Décès de la résistante franco-autrichienne Mélanie Berger-Volle à 105 ans
Elle était une 'figure emblématique de la Résistance et infatigable passeuse de mémoire' et membre active du Mémorial de la Résistance et de la déportation de la Loire
Figure féminine de la Résistance, devenue une infatigable passeuse de mémoire auprès des jeunes, Mélanie Berger-Volle est décédée à 105 ans à Saint-Étienne (centre-est) où elle était installée, annonce jeudi la préfecture de la Loire.
De nationalités française et autrichienne, Mélanie Berger-Volle, née au sein d’une famille ouvrière juive, s’est engagée à l’extrême gauche dès l’adolescence contre le régime hitlérien, dans son Autriche natale, puis en Belgique et en France.
Le préfet de la Loire, François-Xavier Bieuville, salue une « figure emblématique de la Résistance et infatigable passeuse de mémoire », membre active du Mémorial de la Résistance et de la déportation de ce département.
Quand la France entre en guerre, tous les Autrichiens, même les réfugiés, sont considérés comme des ennemis, et les autorités les font monter dans un train en direction d’un camp près de Pau.
« En gare de Clermont-Ferrand, j’ai sauté du wagon », racontait-elle à l’AFP en 2024. Les autres filles n’osent pas la suivre.
En 1940, elle se retrouve à Montauban (sud-ouest), où un groupe de militants trotskistes dont elle faisait partie avant la guerre commence à se reformer.
En toute discrétion, le groupe rédige et distribue des tracts en langue allemande destinés à retourner les soldats du Reich.
En janvier 1942, elle est arrêtée. Pendant les séances d’interrogatoire, « j’ai été maltraitée, des hommes m’ont battue », confiait-elle avec pudeur.
Après 13 mois de détention à Toulouse (sud-ouest), elle est transférée aux Baumettes à Marseille (sud-est). Des membres de son groupe, avec la Résistance française, préparent alors son évasion.
Le 15 octobre 1943, ils viennent la chercher, accompagnés d’un soldat allemand gagné à la cause, alors qu’elle est hospitalisée pour une jaunisse. « Evadée en chemise de nuit », souriait-elle.
Après la guerre, elle épousera Lucien Volle, lui aussi résistant qui a participé à la libération du Puy-en-Velay (centre-est). Ensemble, le couple commence à se consacrer au travail de mémoire.
« Nous avons lutté continuellement pour expliquer non pas ce que nous avions fait, mais pourquoi nous l’avions fait », soulignait Mélanie Volle-Berger, qui a utilisé les noms d’Anna et de Nelly au sein de la Résistance. Leur devise : « Résister, c’est essentiel. Mieux vaut vivre debout qu’à genoux. »
Porteuse à 102 ans de la flamme olympique en juin 2024 lors des JO de Paris, la centenaire alerte avait alors déclaré vouloir être un symbole pour les femmes « qui se sont battues pour faire du sport comme les hommes ».
Résistance, premier tome d’une bande dessinée destinée à vulgariser son message auprès des écoliers, aura une suite, intitulée Liberté, « comme prévu avec Mélanie, qui paraîtra fin 2027 », a indiqué jeudi à l’AFP, Michel Jacquet, directeur des Éditions Jarjille.