Des Israéliens manifestent à New York contre la première nord-américaine de « NAZA »

Un survivant de Nova qualifie les réalisateurs israéliens de 'traîtres' et estime qu’ils 'devraient être punis' ; un groupe de gauche organise une petite contre-manifestation

Noa Peri-Jensch, directrice des relations communautaires de l'Israeli-American Council (IAC), prenant la parole lors d'un rassemblement critiquant le documentaire « NAZA », organisé à l'occasion de sa première nord-américaine au Lincoln Center de New York, le 26 septembre 2026. (Crédit : Joseph Strauss/JTA)

Samedi après-midi, à New York, des dizaines de manifestants pro-Israël ont organisé un piquet de grève devant la première nord-américaine du film « NAZA », qui traite des meurtres présumés de civils gazaouis commis à l’aide de systèmes d’intelligence artificielle (IA). Ils accusent les réalisateurs d’ignorer le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.

Les organisateurs du rassemblement devant le Lincoln Center, où le documentaire était projeté dans le cadre du Festival du film de New York, ont stationné plusieurs véhicules équipés d’écrans LED diffusant des images de personnes enlevées le 7-Octobre et retenues en otage par des groupes terroristes à Gaza.

« Le contexte n’est pas de la censure. C’est une question de responsabilité », pouvait-on lire sur les camions, à côté de messages évoquant les mesures prises par Israël pour limiter les pertes civiles à Gaza.

Les manifestants ont brandi des drapeaux d’Israël et américains, ainsi que des pancartes montrant des images du massacre perpétré dans le sud d’Israël.

« Informez-vous sur les faits. Connaissez la vérité », pouvait-on lire sur les pancartes.

Rom El-Hai et Shalev Bitton, qui ont tous deux survécu au massacre du festival de musique Nova, se sont joints aux manifestants, aux côtés de Yunis Alkarnawi, un Bédouin israélien qui a sauvé des personnes présentes au festival.

Le film, dont le titre est l’acronyme hébreu de « dommages collatéraux », prétend montrer que l’armée israélienne a utilisé l’IA pour cibler Gaza et a considéré le nombre élevé de morts parmi les civils comme des dommages collatéraux acceptables au début de la guerre.

Tsahal a catégoriquement démenti les principales allégations du documentaire, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a soutenu un projet de loi visant à retirer leur nationalité israélienne à Yuval Abraham et Rachel Szor, les réalisateurs du film. Des partisans du gouvernement ont également manifesté devant le domicile des parents de Rachel Szor, fustigeant ces « traîtres ».

Samedi, lors du rassemblement à New York, El-Hai a également déclaré qu’Abraham et Szor étaient des « traîtres » et que des « menteurs » comme eux existaient dans les communautés juives depuis l’époque de la Bible.

Dans une interview accordée à la Jewish Telegraphic Agency après ses propos, El-Hai a déclaré qu’Abraham et Szor « devaient être punis » et qu’ils ne pouvaient pas « vivre leur vie en Israël comme si de rien n’était ».

« Les gens doivent comprendre qu’il y a un prix à payer pour leurs actes », a-t-il ajouté.

Le groupe de défense Israeli-American Council (IAC) a organisé la manifestation, et sa responsable des communautés, Noa Peri-Jensch, figurait également parmi les intervenants.

« Nous pleurons chaque vie innocente perdue dans cette guerre, qu’elle soit israélienne ou palestinienne », a-t-elle déclaré.

« Mais la compassion envers les civils palestiniens ne nous oblige pas à effacer le 7-Octobre, à ignorer le Hamas ou à accepter un seul récit sans le remettre en question. »

Peri-Jensch a déclaré à la JTA lors d’une interview qu’elle ne demandait pas l’annulation des projections de NAZA, mais que les projections dans les festivals de cinéma devraient être accompagnées d’un « contexte », comme des tables rondes réunissant des survivants du 7-Octobre.

Interrogée sur les menaces proférées par des responsables israéliens à l’encontre des cinéastes et sur les manifestants qui les qualifient de traîtres, Peri-Jensch a répondu qu’elle « ne pouvait pas commenter les agissements des gens en Israël, je ne peux m’exprimer qu’ici », ajoutant que les spectateurs « méritaient d’en connaître toute l’étendue ».

Parallèlement, une dizaine de personnes appartenant au groupe de gauche « Israelis for Peace » se sont rassemblées en signe de solidarité avec Abraham et Szor. Les manifestants de gauche brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Nous sommes aux côtés des innombrables victimes de Gaza, ainsi que de Rachel et Yuval, qui ont osé dire la vérité au pouvoir. »

Roni Tamari, qui a organisé le rassemblement en soutien aux réalisateurs, a déclaré que la réaction israélienne à NAZA était « disproportionnée », estimant qu’il était « en réalité très irrespectueux » de montrer publiquement des images de personnes blessées et tuées lors de l’assaut barbare et sadique du Hamas.

Une dizaine de personnes manifestant en solidarité avec les réalisateurs de « NAZA », Yuval Abraham et Rachel Szor, devant le Lincoln Center à New York, le 26 septembre 2026, à l’occasion de la première nord-américaine du documentaire. (Crédit : Joseph Strauss/JTA)

À proximité, des dizaines de personnes faisaient la queue devant la billetterie, dont la file s’étendait jusqu’au coin de la rue.

John Kwiatkowski, responsable senior de la publicité et de la communication pour Film at Lincoln Center, a déclaré à la JTA que les deux séances de NAZA prévues ce week-end avaient été « complètes presque immédiatement ».

Au moins un homme politique local a réussi à obtenir un billet : Brad Lander, ce juif progressiste qui se décrit lui-même comme un « sioniste libéral » et qui se présente comme candidat démocrate dans la 10ᵉ circonscription de New York après avoir remporté l’investiture avec le soutien du maire antisioniste de New York, Zohran Mamdani.

David Lawson, un habitant juif du Queens qui s’était procuré un billet pour la première, a confié à la JTA peu avant la projection qu’il s’attendait à voir des manifestants opposés à NAZA lors de la première.

Les réalisateurs Yuval Abraham (à droite) et Rachel Szor (à gauche), lauréats du prix spécial du jury pour « NAZA », participant à une séance photo sur le tapis rouge à l’issue de la cérémonie de clôture de la 83ᵉ édition du Festival du film de Venise, au Lido de Venise, en Italie, le 12 septembre 2026. (Crédit : Scott A Garfitt/Invision/AP)

Lawson s’est dit « très impatient » de voir le film, non seulement pour ce qu’il dira « sur Israël, mais aussi simplement sur l’utilisation alarmante de l’IA dans la guerre en général ».

Il a ajouté qu’il espérait « que le vent tourne en faveur de l’acceptation du sionisme aux États-Unis », et que le soutien apporté à NAZA illustrait ce changement.

Le documentaire a été salué dès sa sortie, recevant une standing ovation de pas moins de 25 minutes après sa première au Festival de Venise, avant de remporter le prix spécial du jury.

Cependant, les réalisateurs ont également été accusés de ne pas avoir vérifié les allégations concernant le comportement de Tsahal à Gaza ni fourni de contexte sur la manière dont d’autres armées gèrent les dommages collatéraux dans les zones de guerre urbaines.

L’une des allégations présentées dans une vidéo promotionnelle du documentaire est que l’armée israélienne aurait planifié de frapper pendant la guerre de Gaza au cours de laquelle 500 morts parmi les civils avaient été anticipées.

Tsahal a qualifié cette allégation de « totalement fausse » et a déclaré que les réalisateurs n’avaient pas pris la peine de la vérifier.

« L’armée n’a jamais planifié, approuvé ni mené une frappe à Gaza dans laquelle la mort de 500 civils, ou d’un nombre proche de ce chiffre, était prévue. Aucune allégation crédible n’a d’ailleurs été avancée tout au long de la guerre suggérant qu’une frappe de Tsahal aurait causé un nombre de victimes aussi élevé », a-t-elle ajouté.

Des témoignages présentés dans le film font également état de « massacres à l’échelle industrielle » à Gaza. Un intervenant anonyme y décrit un système assisté par IA qui identifiait des cibles à l’aide de données recueillies à partir de milliers de téléphones portables piratés.

Des tentes abritant des Gazaouis déplacés visibles au milieu de bâtiments endommagés par la guerre dans Gaza-City, au nord de la bande de Gaza, le 26 septembre 2026. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Tsahal a répondu que les décisions concernant la sélection et l’approbation des frappes étaient prises « uniquement par du personnel humain… et non par l’intelligence artificielle ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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