ouest de la Moldavie, à l’Est.

« Notre objectif est de nettoyer les 90 000 Stolpersteine« , explique Ethan Gabriel Bergman, 23 ans, qui a fondé MTMS, au Times of Israel.

L’artiste allemand Gunter Demnig avait commencé à créer et à installer ces pavés en laiton dans les années 1990. Ces cubes de 10 centimètres sont recouverts par une plaque où sont inscrits les noms de victimes de la Shoah ou de survivants, avec quelques informations à leur sujet. Ces Stolpersteine sont placés devant le dernier lieu de résidence ou de travail connu de la personne à laquelle ils rendent hommage, et il y en a dans plus de 1 200 localités européennes.

Le fondateur et le directeur-général de MTMS, Ethan Gabriel Bergman (Autorisation)

Bergman, diplômé en sciences politiques de l’université Leiden, aux Pays-Bas, est né dans un foyer israélien à Anvers et il a fréquenté les écoles juives de la ville belge. Il est l’ancien responsable des affaires de la jeunesse européenne au sein de la European Jewish Association et il est membre actif de l’organisation Stand With Us aux Pays-Bas.

« J’ai grandi dans une bulle juive à Anvers, mais quand je suis arrivé à Maastricht, ici, aux Pays-Bas, pour mes études de premier cycle, j’ai commencé à rencontrer des jeunes de mon âge qui n’avaient jamais connu un Juif auparavant. Certains ne savaient absolument rien de la Shoah ou de l’histoire qui est à l’origine de ces pavés », explique Bergman.

« Mon idée était de combiner enseignement de la Shoah et lutte contre l’ignorance au sujet des Juifs et des autres minorités de manière proactive en nettoyant les Stolpersteine« , explique-t-il.

Bergman fait remarquer que son organisation ne veut pas confier le nettoyage de ces pavés de mémoire à des Juifs exclusivement. Elle a pour ambition de faciliter les échanges entre les Juifs et les autres groupes tout en établissant un réseau et un partenariat avec des organisations variées en vue de mettre en place divers événements. Parmi ces partenaires, des autorités locales, des écoles, des groupes de jeunesse, des universités, des syndicats étudiants, des organisations prenant en charge des réfugiés du Moyen-Orient, des interlocuteurs musulmans ou roms.

« Notre principal objectif est de nous adresser aux Millennials et à la génération Z – mais parfois, nous avons des bénévoles plus âgés lors des événements qui sont ouverts au grand public », dit-il.

Pierre angulaire éducative

Un groupe nettoie des pavés de la mémoire à Bruxelles, en Belgique, pendant un événement organisé en partenariat avec la European Jewish Association à Bruxelles, en Belgique, le 27 avril 2022. (Autorisation : MakeTheirMemoryShine)

Ces séances de nettoyage des Stolpersteine — qu’ils attirent des dizaines de participants ou seulement une poignée – impliquent toujours une dimension de commémoration et d’éducation à la Shoah, ainsi qu’une opportunité de dialogue permettant aux personnes présentes d’en apprendre davantage sur les cultures des uns et des autres, brisant ainsi les stéréotypes. Il s’agit ici d’identifier des valeurs communes et de construire des passerelles, tout en respectant les différences.

« En interagissant et en participant aux activités de l’organisation, nous combattons l’ignorance et ainsi, nous parvenons à déraciner l’antisémitisme, l’homophobie, l’islamophobie, etc… », dit le site internet du groupe.

Bergman fait remarquer que ces rencontres ont été l’occasion de tisser des amitiés à long-terme et de mettre en place des collaborations.

Le personnel bénévole de Bergman comprend cinq coordinateurs qui travaillent au niveau national et régional, ainsi que deux chercheurs. En tant qu’organisation dotée d’un management ascendant, les coordinateurs régionaux et leurs équipes sont libres d’adapter le modèle MTMS à leurs propres paramètres.

Gabriela Tultschin, 19 ans, qui est coordinatrice nationale pour l’Allemagne depuis avril 2022, est née à Munich où elle fait actuellement des études de droit. Ses parents étaient originaires de Kiev, en Ukraine. Elle explique au Times of Israel être dans l’incapacité d’organiser des événements pour l’organisation dans sa ville et dans toute la Bavière en général dans la mesure où des responsables juifs locaux sont défavorables à l’installation des pavés de la mémoire.

Gabriela Tultschin, coordinatrice nationale pour l’Allemagne de l’organisation Make Their Memory Shine. (Autorisation)

Tultschin et deux autres bénévoles ont ainsi préféré organiser un événement au nom de l’association qui a marqué la date anniversaire de la Nuit de Cristal à Berlin, le 9 novembre 2022. Environ 45 personnes de tous les âges sont venues, et d’autres initiatives seront organisées à Stuttgart et à Cologne.

L’approche de l’équipe de bénévoles allemands est de combiner les séances de nettoyage des Stolpersteine au témoignage d’un survivant, ou à une conférence interactive donnée par un expert.

« Nous essayons de faire quelque chose de différent de ce qu’est traditionnellement l’enseignement de la Shoah en Allemagne, un enseignement qui est assez rébarbatif et très vertical. C’est sévère et cela n’appelle guère à l’émotion », explique Tultschin.

« Quand les élèves lisent un livre consacré à la Shoah, ils se contentent de l’examiner, d’apprendre son contenu pour le restituer à l’occasion d’un examen. Moi, qui suis juive, je ne peux pas m’empêcher de pleurer quand je lis un de ces livres », s’exclame-t-elle.

Version italienne

David Fiorentini, coordinateur régional pour l’Italie, reconnaît que les séances de nettoyage des Stolpersteine sont un moyen formidable de rassembler des jeunes venus d’horizons différents. Étudiant en médecine de 23 ans à Florence et président du Syndicat italien des étudiants et des jeunes professionnels juifs, il songeait déjà à la manière dont l’éducation à la Shoah pourrait être réalisée de manière différente.

Des bénévoles juifs et roms nettoient les Stolpersteine (stumbling stones) à Bruxelles, en Belgique, pendant un événement organisé en partenariat avec la European Jewish Association à Bruxelles, en Belgique, le 27 avril 2022. (Autorisation : Make Their Memory Shine)

« L’Italie est un pays dont le passé est très riche et qui adore vivre dans le passé – il y a des avantages et des inconvénients – mais parfois, nous avons le sentiment que la manière dont la mémoire est préservée, dont la mémoire est transmise est trop académique et qu’elle n’implique par réellement les nouvelles générations », explique Fiorentini.

« Quand nous avons entendu parler de l’organisation MTMS, nous nous sommes dit que oui, cette idée pourrait bien être réellement brillante et nous l’avons adaptée au contexte italien », ajoute-t-il.

L’initiative a donc été déclinée sous sa version italienne sous le nom « Ranimer la mémoire ». Le groupe combine des séances de nettoyage des Stolpersteine avec des lectures, à voix haute, des histoires tragiques de ces individus honorés par les pavés.

David Fiorentini, coordinateur pour l’Italie de l’organisation Make Their Memory Shine. (Autorisation)

« A travers ces lectures, nous faisons revivre ce qu’ils ont vécu et nous tentons de comprendre et de réaliser que la Shoah, ce n’est pas quelque chose qui est arrivé loin de nous, en Pologne, mais bien ici, au coin de la rue. Des gens étaient dénoncés par des voisins ou arrêtés alors qu’ils faisaient leurs courses à l’épicerie », déclare Fiorentini.

Fiorentini est né et a grandi à Milan. Son père était originaire de Rome, sa mère de Tel Aviv. Il note que certains événements organisés par le groupe, en Italie, ne rassemblent que des bénévoles juifs et que d’autres sont ouverts à la fois aux membres de la communauté et aux non-Juifs.

« Par exemple, l’année dernière, pour la Journée de commémoration de la Shoah, les branches jeunesse de deux partis politiques sont entrées en contact avec nous. Ils l’ont fait séparément, chacun de leur côté. Nous avons décidé d’organiser une séance de nettoyage à laquelle ils ont tous les deux participé, pour transmettre un message d’unité. Il est important que ce type d’initiative ne soit pas partisane de manière à ce que nous jouissions toujours du soutien le plus large possible », indique-t-il.

Depuis l’opération lancée par l’organisation italienne lors de la Journée de la culture juive européenne au mois de septembre 2021, il y a eu 21 événements qui se sont tenus dans 14 villes. Les localités comptant une forte communauté juive – Rome, Milan, Florence et Turin – ont accueilli plus d’un événement. Aujourd’hui, l’objectif pour le groupe est d’atteindre les communautés juives de taille plus modeste, comme c’est le cas à Trieste ou à Gênes.

Des représentants des communautés juive et rom, des jeunes, lors d’un cérémonie à Trieste organisée pour la pose du tout premier pavé de la mémoire en commémoration d’une victime rom de la Shoah en Italie, le 18 janvier 2023. (Autorisation : Make Their Memory Shine).

« Nous avons rassemblé une trentaine de jeunes Juifs de toute l’Italie à Gênes, où la communauté est minuscule – il y a environ 200 personnes – et ça a été stimulant pour les locaux », se souvient Fiorentini.

« Parfois, nos bénévoles sortent de leur voiture et ils nettoient au passage les Stolpersteine quand ils en voient en traversant une ville. Ils gardent leur matériel de nettoyage avec eux dans leur véhicule », ajoute-t-il.

Fiorentini précise qu’avec son équipe, il pense dorénavant à renforcer son travail auprès des lycées par le biais de programmes qui offriraient aux enseignants tout ce dont ils ont besoin pour organiser une séance de nettoyage de pavés de la mémoire, s’ils en ont l’occasion, ou pour mettre en place un projet éducatif en lien à présenter à leurs élèves.

Dans le cadre de ces nouvelles idées et des diversifications des activités du groupe, les bénévoles italiens ont travaillé en collaboration avec l’Union des communautés roms, en Italie, pour préparer la pose du tout premier pavé commémorant un déporté rom à Trieste, au mois de janvier 2023.

Jusqu’à présent, le coût des opérations réalisées par l’organisation MTMS a été assumé à la fois par Bergman, son fondateur, et par des budgets alloués par des groupes universitaires juifs partenaires. Le Congrès juif mondial a également versé une subvention modeste.

Deux des premiers pavés de la mémoire nettoyés par les bénévoles de l’organisation Make Their Memory Shine à Maastricht, aux Pays-Bas, le 24 avril 2021. (Autorisation : Make Their Memory Shine)

Selon Bergman, les dépenses principales portent sur les aspects éducatifs et social des activités de l’association. En comparaison, cela ne coûte que 70 à 80 centimes de nettoyer un pavé de la mémoire si le matériel est acheté au prix de gros. Il considère ce coût comme négligeable, particulièrement au vu du résultat obtenu et de la signification profonde de l’opération.

« Un pavé peut être devenu presque noir et après avoir été nettoyé, il sera tellement brillant que s’il y a un rayon de soleil, il pourra ressembler à un phare qui s’allume », s’exclame-t-il.

Chaque pavé est une histoire

Les bénévoles de l’organisation racontent avoir rencontré une grande variété de réactions des passants lors des séances de nettoyage.

Tultschin raconte au Times of Israel que certains Juifs ont exprimé leur malaise à la vue de coreligionnaires en train de nettoyer quelque chose de posé sur le sol. Ce qui leur a rappelé que les nazis obligeaient les Juifs à se mettre à genoux et à laver les rues, un acte d’humiliation.

Des bénévoles à Thessalonique, en Grèce, nettoient les 120 Stolpersteine consacrées à des étudiants déportés, le 4 février 2023. (Autorisation : Make Their Memory Shine)

Fiorentini raconte qu’en Italie, les bénévoles ont rencontré des réactions allant de la curiosité aux félicitations, notant qu’il leur est arrivé également d’être accusés de tenter de voler « les briques dorées » placées sur le trottoir. Certains passants avaient pensé que les bénévoles pouvaient être des néo-nazis qui avaient l’intention de commettre des actes de vandalisme.

« Il y a eu beaucoup de réactions différentes. Mais heureusement, nous n’avons jamais essuyé d’insulte antisémite », dit-il.

Après chaque événement organisé par l’organisation MTMS, Bergman crée un document de dix pages qui peut être téléchargé sur le compte Instagram du groupe. L’organisateur local lui transmet toutes les informations et toutes les photos nécessaires sur l’événement, et Bergman les assemble à des recherches complémentaires qu’il a faites lui-même sur la communauté.

Autant l’organisation veut pouvoir trouver des points communs parmi des individus provenant de divers horizons, autant elle s’efforce aussi de rendre hommage aux différences. Son approche de la commémoration de la Shoah est similaire dans la mesure où elle se concentre sur les individualités représentées par les pavés de la mémoire et sur les communautés spécifiques qui les accueillaient.

« Il y a une tendance à universaliser ou à globaliser l’histoire de la Shoah – les nazis sont arrivés, ils ont mis tout le monde dans le train et ils ont ensuite assassiné tout le monde », note Bergman.

« Mais chaque individu, chaque communauté méritent qu’on raconte son histoire. Tous sont uniques de la manière qui leur est propre », continue-t-il.

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