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Des graffitis anti-Israël, à l'extérieur des bureaux d'avocats Goodman Acker, à Southfield, dans le Michigan, au nord de Détroit, le 3 juin 2024. (Crédit : Corey Williams/AP)
Des graffitis anti-Israël, à l'extérieur des bureaux d'avocats Goodman Acker, à Southfield, dans le Michigan, au nord de Détroit, le 3 juin 2024. (Crédit : Corey Williams/AP)

Des extrémistes des deux côtés du spectre veulent renverser le gouvernement américain. Point commun : ils sont anti-Israël

Des groupes d’extrême droite et antisionistes sont accusés d’avoir tenté d’encourager une « révolution » sur le territoire national. Si leurs méthodes diffèrent, Israël et les Juifs sont au cœur de leurs idéologies respectives

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Le mois dernier, Tycen Proper, un jeune homme de 19 ans originaire de l’Ohio, avait fait savoir à son réseau, sur internet, qu’il avait trouvé une « cible potentielle » s’agissant de l’attentat terroriste que son groupe prévoyait de commettre lors d’un événement à la Maison Blanche : une sénatrice américaine du Tennessee.

Alors qu’il lui était demandé pourquoi cette sénatrice très précisément devait être assassinée, Proper avait répondu au groupe, semble-t-il, qu’elle avait reçu de l’argent de la part du « lobby pro-israélien » et qu’elle apportait son soutien à ce dernier.

Ensuite, il avait cité les noms de quatre autres membres du Congrès entretenant des liens avec le lobby pro-israélien AIPAC, selon les documents qui ont été rendus publics par le tribunal.

L’objectif de l’attaque prévue, avait expliqué Proper, était de « déclencher » une révolution aux États-Unis.

Dans le même temps, les forces de l’ordre s’étaient préparées, de leur côté, à arrêter les membres d’un réseau antisioniste évoluant au sein de l’université du Michigan, à Ann Arbor.

Les suspects du Michigan avaient ainsi évoqué l’assassinat des membres du conseil d’administration de l’université, discutant d’actes de terrorisme et d’actes de torture. Ils avaient parlé d’autres cibles liées à Israël, ainsi que des familles de ces cibles, selon des informations.

Le but poursuivi par cette campagne ultra-violente était la « révolution, » avec le « renversement » du gouvernement des États-Unis, ont dit les procureurs.

Les deux groupes appartenaient aux deux extrémités opposées du spectre politique. Le réseau qui avait visé l’événement à la Maison Blanche prônait une idéologie chrétienne d’extrême droite, tandis que les comploteurs présumés du Michigan s’alignaient sur l’extrême gauche.

Deux exemples qui montrent comment des militants à la marge de la société – tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite – considèrent l’opposition violente à Israël et à ses alliés américains comme un moyen acceptable de provoquer une révolution nationale et de renverser le gouvernement.

« Qu’il s’agisse d’Israël ou de questions juives, ces thèmes font souvent partie de la vision du monde de ceux qui vont plus loin en souhaitant recourir à la violence », dit Oren Segal, directeur du Centre sur l’extrémisme au sein de l’Anti-Defamation League (ADL). Tout cela relève de la structure de la théorie du complot ».

Une antipathie commune à l’égard d’Israël et des Juifs

Outre leurs objectifs révolutionnaires communs, les deux groupes partageaient un autre point commun : leur antipathie à l’égard d’Israël et des Juifs.

Les militants du Michigan idolâtraient le Hamas. Ils avaient enregistré avec soin toute la propagande du groupe terroriste sur leurs appareils électroniques et ils s’échangeaient des « vidéos de meurtres commis par le Hamas », ont indiqué les procureurs dans leurs dossiers judiciaires.

Un campement de protestation anti-Israël à l’université du Michigan à Ann Arbor, dans le Michigan, le 2 mai 2024. (Crédit : Ed White/AP)

A l’occasion du premier anniversaire du pogrom qui avait été commis par le groupe terroriste en Israël, au mois d’octobre 2023, les activistes avaient apparemment mené une vague d’actes de vandalisme à l’encontre des responsables de l’université du Michigan et des dirigeants de la Fédération juive de Détroit, notamment en apposant des triangles rouges inversés – un symbole du Hamas.

L’un des suspects, Colin Weger, possédait des écussons du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) ainsi qu’un autocollant portant l’inscription « Attachez-moi à un missile et tirez-le sur Tel Aviv », un slogan du Hamas.

Zainab Hakim, la « meneuse » du groupe, rédigeait des slogans. Parmi ces derniers, « Al-Qassam, tu nous rends fiers », en référence à l’aile armée du Hamas.

L’un des suspects possédait dans son appartement un drapeau à l’effigie de feu le porte-parole du Hamas, Abu Obeida, et un autre, un futur médecin, avait fait savoir qu’il envisageait de « rejoindre la branche médicale du Hamas ».

Jonathan Zou, l’un des suspects, avait sur son téléphone des images accompagnées de la mention « Mort aux salauds de Juifs ».

La famille de Proper avait indiqué qu’il diffusait des contenus antisémites et des déclarations saluant Adolf Hitler sur les réseaux sociaux.

Lorsqu’il avait appelé à prendre pour cible des membres du Congrès affiliés à Israël, il avait transmis des informations sur les sommes d’argent que chaque législateur recevait « de la part de comités d’action politique pro-israéliens », ont noté les magistrats.

Un autre prévenu, Michael Alan Thomas, affirmait que les Juifs étaient responsables de la corruption gouvernementale – tout comme ils étaient responsables de la guerre avec l’Iran, expliquait-il.

Une peinture découverte au domicile d’un suspect représente la tête décapitée du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédit: Document judiciaire du district est du Michigan)

L’un des suspects du Michigan possédait un tableau représentant la tête ensanglantée et décapitée du Premier ministre Benjamin Netanyahu, tandis que les comploteurs de la Maison Blanche pensaient que Netanyahu assisterait à l’événement visé et ils l’avaient inscrit sur leur liste noire.

« Le partage de messages extrémistes agit comme une sorte de catalyseur s’agissant de passer à la violence dans le monde réel ou d’envisager des actes de violence dans le monde réel », indique Segal. « C’est comme ça que fonctionnent les théories du complot antisémites et anti-israéliennes. Dans un grand nombre de cas que nous avons pu observer, elles ont contribué à pousser les gens à franchir le pas. »

« Les théories du complot anti-israéliennes et antisémites s’inscrivent parfaitement, d’une manière ou d’une autre, dans la vision du monde de la majorité des extrémistes. C’est ce qui rassemble ces individus », note-t-il.

Aucun des deux groupes n’a jamais paru avoir exprimé d’antipathie à l’égard d’un autre pays étranger.

Dans les deux cas, les chefs d’accusation restent des allégations, et non des condamnations – et les enquêtes en sont encore à un stade relativement précoce.

Un complot d’assassinat et une famille placée sur liste noire

Le réseau de Proper visait un événement d’arts martiaux mixtes qui devait se dérouler sur la pelouse de la Maison Blanche et qui était organisé au début du mois – un événement auquel le président américain Donald Trump devait assister.

Le groupe prévoyait d’envoyer des drones chargés de petites bombes qui auraient explosé au-dessus de l’événement, forçant l’évacuation du public.

Tycen Proper. (Crédit : Bureau du shérif du comté de Franklin)

Des assaillants armés de fusils, postés à proximité de l’une des sorties, auraient ouvert le feu sur leurs victimes au moment de leur fuite, selon le plan qui a été décrit par les procureurs fédéraux.

Les parents de Proper avaient appelé la police locale pour signaler le comportement inquiétant de leur fils – racontant notamment qu’il avait stocké des armements, des gilets pare-balles et du matériel de survie. Ils avaient évoqué ses activités sur les réseaux sociaux, expliquant qu’il s’apprêtait à rencontrer en personne ses complices, avec lesquels il n’avait jusque-là communiqué que par internet.

Cet appel des parents inquiets avait permis au FBI de déjouer l’attaque prévue et d’arrêter au moins huit suspects à travers les États-Unis.

Le FBI a parlé d’un « complot visant à assassiner des fonctionnaires fédéraux. »

Dans le Michigan, les autorités fédérales ont, de leur côté, mis en examen cinq manifestants antisionistes qui auraient, semble-t-il, menacé des Juifs, des responsables de l’université du Michigan et des membres des forces de l’ordre après le début de la guerre à Gaza.

Les militants avaient fait part de leurs revendications auprès de l’administration de l’université du Michigan. Ils avaient exigé notamment le désinvestissement d’Israël, des enquêtes sur la politique mise en place au sein de l’établissement d’enseignement supérieur et des déclarations condamnant l’État juif.

L’université ayant refusé leurs demandes, les suspects avaient préparé des « actions autonomes » qui visaient à promouvoir leur cause. Ils avaient étudié et surveillé leurs cibles, envisageant d’utiliser du poison, des bombes, de commettre des attaques à la voiture-bélier et des « actes de torture psychologique » pour s’en prendre à leurs adversaires.

Le président américain Donald Trump, au centre, s’entretient avec le directeur de l’UFC, Dana White, à gauche, aux côtés de la première dame Melania Trump, lors de l’UFC Freedom 250 à la Maison Blanche, à Washington, le 15 juin 2026. (Crédit : Evan Vucci/AP)

Dans un message qui datait de mai 2024, deux des prévenus avaient convenu de « tuer », de « tourmenter » et de « terroriser » leurs cibles. L’un des suspects avait expliqué que « la famille toute entière » de l’une d’entre elles figurait sur sa « liste noire », que ces personnes « devaient mourir », tandis qu’un autre avait affirmé que le réseau devait impérativement « s’en prendre » aux enfants de individus visés, ont fait savoir les documents du tribunal.

Les activistes avaient vandalisé des habitations en y apposant des symboles du Hamas. Ils avaient brisé des vitres et ils avaient lancé des bocaux en verre remplis d’acide butyrique, utilisés comme « bombes puantes », à l’intérieur d’habitations où des enfants étaient en train de dormir.

En quête de révolution – mais sous des angles différents

Les deux groupes aspiraient tous les deux à la révolution – mais sous des angles différents. Le réseau qui avait visé l’événement organisé à la Maison Blanche faisait la promotion d’un programme nationaliste – celui du Michigan affichait clairement son affiliation à des groupes communistes, anarchistes et islamistes internationaux.

L’idéologie des conspirateurs de la Maison Blanche était liée à l’accélérationnisme – une croyance extrémiste et suprémaciste blanche selon laquelle des actes violents sont susceptibles de hâter l’effondrement de la société afin d’ouvrir la voie à un État nationaliste blanc.

Des captures d’écran montrent les conspirateurs présumés en train de planifier une attaque par drone et par tireur d’élite contre un événement à la Maison Blanche. (Crédit: Document judiciaire du district central de Californie)

Le groupe « estimait que les États-Unis devaient être démolis pour pouvoir être reconstruits », ont commenté les procureurs.

« Je pense que nous en sommes arrivés au point de ‘déclenchement’. Ce qui signifie que pour déclencher tout cela, il faut qu’il y ait un ou plusieurs événements qui amèneront les gens à réaliser que la révolution a officiellement commencé », avait confié l’un des suspects.

Thomas a expliqué que « l’objectif de cette attaque – et des attaques suivantes – était de créer suffisamment de chaos pour provoquer le renversement du gouvernement américain », selon les procureurs.

La mère de Proper a raconté que son fils avait adopté une idéologie « d’inspiration chrétienne » et « ultra-religieuse ».

« Notre objectif est, d’une manière générale, de ‘restaurer l’ancienne république’ : notre république constitutionnelle a été volée par les entreprises, par les politiciens et par des acteurs étrangers qui ont usurpé le pouvoir au peuple », avait écrit l’un des suspects dans un chat de groupe.

L’idéologie du réseau du Michigan, pour sa part, s’alignait sur les convictions du mouvement antisioniste d’extrême gauche.

Les suspects dans l’affaire du Michigan ont pris des photos d’eux-mêmes après avoir vandalisé leurs cibles, la peinture éclaboussant leurs vêtements. (Crédit: Dossier judiciaire du district est du Michigan)

Le groupe était déterminé à prendre pour cible les individus qu’il considérait comme « fascistes », « impérialistes » et « colonialistes », a affirmé un procureur fédéral adjoint lors d’une conférence de presse.

La meneuse, Hakim, avait expliqué que le désinvestissement d’Israël était « le but à atteindre – mais dans la mesure où il entraînera un changement révolutionnaire ».

« Elle avait exprimé sa crainte que leurs actions n’aient qu’un impact limité sur le désinvestissement et sur un éventuel ‘renversement’ susceptible d’être accompagné d’une possible ‘révolution’, » ont noté les procureurs, qui ont ajouté que le réseau « œuvrait en faveur d’une ‘révolution’ totale ».

L’un des suspects était en possession d’un manuel anarchiste sous forme de livret, qui traitait « des crimes visant à renverser des gouvernements ».

Les suspects ont depuis expliqué qu’ils avaient cherché à créer une organisation sur le modèle du Weather Underground, un groupe terroriste national d’extrême gauche des années 1960 qui s’était donné pour mission de renverser le gouvernement américain.

Weger était, semble-t-il, en possession d’accessoires liés à des groupes communistes et terroristes – un bandeau des Gardes rouges chinois, des écussons représentant des insurrections communistes en Turquie et aux Philippines et un groupe de guérilla syrien, entre autres.

A l’instar des conspirateurs de la Maison Blanche, Weger était lourdement armé. Il avait acheté un AK-47, un silencieux, des lunettes de visée et d’autres équipements tactiques.

Les deux groupes avaient recouru à la violence, estimant que les mesures pacifiques prises en faveur d’un changement s’étaient révélées inefficaces. Ils partageaient leurs griefs et leurs complots sur des applications de messagerie cryptées.

« Mort aux États-Unis »

Segal fait remarquer que les théories du complot concernant Israël ou les Juifs prétendent depuis longtemps que les Juifs contrôlent la politique américaine. Il note que ces théories ont été utilisées pour promouvoir des inquiétudes plus larges ou une opposition aux États-Unis.

Les extrémistes considèrent également que les États-Unis soutiennent Israël et les Juifs, ou qu’ils sont responsables de leurs actions, ajoute-t-il.

« Pour ceux qui croient qu’Israël et/ou les Juifs ont pris, d’une manière ou d’une autre, le contrôle de notre gouvernement, pour ceux qui considèrent que les États-Unis sont un instrument entre les mains des Juifs ou d’Israël, l’idée qui laisse croire que viser très précisément la main qui contrôle le gouvernement pourra contribuer à déclencher une révolution n’est pas si surprenante », dit-il.

Ces deux réseaux ne sont pas les seuls groupes anti-israéliens à avoir cherché à provoquer une révolution aux États-Unis ces dernières années.

L’année dernière, les procureurs fédéraux avaient mis en examen un groupe d’extrême gauche californien, le Turtle Island Liberation Front, qui avait planifié une campagne d’attentats à la bombe de grande envergure.

Ce groupe, comme les suspects du Michigan, s’identifiait également aux terroristes palestiniens — sa meneuse était décrite comme une « fan inconditionnelle du Hamas ». Il avait pris pour cible des institutions juives en raison de leurs liens avec Israël.

Ses membres avaient à plusieurs reprises exprimé leur souhait de voir disparaître les États-Unis. Dans un message, un suspect avait écrit : « Mort à Israël, mort aux États-Unis, mort aux colonisateurs ».

Montage photos (de gauche à droite) : Audrey Carroll, Dante Gaffield, Zachary Page et Tina Cheng-Ting, les auteurs présumés d’un complot d’attentat à la bombe d’extrême gauche en Californie, sur des photos publiées en décembre 2025. (Crédit : Bureau du procureur fédéral du district central de Californie)

À l’autre extrémité du spectre politique, le groupe suprémaciste blanc Terrorgram Collective avait pris pour cible les Juifs, des responsables américains, d’autres minorités et les infrastructures afin d’accélérer l’effondrement du gouvernement.

La théorie dite du « fer à cheval » décrit la convergence entre les franges de la gauche et de la droite, en particulier en ce qui concerne les Juifs et Israël.

Les comploteurs présumés de la Maison Blanche et les militants du Michigan s’étaient, par exemple, inspirés de l’autre extrémité du spectre politique.

Les enquêteurs ont depuis expliqué que Proper semblait avoir repris des images de Track AIPAC, un groupe qui a été fondé par des militants de gauche anti-israéliens.

Paige Feyock, l’une des suspectes du Michigan, avait suggéré de faire brûler une croix dans le jardin d’un professeur « brun ». Quand il lui avait été demandé s’il s’agissait de la même tactique que celle qui était utilisée par le Ku Klux Klan, elle avait répondu : « Ils avaient vu juste ».

L’hostilité à l’égard d’Israël, des Juifs et du sionisme dépasse également les clivages habituels qui séparent la gauche et la droite – se manifestant dans des idéologies comme l’islamisme ou le tiers-mondisme, qui diffèrent par leur doctrine mais qui se rejoignent en considérant les Juifs ou l’État juif comme le symbole de « l’ennemi ».

De nombreux extrémistes sont également motivés par plusieurs idéologies. Le mois dernier, par exemple, un homme du Tennessee, qui était inspiré par l’idéologie néonazie et suprémaciste blanche, a plaidé coupable en reconnaissant qu’il avait lancé une bombe incendiaire contre un groupe de défense des droits civique. Il a également admis qu’il avait fourni au Hezbollah des informations sur des cibles terroristes liées à Israël.

Segal indique que pour de nombreux extrémistes, l’antisémitisme agit souvent comme un « catalyseur qui les pousse à commettre des actes encore plus violents ».

« Je pense que nous devons nous attendre à davantage encore de complots, qu’ils visent la communauté juive ou qu’ils visent simplement des Américains ailleurs – ils s’appuieront sur ce type de rhétorique car elle est, in-fine, extrêmement séduisante pour ceux qui veulent y croire », dit-il.

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