Israël en guerre - Jour 142

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Manifestation "All out for Gaza" à l'université de Columbia à New York, le 15 novembre 2023. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP)
Manifestation "All out for Gaza" à l'université de Columbia à New York, le 15 novembre 2023. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP)

Des étudiants dénoncent la « normalisation » de l’antisémitisme d’une fac de New York

Les étudiants juifs et israéliens craignent pour leur sécurité à la Columbia University School of Social Work qui ne tient pas compte de leur bien-être et permet un discours anti-Israël virulent

NEW YORK – À peine entrée dans le hall de la Columbia University School of Social Work à la fin du mois de novembre, une pile de tracts attire l’attention de Melissa Saidak.

Annonçant un « séminaire », les tracts affichaient trois missiles dirigés vers un drapeau palestinien couvert de sang. Un des missiles arborait le logo de l’Université Columbia, un autre le drapeau américain et le troisième le drapeau israélien. Deux semaines plus tôt, une cinquantaine d’étudiants avec tambours, porte-voix et slogans ont organisé une occupation longue de neuf heures dans le hall de l’école. Ce n’est qu’une des nombreuses manifestations de ce type sur le campus.

« Ils disaient des choses comme ‘Sionistes, dehors’ ou ‘Israël, va en enfer’. Il y a peu d’endroits sûrs pour le peuple juif et la réalité, c’est qu’Israël est important pour de nombreuses raisons, à commencer par le fait que c’est un refuge », explique Saidak, qui se présente comme une juive laïque non sioniste.

Huit semaines avant cela, le 7 octobre, des milliers de terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut la frontière israélienne, tué 1 200 personnes – pour la plupart des civils – et fait 240 otages conduits dans la bande de Gaza. La brutalité du massacre – le président Joe Biden a parlé de « jour le plus meurtrier pour le peuple juif depuis la Shoah » – a provisoirement attiré l’attention du monde entier : les hommes armés déchaînés ont massacré des familles entières, dont beaucoup ont été brûlées vives chez elles, violé, torturé, démembré et mutilé leurs victimes, femmes, enfants, personnes âgées.

Israël s’est depuis juré de démanteler le régime terroriste du Hamas, qui gouverne la bande de Gaza, et d’assurer le retour des otages.

Dès le début, le conflit a donné lieu à des manifestations anti-israéliennes au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, alors même que les Israéliens s’efforçaient de sécuriser leurs villes et de soigner les milliers de blessés, et avant même la réponse militaire d’Israël.

Melissa Saidak, étudiante diplômée de la Columbia University School of Social Work. (Crédit : Cathryn J. Prince/ToI)

Aujourd’hui, alors que la guerre entre Israël et le Hamas entre dans sa neuvième semaine, l’antisémitisme et le sentiment anti-israélien continuent de se répandre à Columbia, comme sur de nombreux autres campus à travers les États-Unis.

Un tract pour le séminaire du 29 novembre à la Columbia University School of Social Work. (Crédit : Autorisation/Amy Werman)

Les réseaux sociaux abondent de publications minimisant le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre ou, pire, le justifiant ; des expressions antisémites comme « Mondialiser l’Intifada » sont scandés de vive voix par des manifestants masqués ; et le ‘Settler colonialism’ (colonialisme des colons) est dénoncé lors de tout séminaire n’incluant pas d’intervenants juifs. La dizaine d’étudiants juifs et israéliens de Columbia avec lesquels s’est entretenu le Times of Israel pour cet article ont expliqué que, confronter l’antisémitisme faisait désormais partie intégrante de la vie quotidienne sur le campus.

« Je m’étais toujours senti à l’aise et en sécurité ici. Mais tout a changé le 7 octobre, le jour où a éclaté la guerre en Israël – et où une deuxième guerre a éclaté ici, aux États-Unis. C’est une guerre contre l’antisémitisme et pour l’opinion publique, et Columbia est le ‘ground zero' », a indiqué Andrew, un étudiant diplômé de l’école d’architecture qui a demandé à ce que son nom de famille et sa photo ne soient pas utilisés pour des raisons de sécurité.

Un « séminaire » prévu le 6 décembre à la Columbia University School of Social Work. (Crédit : X)

Columbia a annoncé le 1er novembre qu’elle avait mis en place un groupe de travail sur l’antisémitisme afin de « renforcer notre capacité à lutter contre cette forme de haine ancienne, mais terriblement résistante ». Une enquête nationale de l’Anti-Defamation League (ADL) menée auprès d’étudiants américains a révélé qu’avant la guerre entre Israël et le Hamas, 67 % des étudiants juifs se sentaient physiquement en sécurité sur le campus, et 66 % s’y sentaient émotionnellement en sécurité. Depuis le massacre, ils ne sont plus que 46 % à se sentir physiquement en sécurité et 33 % à se sentir émotionnellement en sécurité.

« Les étudiants juifs sont confrontés à une vague d’antisémitisme comme nous n’en avons jamais vu auparavant, et il est choquant de constater que les étudiants non juifs la perçoivent à peine », a affirmé Jonathan Greenblatt, directeur général de l’ADL.

À Columbia, où 22,3 % des étudiants de premier cycle sont juifs, les incidents ont commencé peu après la première veillée aux chandelles organisée par les étudiants en hommage aux personnes tuées et kidnappées.

Des captures d’écran de publications sur les réseaux sociaux fournies au Times of Israel montrent des étudiants de Columbia Students for Justice in Palestine (SJP) et Columbia Jewish Voices for Peace (JVP) décrivant les atrocités du Hamas comme « un moment sans précédent et historique pour les Palestiniens de Gaza, qui ont fait tomber les murs qui les étouffaient… Surmontant tous les obstacles, les Palestiniens ont lancé une contre-offensive contre leurs oppresseurs colons ». Ni SJP ni JVP n’ont répondu aux demandes de commentaires.

Captures d’écran de commentaires antisémites sur Sidechat, un groupe de discussion anonyme pour les étudiants de Columbia. (Crédit : Autorisation)

Le 11 octobre, un étudiant juif israélien a été agressé lors d’un incident qui pourrait être considéré comme un crime de haine par le procureur du district de Manhattan, qui a ouvert une enquête sur cette affaire. Le 27 octobre, une croix gammée a été retrouvée peinte à la bombe dans les toilettes pour hommes de la faculté des affaires internationales et publiques.

Depuis, les manifestations pro-palestiniennes et anti-israéliennes se sont multipliées, obligeant les services de sécurité de l’université à boucler le campus à plusieurs reprises. Au cours des deux semaines qui ont précédé les vacances de Thanksgiving, des manifestations ont eu lieu presque tous les jours.

SJP et JVP ont organisé les premières manifestations. Les deux groupes ont été suspendus pour le reste du semestre pour avoir enfreint la politique de l’université. Cette suspension n’a toutefois pas mis fin aux manifestations. La seule différence est qu’elles ne sont plus officiellement organisées par SJP ou JVP.

Des personnes se rassemblent pour protester contre l’interdiction de Students for Justice in Palestine (SJP) et de Jewish Voice for Peace (JVP) à l’université de Columbia le 20 novembre 2023 à New York. (Crédit : Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Des tracts annonçant l’événement du 30 novembre intitulé « Injustice Anywhere : Un séminaire sur la Palestine et la tradition radicale noire », mentionnait le SJP et le JVP, ainsi que l’Organisation des étudiants noirs, comme sponsors de l’événement. Selon l’université, cet événement était organisé par un des départements de l’université et il a été demandé aux professeurs qui l’organisaient de demander aux étudiants de le signaler de manière correcte.

Les keffiehs font fureur

En début de semaine dernière, des étudiants, dont beaucoup portaient des keffiehs, ont organisé un sit-in de six heures dans le hall de la faculté des affaires internationales et publiques pour demander, entre autres, que l’université que l’université se désengage d’Israël.

Les étudiants de Columbia, toutes ethnies et races confondues, arborant des keffiehs, l’écharpe traditionnelle noire et blanche portée par les Palestiniens, sont de plus en plus nombreux. Si certains y voient une appropriation culturelle, le SJP, qui vend des keffiehs, explique que le port de ces foulards est « une manière subtile de se manifester et de montrer sa solidarité », comme l’explique le journal du campus, le Columbia Spectator.

Pour Joshua Shain, étudiant en deuxième année et membre du conseil d’administration de Students Supporting Israel, un mouvement international d’étudiants sionistes, « il ne fait plus aucun doute que ces rassemblements servent de couverture à la haine des Juifs ».

Une manifestation « All out for Gaza » à l’université Columbia de New York, le 15 novembre 2023. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP)

Ariana Pinsker-Lehrer, étudiante israélienne diplômée de l’école de travail social, en a fait l’expérience.

« J’ai toujours été consciente du fait que les universités sont très pro-palestiniennes, mais les événements du 7 octobre étaient si horribles et si bien documentés que j’ai cru que les étudiants feraient preuve d’un peu de compassion. Malheureusement, la situation est devenue très toxique et très désagréable », a expliqué Pinsker-Lehrer. « Aller en classe et entendre des appels à l’Intifada, c’est le traumatisme de mon enfance. C’est un privilège de soutenir un appel à la violence quand on ne paie pas le prix de cette violence. Ni le prix israélien, ni le prix palestinien. »

« La rhétorique est ce qui m’effraye le plus »

Les invectives, tant sur les réseaux sociaux que lors des manifestations, sont devenus pénibles – non seulement pour les étudiants, mais aussi pour les professeurs.

Amy Werman, professeure à plein temps à la Columbia School of Social Work, a dit ne pas être trop préoccupée par les manifestations en tant que telles ; pour elle, c’est la rhétorique qui est alarmante. Elle a assisté au sit-in du 9 novembre pour témoigner et parce qu’elle « croit au dialogue ».

Amy Werman, professeur à l’école de travail social de l’université de Columbia. (Crédit : Cathryn J. Prince)

« La rhétorique est ce qui me fait le plus peur. Elle est tellement crue et caustique. Comment peut-on affirmer que démembrer, violer et décapiter est une forme de résistance ? C’est un niveau de barbarie que je n’aurais jamais pu imaginer. Je me sens tellement découragée », a confié Werman.

Noah Miller, étudiant diplômé de l’école d’architecture, a raconté qu’un de ses camarades de classe, qui voulait absolument lui lire une citation de « Mein Kampf », lui avait également dit que « le sionisme [lui] faisait peur ».

Ces derniers temps, Miller confie toutefois qu’il se sent plus en colère qu’en danger.  » Il y a parfois trois manifestations la même semaine. Je n’arrive pas à me concentrer, j’entends tous ces chants scandes pendant que je suis au studio et que j’essaie de travailler », explique-t-il.

Les propos de Miller rejoignent les résultats d’une enquête récente menée par Hillel International, qui a révélé que la situation en Israël et dans la bande de Gaza affectait 84 % des étudiants juifs d’une manière ou d’une autre.

Les étudiants interrogés dans le cadre de cet article ont également déclaré avoir été rejetés par des amis et des clubs en dehors de la communauté juive.

Des manifestants pro-Israël chantant lors d’une manifestation après que des terroristes du Hamas ont massacré 1 400 personnes et en ont enlevé 203 autres, à l’Université de Columbia, à New York, le 12 octobre 2023. (Crédit : Yuki Iwamural/AP)

Peu après l’attaque terroriste du 7 octobre, Gabriella Frants, en terminale, a publié un cœur bleu et blanc sur Instagram.

« Tant de gens m’ont « unfollowée » pour un geste qui était humain en hommage à tant de civils qui ont perdu la vie. Ce qui me choque le plus, c’est l’ampleur du rejet des voix et des témoignages juifs. Nous sommes tout simplement écartés ou traités avec un tel mépris », a-t-elle déclaré.

Gabriella Frants, étudiante au Barnard College de l’université de Columbia. (Crédit : Cathryn J. Prince)

À la mi-octobre, le président et fondateur de LionLez, un club de femmes homosexuelles et non binaires dirigé par des étudiantes de couleur, a distribué un flyer promotionnel sur lequel on pouvait lire :  » Ici, c’est la PALESTINE LIBRE. Les sionistes ne sont pas les bienvenus », selon le Columbia Spectator.

Shain a déclaré que cet incident était pour lui le « canari dans la mine de charbon. C’était fait si ouvertement ; par la suite, d’autres clubs qui n’ont rien à voir avec Israël se sont mis à faire pression sur les étudiants. »

Enquête sur le harcèlement antisémite « présumé »

Le 20 novembre, le bureau des droits civils du ministère de l’Éducation a annoncé que Columbia était l’une des sept écoles faisant l’objet d’une enquête pour harcèlement antisémite présumé. L’ouverture d’une enquête signifie que le ministère de l’Éducation a identifié une allégation crédible de violation de la loi sur les droits civils.

Des manifestants se rassemblent lors de la manifestation « All out for Gaza » à l’université de Columbia à New York, le 15 novembre 2023. (Crédit : Bryan R. Smith / AFP)

« Nous avons reçu la notification du Bureau des droits civils du ministère de l’éducation et nous nous engageons à coopérer à toute enquête », a déclaré Samantha Slater, porte-parole de l’université de Columbia.

En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, les établissements d’enseignement supérieur et les universités recevant des fonds fédéraux doivent protéger les étudiants contre toute discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale. Cela inclut les juifs, les musulmans et d’autres groupes ethniques ou religieux ayant une « ascendance commune ».

Si une violation des droits civils est constatée, l’université peut perdre son financement fédéral. Mais pour cela, elle doit être en mesure de prouver que les victimes se sont vu refuser l’égalité d’accès à l’éducation et que l’université a agi avec une indifférence délibérée à l’égard de ces étudiants. Démontrer que l’environnement du campus était hostile ne suffit pas. Bien souvent, même si une violation des droits civils est constatée, un accord amiable est conclu entre l’école et le ministère de l’Éducation.

Frants, étudiante à Barnard, a dit espérer que l’enquête apporterait un certain soulagement à tous les étudiants.

« Je ne peux que souhaiter qu’elle permette de légitimer certaines des inquiétudes bien réelles des étudiants sur le campus, en particulier ceux qui sont confrontés à l’antisémitisme, à l’islamophobie et à toute autre forme de haine », a ajouté Frants.

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