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Le député d'extrême droite Itamar Ben Gvir danse avec un drapeau israélien à la porte de Damas dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 juin 2021. (Crédit 
: Yonatan Sindel/Flash90)
Le député d'extrême droite Itamar Ben Gvir danse avec un drapeau israélien à la porte de Damas dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Clés pour comprendre la montée inquiétante de Ben Gvir, l’ultra-nationaliste d’Israël

Un sondage donne le parti Sionisme religieux à 13 sièges s’il était mené par Itamar Ben Gvir. D’où viennent ces votes et que disent-ils de la direction qu’Israël pourrait prendre ?

Cet article a été publié en anglais le 4 août dernier – avant qu’Itamar Ben Gvir ne décide de faire cavalier seul aux élections de novembre prochain.

Si vous êtes un politicien soucieux de prendre le pouls du pays avant une élection, rien ne vaut le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, pour ravir les curieux et les marchands qui s’agitent dans leurs étals et ses ruelles.

Le mois dernier, le marché a vu passer le député ultranationaliste d’extrême droite Itamar Ben Gvir, un homme condamné par le passé pour incitation à la haine raciale et qui, jusqu’à récemment, avait dans son salon la photo d’un homme qui a assassiné 29 personnes alors qu’elles priaient à Hébron.

Il a été salué avec enthousiasme.

La foule a scandé son nom et même chanté en l’honneur de celui qu’elle aimerait voir devenir Premier ministre. Nombre de clients du marché l’ont pris dans leurs bras, lui ont serré la main ou lui ont demandé des selfies.

Le marché Mahane Yehuda est un bastion bien connu de la droite, mais jusqu’à récemment, une visite du quadragénaire Ben Gvir n’aurait pas été l’objet de tant d’attention.

Mais un peu plus d’un an après son entrée à la Knesset dans le cadre de l’alliance d’extrême droite de Bezalel Smotrich pour le Sionisme religieux, les sondages montrent que Ben Gvir pourrait conduire le parti à une position très enviable à la Knesset. Ce n’est que dans la rue, ou dans le shouk, cependant, que ces chiffres prennent vie, chaque selfie étant le signe tangible du basculement politique d’Israël vers la droite.

Le député Itamar Ben Gvir, du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, visitant le marché de Mahane Yehuda à Jérusalem, le 22 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En 2019, au début d’une crise politique dont on se demande quand elle prendra fin, le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir était encore un paria politique.

Il avait en effet été exclu d’une coalition de partis religieux de droite, HaBayit HaYehudi et Union nationale, et s’apprêtait à prendre part à une autre élection sans perspectives d’entrer à la Knesset.

Trois ans plus tard, la situation a radicalement changé.

Le parti HaBayit HaYehudi, successeur du Parti national religieux, a presque totalement disparu et n’est plus représenté à la Knesset.

Le parti Yamina, qui a hérité de la base électorale de droite plus modérée de HaBayit HaYehudi, a pu offrir à son chef Naftali Bennett le poste de Premier ministre pendant un an.

Mais aujourd’hui, Yamina pourrait lui aussi disparaître, mécontent de la décision du gouvernement de s’allier avec le parti arabe Raam et laissé sans pilote suite au départ de Bennett.

Pendant ce temps, Ben Gvir culmine dans les sondages. Les transfuges de HaBayit HaYehudi et Yamina semblent s’être trouvé un nouveau port d’attache avec Sionisme religieux.

Le parti est régulièrement crédité de 10 sièges voire plus, contre six actuellement. Mais les sondages des médias israéliens sont à prendre avec prudence.

Bezalel Smotrich, leader du parti Sionisme religieux, à gauche, et Itamar Ben Gvir, du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, lors d’une tournée de campagne électorale au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, 4 jours avant les élections générales, le 19 mars 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un sondage particulièrement favorable à Ben Gvir, mené pour la Treizième chaîne, indique que le Sionisme religieux remporterait 13 sièges avec Ben Gvir à sa tête, trois de plus qu’avec Smotrich.

Un tel résultat ferait du Sionisme religieux, de ses suprémacistes juifs et de ses agitateurs d’extrême droite, le troisième plus grand parti du pays, selon les résultats du sondage.

Un autre sondage réalisé pour la Douzième chaîne, publié la semaine passée, créditait Otzma de sept sièges et le Sionisme religieux de quatre sièges si les deux partis se présentaient séparément.

Ces chiffres signalent clairement que l’organisation ultra-nationaliste de Ben Gvir est passée du statut de paria à celui d’atout politique en l’espace d’un mandat à la Knesset.

Très conscient du vent politique favorable à Ben Gvir, Smotrich a offert à son collègue et rival la direction conjointe d’une coalition de leurs deux partis.

Bien que des différends persistent entre eux, il semble qu’un accord soit imminent.

Un Kahaniste prudent

Le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir – le nom se traduit par Pouvoir juif – est le successeur idéologique du parti d’extrême droite et raciste Kach, fondé et dirigé par le rabbin Meir Kahane, assassiné en 1988 à New York.

Kach préconisait l’expulsion des citoyens arabes du pays et l’établissement d’une théocratie.

Kach et son mouvement dissident, Kahane Chai, ont tous deux été placés sur liste noire par Israël en 1994, après que son disciple Baruch Goldstein a massacré 29 Palestiniens en prière au Tombeau des Patriarches.

Ben Gvir affirme qu’Otzma ne s’inscrit plus dans le courant de politiques racistes et ségrégationnistes promues par Kach. Mais il dit aussi que son parti est fidèle à l’idéologie de Kach et Otzma se présente sans difficultés comme un groupe politique ultra-nationaliste et suprémaciste juif.

Des Israéliens se battent avec des Palestiniens alors que le député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir arrive pour ouvrir son « bureau parlementaire » dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 13 février 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Otzma revendique l’annexion de toute la Cisjordanie, mais sans accorder aux Palestiniens la citoyenneté israélienne, souhaite expulser d’Israël les citoyens arabes « déloyaux » – sans préciser par quelle politique cela se traduirait – et encourage les citoyens arabes en général à émigrer afin de renforcer le caractère juif d’Israël.

La profession de foi établie par le parti Otzma pour la campagne électorale de 2019 évoquait spécifiquement « l’élimination des ennemis d’Israël de notre pays ».

Ben Gvir reste vague dans sa définition de « l’ennemi ». Baruch Marzel, haut responsable du parti, a déclaré un jour qu’une « majorité » d’Arabes israéliens étaient des ennemis, mais pas tous. Il est aujourd’hui inéligible à la Knesset depuis une décision de la Cour suprême de 2019, pour incitation à la haine raciale.

Le parti met également l’accent sur la refonte du système judiciaire israélien afin de mettre l’accent sur les valeurs juives plutôt que sur les valeurs démocratiques, en particulier en ce qui concerne les droits des minorités.

Ces dernières années, le Sionisme religieux a, dans ses diverses incarnations, navigué vers des eaux idéologiques plus extrêmes tandis qu’Otzma a atténué les politiques et discours ouvertement racistes de ses prédécesseurs kahanistes. Au final, les deux partis occupent le même terrain politique.

Mais les racines idéologiques plus extrémistes d’Otzma, en particulier en ce qui concerne la suprématie juive en Israël, lui confèrent un plus grand attrait aux yeux de ceux qui ont des croyances ouvertement ethnonationalistes.

Son discours en faveur de l’émigration arabe et de l’expulsion des citoyens arabes « déloyaux » est assez unique – le Sionisme religieux ne le préconise généralement pas et n’en fait même pas mention -, qui attire à lui les éléments extrémistes de l’électorat.

Ces dernières années, Ben Gvir s’est montré extrêmement prudent dans ses prises de parole, afin de conserver son éligibilité à la Knesset.

Toute la difficulté consistant à exposer son idéologie extrémiste sans verser dans l’incitation à la haine est apparue, vendredi, lors de sa balade au marché.

Alors que les sympathisants du parti scandaient « mort aux terroristes » – Ben Gvir et d’autres membres de la droite plus modérée ont fait pression pour l’instauration de la peine capitale dans les affaires de terrorisme – un homme a crié « mort aux Arabes ». Cela n’a pas plu au leader d’Otzma, qui lui a ordonné sans ménagement de revenir au slogan officiel.

Il a ensuite déclaré à la Douzième chaîne que cela faisait des années qu’il n’avait pas scandé de tels mots ni promu la politique dite de « transfert » de Kahane.

« Je n’ai plus 16, 20 ou 25 ans… J’avais tort quand je disais que tous les Arabes devaient être expulsés », a-t-il assuré.

La plupart des Israéliens ont entendu parler de Ben Gvir pour la première fois en 1995, lorsque le leader extrémiste de la jeunesse, alors âgé de 19 ans, a arraché le macaron Cadillac de la voiture du Premier ministre, Yitzhak Rabin. Exhibant son butin, Ben Gvir s’était vanté devant les caméras : « Nous avons eu la voiture. Nous aurons aussi Rabin. »

Quelques semaines plus tard, Rabin était assassiné par un extrémiste de droite.

Avocat spécialisé dans la défense des extrémistes de droite, Ben Gvir a grandi dans une famille traditionnelle sur le plan religieux, mais pas strictement pratiquante, dans la ville bourgeoise de Mevasseret Zion.

Dans son premier discours à la Knesset en 2021, Ben Gvir a expliqué comment ses opinions de droite avaient germé, pendant sa jeunesse, en pleine Première Intifada. Il est vite devenu un ardent opposant aux Accords d’Oslo et, après le lycée, il a étudié à la Yeshiva de l’Idée Juive créée par Kahane.

Ces affiliations et son activisme d’extrême droite l’ont naturellement conduit à une carrière politique avec des partis politiques d’extrême droite. Il est devenu l’assistant parlementaire du député Michael Ben-Ari (19eme Knesset), qui a fondé le précurseur d’Otzma Yehudit, Otzma LeYisrael, en 2012.

Ben Gvir est devenu chef de facto du parti en 2019 lorsque Ben Ari et Marzel ont été déclarés inéligibles à la Knesset par la Cour Suprême.

Ben Gvir lui-même a plusieurs condamnations pénales à son actif. En 2007, il a été reconnu coupable d’incitation au racisme et de soutien à une organisation terroriste pour avoir brandi des pancartes lors d’une manifestation sur lesquelles on pouvait lire « Expulsez l’ennemi arabe » et « Kahane avait raison », un slogan suprémaciste juif approuvant la proposition de Kach de nettoyer ethniquement Israël de ses citoyens arabes.

Le jeune Itamar Ben Gvir avec le macaron de la voiture du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, dans une interview d’octobre 1995. (Capture d’écran : YouTube/IBA)

Jusqu’en 2020, Ben Gvir avait une photo du terroriste juif Goldstein dans son salon. Il a déclaré l’avoir retirée en janvier 2020 lorsqu’il s’est aperçu que cela pouvait lui nuire –  Bennett avait cité la photo comme motif pour refuser une fusion Yamina-Otzma Yehudit. Il n’a pas renié son adoration pour Goldstein, tué lors de l’attaque.

Ben Gvir est également un provocateur-né, qui s’est fait une spécialité d’organiser des manifestations dans des lieux sensibles, afin de contrarier les Arabes israéliens et résidents palestiniens de Jérusalem-Est.

L’incident le plus grave a peut-être eu lieu au début du mois de mai 2021. Alors que les tensions dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, se cristallisaient autour de l’expulsion imminente de familles palestiniennes, Ben Gvir s’est invité dans le conflit en installant un bureau parlementaire de fortune avec son collègue d’extrême droite Bentzi Gopstein, chef de l’organisation raciste suprémaciste juive Lehava.

Le bureau, constitué d’une table pliante et de quelques chaises installés sous un auvent, sur un trottoir, faisait face à l’endroit où les manifestants se réunissaient pour protester contre les expulsions et organisaient des repas d’iftar, la nuit, pour rompre le jeûne de Ramadan.

Ben Gvir et Gopstein ont fait venir des sympathisants d’extrême droite et une émeute a éclaté lorsque l’un de ces derniers a pulvérisé ce qui semblait être du gaz poivré à la table de l’iftar palestinien.

Les responsables du renseignement ont averti que le Hamas tirerait des roquettes sur Jérusalem si Ben Gvir ne partait pas, ce qu’il a fini par faire, sur pression du Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu. Quelques jours plus tard, le Hamas tirait des roquettes sur Jérusalem, en représailles aux tensions à Cheikh Jarrah et à l’action de la police sur le mont du Temple, déclenchant 11 jours de combats intenses.

Le député Itamar Ben Gvir aux côtés du président de Lehava, Benzi Gopstein, dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 6 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Au cours des combats, le chef de la police Kobi Shabtai a accusé Ben Gvir d’encourager dangereusement les violences intercommunautaires en faisant venir des bus remplis de sympathisants de Lehava dans des villes à population mixte, telles que Lod, Ramle ou Akko, qui ont connu l’un des pires épisodes de violences de toute l’histoire d’Israel.

Ben Gvir n’a pas modifié son attitude provocatrice depuis son entrée à la Knesset, s’en prenant régulièrement et avec véhémence aux députés arabes ou de gauche.

En juillet 2021, Ben Gvir s’est querellé avec les Gardes de la Knesset lorsqu’on lui a demandé de se retirer pour avoir qualifié le député de la Liste arabe unie, Ahmad Tibi, de terroriste. En octobre, lui et le chef de la Liste arabe unie se sont disputés dans un couloir d’hôpital, et en juin de cette année, les deux hommes ont failli en venir aux mains à l’intérieur du plénum de la Knesset.

Au-delà de la peine de mort, qu’il aimerait ajouter au code pénal israélien, Ben Gvir nourrit des projets de réforme judiciaire. Le chef d’Otzma, avec d’autres députés de droite, a soumis à deux reprises un projet de loi ayant vocation à donner au gouvernement et à la Knesset un contrôle total du processus de sélection des juges de la Cour suprême, sans la participation de juges ou d’avocats comme cela se fait actuellement.

Les Israéliens de droite considèrent depuis longtemps la Cour Suprême comme un bastion de la gauche. En y installant des juges plus favorables aux causes de la droite, Otzma espère refaire la Cour à son image idéologique, en donnant au caractère juif d’Israël une valeur supérieure à ses principes démocratiques.

Mizrahim mécontents et jeunes ultra-orthodoxes

Deux grands types d’électeurs semblent préférer Ben Gvir à Smotrich : les Mizrahim et les ultra-orthodoxes.

Les Juifs Mizrahi, d’origine moyen-orientale ou nord-africaine, sont généralement de droite et certains sont probablement attirés par le chauvinisme d’Otzma, en particulier les jeunes électeurs déçus par le statu quo.

Le sondage de la Treizième chaîne indique que deux des sièges supplémentaires que gagnerait le parti Sionisme religieux avec Ben Gvir à sa tête, proviendraient du Likud, le parti traditionnel des électeurs Mizrahi depuis 1977, dont beaucoup sont issus de milieux ouvriers et vivent loin des grands centres économiques.

Les jeunes Mizrahi « estiment que personne ne pense à eux, qu’ils n’ont pas voix au chapitre et qu’ils ne pourront ni accéder à la propriété ni obtenir d’emploi bien rémunéré », explique la professeure Tamar Hermann, chercheuse principale à l’Institut israélien de la démocratie.

Peut-être y-a-t-il également un élément identitaire en jeu. Ben Gvir est lui-même un Juif Mizrahi, qui a grandi dans une famille traditionnelle, ce qui le rend plus attrayant et d’un contact plus aisé que Smotrich, qui, comme le chef du Likud Netanyahu, est d’origine européenne.

Ben Gvir pourrait également obtenir le soutien de jeunes ultra-orthodoxes, dont une grande partie se révèle de plus en plus nationaliste et ethnocentrique, selon Moshe Hellinger, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Bar-Ilan.

Le fait que Ben Gvir soit très religieux signifie que, même si voter pour Otzma constitue une rébellion par rapport aux instructions données par les principaux rabbins ultra-orthodoxes de voter pour des partis ultra-orthodoxes, son parti reste un parti religieux avec des valeurs théocratiques juives fortes.

Des Juifs ultra-orthodoxes du groupe hassidique Satmar, dirigé par le rabbin Zalman Leib Teitelbaum, attendant son arrivée dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem, le 20 janvier 2013 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90, File)

Selon Hermann, la croyance fermement ancrée dans la société ultra-orthodoxe du caractère élu du peuple juif correspond parfaitement à l’affirmation d’Otzma de la suprématie juive en Israël.

Ce qu’émane de Ben Gvir est indéniablement un atout, note Yisroel Cohen, journaliste ultra-orthodoxe et commentateur pour la station de radio Kol Barama.

« Il dégage quelque chose d’unique, beaucoup d’énergie : il a le contact facile avec les jeunes, on le voit dans la rue, venir à la rencontre des gens », explique Cohen, ajoutant que les politiciens des partis ultra-orthodoxes sont généralement plus âgés et moins charismatiques.

Le député Moshe Gafni, à gauche, avec son collègue Meir Porsuh de Yahadout HaTorah à la Knesset, le 22 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Ben Gvir est également très attentif aux demandes d’aide du grand public, quelle que soit la question, et il répond souvent lui-même aux messages WhatsApp, même émanant de jeunes hommes ultra-orthodoxes.

Ce contact facile et direct fait beaucoup pour renforcer sa popularité parmi les ultra-orthodoxes, conclut Cohen.

Ben Gvir intervient souvent très vite suite aux attentats terroristes, là où les députés ultra-orthodoxes se tiennent généralement en retrait. Ce fut encore une fois le cas lors des deux derniers attentats dans les villes ultra-orthodoxes de Bnei Brak et Elad.

Un refuge pour les déçus de Yamina

Les sondages montrent que le parti Sionisme religieux recueillerait toujours suffisamment de voix pour être l’un des plus grands partis de la Knesset, même avec Smotrich à sa tête.

L’effondrement de Yamina est pour beaucoup dans ce regain de popularité, tout comme l’absence d’une alternative religieuse de droite plus modérée, qui plairait à certains électeurs sionistes religieux.

La participation de Yamina à un gouvernement comptant des partis arabes et de gauche a littéralement fait voler le parti en éclat et lui a aliéné une grande partie de ses électeurs, dont certains se tournent vers l’ancien partenaire de Yamina à l’extrême droite.

Tikva Hadasha, mené par le nationaliste Gideon Saar, aurait pu s’attirer certains de ces électeurs sans parti, mais il a choisi de pencher vers le centre-gauche en s’alliant au parti Kakhol lavan de Benny Gantz.

Les ministres participent à une réunion spéciale du gouvernement sur le plateau du Golan, le 26 décembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Au-delà de la carte politique elle-même, Herman relève que le « nationalisme chauvin » est en hausse en Israël à titre général.

Le pourcentage d’Israéliens juifs qui pensent qu’en Israël, les Juifs devraient bénéficier de davantage de droits que les non-Juifs, est passé de 25% en 2015 à 42% en 2021, selon des données de l’Institut israélien de la démocratie.

Cette tendance est particulièrement marquée chez les électeurs ultra-orthodoxes, sionistes religieux et religieux traditionnels auxquels Ben Gvir s’adresse.

Le parti pourrait également surfer sur la vague de soutien issue des émeutes et des violences entre Juifs et Arabes qui ont secoué de nombreuses villes mixtes en mai 2021, radicalisant des parties de la droite israélienne, y compris les électeurs traditionnels Mizrahi qui peuplent bon nombre des villes les plus touchées.

Les émeutes, qui ont donné lieu à des attaques à la bombe incendiaire contre des synagogues, des maisons et des entreprises, ont probablement donné un coup de pouce à la rhétorique d’Otzma sur la population arabe implacablement hostile.

Ben Gvir s’est lui-même rendu sur le terrain à Lod, Ramle, Akko et ailleurs pendant les émeutes. Il y est allé, accompagné de centaines de militants de l’organisation d’extrême droite suprémaciste juive Lehava, dirigée par l’ex-candidat à la Knesset d’Otzma, le rabbin Bentzi Gopstein, dans le but de mener des contre-manifestations.

La participation du parti islamiste arabe Raam au gouvernement sortant a peut-être été historique en tout point, mais elle a également donné à Ben Gvir et d’autres membres de l’opposition des armes pour s’en prendre sans relâche à un gouvernement qui « compte sur les Arabes », à la fois dans le parti Raam et dans le parti de gauche Meretz.

Le député Itamar Ben Gvir interrompt une conférence de presse du député Mansour Abbas, chef du parti Raam, à la Knesset, le 11 mai 2022. (Crédit :Olivier Fitoussi/Flash90)

Les membres de Raam et du Meretz se sont opposés à la tentative du gouvernement de reconduire la loi sur la citoyenneté, qui empêche les conjoints palestiniens de citoyens israéliens d’obtenir la résidence ou la citoyenneté en Israël. Ces députés ont également contribué à empêcher la prorogation de la loi qui garantit les droits civils israéliens aux résidents d’implantations en Cisjordanie, donnant à Ben Gvir l’occasion d’affirmer qu’il avait eu raison d’exclure les partis arabes du processus politique.

Cela a laissé toute latitude à Ben Gvir pour dénoncer les partis de droite – Yamina et Tikva Hadasha en tête – qui ont coopéré avec des députés arabes, et sans doute s’attirer certains de leurs anciens électeurs.

Aryeh Eldad, ex-chef du défunt parti d’extrême droite Otzma LeYisrael, précurseur d’Otzma Yehudit, pense que les électeurs de droite qui ont voté pour Yamina et Tikva Hadasha se sont sentis trahis et souhaitent aujourd’hui voter pour un parti dont ils savent qu’il ne coopérera jamais avec les partis arabes.

(De droite à gauche) Michael Ben Ari, Aryeh Eldad, Baruch Marzel et Aryeh King présentent leur nouveau parti politique « Le pouvoir en Israël » lors d’une conférence de presse à Jérusalem, le 13 novembre 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le Likud tente aujourd’hui de cacher son intérêt pour une alliance avec Raam – Netanyahu a courtisé le parti après les élections de 2021 – mais Eldad a déclaré que les électeurs s’en souviendraient, et que des sympathisants ou adhérents du Likud pourraient passer au Sionisme religieux à cause de cela.

Merci, Netanyahu

Tout comme les pourparlers de Netanyahu avec Raam ont normalisé le principe d’une alliance avec ce parti, permettant à Bennett et au Premier ministre Yair Lapid de courtiser les islamistes, l’ex-Premier ministre a peut-être également ouvert la voie à l’ascension de Ben Gvir.

En 2019, avant le premier des cinq scrutins qui allaient suivre, Netanyahu a travaillé sans relâche pour que les partis sionistes religieux s’allient à Otzma, que même ces partis de la droite dure évitaient alors comme la peste. Netanyahu craignait que les suffrages des électeurs de droite favorables à Ben Gvir ne terminent à la poubelle, au lieu de renforcer la droite.

À l’époque, Netanyahu avait promis au parti HaBayit HaYehudi deux postes ministériels et réservé une place sur sa liste à un candidat d’HaBayit HaYehudi.

Photo de gauche : Benjamin Netanyahu prononce un discours lors du rassemblement électoral du parti Likud à Ramat Gan, le 29 février 2020. (Crédit : Gili Yaari/Flash90) ; photo de droite : Itamar Ben Gvir, chef du parti Otzma Yehudit, tient une conférence de presse à Jérusalem le 26 février 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Netanyahu a popularisé et renforcé Ben Gvir, il lui a donné une légitimité : c’est un jalon très important », assure Hellinger.

Il s’est également attiré de vives critiques, y compris de la part de l’American Israel Public Affairs Committee, qui a qualifié la fusion de « répréhensible ».

Netanyahu aurait fait de même lors d’élections ultérieures et, selon les médias israéliens, aurait récemment repris son rôle d’entremetteur entre Smotrich et Ben Gvir, afin de les réconcilier.

En février 2021, après son dernier mouvement en direction d’Otzma, Netanyahu a indiqué que même s’il faisait un jour partie de sa coalition, Ben Gvir ne serait « pas apte » à être ministre.

Avec la perspective de 13 sièges obtenus grâce au nom de Ben Gvir, les électeurs du prochain scrutin pourraient ne pas voir les choses de la même manière.

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