Dans la roue de l’équipe Israel Start-Up Nation, sur son premier Tour de France
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  • Daniel Martin de l’équipe Israel Start-Up Nation lors de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, le 29 août 2020. (Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)
    Daniel Martin de l’équipe Israel Start-Up Nation lors de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, le 29 août 2020. (Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)

Dans la roue de l’équipe Israel Start-Up Nation, sur son premier Tour de France

Si les coureurs bleus et blancs ont peu de chance de remporter le Tour cette année, leur participation en tant que première équipe israélienne n’en est pas moins historique

Journaliste

NICE (France) – Encouragés par leur slogan « Yalla Israel Start-Up Nation », les huit coureurs – dont un Israélien – de la première équipe israélienne à participer au Tour de France ont pris le départ samedi, sous une pluie battante et devant un public réduit, à Nice.

Ce lundi, sur la troisième étape entre Nice et Sisteron, sur un parcours vallonné de nature à inspirer baroudeurs et sprinteurs, le Français Hugo Hofstetter, membre d’Israel Start-Up Nation (ISN), 26 ans, est arrivé 4e, derrière Caleb Ewan, Sam Bennett et Giacomo Nizzolo. Le coureur, qui participe au Tour pour la première fois, s’est dit être content pour l’équipe et optimiste pour la suite, bien que déçu de ne pas avoir gagné.

L’équipe bleue et blanche est menée par l’Irlandais Dan Martin, 34 ans, double vainqueur d’étape sur le Tour de France, dont le départ était incertain il y a encore quelques jours en raison d’une fracture du sacrum survenue le 14 août dernier sur le Critérium du Dauphiné. Outre Martin et Hofstetter, elle compte également dans ses rangs le sprinteur allemand André Greipel, 38 ans et 11 succès d’étapes sur le Tour ; l’Allemand Nils Politt, 2e de Paris-Roubaix 2019 ; les Belges Ben Hermans et Tom Van Asbroeck ; le Letton Krists Neilands ; et l’Israélien Guy Niv.

Riche en chutes en raison d’une chaussée rendue très grasse par les intempéries survenant après la longue période sèche de l’été sur la Côte d’Azur, la première étape de samedi n’a pas épargné l’équipe. Mais, si trois coureurs – André Greipel, Nils Politt et Been Hermans – ont chuté, tous ont on pu repartir le lendemain après des examens médicaux, qui ont révélé qu’ils ne souffraient que de légères blessures.

Après les deux étapes de ce week-end et d’aujourd’hui, le premier coureur de l’équipe israélienne au classement général est Krists Neilands, 56e. Le Français Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) et l’Anglais Adam Yates (Mitchelton-Scott) sont en tête. Le Tour prendra ce mardi la direction des Hautes-Alpes lors de la 4e étape entre Sisteron (478 mètres d’altitude) et la station de ski d’Orcières-Merlette (1 825 mètres d’altitude), sur un parcours de montagne long de 160,5 km, qui devrait révéler l’état de forme des uns et des autres.

Andre Greipel (au centre), coureur allemand de l’équipe Israel Start-Up Nation, se relève après une chute lors de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, le 29 août 2020. (Crédit : Marco BERTORELLO / POOL / AFP)

S’ils ont peu de chance de remporter le Tour, la participation d’Israel Start-Up Nation, en tant que première équipe israélienne, n’en est pas moins historique.

Alors que son meneur, Dan Martin, a annoncé ne pas nécessairement viser le top 10, dans lequel il s’est classé à trois reprises (6e en 2017) sur ses huit participations à la course, l’objectif annoncé des huit cyclistes est plutôt de remporter au moins une étape.

« Je n’étais pas certain de pouvoir courir le Tour, mais ma récupération a été incroyablement rapide », a-t-il expliqué quelques jours avant le départ, en référence à sa blessure sur le Dauphiné. « J’étais déjà sur mon vélo lundi dernier. C’était un peu inconfortable… mais le cyclisme est toujours inconfortable. […] Je ne mettrai pas longtemps à rouler devant et à batailler pour gagner une étape. Bien avant cette blessure, nous avions déjà décidé de privilégier les étapes plutôt que le classement général. »

« Dan est, bien sûr, notre leader en montagne », explique Eric Van Lancker, directeur sportif de l’équipe. « Ben et Krists auront quelques jours libres pour rejoindre une échappée dans les montagnes, pour tenter de remporter des étapes. Les autres jours, ils seront les principaux aides dans les montagnes. Pour le sprint pur, sur le plat, nous avons un leader : André. Tom sera sa troisième roue dans les sprints, et Hugo cherchera les étapes légèrement plus vallonnées avec un sprint à la fin et, bien sûr, une bonne échappée. Nils peut également faire une échappée sur certaines étapes – en aidant également les gars dans le sprint. »

Sylvan Adams, homme d’affaires et cycliste milliardaire israélo-canadien, fait du vélo avec les membres de son équipe Israel Start-Up Nation au vélodrome de Tel Aviv, le 5 juin 2020. (Crédit : Emmanuel DUNAND / AFP)

En amont de la course, l’homme d’affaires israélo-canadien Sylvan Adams, propriétaire de l’équipe avec Ron Baron, a déclaré que leur participation au Tour était « un moment de fierté pour Israël, pour le sport israélien et pour [lui] ». Il se réjouit également grandement de compter dans l’équipe le premier coureur Israélien sur le Tour.

« Nous espérons que cet accomplissement inspirera la prochaine génération de jeunes Israéliens à se lancer dans le cyclisme », a quant à lui souligné le co-fondateur de l’équipe, Ron Baron. « Nous avions rêvé de ce moment lorsque nous avons fondé l’équipe il y a cinq ans. Mais nous aspirons à plus que la gloire de la course sur le Tour de France. Nous voulons que chaque enfant en Israël se dise : ‘Je pourrai un jour être Guy Niv. Je pourrai un jour faire le Tour.’ »

Guy Niv, coureur israélien d’Israel Start-Up Nation, assiste à la présentation des équipes deux jours avant le départ de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, à Nice, le 27 août 2020. (Crédit : Bettiniphoto / Twitter)

Le coureur israélien s’est dit être « honoré et privilégié de représenter [son] pays et [son] équipe dans la plus grande course cycliste et l’un des plus grands événements sportifs au monde ». « Et être le premier Israélien à le faire ? Cela peut sembler un cliché, mais c’est un rêve devenu réalité. J’ai la chair de poule juste à y penser. C’est énorme. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire – et maintenant, nous sommes sur le point d’écrire l’histoire », a-t-il déclaré.

Lors d’une conférence de presse, Adams a souligné qu’ISN avait deux buts principaux : « D’un côté, nous devons promouvoir le cyclisme en Israël. De l’autre, comme nous portons nos couleurs nationales bleu et blanc avec le nom d’Israël fièrement inscrit en grandes lettres sur notre maillot, nous devons promouvoir notre pays pour montrer le vrai visage d’Israël, qui est tellement mal compris à cause d’une couverture médiatique à sens unique. Nous sommes un pays merveilleux, intéressant, divers, ouvert, tolérant, démocratique et plus important que tout, un pays sûr. » Il a ainsi indiqué porter en étendard « ses valeurs, sa tolérance et son esprit d’innovation ».

Les coureurs de l’équipe Israel Start-Up Nation assistent à la présentation des équipes deux jours avant le départ de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, à Nice, le 27 août 2020. (Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)

Face à cette participation, une virulente campagne de boycott du mouvement BDS a été lancée – notamment sur les réseaux sociaux, sans grand succès – par des activistes anti-Israël, qui exhortent aux coureurs d’ISN de ne « pas courir pour l’apartheid israélien ».

Le député Meyer Habib s’est dit inquiet face à la situation et aux menaces exprimées sur les pages du mouvement – « un sniper sur le Tour », « des bêtes sauvages qu’il faut abattre », « ils veulent être partout comme des rats d’égout », peut-on lire parmi les centaines de commentaires écrits par des internautes. Le responsable politique a écrit au ministère de l’Intérieur « pour demander des mesures concrètes contre le BDS et que soit assurée la sécurité de l’équipe à laquelle [il] adresse tous [ses] vœux de succès ».

Le coureur belge Ben Hermans de l’équipe Israel Start-Up Nation au départ de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, à Nice, le 29 août 2020. (Crédit : Israel Start-Up Nation / Twitter)

Ce week-end, un reportage de France Culture a également causé une polémique sur les réseaux sociaux. Le journaliste accusait Israël d’utiliser « depuis plusieurs années le sport de haut niveau – tout comme la Culture – comme d’un instrument de communication et de normalisation de son image à l’international », bien qu’ISN soit une initiative privée. « Pour France Culture, Israël, anormal, a besoin de se normaliser. Le sport n’est qu’un prétexte et les sportifs des agents. Bien entendu, pas de réflexion culturelle de ce genre entre Qatar et foot », a écrit sur Twitter l’avocat et polémiste Gilles-William Goldnadel.

Sylvan Adams se défend lui de ces accusations de « sport-washing », concept qui consiste à s’approprier les valeurs positives véhiculées par le sport pour lisser l’image d’un État, par ces termes : « Pour moi, cette équipe, c’est juste pour montrer le vrai Israël, pour qu’on connaisse davantage notre pays. C’est de la promotion, du tourisme, simplement du sport. À la limite, on peut peut-être appeler ça de la diplomatie sportive. »

Les coureurs au départ de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, à Nice, le 29 août 2020. (Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)

Fort de 176 coureurs au départ, répartis en 22 équipes de huit, le peloton de cette 107e Grande Boucle s’est élancé cette année avec deux mois de retard en raison de l’épidémie de coronavirus. La course, diffusée dans 190 pays, plus grand évènement cycliste au monde, doit se terminer à Paris le 20 septembre, après 3 470 km de parcours.

La situation sanitaire a grandement modifié son organisation, limitant fortement les contacts entre les coureurs, le public, les médias et autres. Christian Prudhomme, le directeur du Tour, a annoncé samedi que l’exclusion d’une équipe sera prononcée si deux de ses membres, encadrement inclus, sont testés positifs au coronavirus.

Des spectateurs masqués attendent le départ de la 1ère étape de la 107e édition du Tour de France cycliste, à Nice, le 29 août 2020. (Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Afin de se protéger de toute infection, Israel Start-Up Nation a recours à des masques innovants, meilleure protection contre le virus, développés par l’entreprise israélienne Sonovia Ltd. « Le masque Sonovia peut être lavé et réutilisé 100 fois sans perdre de son efficacité. Tous les cyclistes israéliens le porteront dans toutes les courses dès à présent, y compris lors du Tour de France », a annoncé l’équipe.

Le cycliste britannique Chris Froome lors de la présentation de la Team Sky à Jérusalem, le 3 mai 2018. (Crédit : AP Photo / Ariel Schalit)

Le quadruple vainqueur du Tour Christopher Froome, absent cette année de la course alors qu’il se remet de blessures survenues l’an dernier et se prépare pour la Vuelta (du 20 octobre au 8 novembre 2020), rejoindra ISN à compter de la saison prochaine. Sylvan Adams explique d’ailleurs que l’objectif est qu’il remporte le Tour 2021. « On verra comment il se débrouille en Espagne, mais on est très confiant », a-t-il confié à France Info. « C’est un athlète unique, exceptionnel, le meilleur coureur de grands Tours de sa génération. Et nous sommes très confiants sur le fait que nous allons écrire l’histoire ensemble dès l’an prochain pour qu’il remporte son 5e Tour de France. »

Le Canadien Michael Woods, médaille de bronze aux championnats du monde en 2018, portera lui aussi prochainement les couleurs de l’équipe israélienne, ainsi qu’un vainqueur d’étapes du Tour, Daryl Impey, et les cyclistes Patrick Bevan et Carl Fredrik Hagen. Israel Start-Up Nation est passée en World Team (la division élite) cette année.

Les coureurs lors de la 1ère étape de la 107e édition de la course cycliste du Tour de France, à Nice, le 29 août 2020. (Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)
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