Des Haredim anti-enrôlement bloquent la Route 4 et affrontent la police
Yaïr Lapid demande la suspension des aides gouvernementales aux ultra-orthodoxes ; le projet de loi interdisant l'usage de 'skunk' lors des manifestations avance à la Knesset
Des dizaines de manifestants ultra-orthodoxes opposés à la conscription se sont affrontés avec la police et ont bloqué lundi la Route 4, à proximité de la ville haredi de Bnei Brak, pour protester contre l’arrestation, la nuit précédente, de deux personnes soupçonnées d’avoir fui la conscription.
Des images de la manifestation, déclarée illégale par la police, montrent une foule de jeunes hommes assis devant des voitures sur l’autoroute, tandis qu’un policier leur crie à travers un mégaphone de dégager la route.
Les manifestations des Haredim contre la conscription militaire se sont multipliées, alors qu’un débat national est en cours sur l’opportunité et les modalités de la conscription des hommes ultra-orthodoxes.
Lundi, les députés ont voté en faveur d’un projet de loi soutenu par les Haredim interdisant l’utilisation de canons à eau tirant du « Skunk », un liquide contenant un composé chimique nauséabond, souvent utilisé pour disperser ces manifestations.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a dénoncé une initiative visant à soutenir financièrement les personnes emprisonnées pour refus de servir dans l’armée.
Après une décision de la Cour suprême en 2024 invalidant les exemptions générales à la conscription pour les hommes ultra-orthodoxes, l’armée a commencé à leur envoyer des convocations, puis à arrêter ceux qui ne s’y conformaient pas. La police militaire, qui tente d’arrêter les réfractaires, s’est parfois heurtée à des manifestations de rue.
Des manifestations ont également eu lieu contre un projet de loi présenté à la Knesset qui consacrerait l’exemption du service militaire pour la plupart des Haredim étudiant en yeshiva, mais que de nombreux ultra-orthodoxes jugent insuffisant et dont l’avenir est incertain. Des manifestants se sont également rassemblés devant les centres de recrutement de Tsahal, où les Haredim s’engagent.
Lors de ces manifestations, les jeunes hommes bloquent souvent les routes et encerclent les bus. Le mois dernier, un adolescent a été tué lorsque le chauffeur d’un bus a percuté la foule lors d’une manifestation anti-conscription haredi.
Lundi, lors d’une manifestation organisée près de Tel Aviv, la police des frontières a également été déployée. Les agents ont orienté les conducteurs vers des itinéraires alternatifs, car l’autoroute était bloquée.
La Faction de Jérusalem, un groupe haredi radical connu pour ses manifestations virulentes contre la conscription des ultra-orthodoxes, a annoncé qu’une manifestation similaire allait avoir lieu dans le sud du pays.
Outre l’organisation de manifestations, la Faction de Jérusalem, qui compte quelque 60 000 membres, verse de l’argent et d’autres formes de soutien aux Haredim arrêtés pour avoir refusé la conscription. La secte hassidique Satmar a également versé des subventions aux réfractaires.
Ces fonds proviennent de Notnim Gav, qui signifie « Nous sommes là pour vous » en hébreu, une organisation affiliée à la Faction de Jérusalem.
Notnim Gav gère également des lignes d’assistance téléphonique anti-enrôlement en anglais et en hébreu, organise régulièrement des manifestations devant les centres d’enrôlement et même une tombola pour les étudiants en yeshiva qui refusent de se soumettre aux ordres de conscription.
Une autre organisation affiliée à la Faction de Jérusalem contrôle un « système d’alerte national » pour mobiliser la communauté lorsque Tsahal mène des opérations contre les réfractaires à la conscription.
Lundi, en réponse à un article du Times of Israel concernant les aides financières accordées aux réfractaires, Lapid a appelé à réduire les budgets destinés aux Haredim jusqu’à ce que les jeunes hommes de cette communauté commencent à servir dans l’armée.
« En fin de compte, savez-vous ce qui est le plus révoltant dans ce que vous décrivez ? », a-t-il demandé.
« Cet argent vient des contribuables israéliens. C’est de là qu’il provient. Ce sont les 60 milliards de shekels que les citoyens israéliens versent chaque année aux réfractaires. Nous devons leur dire : ‘Vous ne recevrez pas un seul centime si vous ne vous enrôlez pas dans Tsahal.’ Ainsi, ils n’auront plus d’argent à donner aux réfractaires. »
Lundi également, les membres de la commission de la Sécurité nationale de la Knesset ont voté en faveur de l’adoption d’un projet de loi interdisant l’utilisation du « skunk » contre les manifestants, ce qui ouvre la voie à sa progression vers les deux dernières lectures nécessaires pour qu’il ait force de loi.
Présenté par les députés Moshe Gafni et Yaakov Asher du parti Yahadout HaTorah, ce texte vise à garantir que les canons à eau utilisés par la police pour disperser les manifestations ne tirent que de l’eau propre, sans ajout de substances telles que des colorants ou des odeurs.
Pulvérisé à partir d’un camion équipé d’un canon à eau à haute pression, ce liquide nauséabond est souvent utilisé contre les manifestants haredim opposés à la conscription et les Palestiniens en Cisjordanie, mais il a également été employé contre des manifestants anti-gouvernement ces dernières années.
La composition de cette substance reste un mystère, les autorités compétentes ayant refusé de divulguer ses ingrédients exacts. Certaines des personnes aspergées par cette substance ont signalé des irritations cutanées, des difficultés respiratoires et des maux de tête.
Le projet de loi, soutenu par les députés de la coalition et de l’opposition, stipule que la police doit filmer l’utilisation de ces canons et conserver les vidéos pendant trois ans afin de les fournir, sur demande, à toute personne affirmant avoir été blessée par ces canons. Les forces de l’ordre pourraient toutefois demander une ordonnance du tribunal pour ne pas divulguer ces documents, si leur publication risquait de nuire à une enquête en cours ou à la sécurité publique.
Ce projet de loi bénéficie d’un soutien qui dépasse la communauté haredi. Le député Ahmad Tibi (Hadash-Taal) se réjouit de l’avancement de ce projet de loi, qu’il qualifie « d’important tant pour les citoyens que pour les policiers ».