Daniel Levi se confie après la sortie d’un nouvel opus qui fait déjà l’unanimité
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Daniel Levi au piano. (Crédit : Anne-Sophie Guebey)
Daniel Levi au piano. (Crédit : Anne-Sophie Guebey)
Interview

Daniel Levi se confie après la sortie d’un nouvel opus qui fait déjà l’unanimité

Le chanteur juif français, voix d’Aladdin et de Moïse, sort « Grâce à toi », un album niché entre jazz, soul et groove

Né en Algérie en 1961, Daniel Levi a passé toute son enfance à Lyon où il a étudié le piano pendant plus de dix ans. C’est dans ces années de formation au conservatoire, au contact des plus grands noms du répertoire classique que le musicien a acquis la technique qui fait sa patte, dans l’univers de jazz et de soul de ses albums.

Les piano bars, les tournées et les rencontres avec des artistes renommés ont fait le reste. Son premier album « Cocktail » est sorti en 1983, déjà essentiellement composé de jazz et de soul musique. Cinq ont suivi, jusqu’à ce 7e opus auquel le public et la presse réservent actuellement un très bel accueil.

Daniel Levi, c’est aussi une voix, et quelle voix ! Après un rôle dans la comédie de Catherine Lara « Sand et les romantiques » (1991), il a été engagé par les studios Disney pour interpréter, en duo, le générique de fin d’Aladin, « Ce rêve bleu ». Il fut la voix d’Aladdin et celle de Moïse dans la comédie musicale « Les Dix Commandements » : voilà pour le côté show-biz de sa force.

Daniel Levi est le père de trois enfants né d’une union précédente : Abel, Raphaël et Rivka. Il vit aujourd’hui à Marseille.

Mais Daniel Levi est aussi et surtout un musicien qui n’a jamais rien abdiqué de son art et de son univers auxquels le public est resté fidèle depuis ses débuts. Formidablement accueilli par les médias, son nouvel album « Grâce à toi » est une petite merveille nichée entre jazz, soul et groove. Rencontre.

The Times of Israël : Les médias, nombreux à saluer votre actualité, laissent percevoir qu’à la tendresse pour l’homme s’ajoute l’admiration que suscite depuis longtemps le travail de l’artiste. Vous avez un jour déclaré : « J’aurais pu jouer davantage le jeu de l’industrie du disque mais il était temps de faire entendre ma musique ». L’accueil réservé à vos albums, tant par les professionnels que par le public, ne montre-t-il pas que votre authenticité a payé ?

Daniel Levi : Il est en effet formidable de voir l’accueil réservé à ce nouvel opus. J’ajouterai que c’est particulier à cet album : jusqu’à présent, le public a toujours répondu présent mais les médias se montraient plus discrets. Ma ligne de conduite qui, en effet, a consisté à « rester droit dans mes bottes », en suivant mon cheminement de musicien fidèle à son univers – sans céder au chant des sirènes de l’industrie du disque, sans être formaté par les nécessités de la mode – fait de moi un artiste singulier qui suscite l’intérêt. Peut-être avons-nous aujourd’hui encore davantage besoin de l’authenticité dont vous me gratifiez. Je fais partie de ces artistes-là et il est très agréable que mon travail soit écouté et plébiscité de cette façon.

Dans l’émission « Stars à nu », vous avez récemment livré un témoignage émouvant sur les complications qui ont suivi votre cancer du colon diagnostiqué tardivement. Il n’est pas dans vos habitudes de vous épancher de façon intime. Est-ce là la manifestation du souci de l’autre ?

J’ai été sollicité pour témoigner et j’ai accepté. Je l’ai ressenti comme une nécessité, un devoir. Je n’ai pas, c’est vrai, pour habitude de me répandre sur ma vie privée. Si ma notoriété et l’affection du public ont pu sensibiliser à l’importance du dépistage, alors je serai heureux d’avoir livré ce témoignage…

En novembre dernier, dans l’émission « Mask Singer », les téléspectateurs ont découvert votre visage sous le déguisement d’un robot. On a pu lire que cette émission avait eu sur vous des effets très positifs. Est-ce parce que camper un robot doté d’une telle veine de groove et de soul constituait le défi que vous avez magistralement relevé ?

Merci pour vos compliments ! Cette aventure qui m’a porté six semaines en prime time devant des millions de téléspectateurs, m’a permis de chanter le répertoire d’artistes que j’avais choisis – Stevie Wonder, Earth Wind & Fire, Léo Ferré…. Cela a été un véritable bonheur pour moi. En avançant à couvert sous ce déguisement de robot, par définition très rigide, j’ai eu en effet la possibilité de laisser libre cours à ma sensibilité. Ce paradoxe était très intéressant. De son côté, le public a pu, sans a priori, voter pour moi de semaine en semaine. Pouvoir faire cette émission a vraiment été pour moi un ravissement.

J’encourage à emprunter une voie qui serait celle de la relation à Dieu

Vous avez incarné Moïse il y a une vingtaine d’années, peu de temps après avoir décidé de devenir Shomer Shabbat [observer les commandements associés au Shabbat, le jour de repos hebdomadaire qui commence le vendredi soir au coucher du soleil pour se terminer le lendemain aussi au coucher du soleil]. Dans quelle mesure l’univers du show-biz est-il « compatible » avec la pratique du judaïsme ?

Ce qui m’est arrivé, au moment des « Dix Commandements », avec le choix cornélien de rester intègre face à mes convictions ou de saisir l’opportunité professionnelle qui m’était proposée, a été compliqué. Il y avait en jeu une décision d’homme juif qui, tout à coup, était mis au pied du mur, confronté à la sincérité de ses choix. Cela a été, je l’ai dit, très compliqué mais je suis allé au bout de mes convictions. Cette décision a été très personnelle.

Respecter Shabbat est certes un choix qui conditionne toute la vie mais il aide à réaliser de belles choses dans le cheminement propre de chaque individu. J’encourage à emprunter une voie qui serait celle de la relation à Dieu : c’est une relation forte, qui supplante toutes les autres. Je peux comprendre que la passion de la musique, intense, vive, quasi-vitale, puisse instiller des doutes et des regrets. Pour ma part, j’avais pris ma décision avec bonheur, même si elle m’avait conduit dans un premier temps à être évincé du projet. J’ai été rappelé et j’ai pu connaître le succès tout en étant libre de mes choix…

Venons-en à ce très bel album dont, crise sanitaire oblige, vous avez été le grand ordonnateur pendant le confinement. Comment avez-vous travaillé avec Marc Elya, Frédéric Zeitoun et Ralph Adamson qui ont écrit les textes ?

Compte-tenu des circonstances très particulières, j’ai été seul maître à bord ! J’ai composé les chansons, je les ai arrangées et j’ai réalisé l’album. Les musiciens me faisaient parvenir leur partie que je retravaillais au fur et à mesure. Cela a été un échange constant. J’ai également travaillé avec Didier Hayat qui était à l’œuvre pour le mixage. Tout ce travail relève d’un consensus.

Je viens de l’univers du classique où la musique porte en elle tant de choses qu’elle conduit d’emblée les auteurs à écrire dans le même sens. J’avais également donné des détails très précis sur ce que j’avais envie de dire, ce qui leur a permis d’approcher au plus près les sentiments et les émotions que ma pudeur m’empêche encore parfois de coucher sur le papier…

Cet album n’est-il pas l’exact reflet de votre univers musical situé entre jazz, groove et soul music ? C’est très « ambiance club de jazz »…

Dans les clubs, les music-hall et les piano-bars de palaces, je me suis frotté à l’exercice de la chanson internationale. J’ai plusieurs registres et j’aime chanter sous des formes et des genres différents. Ma musique est multiple. Il est vrai que j’ai des affinités avec la soul music, le jazz et la world. C’est ce que j’ai fait sur cet album, de façon explicite.

Fort de ce que j’ai connu, j’avais envie de reconstituer une sorte de club de jazz, avec un son donnant le sentiment que le public est là, devant la scène. J’aime l’échange naturel que nous avons instauré à travers ces enregistrements.

Même si dans le très beau titre : « Vivre aux éclats », vous chantez : « Des apparences, des performances, je me moque éperdument », il faut dire que votre voix est intacte. C’est important, s’agissant de celui que l’on désigne comme l’une des plus belles voix du répertoire français. Et le vif désir qu’avait manifesté Michel Legrand d’avoir un jour l’occasion de retravailler avec vous le prouve… De même que la décision de Gloria Gaynor qui, dans les années 1980, vous avait confié sa première partie, pour votre premier album…

Il y a en moi à la fois l’artiste tout entier tourné vers sa passion et l’homme désireux de constamment faire ses preuves et qui, souvent, fut traversé de doutes et de remises en question. « Faire l’artiste » était-il mon cheminement ? Chaque fois que je me suis posé la question, une réponse s’est présentée : ce fut Michel Legrand pour qui j’ai auditionné et avec lequel j’ai enregistré des chansons qui restent des souvenirs impérissables et Gloria Gaynor, effectivement, avec laquelle j’ai parcouru l’Europe. Je faisais sa première partie, avant un duo avec elle. Ce sont de grandes rencontres comme celles-ci qui m’ont convaincu de continuer.

On a peur, on prie, on ne doute pas mais on Le supplie…

Très forte, la chanson « L’épreuve » dit : « L’épreuve, c’est de douter ». A-t-elle fait douter l’homme de foi qui ne « savait pas à qui s’en prendre » ?

Quand l’épreuve montre ce qu’elle a de plus difficile à vivre, avec dans son sillage la souffrance physique et, quand bien même on est entouré, l’isolement moral, on est en face de son Créateur. Il n’y a que Lui qui peut vous sortir de là. On le dit avec force, on a peur, on prie, on ne doute pas mais on Le supplie… Dans cette chanson, les mots en disent long sur ce moment difficile où l’on est face à soi-même et surtout, en relation directe avec son Créateur qui vous envoie l’épreuve, qui peut l’adoucir, voire la supprimer. Ce n’est pas du doute, c’est de la fragilité…

« Si on peut », message écologique que vous aviez livré sur un single, figure dans l’album…

Je me sens évidemment extrêmement concerné en tant que citoyen du monde par l’avenir de la planète que nous laissons en héritage à nos enfants. C’est un message de résistance, de soutien et de dénonciation face aux abus.

En écoutant « Sur ma vie », on pense à votre épouse Sandrine Aboukrat, à laquelle vont vos remerciements, notamment en souvenir du synthé qu’elle a fait transporter jusqu’à vous en réanimation…

Sandrine est mon ange gardien. Elle a traversé avec moi des moments très difficiles. C’est une femme exemplaire et une professionnelle qui est en train de faire sa place dans le show business. Elle est pour moi un soutien de tous les jours. L’anecdote du piano qu’elle a transporté jusqu’à moi en réanimation est un exemple parmi d’autres. Elle a fait preuve de beaucoup d’imagination, de force et d’énergie pour m’aider à traverser le pire et le meilleur… La chanson « Sur ma vie » lui est dédiée.

Le titre « Le temps d’aimer » est-il une réponse, douce et sans malice, imprégnée de maturité, de réflexion et de recul, à « L’envie d’aimer », titre phare des « Dix Commandements » ?

Il y a, dans la question, tout ce que j’aurais envie de dire ! Après l’envie, il faut passer à l’action : profitons de la vie, de la conscience que nous avons d’être en vie pour dire à ceux qui nous entourent que nous les aimons, pour aimer et pour être aimé.

L’amour, sous toutes ses formes, a souvent été le thème central de votre œuvre. Cet album, « Grâce à toi » porte le titre de l’une des chansons, très romantique qui y figure. À qui s’adresse Daniel Levi ?

« Grâce à toi » traduit la volonté d’être dans la reconnaissance, le remerciement, la gratitude absolue envers ce qui nous arrive, le mauvais comme le bon. Quand on essaie, avec les années, de hisser son niveau de conscience, on comprend que rien ne nous est dû et que tout est un cadeau. C’est à ce moment-là que l’on est à même de comprendre aussi que les autres sont là, en même temps que nous, sur cette terre et qu’ils partagent ce moment de vie, ce passage et ce partage. C’est cet autre qui vous donne la réponse, vous sourit, vous fait exister. J’ai connu de près le personnel hospitalier : il y a là-bas beaucoup d’humanité, avec des gens qui dédient leur vie aux autres, en prenant des risques. Dans cette chanson, je les remercie et je remercie mes parents, mes enfants, ma femme et en premier lieu, Lui, Celui qui guide nos pas et nous aide à avancer. Je n’oublie pas le public, toujours présent et tous ceux qui, toutes confessions confondues, ont prié pour moi, tous ces anonymes qui me sont chers.

Je suis heureux, à travers mes chansons, de pouvoir apporter de la fraîcheur, des encouragements et de la force

La chanson « Marche », dynamique et entêtante, et le titre qui clôt l’album, « Je vais bien », ne traduisent-ils pas à l’unisson la volonté farouche de dépasser l’épreuve ? Incarnent-elles une forme de résilience ?

Cet album est salué pour sa dose d’optimisme et d’énergie positive. On dit de lui qu’il est lumineux. Rien ne pouvait me rendre plus heureux parce que cela, on ne peut pas le préméditer à ce point. On peut certes avoir envie d’être dans la résilience, en parlant de l’épreuve avec une note d’optimisme et en terminant par « Je vais bien » pour que l’attraction positive s’exerce mais de là à sortir de cet album avec un sentiment de quiétude et de sérénité, je dois dire que c’est pour moi une réussite. Je suis heureux, à travers mes chansons, de pouvoir apporter de la fraîcheur, des encouragements et de la force.

La sérénité et la légèreté, unanimement perçues dans votre album et ce, malgré la gravité de certains thèmes, doivent sans doute beaucoup à votre volonté de ne pas cantonner les sujets douloureux à une musique triste. Est-ce la raison pour laquelle chacun peut l’écouter à sa façon, en fonction de l’humeur du moment ?

Chacun peut s’approprier les sujets évoqués dans ces chansons. Tout le monde connaît des difficultés ou traverse des épreuves ou a des proches qui sont dans ce cas. Mais tout le monde a envie d’avancer, d’aller de l’avant, de marcher, avec la perspective que des jours meilleurs arriveront. C’est, en cela, un album populaire.

Vous étiez en concert en Israël en 2019. Quand tout sera rentré dans l’ordre, y chanter ce magnifique dernier album figure-t-il dans vos projets ?

Enregistrer des chansons, c’est, pour un artiste, leur donner une forme qui n’est pas celle, définitive, qu’elles n’acquièrent que sur scène, avec les composantes du public, du moment, du lieu, des musiciens… Une chanson a besoin de recul et de temps pour s’installer. Il me tarde de remonter sur scène. Israël a été une tournée fantastique et l’accueil que nous y avons reçu a été formidable dans chacune des villes où j’ai chanté. Ce sera bien sûr une joie de pouvoir remonter sur scène en Israël.

L’on ne saurait terminer autrement cet entretien qu’en vous adressant, au nom des lecteurs, nos voeux sincères de Refoua Chelema… [rétablissement définitif]

Merci pour vos vœux. À très bientôt sur notre Terre Promise. Je vous embrasse tous.

Daniel Levi, « Grâce à toi » (Kol Peper Music) en téléchargement sur toutes les plateformes, en commande en ligne et dans tous les points de vente habituels.

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