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  • Un moniteur du Habad Camp Yeka joue de la guitare avec ses campeurs, des orphelins juifs d'Odessa, après leur fuite d'Ukraine vers Berlin, mars 2022 (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)
    Un moniteur du Habad Camp Yeka joue de la guitare avec ses campeurs, des orphelins juifs d'Odessa, après leur fuite d'Ukraine vers Berlin, mars 2022 (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)
  • Une monitrice du Habad Camp Yeka célèbre Pourim avec ses campeurs après leur fuite d'Ukraine vers Berlin, mars 2022 (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)
    Une monitrice du Habad Camp Yeka célèbre Pourim avec ses campeurs après leur fuite d'Ukraine vers Berlin, mars 2022 (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)
  • Avraham Branover, Sholom Freidfertig et Moishe Lifshitz préparent des valises de fournitures et de jeux pour leurs campeurs du Habad Camp Yeka, qui ont fui l'Ukraine vers Vienne, en mars 2022 (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)
    Avraham Branover, Sholom Freidfertig et Moishe Lifshitz préparent des valises de fournitures et de jeux pour leurs campeurs du Habad Camp Yeka, qui ont fui l'Ukraine vers Vienne, en mars 2022 (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)
  • Une fille profite du Winter Camp Yeka en Ukraine quelques semaines avant l'invasion russe (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)
    Une fille profite du Winter Camp Yeka en Ukraine quelques semaines avant l'invasion russe (Crédit : avec la permission du Camp Yeka)

Des jeunes Habad mettent leurs vies de côté pour sauver des enfants ukrainiens

Des femmes et des hommes du Camp Yeka quittent leur emploi, et s’envolent pour l’Europe pour localiser des centaines d’enfants, et leur venir en aide

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La semaine dernière, Menucha Hanoka a été réveillée à 3 heures du matin par son nouveau-né dans sa maison de Pasadena.

Alors qu’elle portait son bébé, la directrice de la jeunesse Habad, âgée de 26 ans, a instinctivement jeté un coup d’œil à son téléphone.

Elle y vît 6 appels manqués du même numéro. Ce n’était pas une amie qui souhaitait avoir conversation nocturne. Ce n’était pas non plus sa mère qui aurait tenté de la contacter en pleine nuit.

Les appels venaient d’une fillette de 8 ans coincée dans une station de métro de Kharkiv. Elle essayait désespérément de joindre Hanoka, elle qui se trouvait en sécurité en Californie à plus de 10 000 kilomètres de la zone de guerre suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

« Je l’ai immédiatement rappelée », a-t-elle déclaré au Times of Israël par téléphone vendredi. « Sa mère était tombée et s’était blessée au pied, et elles étaient coincées dans une station de métro. Elles n’avaient pas d’argent pour prendre un taxi pour se rendre à la gare afin de quitter Kharkiv. Il y avait des bombardements partout, elle m’a dit qu’elles étaient là depuis deux jours, sans nourriture, et que sa mère ne pouvait pas se déplacer. »

Hanoka avait fait connaissance de cette jeune fille par le biais du Camp Yeka. Le Camp Yeka est un programme que Hanoka et d’autres jeunes Habad dirigent en Ukraine. Depuis 2001, le programme Yeka – du nom d’Ekaterinoslav, ville maintenant connue sous le nom de Dniepr, où le septième Rabbi Loubavitch a grandi – organise des camps d’été, d’hiver et des séjours de Pessah pour les Juifs Ukrainiens.

Hanoka a pu envoyer de l’argent à la jeune fille par l’intermédiaire du rabbin Moshe Theler de Berdychiv, le père de l’un des animateurs de Yeka, afin qu’elle et sa mère puissent prendre un taxi pour se rendre à la gare. Elles se sont rendues à Dniepr, où la maman a pu recevoir des soins médicaux dans un hôpital.

Menucha Hanoka célébrant Pourim avec des enfants ukrainiens du Camp Yeka (Crédit : Autorisation)

Les animateurs de Yeka ont également financé le traitement.

Puis, les volontaires ont fait monter la mère et sa fille dans un bus pour les évacuer vers Moldvoda jeudi.

« De là, nous les avons mis en contact avec le centre Habad », a expliqué Hanoka. « Elles ont pu se rendre au consulat et, espérons-le, pourront bientôt rejoindre Israël. »

La langue n’est pas une barrière

Avec la chute du rideau de fer en 1991, les émissaires Habad et d’autres organisations juives se sont lancés dans des projets ambitieux à travers l’Ukraine, en créant des synagogues, des centres communautaires, des écoles et des œuvres caritatives.

Meir Levin, directeur du Camp Yeka pour garçons, dans un café de Jérusalem, le 15 mars 2022. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

L’un de ces projets était le Camp Yeka, dirigé par de très enthousiastes jeunes hommes et femmes Habad .

« C’est une initiative entièrement menée par les [étudiants en yeshiva]  », a déclaré Meir Levin, âgé de 23 ans et directeur du camp de garçons de Yeka, au Times of Israël la semaine dernière à Jérusalem. « Nous le gérons et le finançons. Les étudiants les plus âgés de notre organisation ont 23, 24 ans. »

Le programme dirigé par Levin peut compter sur une quinzaine de jeunes célibataires et étudiants en yeshiva. Les camps de garçons accueillent entre 70 et 90 enfants, âgés de 7 à 17 ans. De nombreux orphelinats juifs envoient les enfants dans les camps de Yeka, de même que de  nombreuses familles et écoles Habad en Ukraine.

« C’est une véritable chli’hout [mission] de première ligne », a expliqué Levin, employant un terme du jargon Habad-Loubavitch pour les émissaires qui se rendent dans des endroits souvent reclus pour favoriser la vie juive et répondre aux besoins de la communauté locale.

« Nous apprenons que la langue n’est pas une barrière et nous le constatons en maintes occasions », a déclaré Levin. « Les enfants des orphelinats viennent vers nous et pleurent avec nous, et nous nous [rassemblons] autour d’eux grâce aux quelques mots d’hébreu qu’ils connaissent et le peu de russe que nous connaissons, et on se réunit ; deux heures et demie plus tard, nous sommes toujours [ rassemblés] et nous parlons, il y a une connexion bien au delà de la langue.»

« Les enfants attendent impatiemment Yeka toute l’année », a poursuivi le natif de Londres. « Ils savent qu’ils vont participer à Yeka et ils sont tout excités. Nous sommes comme les Américains fous. »

Les « Américains fous » viennent des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Ukraine et d’endroits aussi éloignés que l’Australie. Ils passent trois jours à créer du lien, conduisant dans une camionnette de location à travers l’Ukraine jusqu’aux tombes des maîtres hassidiques.

Les animateurs collectent autant d’argent que possible lors de campagnes de financement, puis couvrent eux-mêmes le reste des coûts des camps.

Des enfants ukrainiens faisant de la luge au camp d’hiver de Yeka, des semaines avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie (Crédit : Autorisation)

« Il y a des moments où nous dépensons tout ce que nous avons sur nos cartes de crédit, et si Hashem veut que nous soyons remboursés, nous serons remboursés », a déclaré Levin. « C’est ce en quoi nous croyons, et tout ce que nous devons faire, nous le ferons. Si nous devons dépenser chaque centime de notre carte de crédit pour que cela se produise, c’est notre chli’hout [mission] et c’est ce que nous ferons. »

Les camps d’une durée de deux semaines coûtent environ cinquante dollars par participant.

Pour de nombreux participants, Yeka est leur première rencontre avec le judaïsme.

Levin a raconté l’arrivée de deux frères aux cheveux blonds et aux yeux bleus dont le père n’est pas Juif. « Nous avons donné une kippa au plus jeune, son frère a enlevé la kippa, l’a jeté par terre et a craché. Ils ont appelé leur moniteur ‘le juif’, parce qu’il ne connaissaient que ce terme. Mais à la fin du camp, ils récitaient le Shema Yisrael. »

Des enfants juifs ukrainiens célèbrent Pourim à Berlin avec le Camp Yeka après avoir fui l’invasion russe, le 16 mars 2022 (Crédit : Autorisation)

Les moniteurs et les enfants restent en contact bien après la fin du camp.

« J’appelle mes enfants tous les vendredi », a déclaré Levin, faisant référence à la préparation du sabbat.

Certains campeurs prennent même le nom de leurs animateurs lorsqu’ils décident de se faire circoncire à l’adolescence.

Assurer la sécurité des campeurs

Voyant la vie de leurs protégés en danger, les animateurs de Yeka – qui étaient entre temps retournés à leur vie, chez eux dans leur travail et leurs études – sont immédiatement passés à la vitesse supérieure.

« C’était vraiment très difficile de regarder les nouvelles et de savoir tous nos garçons si impuissants », a déclaré Levin. « Nous nous devions de faire quelque chose. »

Depuis le début de la dernière invasion russe le 24 février, le réseau Yeka s’est entièrement consacré à localiser ses centaines de participants, à les aider à évacuer si possible, ou à leur envoyer de l’argent et à les soigner où qu’ils se trouvent – à Berlin, à Vienne, à Varsovie ou en Israël.

Les pompiers éteignent les flammes à l’extérieur d’un immeuble après une attaque à la roquette russe à Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine, le 14 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Pavel Dorogoy)

Levin et les autres moniteurs ont accédé à leur liste de 90 campeurs, puis réparti les enfants entre les moniteurs. Chacun a appelé les enfants dont il avait la charge pour vérifier où ils se trouvaient, ce dont ils avaient besoin et, surtout, s’ils étaient en sécurité.

(L’attitude positive de Yeka se ressentait pendant ma conversation avec Levin. Il a interrompu notre entretien pour prendre un appel de l’un des animateurs. « Montez dans un avion et faites en sorte que cela se produise », l’ai-je entendu dire avant de raccrocher.)

Hanoka et son équipe d’animatrices ont une liste de 257 filles. « Il y a des filles qui ne veulent pas partir ou qui ne peuvent pas partir ; nous sommes donc en contact avec elles quotidiennement », a-t-elle expliqué.

La moindre des choses à faire est de leur fournir des vêtements, de l’argent, et de les couvrir d’amour.

Les jeunes femmes ont réussi à s’occuper de leurs filles à distance d’une façon incroyable.

Les animatrices ont réussi à convaincre une jeune fille d’évacuer Kiev.

« Elle a appelé pendant son voyage – qui était incroyablement long et effrayant – elle était triste parce qu’elle était dans l’impossibilité d’allumer les bougies de Shabbat comme elle le faisait tous les vendredis soirs depuis son arrivée au camp d’été de Yeka », a raconté Hanoka. « Son animatrice a essayé de la calmer et a allumé les bougies au travers de la caméra pour qu’elle puisse réciter la bénédiction. »

Des enfants et leurs compagnons d’un orphelinat d’Odessa, en Ukraine, arrivent dans un hôtel à Berlin, le vendredi 4 mars 2022 (Crédit : AP Photo/Steffi Loos)

La jeune fille s’est depuis rendue à Netanya en Israël, où elle est désormais en sécurité.

Une autre jeune fille est sortie de Varsovie après un voyage éprouvant, mais sans visages familiers en Pologne, elle a voulu se rendre à Vienne pour rejoindre des amis. « Elle n’avait jamais pris l’avion, nous avons donc dû la guider à chaque étape et nous nous sommes arrangés pour que quelqu’un l’amène à l’aéroport et la rencontre à son arrivée, et l’a emmenée remplir une valise de vêtements, de cosmétiques, … », a déclaré Hanoka.

« Ces enfants ont littéralement tout perdu », a poursuivi Hanoka. « La moindre des choses à faire est de leur fournir des vêtements, de l’argent, et de les couvrir d’amour. »

Les monitrices ont été conseillées par des thérapeutes en traumatologie de Chai Lifeline afin de pouvoir faire face à des situations difficiles et inattendues chaque jour.

L’un des principaux efforts consiste à fournir des fonds d’urgence aux enfants qui en ont un besoin urgent. « Nous recevons des demandes, nous avons besoin d’argent pour le pain, nous avons besoin d’argent pour la nourriture, et nous sommes tellement chanceux d’avoir ce contact direct avec eux », a déclaré Levin.

Des Juifs prient dans le sous-sol d’une synagogue à Kiev, en Ukraine, le 28 février 2022. (Crédit : Rabbin Jonathan Markovitch via JTA)

Comme les cyberattaques, les couvre-feux, les limites de retrait et d’autres perturbations rendent difficile l’envoi fiable d’argent à leurs campeurs, les animateurs des garçons transfèrent la crypto-monnaie à l’un des animateurs en Ukraine, qui redistribuent ensuite l’argent pour les enfants sur place.

Les animateurs ont essayé d’aider autant que possible  les garçons et les filles vivant sous contrôle russe.

Levin a envoyé de l’argent à la famille d’un jeune homme à Berdiansk qui vient d’avoir un bébé. Avec la montée en flèche des prix alimentaires, la famille ne pouvait plus se permettre des aliments de base tel que le pain. « Pour moi, c’est la priorité », a-t-il déclaré.

Les animateurs sont toujours dans l’incapacité de joindre certains de leurs campeurs dans la ville côtière battue de Marioupol, assiégée par les Russes depuis le début de la guerre.

« Une mère et sa fille n’ont pu répondre qu’après six jours d’appel de la part du personnel de Yeka », a déclaré Hanoka. « Elles venaient à peine de réussir à quitter la ville. »

Les animateurs travaillent maintenant pour aider le binôme à quitter complètement l’Ukraine.

En Europe et en Israël

Le travail du personnel de Yeka se poursuit une fois que leurs campeurs parviennent à traverser la frontière ukrainienne.

Le 6 mars, l’orphelinat juif Mironova de Dniepr a fui l’Ukraine en bus. L’orphelinat est dirigé par un couple Habad ukrainien. David, le mari, a été arrêté à la frontière parce qu’il est en âge d’être mobilisé. Lorsque sa femme est arrivée à Varsovie avec le reste du groupe, elle a envoyé un message paniqué à Levin. Elle était coincée dans une ville étrange avec des adolescents et sans aucun plan.

Cette même nuit, deux animateurs de Yeka, Yitzchok Achtur et Boruch Okinov, ont pris un vol des États-Unis vers la Pologne. Dès le lendemain, Achtur et Okinov sortaient faire du shopping et du karting avec les adolescents ukrainiens.

Des animateurs du camp Yeka emmènent des orphelins juifs faire du shopping à Varsovie, en mars 2022 (Autorisation)

Quelques jours plus tard, les deux Américains et le rabbin Habad local Shalom Dov Ber Stambler ont organisé un Shabbat dans un hôtel de Varsovie pour l’orphelinat et plus d’une centaine d’autres réfugiés.

Un autre orphelinat juif d’Odessa – quelque 75 enfants et 100 adultes ayant divers liens avec eux – s’est retrouvé à Berlin. Deux moniteurs, Mendel Goodman et Shneur Lerner, ont traversé l’Atlantique pour les rejoindre, transportant 7 valises de bonbons casher, de jouets, de jeux et de fournitures. L’un a quitté son travail pour faire le voyage, et l’autre n’a pris qu’un aller simple.

À Vienne, où vivent plus de 50 campeurs Yeka de Dniepr, trois moniteurs – Avraham Branover, Sholom Friedfertig et Moishe Lifshitz – ont créé une école d’urgence pour les réfugiés avec un rabbin Habad local. Eux aussi se sont envolés pour l’Europe avec des valises pleines de jeux, d’attirail de Pourim et de fournitures de base.

En Israël, les animateurs de Yeka ont rejoint les enfants du Foyer pour enfants Alumim et du Centre de réhabilitation sociale pour enfants juifs de Jytomyr -géré par Habad- au KKL-JNF Field and Forest Center à Nes Harim.

Orphelins juifs d’Ukraine dans une installation de karting à Varsovie, en Pologne, avec le Camp Yeka (Crédit : Autorisation)

Les monitrices du camp de filles Yeka se sont envolées pour Berlin et Vienne, où elles ont organisé les fêtes de Pourim pour leurs campeurs et à distribuer des mishloa’h manot (colis de Pourim).

Le camp doit continuer

La guerre en Ukraine n’empêchera pas les animateurs de Yeka d’organiser des camps cette année. Ils prévoient déjà un camp de Pessah en Israël dans moins d’un mois et envisagent un camp d’été en Ukraine si les combats ont pris fin d’ici là.

« S’il reste des Juifs en Ukraine, nous y retournerons », a déclaré Levin.

Au delà de tous les efforts et l’attention que les moniteurs de Yeka ont déployés, ils ne cessent d’apprendre des enfants, a expliqué Levin. « Ce sont des pashuta yidden, de vrais neshamot [simples juifs purs, de vraies âmes pures]. Ils s’accrochent à mes tzitzis pendant la prière, ils ne veulent pas lâcher prise. Vous pouvez ressentir leur pureté. »

Lorsqu’ils le peuvent, les enfants font savoir à leurs moniteurs à quel point ils apprécient leurs efforts incessants.

« Cela signifie beaucoup pour eux de savoir que des personnes veillent sur eux et prennent soin d’eux », a déclaré Hanoka.

« Merci, c’est très important pour nous tous, votre temps et votre attention », a écrit une jeune fille de la ville de Kherson, occupée par la Russie, à Hanoka dans un SMS. « Merci beaucoup pour vos soins et votre amour. »

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