Des chefs religieux accusent les autorités israéliennes de favoriser les attaques des extrémistes juifs à Taybeh

Le patriarche grec orthodoxe et le patriarche latin ont déclaré que les agressions des partisans du mouvement pro-implantations sont une menace pour l'héritage chrétien dans le secteur

Le patriarche latin de Jérusalem Pierbattista Pizzaballa (à gauche), le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem Theophilos III, 2ème à droite, et le patriarche arménien de Jérusalem Nourhan Manougian, à droite, se tiennent ensemble lors d'une visite par les chefs du clergé de plusieurs confessions chrétiennes à l'église Saint-Georges du Ve siècle dans le village chrétien palestinien de Taybeh, au nord-est de Ramallah en Cisjordanie, le 14 juillet 2025. (Crédit : Zain JAAFAR / AFP)

Les plus hauts responsables ecclésiastiques de Terre Sainte se sont rendus, dans la journée de lundi, dans la ville chrétienne palestinienne de Taybeh, en Cisjordanie. Cette dernière a été le théâtre de plusieurs attaques lancées par des partisans du mouvement pro-implantations israélien, au cours des dernières semaines, et les religieux ont accusé les autorités israéliennes d’avoir facilité les actes de harcèlement et d’intimidation subis par les habitants entre les mains des extrémistes juifs.

Dans une déclaration commune, le patriarche Theophilos III de Jérusalem et le patriarche latin de Jérusalem Pierbattista Pizzaballa ont indiqué que les attaques lancées par les extrémistes juifs constituaient une menace pour l’héritage chrétien dans le secteur. Ils ont demandé l’ouverture d’une enquête sur l’incapacité, de la part des autorités israéliennes, à répondre à de telles agressions, en particulier de la part des autorités pourtant chargées de faire appliquer la loi.

Ils ont fait cette déclaration lors d’une visite de solidarité à Taybeh, où ils ont également organisé une conférence de presse. Ils ont aussi prié sur le site d’un récent incendie criminel.

Le roi Abdallah II de Jordanie a également diffusé une déclaration qui a coïncidé avec la visite des responsables d’église – communiqué dans lequel il a condamné le feu criminel qui avait été allumé par des partisans du mouvement pro-implantation au sein de la localité. Il a évoqué une « violation flagrante du caractère sacré des morts, une violation des lieux saints chrétiens et de la présence chrétienne en Terre sainte ».

Les habitants de Taybeh et les responsables des églises locales ont fait savoir, la semaine dernière, que la ville avait connu récemment une recrudescence des actes de harcèlement de la part des extrémistes israéliens. Ils ont indiqué que l’incendie criminel – qui, selon eux, a été allumé par des partisans du mouvement pro-implantations à proximité des ruines de l’église Saint-Georges, lundi dernier – avait été l’un des incidents les plus graves à avoir eu lieu jusqu’à présent.

« Le Conseil des patriarches et des responsables d’Églises demande que ces radicaux soient tenus pour responsables de leurs actes par les autorités israéliennes, ces mêmes autorités qui facilitent et qui permettent leur présence autour de Taybeh », ont dit Theophilos et Pizzaballa dans leur déclaration commune.

Un feu brûle près du site archéologique des ruines de l’église Saint-Georges dans la ville de Taybeh en Cisjordanie, le 9 juillet 2025. (Autorisation : Station de radio en ligne Nabd ElHaya)

« Nous demandons une enquête immédiate et transparente qui fera la lumière sur l’absence de réponse de la police israélienne, qui n’a pas répondu aux appels d’urgence lancés par la communauté locale et nous demandons une enquête qui fera la lumière sur la raison pour laquelle ces actes odieux restent impunis », ont-ils poursuivi.

Les chefs religieux locaux avaient appelé la ligne d’urgence de la police à deux reprises pendant l’incendie criminel. Les forces de l’ordre leur avaient dit que des agents avaient été envoyés sur les lieux – des agents qu’ils avaient attendu en vain.

La police n’avait pas répondu à une demande de commentaire du Times of Israel au moment de la rédaction de cet article.

Theophilos et Pizzaballa ont noté que Taybeh devait faire face « à des attaques systémiques et ciblées croissantes » et ils ont estimé que les agressions des partisans du mouvement pro-implantations représentaient « une menace directe et intentionnelle » pour la communauté chrétienne locale et pour « l’héritage historique et religieux de nos ancêtres et pour nos lieux saints ».

Au cours de la conférence de presse, Pizzaballa a expliquer que la peur des violences poussait les chrétiens à quitter la Cisjordanie. Il a estimé qu’il ne restait environ que 50 000 Palestiniens chrétiens à Jérusalem et en Cisjordanie.

« Malheureusement, la tentation d’émigrer est réelle en raison de la situation », a-t-il ajouté. « Cette fois, c’est très difficile de voir comment et quand tout cela va se terminer – et c’est surtout difficile pour les jeunes de parler d’espoir, de confiance en l’avenir ».

S’exprimant auprès du Times of Israel, Pizzaballa a déclaré qu’il avait été en contact avec les autorités israéliennes au sujet des attaques à Taybeh. Ces dernières qui lui ont fait savoir qu’elles examineraient les accusations.

La réaction des forces de l’ordre sera-t-elle efficace ?… A cette question, il a répondu : « J’en doute, mais je l’espère ».

Le patriarche Theophilos III (à droite) et le patriarche latin de Jérusalem Pizzaballa (à gauche) visitent la ville chrétienne palestinienne de Taybeh en Cisjordanie, le 14 juillet 2025. (Crédit : Jeremy Sharon/ The Times of Israel)

Le roi Abdallah a condamné « les attaques brutales », a-t-il dit, « qui ont été récemment commises par des colons extrémistes » et il a dénoncé l’incendie criminel en particulier.

« Sa majesté affirme que la gravité des attaques des colons, la terreur quotidienne qu’ils font régner sur les Palestiniens et leurs agressions qui prennent systématiquement pour cible des dizaines de villages, de villes et de camps dans les territoires palestiniens occupés nécessitent l’adoption, de la part de la communauté internationale, d’un positionnement ferme et immédiat qui visera à mettre un terme à ces attaques, et qui visera en particulier à mettre un terme au génocide actuellement en cours qui consiste à tuer et à affamer des enfants, des femmes, des personnes âgées et des civils dans la bande de Gaza », a poursuivi le royaume dans son message.

À la fin de la conférence de presse organisée par Theophilos et Pizzaballa, plusieurs habitants de Taybeh ont approché les deux religieux et ils ont raconté les incidents de harcèlement dont ils ont été eux-mêmes les victimes au cours des dernières semaines.

Jawis Awad, éleveur de poulets, a expliqué à Pizzaballa que son travail avait été gravement perturbé par les extrémistes juifs qui ont fait des terres agricoles situées à la limite de Taybeh, vers l’est, un périmètre quasiment interdit dans le sillage des actes d’intimidation dont les résidents ont fait l’objet.

Awad a affirmé que des partisans du mouvement pro-implantations, qui étaient armés, avaient récemment dressé un barrage routier. Ils ont arrêté sa voiture et ils ont tenté de la voler.

De son côté, un oléiculteur a confié à Pizzaballa qu’il ne pouvait plus accéder à ses oliveraies, situées dans le même secteur, en raison des menaces de violences.

La semaine dernière, des responsables d’églises locales ont déclaré que la zone située à l’est de Taybeh était devenue « une cible ouverte » pour les extrémistes juifs de la région.

Hamdallah Bearat, un habitant de Kafr Malik, un village qui se trouve à seulement deux kilomètres au nord de Taybeh et qui était présent à la cérémonie de prière qui a eu lieu lundi, a dit que la vie dans la région était devenue un « cauchemar » depuis le début de la guerre à Gaza, il y a près de deux ans – un conflit qui avait été déclenché par le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Hamdallah Bearat, un résident de la ville palestinienne de Kafr Malik, assiste à une cérémonie de prière dans l’église Saint-Georges à Taybeh, le 14 juillet 2025. (Crédit : Jeremy Sharon/ The Times of Israel)

Le mois dernier, trois Palestiniens ont été tués par balle et sept autres ont été blessés, après l’arrivée d’une centaine de partisans du mouvement pro-implantations qui se sont laissés aller à un déchaînement de violences à Kafr Malik, mettant le feu à des bâtiments et à des voitures. Tsahal a affirmé avoir ouvert le feu sur des Palestiniens armés et sur des émeutiers qui lançaient des pierres.

Bearat a noté que les extrémistes de la région avaient progressivement empiété sur ses terres agricoles et qu’ils amenaient délibérément leurs moutons parmi les avocatiers et les oliviers appartenant à des agriculteurs palestiniens afin de détruire les arbres et les récoltes.

« Vous avez deux groupes différents, des groupes ethniques qui ne sont pas égaux », a affirmé Bearat au Times of Israel.

« Lorsqu’ils viennent sur mes terres, les colons, pour y faire paître leurs moutons, et que je me plains à un agent de police, celui-ci, au lieu de l’arrêter, me dit : ‘Avez-vous une preuve qu’il s’agit de vos terres ?’… Mais a-t-il vraiment demandé au colon : ‘Avez-vous le droit [de faire paître vos moutons] ?’, » a-t-il interrogé.

« Ils [les partisans du mouvement pro-implantations] font fi de toutes les lois, même de la loi israélienne. Leur plan est clair : le nettoyage ethnique. Il n’y a pas d’autre explication », s’est-il exclamé.

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