« Déformé, trompeur et malhonnête » : Tsahal publie une réponse complète à « NAZA »

Selon l’armée, de nombreuses erreurs du film s’expliquent par le fait que les personnes interrogées ne décrivent que les premières étapes du traitement du renseignement militaire

Le journaliste israélien Yuval Abraham (à gauche) prenant la parole alors que lui et sa co-réalisatrice Rachel Szor reçoivent le Prix spécial du jury pour « NAZA » lors de la cérémonie de clôture de la 83ᵉ édition du Festival du film de Venise, au Lido de Venise, en Italie, le 12 septembre 2026. (Crédit : Stefano Rellandini/AFP)

Jeudi, l’armée israélienne a publié une réponse de 10 pages au film « NAZA », qui porte notamment sur des allégations selon lesquelles Israël aurait délibérément tué des dizaines de milliers de civils dans la bande de Gaza à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), parmi une multitude d’autres crimes de guerre, après avoir enfin visionné le documentaire plusieurs semaines après sa sortie.

Dans sa réponse, Tsahal affirme que le film « présente une image déformée, trompeuse et malhonnête du processus de planification des cibles et des frappes de Tsahal », notant que son récit « repose sur des erreurs factuelles substantielles découlant d’une représentation manipulatrice et erronée de la réalité ».

L’armée israélienne affirme que, contrairement à ce que prétend le film, ses « directives contraignantes établissent de manière explicite, exhaustive et claire une distinction entre les combattants et les civils non impliqués à Gaza », et que les procédures d’attaque « reposent fondamentalement sur cette distinction, interdisent de diriger intentionnellement des frappes contre des civils et exigent de réduire au maximum, dans la mesure du possible, le risque de leur causer du tort ».

L’armée affirme n’avoir « jamais planifié, approuvé ou mené une frappe à Gaza dans laquelle 500 civils, ou un nombre proche de ce chiffre, auraient été censés être tués », allégation soulevée dans le film. Elle ajoute que « personne n’a non plus sérieusement allégué qu’une frappe de Tsahal ait causé des décès à cette échelle ou à une échelle proche ».

Concernant les allégations relatives à l’utilisation de l’IA pour sélectionner des cibles et approuver des frappes, Tsahal affirme que « l’intelligence artificielle n’a jamais sélectionné de manière autonome des cibles à frapper au sein de Tsahal », et que « l’identification des cibles à frapper est effectuée uniquement par des officiers du renseignement habilités, les frappes sont planifiées par des professionnels compétents, et la décision de frapper est prise par les commandants opérationnels ».

L’armée précise également que ses directives « n’ont jamais accordé d’autorisation automatique pour frapper des cibles mettant en danger un nombre fixe de civils », comme par exemple 20 civils lors d’une attaque visant un agent subalterne ou 200 civils lors d’une attaque visant un commandant de haut rang, comme le prétend le film.

Concernant « Lavender », décrit dans le film comme un outil utilisé par l’armée israélienne pour identifier les terroristes du Hamas et les proposer comme cibles à frapper, Tsahal précise que « Lavender » « n’est pas une base de données de cibles approuvées pour être frappées, mais une base de données qui aide les analystes du renseignement ».

Concernant les allégations selon lesquelles l’armée israélienne a mené des frappes dans des zones après avoir émis des avis d’évacuation, même si des civils s’y trouvaient encore, Tsahal affirme que ses directives « n’autorisent pas qu’un avis d’évacuation concernant une zone soit considéré comme une autorisation de frapper dans cette zone en faisant fi des civils qui y restent ».

L’armée affirme que, contrairement à ce qui est présenté dans le film, elle « ne fait pas abstraction des conséquences de ses frappes, mais prend des mesures pour les évaluer, y compris en ce qui concerne les dommages accidentels causés à des civils », et ajoute que « ces évaluations ont donné lieu à l’examen de centaines d’incidents survenus pendant les hostilités et constituent une base pour tirer des enseignements ».

« Si les réalisateurs avaient procédé à une vérification et à une corroboration adéquates des faits de bonne foi, comme l’exigent les normes professionnelles, ils auraient pu identifier les erreurs substantielles présentées dans le film. Le résultat final montre qu’ils ne l’ont pas fait », a souligné Tsahal.

L’armée explique que de nombreuses erreurs dans le film proviennent du fait que « les personnes interrogées, présentées comme ayant occupé des fonctions au sein des services de renseignement de Tsahal, ne font généralement référence qu’aux étapes initiales et limitées du traitement du renseignement, plutôt qu’au processus beaucoup plus large de planification et d’approbation des frappes ».

« Ce processus ne relève pas de la responsabilité des services de renseignement, mais des organes opérationnels qui gèrent et mènent à bien les processus de ciblage. En conséquence, il apparaît clairement que, dans divers cas, les personnes interrogées émettent des spéculations et des hypothèses sans fondement factuel », précise l’armée.

Tsahal reproche également aux réalisateurs de ne pas montrer « bon nombre des autres personnes impliquées dans l’ensemble du processus de ciblage », notamment celles « chargées de la planification visant à limiter les dommages causés aux civils, les conseillers juridiques qui examinent les frappes proposées et les commandants chargés de les approuver ou de les rejeter ».

« Pour servir le récit que le film cherche à promouvoir, les réalisateurs omettent également des éléments de contexte essentiels à la compréhension de la guerre à Gaza et de la conduite de Tsahal pendant celle-ci », affirme l’armée, ajoutant que le film « n’accorde pas l’importance qu’il convient aux raisons de sécurité qui ont poussé Israël à mener des opérations à Gaza et au massacre du 7-Octobre ; à la stratégie délibérée du Hamas consistant à s’implanter au sein de la population civile, qui est la cause première des dommages subis par les civils ; ni aux innombrables mesures et méthodes employées par Tsahal pour limiter les dommages causés aux civils, notamment les avertissements préalables aux frappes, le choix des munitions et la planification appropriée des frappes, la facilitation de l’aide humanitaire, etc. »

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