Un projet de loi interdisant l’usage de « Skunk » approuvé en première lecture
Les défenseurs des droits humains, experts médicaux et députés dénoncent l'emploi de canons à eau avec un liquide nauséabond contre les manifestants

Mercredi soir, les députés ont approuvé en première lecture, à 14 voix contre 0, un projet de loi interdisant à la police d’utiliser du « Skunk », un liquide contenant un composé chimique nauséabond, contre les manifestants.
Ce texte, porté par les députés Moshe Gafni et Yaakov Asher, du parti Yahadout HaTorah, vise à garantir que les canons à eau utilisés par la police pour disperser les manifestations lancent uniquement de l’eau propre, sans ajout de substances, et notamment de colorants et de composés odorants.
Lancé depuis des camions équipés de canons à eau à haute pression, ce liquide nauséabond est souvent employé contre les manifestants haredim opposés à la conscription et contre les Palestiniens en Cisjordanie. Ces dernières années, il a également été utilisé contre les manifestants antigouvernementaux.
La composition détaillée de cette substance est entourée de mystère, et les autorités compétentes ont refusé de divulguer ses ingrédients exacts. Certaines personnes, après avoir été aspergées de ce « Skunk », ont rapporté des irritations cutanées, des difficultés respiratoires et des maux de tête.
Le projet de loi, qui bénéficie également du soutien des députés de l’opposition, stipule que la police doit filmer l’utilisation de ces canons et conserver les enregistrements pendant trois ans, afin d’être en mesure de les fournir sur demande à toute personne affirmant avoir été blessée. Les forces de l’ordre seraient toutefois autorisées à demander une ordonnance du tribunal ordonnant un refus de divulguer ces documents, dans le cas où ladite divulgation pourrait nuire à une enquête en cours ou à la sécurité publique.
« Si les procédures policières réglementent l’utilisation des canons à eau afin d’éviter tout préjudice inutile causé aux personnes, au fil des ans, toutefois, des manifestants et des passants ont été blessés lorsque de tels canons ont été employés dans leur voisinage », peut-on lire dans les notes explicatives accompagnant le projet de loi.
ההפגנה סמוך למעון רה"מ נמשכת: המשטרה נעזרת במכת"זית כדי לפזר את המפגינים pic.twitter.com/fGu5yl1LWe
— כאן חדשות (@kann_news) July 14, 2020
Aux termes de la réglementation relative aux canons à eau, les jets ne doivent pas directement viser les manifestants et ne doivent pas être dirigés vers leurs têtes, en raison d’un risque de blessures graves.
Le quotidien Haaretz a cependant rapporté en 2023 que des canons montés sur des camions étaient utilisés en violation des directives officielles, blessant des manifestants opposés au gouvernement.
L’Association pour les droits civils en Israël (ACRI) a également accusé les forces de l’ordre de les utiliser en « violation totale » du protocole à l’encontre de membres de la communauté ultra-orthodoxe, citant ce qu’elle a décrit comme des « incidents dûs à l’utilisation de canons à eau et d’eau contenant du Skunk dans des rues calmes et vides, exemptes de troubles à l’ordre public ; de pulvérisation directe dans des structures fermées ; en direction de fenêtres et de balcons privés ; et sur des commerces et des véhicules – tout en ciblant intentionnellement des personnes ne prenant aucun part aux troubles, parmi lesquelles des enfants et des nourrissons ».
En 2018, plusieurs haredim ont saisi la Haute Cour de justice pour demander l’arrêt de l’utilisation de la pulvérisation de Skunk par la police. Deux d’entre eux se sont plaints de dommages s’élevant à plusieurs milliers de shekels causés à leurs magasins par les pulvérisateurs utilisés contre des manifestants qui se trouvaient à proximité. Un troisième a rapporté que la police avait pulvérisé le spray sur son balcon, alors qu’il regardait une manifestation. Le liquide avait alors pénétré dans sa maison, provoquant des dommages et blessant l’un de ses petits-enfants.
מכת"זית מעיפה ילד – שפוגע בגלגלי רכב: תיעוד מההפגנות בירושלים נגד נתיחת גופות התינוקות שמתו באסון בגן הילדים@HGoldich pic.twitter.com/iU93Pjylwb
— כאן חדשות (@kann_news) January 19, 2026
« Il a été prouvé que l’emploi de cette arme causait des dommages à la santé publique, notamment à des passants innocents et aux policiers eux-mêmes », a déclaré jeudi le professeur Hagai Levine, président de l’Association israélienne des médecins de santé publique, au Times of Israel.
« S’attaquer à ce problème spécifique ne suffit pas. La police ne tient pas suffisamment compte des dangers pour la santé publique et ne respecte pas ses propres directives lorsqu’elle recourt à différentes armes. »
En 2023, le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, selon certaines informations, aurait totalement interdit l’usage de canons à eau contre les manifestants haredim. Mais ces dispositifs ont continué d’être utilisés, notamment tout récemment, cette semaine, lorsque des extrémistes haredim ont provoqué des émeutes dans plusieurs villes pour protester contre le projet des autorités de pratiquer des autopsies sur les corps de deux bébés décédés dans une crèche surpeuplée et non agréée de la capitale.
Sur une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, on peut voir la police utilisant un canon à eau contre des manifestants à Jérusalem, lundi. Une personne, apparemment mineure, apparaît renversée par le jet d’eau, puis emportée sur la route et heurtée par les roues d’une voiture en mouvement.
Interrogé par le Times of Israel, dans la matinée de jeudi, l’ancien commissaire principal de la police israélienne Amnon Alkalaï a fait part de son opposition aux efforts visant à interdire complètement l’utilisation du spray Skunk, appelant toutefois à une plus grande surveillance de son utilisation contre les manifestants.
Une telle interdiction retirerait un outil important de l’arsenal anti-émeute de la police, risquant ainsi de conduire les agents à recourir à des méthodes plus meurtrières.
« Nous ne voulons pas que les agents, en première intention, se servent d’une matraque ; c’est bien plus violent et bien plus dangereux pour le corps humain », a-t-il déclaré. « Il faut établir une échelle graduée, une échelle qui reflète le niveau de gravité ou le niveau de troubles, et donner à la police les outils nécessaires pour y faire face. »
Toutefois, il faut veiller à ce qu’il [le Skunk] soit utilisé conformément aux directives de la police, a-t-il insisté, déclarant qu’il faut « l’employer à bon escient, et ne pas en supprimer l’usage ».
Charlie Summers, la JTA et le personnel du Times of Israel ont contribué à cet article.







