Des médecins français interpellent l’Ordre pour réclamer la libération de soignants palestiniens dont Hussam Abu Safiya

Les signataires, qui ne mentionnent pas le Hamas, reprochent à l’instance son absence de prise de position publique et estiment que ce silence est contraire aux principes déontologiques

(À gauche) Hussam Abu Safiya, directeur de l’hôpital Kamal Adwan, sur une capture d’écran non datée tirée d’une vidéo de Democracy Now publiée sur YouTube, le 14 janvier 2025. (Crédit : Capture d’écran/Democracy Now/YouTube) ; (à droite) Abu Safiya portant un uniforme du Hamas aux côtés d’autres officiers supérieurs du groupe terroriste, en 2016. (Crédit : Services médicaux-Bande de Gaza)

Dans une tribune publiée le 13 octobre dans La Croix, plusieurs dizaines de professionnels de santé français appellent le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) à réclamer la libération de leurs confrères palestiniens détenus par Israël et à prendre position sur la situation humanitaire à Gaza, dont Hussam Abu Safiya, directeur d’un hôpital de Gaza et officier du Hamas, incarcéré depuis décembre 2024.

Les signataires, parmi lesquels figurent Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, et le chirurgien Christophe Oberlin, reprochent à l’instance ordinale son absence de prise de position publique. Ils estiment que ce silence est contraire aux principes déontologiques de solidarité et de confraternité.

Ils citent notamment le docteur Hussam Abu Safiya.

Abu Safiya a le grade de colonel au sein des services médicaux militaires du Hamas.

Ce pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal Adwan de Gaza s’est fait connaître en 2024 en diffusant des messages sur les conditions désastreuses qui régnaient dans son hôpital de Beit Lahia, lors d’une offensive israélienne de grande envergure.

Des organisations de défense des droits de l’Homme ont appelé à sa libération.

Israël a déclaré qu’Abu Safiya « dirigeait l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de Gaza, et le faisait fonctionner comme un centre terroriste du Hamas. Abu Safiya s’est servi de ses fonctions au sein de l’hôpital pour détourner des ressources humanitaires destinées aux civils, et ce à des fins terroristes. Il a facilité les activités terroristes du Hamas contre les forces israéliennes lors des opérations de Tsahal à Gaza, constituant ainsi une menace directe pour la sécurité d’Israël ».

Les auteurs de la lettre ouverte assurent aussi que des soignants palestiniens sont emprisonnés sans procès et soumis à la torture. Ils évoquent également la mort en détention du médecin Adnan al-Bursh et avancent que plus de 1 500 soignants, dont au moins 150 médecins, ont été tués à Gaza. Cette allégation n’est pas vérifiable de manière indépendante.

Pour étayer leur critique, les médecins français comparent le silence qu’ils attribuent au CNOM sur Gaza à sa réaction après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’Ordre avait alors exprimé publiquement son soutien aux soignants ukrainiens et à la population civile, une différence de traitement que les signataires jugent injustifiée. « Le CNOM considère-t-il que nos confrères et consœurs de Palestine ne méritent pas le même niveau de soutien que celles et ceux d’autres nationalités ? », interrogent-ils.

La tribune qualifie la situation à Gaza de « génocide en cours » et appelle l’Ordre à demander aux pouvoirs publics de prendre les mesures auxquelles la France s’est engagée en tant que signataire de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Or, la Cour internationale de Justice (CIJ), saisie depuis décembre 2023 par l’Afrique du Sud et seule juridiction ayant le pouvoir de trancher sur la question de « génocide », n’a jamais jugé qu’un génocide commis par Israël à Gaza était « plausible ». Dans son ordonnance du 26 janvier 2024, la CIJ a considéré plausibles certains droits invoqués par l’Afrique du Sud au titre de la Convention sur le génocide, notamment le droit des Palestiniens de Gaza à être protégés contre des actes de génocide. La question de l’existence ou non d’un génocide demeure donc pendante devant la CIJ. Mais cette accusation est largement répandue auprès des détracteurs d’Israël.

Le mot « Hamas » ne figure pas dans la tribune.

Les signataires demandent au minimum que le CNOM appelle à la libération des soignants détenus. Ils soutiennent une campagne d’interpellation de l’Ordre menée notamment par Médecins sans frontières. Parmi les collectifs associés à l’appel figurent, outre MSF, Blouses blanches pour Gaza, Doctors for Dr Abu Safiya et le Francophone Palestine Mental Health Network.

read more: