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Chaque mois, des centaines de Gazaouis quittent l’enclave pour se faire soigner et des milliers attendent leur tour

Selon Israël, les évacuations médicales ont augmenté et les restrictions ont été assouplies, mais des difficultés demeurent, qui privent des patients de soins urgents

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Malgré toutes les crises qui frappent Gaza depuis le début de la guerre, en octobre 2023, une initiative humanitaire est demeurée relativement stable. Celle qui permet l’évacuation de la bande de Gaza, pour raisons médicales, des malades et des blessés de guerre.

Que ce soit en période de cessez-le-feu ou au plus dur des combats, Israël a autorisé la sortie de milliers de Gazaouis malades ou blessés pour se rendre dans des pays arabes, en Europe ou ailleurs, accompagnés de leur famille.

Depuis juin 2024, Israël a le pouvoir de décider qui peut quitter Gaza : en effet, depuis cette date, il se sert du passage de Kerem Shalom pour évacuer les Palestiniens via son propre territoire, en raison de la fermeture du passage frontalier de Rafah, vers l’Égypte, le mois précédent. Au cours des neuf premiers mois, près de 1 500 Gazaouis ont été autorisés à quitter la bande de Gaza, soit une moyenne de 150 par mois, selon l’organe du ministère israélien de la Défense chargé de coordonner les opérations humanitaires à Gaza, plus connu sous le nom de COGAT.

Ce nombre a considérablement augmenté depuis car ils sont près de 2 500 à avoir quitté Gaza entre la mi-mars et le mois de juillet, ce qui représente une moyenne de 500 à 600 personnes par mois, selon le COGAT.

Ces chiffres comprennent à la fois les évacuations médicales, leurs accompagnateurs et les autres personnes autorisées pour d’autres raisons, comme par exemple la détention d’une nationalité étrangère ou de visas étudiants entre autres liens avec des pays étrangers.

Israël affirme que la plupart de ces départs se font pour raisons médicales ou pour accompagner un malade ou un blessé, sans plus de précisions sur la ventilation exacte entre ces deux catégories.

Les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé estiment le nombre réel de patients autorisés à quitter Gaza lors de la même période à 399 seulement, soit moins de 3 % des 14 800 patients qui devraient quitter Gaza en urgence pour recevoir des soins, selon un communiqué de l’organisation publié le 31 juillet dernier.

« L’augmentation du nombre des évacuations autorisées par Israël – à considérer qu’elle soit vraie – reste une goutte d’eau dans l’océan », regrette Shai Grunberg, porte-parole de l’ONG Gisha, qui aide les Gazaouis à quitter la bande de Gaza.

« Communiquer là-dessus fait partie de la tactique israélienne pour dissimuler la réalité des choses et faire croire que le pays respecte ses obligations. »

D’après la professeure Dorit Nitzan, de l’université Ben Gurion, qui aide officieusement à évacuer les Gazaouis malades ou blessés depuis le début de la guerre, Israël fait, ces derniers mois, preuve de davantage de flexibilité dans la validation des demandes d’évacuation, d’où cette augmentation.

Des enfants palestiniens et leurs familles évacués de Gaza pour raisons médicales arrivent à l’aéroport militaire de Ciampino, à Rome, le 14 août 2025. (AP/Gregorio Borgia)

« Depuis mars 2025, l’appareil de sécurité israélien – le COGAT, le Shin Bet – facilite de beaucoup le processus permettant aux patients de quitter Gaza pour aller se faire soigner ailleurs », poursuit Nitzan.

Nitzan a passé 20 ans à coordonner des évacuations depuis des zones sinistrées, un peu partout dans le monde, en travaillent pour l’OMS, avant de revenir en Israël, son pays natal, où elle dirige aujourd’hui l’École de santé publique de l’université Ben Gurion.

Chaque départ de Gaza requiert une habilitation de sécurité israélienne, ce qui passe par une vérification de l’identité de la personne et l’examen du risque qu’il ou elle représente pour la sécurité du pays. « Au début de la guerre, le taux d’approbation était très faible alors qu’aujourd’hui, la plupart des demandes sont approuvées », explique Nitzan. « Chaque semaine, on évacue des dizaines sinon des centaines de personnes : tout dépend de la capacité des pays d’accueil. »

Toutefois, les ONG qui aident les Gazaouis à partir disent ne pas avoir constaté de réel changement ces derniers mois.

Des patients attendent de quitter la bande de Gaza pour l’Égypte, alors que des Palestiniens blessés et malades sont autorisés à quitter la bande de Gaza pour se faire soigner, à Khan Younès, le 1er février 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

Asil Abu Rass, chef du département des territoires occupés de Physicians for Human Rights, explique au Times of Israël : « De ce qu’il m’est donné de voir, il n’y a pas d’assouplissement. Les deux tiers des patients évacués depuis le début de la guerre à Gaza l’ont été via Rafah, il y a un an et demi, et non via Israël. »

Greenberg déclare au Times of Israel qu’Israël « continue de refuser des soins médicaux à des milliers de blessés et de malades, dont de nombreux enfants, en les empêchant de quitter Gaza pour se rendre dans des pays susceptibles de leur prodiguer les soins appropriés ».

« Ces traitements n’existent pas à Gaza »

La plus ou moins grande capacité des malades, des blessés ou encore des proches qui les accompagnent à quitter Gaza depuis le début de la guerre est complexe et changeante, selon les combats qui ont lieu.

Suite à l’attaque commise par le Hamas le 7 octobre 2023, au cours de laquelle des milliers de terroristes se sont introduits dans le sud d’Israël et y ont tué 1 200 personnes et enlevé 251 otages séquestrés à Gaza, Israël et l’Égypte ont fermé tous leurs points de passage à l’intérieur et l’extérieur de la bande de Gaza.

Ce bouclage a eu des conséquences considérables, comme le fait de ne plus permettre aux Gazaouis détenteurs de permis de travaillaier en Israël, mais celle qui touche les malades est particulièrement grave.

Avant la guerre, déjà, le système de santé de Gaza était gravement sous-développé par rapport aux normes occidentales et offrait des traitements limités, en particulier contre le cancer. Ce qui explique que nombre de Gazaouis se rendaient en Israël ou en Cisjordanie pour sy faire soigner – aux frais de l’Autorité palestinienne ou, plus rarement, d’ONG humanitaires – en coordination avec Israël par l’intermédiaire de la Commission des affaires civiles de l’Autorité palestinienne.

Cet organisme, chargé de coordonner les demandes de mouvement entre Gaza et Israël, a continué à fonctionner lorsque le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza, en 2007. Il a servi d’intermédiaire unique entre les habitants de Gaza et Israël, qui refuse toute coordination avec les autorités contrôlées par le Hamas à Gaza.

Des Palestiniens attendent au point de passage d’Erez entre Gaza et Israël, le 13 juillet 2014. (Crédit : Flash90)

Les patients désireux de se faire soigner en dehors de Gaza en faisaient la demande à la Commission des affaires civiles, accompagnée des documents médicaux et de l’autorisation délivrée par le ministère de la Santé de Gaza. L’Autorité palestinienne décidait de prendre ou non en charge les coûts associés au traitement et transmettait la liste des demandeurs à Israël, qui procédait alors aux contrôles de sécurité pour s’assurer que les demandeurs n’avaient aucun lien avec des organisations palestiniennes armées.

Des milliers de demandes ont été validées par Israël, sans compter toutes celles qui ne l’ont pas été. Sur les 20 411 demandes soumises en 2022 pour motifs médicaux, 34 % ont été refusées, selon l’OMS. Parfois, le refus est explicite, sans justification systématique, et parfois Israël ne répond tout bonnement pas dans les délais impartis pour le transfert.

Nitzan rappelle qu’avant la guerre, les Gazaouis demandaient fréquemment à se faire soigner en Israël ou en Cisjordanie.

« Certains d’entre eux ont passé de très longues périodes en Israël parce que les traitements étaient longs – c’est le cas des enfants après des greffes d’organes ou des patients atteints de cancer, adultes ou enfants », ajoute-t-elle. « Ces traitements n’existaient pas à Gaza : la seule solution était de autoriser à venir se faire soigner ici. »

Des visiteurs sortent de l’hôpital Augusta Victoria à Jérusalem-Est. Avant la guerre, 30 % des lits étaient réservés aux patients de Gaza, le 11 juillet 2022. (Crédit : AP/Mahmoud Illean)

Selon les chiffres de l’OMS en date du 6 août 2025, avant la guerre, 50 à 100 patients quittaient Gaza chaque jour pour se faire soigner ailleurs. Depuis le 7 octobre, la moyenne quotidienne est tombée à 11.

Les restrictions sur les marchandises admises dans la bande de Gaza et les violents combats ont paralysé le système de santé déjà fragile de Gaza et désormais incapable de soigner les Gazaouis. Dans le même temps, Israël a cessé d’autoriser les Gazaouis à venir se faire soigner en Israël, en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est, ce qui a compliqué leur accès aux soins.

Mais il reste possible de quitter la bande de Gaza pour les pays voisins.

Pendant les tout premiers mois de la guerre, des patients se sont tournés vers l’Égypte et ont pu quitter Gaza via le passage de Rafah, ouvert de novembre 2023 à mai 2024, jusqu’à ce que l’armée israélienne prenne le contrôle du passage et du corridor de Philadelphie.

Israël a continué à contrôler les patients, accompagnés de leurs proches, qui transitaient par Rafah, l’OMS assurant la coordination entre Israël et le ministère de la Santé de Gaza, en relais de la Commission des affaires civiles de l’AP. La grande majorité des patients passés par Rafah se rendaient en Égypte pour y recevoir des soins, d’autres, plus loin encore.

Selon l’OMS, entre novembre 2023 et mai 2024, soit la période d’ouverture du passage, 4 947 patients ont transité par Rafah.

Le COGAT estime lui le nombre à 30 000, accompagnateurs et Gazaouis relevant d’autres statuts compris, en s’inscrivant en faux avec les informations des médias égyptiens selon lesquelles le chiffre réel était proche de 100 000.

Des parents palestiniens disent au revoir à leur fils malade avant son départ de la bande de Gaza pour aller se faire soigner à l’étranger, en empruntant le passage de Kerem Shalom, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 27 juin 2024. (AP/Abdel Kareem Hana)

Suite au bouclage de Rafah, Physicians for Human Rights, Gisha et HaMoked ont demandé à la Cour Suprême israélienne d’autoriser l’évacuation des patients via le territoire israélien. Ce à quoi il a été répondu, le 30 juin 2024, qu’un mécanisme était en cours d’élaboration et que des autorisations individuelles avaient été accordées – notamment pour 19 enfants malades et 49 accompagnateurs –, ce qui a conduit au rejet du recours. Le nouveau processus en question s’adosse au transfert physique des patients via le territoire israélien et la recherche de pays tiers prêts à accueillir et financer à la fois les traitements médicaux et l’hébergement.

Depuis lors, Israël revendique d’avoir autorisé des milliers de patients et leurs accompagnateurs à quitter Gaza via le passage de Kerem Shalom pour se rendre jusqu’au pont Allenby, en Cisjordanie, pour y recevoir un traitement ou prendre l’avion pour d’autres destinations, là où on accepte de les accueillir et de les prendre en charge sur le plan médical.

En février 2025, Israël a autorisé les départs par des vols charters directs depuis l’aéroport Ramon, dans le Neguev.

Un garçon palestinien blessé lors de l’offensive terrestre et aérienne de l’armée israélienne sur Gaza regarde depuis une ambulance le premier groupe d’enfants malades de Gaza arriver en Jordanie pour un traitement médical au poste-frontière du pont du roi Hussein, le 4 mars 2025. (Crédit : AP /Raad Adayleh)

Selon Nitzan, le fait que Kerem Shalom remplace Rafah en tant que principal point de passage a considérablement accru le rôle d’Israël dans le processus. Et selon Abu Rass, cela s’est traduit par un nombre bien moindre de patients et accompagnateurs autorisés à quitter Gaza. Entre mai et décembre 2024, nombre de patients qu’elle a tenté d’aider se sont vu refuser leur autorisation, témoigne la responsable de Physicians for Human Rights.

« S’il y a avait le moindre soupçon de lien avec le Hamas – même si c’était un parent plus ou moins éloigné – cela empêchait tous les membres de la famille de partir, même le lien relevait, par xemple, du frère d’un grand-père », explique-t-elle.

Les autorisations de sortie ont semblé augmenter lors du cessez-le-feu de deux mois, de janvier à février 2025, lorsque le passage de Rafah a rouvert. Selon les chiffres du COGAT et de l’OMS, 1 673 patients et plus de 2 600 membres de leur famille sont sortis par Rafah lors de cette trêve, dont quelque 600 enfants.

Des enfants ayant besoin d’un traitement médical et de soignants, ainsi que des Gazaouis ayant la double nationalité, quittent Gaza, le 6 août 2025. (COGAT)

Nitzan rappelle qu’Israël était seul juge de la possibilité laissée ou non aux Gazaouis de se faire soigner ailleurs, et ce malgré la guerre.

« Si Gaza était reconnue comme un État et déclarée État ennemi, nous n’aurions aucune obligation au-delà des lois de la guerre », explique-t-elle en notant, par exemple, que la Russie n’intervient pas dans les missions de l’OMS pour évacuer les malades et blessés d’Ukraine. « Ici, c’est différent. Le camp qui a été attaqué le 7 octobre et qui est maintenant en guerre contre le Hamas est également celui qui doit procéder aux évacuations. Nous faisons partie de ce processus – nous faisons en sorte de préserver la dignité humaine. »

Selon une déclaration de Physicians for Human Rights datant de février 2025, entre octobre 2023 et février 2025, 15 600 demandes d’évacuation médicale ont été soumises par l’intermédiaire de l’OMS et 34 % seulement d’entre elles, soit environ 5 325 patients, ont abouti à un transfert.

Ce faible chiffre est le reflet, non seulement des taux de validation israéliens, mais aussi des difficultés pour trouver des pays prêts à accepter les patients et leurs accompagnants, et prendre financièrement en charge leur traitement.

Partir oui, mais plus pour Israël

Les pays qui acceptent d’accueillir des patients et leurs accompagnateurs doivent s’engager à régler les frais d’hospitalisation et, dans le cas des enfants, les inscrire à l’école.

« Ces pays ne se contentent pas d’accueillir le patient : ils accueillent également ses frères et sœurs ou ses parents, financent leur séjour et les inscrivent à l’école. Ce n’est pas si simple », résume Nitzan.

Et dans la mesure où Israël refusa à quiconque d’entrer à Gaza, y compris les Palestiniens partis se faire soigner à l’étranger, ces séjours sont pour l’heure d’une durée indéfinie, ce qui ne manque pas de plonger les personnes concernées dans des abimes de doutes. Les décisions concernant la durée des séjours ou la possibilité pour les membres de la famille de trouver du travail sont soumises aux lois sur l’immigration propres à chaque pays.

Nitzan évoque le cas d’une Gazaouie qui devait bénéficier d’une greffe de foie et qui a quitté Gaza au cours de la première année de la guerre. « Elle se trouve toujours dans la région de Rafah mais côté égyptien », précise la professeure.

Des ambulanciers et des ambulances attendent du côté égyptien du poste-frontière de Rafah avec la bande de Gaza, le 18 janvier 2025, pour entrer à Gaza une fois que l’accord de cessez-le-feu et de libération des otages entrera en vigueur. (Crédit : AFP)

Selon l’OMS, l’Égypte a reçu le plus grand nombre de patients à ce jour – 3 995 – suivie des Émirats arabes unis, avec 1 387 patients, du Qatar avec 970 et de la Turquie, qui a accueilli 437 patients.

Le COGAT n’a pas répondu à une demande de commentaire sur l’influence des relations diplomatiques d’Israël pour le choix de la destination des patients qui transitent par Kerem Shalom.

D’autres pays ont accueilli des patients comme par exemple les États-Unis, la Jordanie, la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la Roumanie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou encore la Norvège.

D’après Nitzan, la nécessité de trouver des pays tiers acceptant de prendre en charge les malades ou blessés gazaouis agit à la façon d’un important goulot d’étranglement dans le processus de sécurisation du traitement des Gazaouis malades ou blessés.

Pour certains, le mieux serait de rétablir l’accès aux hôpitaux de Cisjordanie ou Jérusalem-Est.

« Il y a des hôpitaux palestiniens prêts à les recevoir – comme par exemple Augusta Victoria, à Jérusalem-Est, qui, avant la guerre, réservait 30 % de ses lits aux patients de Gaza et travaille en étroite collaboration avec les hôpitaux de Gaza. Les hôpitaux de Naplouse et Jénine sont eux aussi plus que prêts », explique Abou Rass.

Des Palestiniens malades ou blessés sont transférés de la bande de Gaza vers l’Égypte, au poste-frontière de Kerem Shalom, le 27 juin 2024. (COGAT)

« C’est l’insistance d’Israël à envoyer des patients à l’étranger qui enraye le processus. Les hôpitaux de Cisjordanie et de Jérusalem-Est pourraient permettre de stabiliser les cas les plus graves avant de les transférer à l’étranger », ajoute-t-elle.

Grunberg, de Gisha, demande à Israël « d’autoriser les évacuations sur une base permanente, transparente, cohérente, rapide et efficace, y compris vers les hôpitaux de Cisjordanie et Jérusalem-Est, sans séparer les enfants de leurs parents et tout en garantissant leur droit au retour ».

Le ministère de la Santé de Gaza reste le gardien

Depuis le début de la guerre, l’autorisation d’évacuer de Gaza pour raisons médicales est plus difficile à obtenir qu’avant le 7 octobre, mais cela n’a jamais été simple.

« Il faut le mot d’un médecin attestant que vous avez besoin d’un traitement en dehors de Gaza – ce qui n’est pas toujours facile à faire à Gaza », poursuit Abu Rass. « Le patient remet ensuite ce document à… l’hôpital le plus proche, qui le soumet pour examen à un comité du ministère de la Santé de Gaza. Il ne suffit pas qu’un médecin donne un avis ; ce comité examine et classe par ordre de priorité les personnes qui doivent partir en urgence. Ce comité continue de se réunir et d’examiner des demandes malgré la guerre : la seule différence est que la liste va à l’OMS au lieu d’aller à la Commission des affaires civiles.

Une femme transporte un enfant à bord d’un avion militaire italien en provenance d’Israël alors que des médecins et du personnel de santé accueillent des enfants palestiniens de Gaza à la recherche de soins médicaux et leurs familles, le 14 août 2025 à l’aéroport Ciampino de Rome. (Andreas SOLARO / AFP)

En réponse au Times of Israel, l’OMS a déclaré « travailler avec les autorités israéliennes pour obtenir des autorisations d’évacuation pour les malades et leurs accompagnants dès réception de la liste validée par le ministère de la Santé de Gaza ».

Nitzan signale que pour certains patients, le simple fait de parvenir à voir ou même joindre un médecin est une gageure : « Imaginez le cas d’un enfant très malade dont les parents sont constamment obligés de déménager à cause de la guerre : il n’est alors pas évident qu’ils sachent comment faire pour s’inscrire sur la liste – il faut déjà savoir à qui s’adresser. L’accès limité aux organisations internationales et le manque de personnel sur le terrain font qu’il est difficile de s’inscrire sur les listes.

Ce n’est pas propre à Gaza, s’empresse-t-elle d’ajouter : « Dans chaque zone d’urgence, le problème est de faire figurer ceux qui se trouvent à l’autre bout de la zone sur la liste. »

Une fois que l’OMS reçoit les listes, elles les transmet à Israël pour le contrôle de sécurité et là commence la recherche d’un pays d’accueil, menée par plusieurs acteurs – OMS, Israël et ONG humanitaires –, chacun utilisant ses propres réseaux pour mobiliser les pays étrangers. Ce qui explique que le processus ne suive pas strictement une séquence bien ordonnée, étape par étape.

La Professeure Dorit Nitzan (Hilel Bider)

Abu Rass explique que parfois, l’OMS obtient l’accord d’un pays d’accueil avant d’envoyer les noms au contrôle de sécurité israéliens : « Avec autant de demandes, on n’envoie pour validation que ceux qui ont une chance de sortir », ajpute-t-elle.

Outre le nom du patient, la liste reprend également celui de ses accompagnants, surtout pour les jeunes enfants. Et certains pays n’acceptent que certains types de patients, note Abu Rass.

« Beaucoup de pays refusent les adultes et n’acceptent que les enfants – c’est le cas de l’Italie, par exemple », souligne-t-elle. « Les Émirats arabes unis refusent eux les blessés de guerre et n’acceptent que les malades. La Jordanie n’accepte, elle, que les enfants atteints de cancer. Chaque pays a ses propres critères. »

La plupart des patients passent par le ministère de la Santé de Gaza, ce qui n’empêche pas l’OMS et des pays hôtes de proposer des noms, indépendamment, sans passer par l’autorité contrôlée par le Hamas.

« Des États comme les Émirats arabes unis peuvent identifier les patients qu’ils souhaitent recevoir, ajouter leur nom à la liste et les envoyer en Israël pour demande de validation », explique Nitzan.

Des personnes inspectent les dégâts devant l’hôpital Kamal Adwan, à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, suite à une frappe israélienne qui aurait touché le complexe médical, le 6 décembre 2024. (Crédit : AFP)

Abu Rass explique au Times of Israel qu’il est arrivé que les Émirats arabes unis envoient directement des listes de noms de patients à Israël sans passer par l’OMS, avec pour seule obligation celle de l’habilitation de sécurité.

Une fois qu’un cas a été médicalement classé et autorisé par les autorités de sécurité israéliennes, qu’un pays d’accueil a été trouvé, les représentants de l’OMS à Gaza contactent la famille et organisent l’évacuation.

La plupart des évacués sont des femmes et des enfants. Selon le COGAT, environ 80 % des personnes évacuées pendant la guerre sont des enfants. Selon Nitzan, c’est non seulement le reflet des préférences des pays d’accueil, mais aussi la réalité des contrôles de sécurité israéliens.

Des ambulances égyptiennes traversent le poste-frontière de Rafah en direction de Gaza le 1er février 2025 pour transporter des patients palestiniens hors de la bande de Gaza. (Crédit : Kerolos Salah/AFP)

« Quiconque est lié à des hommes armés ou des factions armées de Gaza ne passera pas », assure-t-elle. « Les femmes et les enfants sont plus faciles à faire autoriser et les ONG humanitaires les privilégient toujours en termes d’évacuation des zones de conflit. »

Le processus peut prendre beaucoup de temps. Nitzan rappelle que bien qu’Israël ait assoupli son propre processus de validation, il existe toujours un sérieux goulot d’étranglement pour trouver des pays prêts à accueillir des patients ou financer leur traitement.

L’OMS a déclaré au Times of Israël que certains patients de Gaza attendaient depuis plus de 18 mois. L’organisation n’a pas précisé si les retards étaient dus à des problèmes logistiques, à des refus israéliens ou à l’absence d’un pays d’accueil.

Partir pour la Norvège

Aujourd’hui, Aïcha se trouve en Norvège, mais pour s’y rendre, depuis Gaza, il aura fallu 20 mois de paperasse et d’attente d’autorisations, explique sa belle-sœur Najm au Times of Israel.

Cette femme de 35 ans originaire de Beit Lahiya, dans le nord de Gaza, souffre d’une grave maladie dégénérative depuis son plus jeune âge, ce qui lui occasionne des douleurs constantes et un problème de locomotion. Ces 15 dernières années, c’est Najm qui lui a prodigué des soins et l’a conduite en Scandinavie lorsqu’elle a finalement pu quitter la bande de Gaza à la fin du mois dernier.

Une photographie aérienne prise par un drone montre des tentes au milieu des destructions causées par la guerre à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, le 17 février 2025. (Mohammad Abu Samra/AP)

« Elle est malade depuis 30 ans et il n’existe aucun traitement pour sa maladie à Gaza. Depuis le jour où je me suis mariée, je l’aide, je l’habille, je m’occupe d’elle », explique Najm, elle aussi âgée de 35 ans et qui témoigne au nom d’Aisha en raison de ses difficultés à parler.

Les deux femmes ont demandé à rester anonymes pour des raisons de confidentialité. (Aïcha et Najm sont des pseudonymes).

Najm explique qu’Aïcha avait l’habitude de se rendre à l’hôpital de Tel Hashomer, près de Tel Aviv, pour se faire soigner, puis dans des hôpitaux palestiniens. La dernière fois qu’Aïcha a quitté Gaza pour se faire soigner, c’était il y a huit ans, pour se rendre à l’hôpital Al-Makassed de Jérusalem-Est.

La famille a demandé l’évacuation d’Aisha en novembre 2023, quelques semaines seulement après le début de la guerre, alors que les conditions devenaient extrêmement difficiles. Moins d’une semaine après le 7 octobre, la famille a fui sa maison, près de la frontière de Gaza avec Israël, rapidement détruite par une frappe israélienne.

« Jusqu’à notre départ de Gaza, nous n’avons cessé d’aller d’un endroit à un autre. Nous avons été déplacés », se souvient Najm.

Pour obtenir l’autorisation de partir, il a fallu soumettre une demande au ministère de la Santé de Gaza, qui a été approuvée et envoyée à l’OMS. Mais il a fallu encore un an et huit mois avant de pouvoir partir.

« Le processus a pris beaucoup de temps », soupire Najm.

Des Palestiniens quittent l’hôpital de Makassed à Jérusalem-Est, le 9 septembre 2018. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

A mesure que les combats progressaient, les réserves d’analgésiques d’Aisha s’épuisaient. « L’attente a été très dure – Aisha souffrait terriblement, elle survivait grâce à des analgésiques », rappelle Najm. « La famille élargie attendait aussi l’opportunité d’échapper à la mort à Gaza – n’importe quoi pour échapper à la mort, à la faim et à l’oppression, que ce soit pour nous ou les enfants. »

L’ONG Gisha, qui a aidé à coordonner leur départ, explique au Times of Israel qu’un hôpital en Belgique avait accepté d’accueillir Aisha dès mars 2025. Mais malgré les demandes répétées de l’OMS d’organiser l’évacuation, il n’y a pas eu de réponse de la part d’Israël.

Ce n’est qu’après que Gisha a contacté directement le COGAT, fin juin, qu’ils ont reçu la confirmation qu’il « n’y avait aucune objection à autoriser leur sortie ».

Un mois plus tard, le 30 juillet, Aïcha, Najm et les cinq enfants de Najm ont finalement quitté Gaza – mais pas pour la Belgique. Pour des raisons qui demeurent obscures, ils ont été acceptés par un hôpital en Norvège.

Le voyage leur a, là aussi, réservé d’ultimes rebondissements.

« Le jour où nous avons quitté Gaza, nous avons voyagé de l’endroit où nous séjournions, dans la ville de Gaza, jusqu’à l’hôpital Shifa. De Shifa, on nous a emmenés au siège du Croissant-Rouge, à Khan Younès, où nous avons passé la nuit. Le lendemain matin, mercredi, nous sommes allés au point de passage de Kerem Shalom, puis nous avons traversé le désert jusqu’à l’aéroport de Ramon – un trajet de quatre heures et demie. De là, nous avons pris l’avion pour la Roumanie, puis pour la Norvège », résume-t-elle.

Des Palestiniens attendent de monter à bord d’un bus, à l’hôpital Al-Nasser de Khan Younès, après avoir été autorisés par les autorités israéliennes à quitter Gaza par le point de passage de Kerem Shalom, pour se faire soigner en Jordanie, le 15 août 2024. (Crédit : Bashar TALEB / AFP)

« Nous n’avons pris que nos papiers – papiers d’identité, dossiers médicaux et un téléphone. Nous n’avions pas le droit d’emporter quoi que ce soit d’autre, pas même des vêtements », se rappelle Najm.

Le mari de Najm, qu’Israël a refusé de laisser partir, alors qu’il a un visa étudiant américain, est resté à Gaza.

« Il est à Gaza. J’espère qu’il pourra partir », dit-elle avant d’ajouter : « Mon cœur est resté à Gaza. »

Le COGAT n’a pas répondu aux questions du Times of Israël sur cette affaire.

Najm dit ignorer ce que l’avenir lui réserve, que ce soit pour Aisha ou les enfants, mais elle doute de retourner un jour à Gaza.

« En ce moment, nous aidons Aisha, mais si mon mari parvient à nous rejoindre en Norvège, alors nous réfléchirons à ce qu’il convient de faire. Gaza n’est plus vivable », conclut-elle. « Je ne veux pas prendre une telle décision familiale toute seule. Si mon mari nous rejoint ici– ou si nous nous retrouvons ailleurs en dehors de Gaza – nous déciderons ensemble du lieu où nous voulons vivre. Gaza est totalement détruite. »

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